BROUE ET SA CHÂTELLENIE

de 1047 à 1392

 

Isolée à l'extrémité d'un promontoire séparé de l'arrière-pays par des bois, surplombant un univers de marais semblant surgi d'un autre âge, la "tour de Broue" a depuis longtemps sollicité les imaginations. Au XVIe siècle, les habitants des environs enseignaient à Bernard Palissy qu'elle a été édifiée pour repousser les "pirates et brigands de mer" qui venaient souvent s'approvisionner en eau à une fontaine proche (1). Au début du XVIIIe siècle, Claude Masse rapportait une "tradition" selon laquelle elle a été bâtie par les Anglais (2). Peu après, en 1739, un voyageur reprenait l'assertion, en ajoutant "pour la défense des vaisseaux qui venaient s'amarrer ou attacher à son pied, ce que je reconnus, par la quantité de gros anneaux de fer qui subsistent encore" (3). Plus près de nous, en 1891, Denys d'Aussy s'est fait l'écho de "dissertations savantes qui ont agité sans la résoudre la question de son origine et de sa destination primitive" (4), et son contemporain, Antoine Bourricaud, renchérissait : "S'il fallait reproduire toutes les opinions émises à son sujet, on en ferait une nouvelle tour de Babel" (5). Notre propos n'est pas d'ajouter un élément à ce légendaire mais d'effectuer une synthèse des connaissances concernant la forteresse et son territoire
.



A gauche : vue de la "tour de Broue"
A droite : le "trou de la mariée" le 1er mai 1964

Ce "trou" permettait de traverser la muraille, non sans contorsions mais joyeusement, comme le prouve le sourire de l'enfant. Son nom est dû à une plaisanterie selon laquelle toute jeune fille à marier qui le franchissait sans que sa robe (longue et large) touche les parois était certaine de se marier dans l'année. Il a été bouché lors d'une restauration récente. Les amateurs de traditions n'ont pas apprécié.

Une forteresse discrète

Ignoré des chroniques avant le XIVe siècle, le château de Broue n'a dû jouer qu'un rôle secondaire dans la région; d'ailleurs, pendant longtemps, les soldats qui en avaient le commandement ne se sont guère manifestés hors de son territoire. Dans les documents diplomatiques, il est mentionné pour la première fois en 1047 (6), mais il existe probablement au début du XIe siècle, quand le comte de Poitiers et duc d'Aquitaine Guillaume le Grand accorde en "bénéfice" au comte d'Anjou Foulque Nerra "Saintes et quelques châteaux" (7). En 1047, il est aux mains de Geoffroy Martel, fils de Foulque Nerra.

Une chapelle y est désignée en 1253, à l'occasion de sa donation au prieuré de Sainte-Gemme (8). En 1372, Isabelle de Valois, duchesse douairière de Bourbon, est retenue prisonnière dans la tour mais elle est bientôt délivrée par l'armée du roi de France(9). Au témoignage de Bernard Palissy, l'édifice est déjà en ruines au XVIe siècle, ce qui est confirmé par le fait qu'il n'est pas signalé parmi les nombreuses places disputées à cette époque entre les partis armés. Le livre des miracles de Sainte-Catherine de Fierbois, au diocèse de Tours, permet d'ajouter une anecdote : à une date indéterminée, entre 1375 et 1470, un habitant de l'Aunis a été retenu prisonnier "au plus haut de la tour, dans les fers, ne pouvant trouver façon ni manière de se délivrer de leurs mains sans risquer la mort", mais, par l'intercession de la sainte, "les ceps s'ouvrirent, et les fers lui churent des jambes et les portes de la tour et des barrières s'ouvrirent et les ponts se baissèrent" (10).

Le territoire de Broue au XIe siècle

En 1047, le territoire contrôlé par le château est implicitement défini dans l'acte de dotation de l'abbaye Sainte-Marie de Saintes. En effet, cette dotation comprend, entre autres choses, la dîme de tout le pays de Marennes, qui est présenté comme délimité par la Seudre et la Brouage d'une part, le Chapus et Montélin de l'autre (11). Si le "groin du Chapus" (12) est incontestablement une limite du pays, on ne peut dire que Montélin, situé dans l'actuelle commune de Sainte-Gemme, s'impose géographiquement comme la limite opposée. Au milieu du XIe siècle, c'est un modeste écart de la paroisse du Gua, qui a été choisi, selon nous, parce qu'il délimite le territoire du château de Broue. Le lieu est en effet connu par des textes postérieurs comme le siège d'une forteresse dépendant de Broue. On y voit encore aujourd'hui une motte entourée d'un double fossé rempli d'eau.

Le "puy de Broue"

Le "puy de Broue" (13), à l'extrémité duquel a été édifié le château, est un promontoire qui ne dépasse guère deux kilomètres en longueur et sept cent cinquante mètres en largeur, mais aux rebords assez abrupts et à l'altitude moyenne d'une vingtaine de mètres, qui en font une élément important du relief dans un paysage de marais oscillant entre trois et quatre mètres. Il est en partie en lande au milieu du XIIIe siècle (14); des boisements occupent encore aujourd'hui ses flancs et surtout sa partie méridionale, l'isolant ainsi du continent. Au Moyen Âge, la Brouage, qui le longe, est un "bras de mer" (15), susceptible de recevoir un port, mais l'arrière-pays, couvert de sols pauvres, est occupé par la forêt. Les seuls aperçus que l'on possède sur l'activité du port de Broue, au XIIIe siècle, concernent effectivement des embarquements de bois (16). Quant au sel, il apparaît transporté dans de petites barques, qui "jettent la planche" sur des chenaux rejoignant la Brouage en aval de Broue, de sorte qu'il a dû exister des aménagements portuaires sur la partie basse de cette voie d'eau.

Le château est relié à Montélin par un chemin passant par la Grand-Lande, qui est figuré comme "chemin d'exploitation" sur la carte de l'I.G.N. au 1/25 000. Il est peu probable que ce chemin ait été au Moyen Âge en bien meilleur état qu'aujourd'hui. Quant aux communications avec le bourg de Saint-Sornin, en Marennes, elles s'effectuent par un "perré", c'est-à-dire un empierrement dans le marais, qui n'est pas toujours aisément praticable. L'auteur du récit de voyage de 1739 signale qu'il l'a emprunté pour aller de Saint-Sornin à la Mauvinière, en "ayant de l'eau jusques à la selle des chevaux".

Le village et la paroisse de Broue

Broue, qui a été parfois qualifié de ville, parce que c'était un centre de châtellenie, n'a probablement jamais été beaucoup plus important qu'aujourd'hui; toujours est-il que, de 1685 à 1775, la paroisse entière ne compte pas plus de trente feux (17). Pour la même raison de prééminence féodale du lieu, l'église, dédiée à saint Pierre et saint Eutrope, est siège d'archiprêtré au XIe siècle, mais ce siège est transporté à Corme-Royal avant 1326 (18). Les moniales de Sainte-Marie de Saintes, qui la possèdent depuis 1047, n'y accordent pas d'importance particulière; la principale dépendance de l'abbaye dans la châtellenie est le prieuré voisin de Saint-Sornin, situé dans la presqu'île de Marennes, en une position incontestablement bien meilleure pour les communications. Quant au desservant, en 1692 il doit se satisfaire d'une "maison presbytérale qui consiste seulement en une petite chambre basse, un cellier, une petite ouche, parc, un quereu devant la porte" (19). De cette église il ne reste qu'un petit pan de mur entièrement recouvert par la végétation, dans une propriété privée clôturée depuis peu. En 1826, le sous-préfet de Marennes, Le Terme, signalait qu'elle était toute découverte et sur le point d'être totalement démolie par le propriétaire (20).

Le pays



Extrait de la carte de Cassini

La châtellenie est constituée pour l'essentiel de marais maritimes, sur la rive gauche de la Brouage et la rive droite de la Seudre. C'est la "terre salée" des chartes, le pays des "cus salés" du langage local contemporain qui ne s'embarrasse pas de fioritures. Ces marais constituent un milieu à part, amphibie, en constante évolution, de sorte que les limites entre terre douce et terre salée ne sont pas toujours nettes. Or la distinction est d'importance car les seigneurs de Saintes ont conservé tous les droits régaliens sur les côtes, qu'ils exercent dans les chenaux des marais : taxes sur les barques qui accostent, naufrages, épaves, "poissons royaux". C'est ainsi qu'en 1233 un différend surgit entre le sénéchal de Saintes et l'abbesse de Sainte-Marie, au sujet de leurs seigneuries respectives; les marais, qui sont sous l'autorité du seigneur de Saintes, sont alors séparés par des bornes des terres douces où l'abbesse dispose de la haute justice (21).

La mise en valeur de ces terres mouillées exige un effort considérable d'aménagement et des soins constants d'entretien, afin d'assurer l'écoulement d'eaux douces issues de nombreuses sources et des eaux marines qui remontent les chenaux, notamment lors des grandes marées. C'est à ce prix qu'on peut creuser des salines, exploiter des prairies, édifier des moulins. Encore faut-il compter avec les caprices de la nature; l'abbaye Sainte-Marie en fait l'expérience quand elle constate qu'un de ses moulins a été entièrement détruit par "l'assaut de la mer" et qu'il faut le reconstruire entièrement, à grands frais (22). Quant aux interruptions d'entretien, lors des troubles, qui ne sont pas rares, ils obligent à de pénibles reprises en main; sinon le terroir se transforme en "marais gâts" qui deviennent rapidement pestilentiels.

La terre haute consiste essentiellement en la presqu'île de Marennes, qui s'étend sur environ vingt-cinq kilomètres, si on la poursuit jusqu'à Montélin, et seulement trois kilomètres à l'endroit le plus large. En annexes sont les "îles" d'Hiers au nord, d'Arthouan, de Nieulle, de Souhe au sud. En 1040, cette terre est dite "forêt de Marennes", même si elle comporte les églises de Saint-Pierre de Sales, de Saint-Just, de Saint-Sornin et de Saint-Martin. Le défrichement doit être alors assez avancé mais Geoffroy Martel donne les églises et des morceaux de terre à l'abbaye de la Trinité qu'il a fondée à Vendôme, afin que les moines poursuivent l'oeuvre d'essartage.

Valeur et limites de la châtellenie

Vers la fin du XIIIe siècle, le revenu de la châtellenie est assez faible pour que, lors du partage des châtellenies et des fiefs de Geoffroy de Tonnay-Charente entre ses sept filles, Broue ne puisse constituer une part; il faut y joindre une portion de Tonnay-Charente. Quant à la valeur du port, elle se déduit d'une autre clause du règlement de la succession. Les ports de Tonnay-Charente et de Royan, constituant des éléments importants mais variables des revenus, sont disjoints des parts pour constituer des recettes communes; en l'occurrence, on ne tient pas compte de Broue (23).

Faute d'aveu et dénombrement connu, on ne peut vérifier les limites suggérées par la définition du pays de Marennes en 1047 qu'en recherchant celles des châtellenies contiguës. La limite nord est définie par des dénombrements de Soubise  : cette châtellenie s'étend au sud jusqu'au "havre de Brouage", qu'elle suit en son milieu, le long des paroisses de Moëze et de Beaugeay (24). La haute justice de Malaigre, île et marais, est disputée pendant longtemps entre les comtes de Poitiers ou les seigneurs de Saintes, d'une part, et les prieurs de Montierneuf, d'autre part, sans que les seigneurs de Broue y émettent quelque prétention (25). Les seigneurs de Saint-Fort font leur hommage au château de Saintes, pour leur terre douce et une portion de marais, dans la baie au sud du bourg (26). C'est aussi à ce château que portent leur hommage les seigneurs de Saint-Jean-d'Angle, pour les marais de la paroisse de Saint-Jean-d'Angle et la plus grande partie de ceux de Saint-Symphorien, où ils ne disposent d'ailleurs d'aucun droit de justice et où ils n'exercent qu'une charge d'auxiliaire des seigneurs de Saintes (27). Le reste des marais de Saint-Symphorien, au sud du moulin du Talus, est sous le contrôle des seigneurs de Breneau (28). Ainsi toute la "terre salée" de la rive droite de la Brouage échappe aux maîtres de Broue, dont la tour se trouve en limite de seigneurie. Aussi constate-t-on sans surprise qu'en 1242 Hugues X de Lusignan exerce le droit de rivage dans les marais de Saint-Jean-d'Angle, en qualité de seigneur de Saintes (29), et qu'en 1244, le seigneur de Broue, Geoffroy de Doué, se voit condamné à une amende pour manque d'entretien de son port (30).

En terre ferme, seul le château de la Motte, situé près du bourg de Saint-Jean-d'Angle, relève de Broue (31). Une grande partie de Saint-Symphorien est dans la haute justice du seigneur de Breneau, sous le contrôle de Saintes (32); le reste est dominé par le seigneur de Saintes, qui possède en particulier la forêt de Grondin (33), et celui de Blénac qui a la basse justice autour de son manoir, sous le contrôle du bailli de Nancras (34). Au sud, la Seudre constitue une limite certaine avec la châtellenie de Mornac.

La situation en Marennes

La forteresse de Broue étant isolée à l'extrémité de son promontoire et en communication difficile avec la terre de Marennes, ses maîtres édifient un château en cette terre, dans la paroisse de Saint-Just, au lieu nommé Chessou, en bordure du marais nord, à peu près à égale distance entre le Chapus et Toriat. Nous ignorons l'emplacement exact de ce château, qui a disparu et ne semble pas avoir été recherché (35). Il est désigné pour la première fois, à notre connaissance, en 1236 (36). Peu après, il apparaît comme siège de douaires : d'une "dame de Chessou, veuve de Geoffroy de Doué", en 1244, d'une "Ainor, dame de Chessou", en 1279 (37). Il est probablement d'un séjour plus agréable que la sombre tour de Broue, dont Geoffroy de Doué doit être le dernier occupant, vers le milieu du XIIIe siècle, car ses successeurs sont détenteurs d'autres fiefs. Il prendra d'ailleurs progressivement le pas sur Broue. En 1330, un aveu pour le fief de la Bernardière est fait "à cause de la seigneurie de Chessou", quoique le devoir consiste en sept jours de garde au château de Broue (38). En 1344, Pierre de Baussay est dit seigneur "de Chessou et Broue" (39). Désormais, le nom de Chessou précédera le plus souvent ceux de Broue et de Montélin.

Les terres douces de Marennes échappent pour une bonne part à l'autorité des maîtres de Broue. En effet l'abbaye Sainte-Marie de Saintes y possède de nombreux fiefs, avec toutes justices, au seul devoir de fidélité envers les détenteurs du château de Saintes. Dans la paroisse de Saint-Pierre de Sales, "Madame de Saintes" - ainsi désigne-t-on l'abbesse - est maîtresse d'une terre à Sales (aujourd'hui Marennes), comprenant une partie du bourg, avec four banal où cuisent de coutume tous les habitants du bourg, qu'ils soient ses hommes ou ceux d'autres seigneurs; elle gouverne également une dizaine de fiefs, avec les villages de Lombaze, de la Chainade et de la Morelière. Dans la paroisse de Saint-Just, elle possède les villages de Luzac et de Mauzac, avec leurs terres. Dans celle de Saint-Sornin, la prioresse du lieu est à la tête d'une grande seigneurie qui s'étend de Toriat à la limite sud de la paroisse. Enfin, l'abbesse de Saintes tient la seigneurie du Gua, contiguë à la précédente, qui s'étend jusqu'au moulin de Chalons, en incluant Saint-Martin, et se poursuit, au nord du ruisseau qui passe au Gua, jusqu'aux "planches" (40) de Faveau, la terre douce de Souhe étant comprise dans l'ensemble. A cette domination s'ajoute l'intégralité des dîmes des terres douces et salées. Tous ces droits font participer l'abbesse aux produit des recettes de Marennes, d'Hiers, des Pibles, du Chapus et de Saint-Just (41). Cette forte emprise irrite certains maîtres de Broue, tel Rainaud de Doué, qui cherche à étendre sa seigneurie aux dépens de l'abbaye (42).

L'autorité des détenteurs de Broue est également limitée dans les terres salées, où elle est subordonnée à celle des comtes ou des seigneurs de Saintes qui leur succèdent (43). A ce titre, les maîtres de Saintes ont conservé le droit de "rivage" dans les marais maritimes, tel qu'il s'exerce habituellement sur les côtes : les nefs abordant dans les chenaux sont soumises au paiement de taxes. C'est ainsi que les agents du comte de Poitiers Alfonse mentionnent la perception de ce droit à Bourcefranc, à Saint-Sornin, en Marennes, à partir de 1244 (44).

De plus, après la guerre de 1242, des terres ont été saisies par le roi Louis IX et son frère, le comte de Poitiers Alfonse, sur des soldats qui étaient demeurés dans le parti du comte de la Marche et du roi d'Angleterre Henry III. Ces "terres forfaites" ont accru les possessions du comte de Poitiers et morcelé les fiefs de ses "hommes". Ainsi en a-t-il été en Marennes, où on constate, dans des aveux postérieurs, que des fiefs tenus du seigneur de Broue, sont possédés en partie par le roi, en qualité de successeur du comte de Poitiers.

La terre de Montélin

La seigneurie de Montélin est isolée et ne s'étend que sur un modeste territoire, correspondant au nord-ouest de la commune du Gua et à une petite partie de la commune de Sainte-Gemme, au sud de Chez Barra. Elle était à l'origine comprise dans la paroisse du Gua, où l'abbesse de Sainte-Marie de Saintes percevait la dîme, mais les Doué, châtelains de Broue, ont édifié les églises de Saint-Thomas de Montélin et Saint-Pierre de Faveau, qu'ils ont données au prieuré de Sainte-Gemme (45). Ces églises sont ensuite devenues sièges de petites paroisses et de petits prieurés soumis à celui de Sainte-Gemme. D'après une déclaration faite en 1692 par le détenteur des deux bénéfices, la seigneurie de Montélin est limitée, dans la paroisse de Saint-Thomas, aux villages des Pages et de Montélin, au sud, la partie nord étant sous la domination du prieur de Sainte-Gemme. Quant à la paroisse de Faveau, elle échappe pour une bonne part à l'autorité du seigneur de Broue au temps d'Alfonse de Poitiers : ce dernier y crée une prévôté comprenant ce qui est au sud de la D 117e, de sorte qu'il ne reste à Broue qu'une zone boisée en contact avec Montélin (46).

Un château comtal

Lorsqu'il entre dans l'histoire, le château de Broue est tenu par le comte d'Anjou Geoffroy Martel, sous l'autorité du comte de Poitiers. Nous ignorons comment sa garde est assurée. Il est toutefois probable que Dodon de Broue, qui tient l'église de Saint-Just "en chasement" de l'évêque de Saintes, avant 1040, est un soldat du château qui est payé de son service sur un bien d'église; le fait est fréquent à l'époque. Ensuite, avant 1060, un Engelbaud de Broue, qui a reçu de Geoffroy Martel la moitié de l'église de Saint-Sulpice-d'Arnoult et fait partie d'une cour de quatre personnes désignées par le comte, est peut-être le commandant de la place. Son nom, à peu près inconnu dans le pays, suggère une origine angevine.

En 1062, le comte de Poitiers Guy-Geoffroy chasse par les armes Geoffroy Martel de la Saintonge et prend alors en mains la destinée de Broue. C'est ainsi qu'en 1078, au cours d'une des tournées qu'il effectue fréquemment dans ses seigneuries, il passe par Broue, en venant de l'île d'Aix où il a rencontré l'abbé de Cluny, avant de gagner Saint-Sornin où il assiste à un office dans l'église des moniales de Saintes (47). Sa seigneurie est marquée par l'abandon d'une "coutume" sur une saline achetée par l'abbesse (48) et par l'approbation d'une donation faite à l'abbaye de la Chaise-Dieu, par un nommé Gautier, de tout ce qu'il possède à Sales, en Marennes (49). Durant son principat, les conditions de la garde du château ne sont pas mieux connues que précédemment; un Hugues de Doué, qui intervient pour approuver une concession du comte aux environs de l'église de Saint-Sulpice-d'Arnoult, est peut-être déjà installé à Broue.

Toujours est-il que ce Hugues de Doué, dont l'origine nous échappe, apparaît comme le principal auxiliaire de Guillaume le Jeune, fils et successeur de Guy-Geoffroy. Il dispose de la seule église du territoire de Broue qui ne soit pas encore dépendante d'une communauté monastique, Saint-Hilaire d'Hiers, qu'il donne aux moines de Sainte-Gemme, avec l'autorisation du comte; il profite d'un voyage de ce dernier dans l'île d'Oléron pour lui demander une confirmation (50). Guillaume conserve personnellement la haute main sur la "terre maritime" : il donne aux mêmes moines "la moitié de tous les fruits et de la seigneurie" qu'il possède en cette terre, entre l'étier de Chalons et celui de Lombaze, sans en référer à Hugues de Doué, mais en présence de son prévôt de Saintes (51). Quand Hugues dispute à Sainte-Marie de Saintes la dîme de Marennes, il reçoit du comte l'ordre de confirmer la donation ancienne et il obtempère, non, d'ailleurs, sans avoir reçu une importante gratification (52). Les moniales savent mettre à profit les passages de Guillaume en Marennes. C'est ainsi "en présence de Guillaume, comte de Poitiers", qu'un soldat nommé Hélie Ricol donne une dîme (53). C'est ainsi qu'à l'occasion d'un séjour du comte, "la dame Hilaire", chargée de l'administration en Marennes, sollicite le renouvellement de la donation générale des dîmes faite à la fondation de l'établissement. Le comte charge alors ses deux prévôts, Guillaume l'Anglais et Guillaume de Fors, de venir en aide aux dames, au cas où quelqu'un voudrait contester ce don (54). Parfois, le comte et Hugues de Doué confirment en même temps des donations, comme celle d'un moulin (55). Le prévôt du comte, Guillaume l'Anglais, est d'autre part désigné comme sénéchal de Hugues de Doué (56).

Les Doué, châtelains héréditaires

Il est probable que la charge de châtelain est dès lors devenue héréditaire. Toujours est-il que, si leur filiation nous échappe, les successeurs connus de Hugues de Doué portent le même surnom. Cependant notre documentation est fort maigre pour le reste du XIIe siècle; elle ne concerne que la période 1162-1179, pendant laquelle se manifeste un Rainaud de Doué. Ce Rainaud n'est jamais dit seigneur de Broue, de sorte qu'il ne doit pas disposer de la seigneurie entière.

A cette époque, le comte de Poitiers est le roi d'Angleterre Henry II qui, très pris par les nombreuses affaires de ses états, ne semble pas accorder une attention particulière au château de Broue. Le temps est loin où Guy-Geoffroy parcourait régulièrement ses domaines pour en surveiller la gestion et trancher sur place les questions qui pouvaient surgir. Quand l'abbesse de Saintes et la prioresse de Marennes doivent faire appel au roi pour recouvrer des terres dont Rainaud de Doué s'est emparé, elles sont contraintes de le rejoindre à Chizé (57). Quand la prioresse Himberge entre en conflit avec le même Rainaud, en 1162, au sujet de la dîme générale en Marennes et d'un four que Rainaud a fait construire près du four que l'abbaye entretient au bourg de Sales, c'est à l'autorité ecclésiastique qu'elle s'adresse. Pour examiner l'affaire, l'évêque Bernard, sollicité, désigne le doyen de Saintes et les deux archidiacres du diocèse, qui confirment à l'abbaye la possession de la dîme et ordonnent la démolition du four. Cette dernière clause peut apparaître comme une injustice au châtelain, qui a usé de son droit en construisant un four à l'usage des hommes du bourg de Sales qui sont sous son autorité. Aussi la question du four suscite-t-elle un nouveau conflit. Le four a été détruit mais les hommes de Rainaud refusent de recourir à celui de l'abbesse. Il est probable que Rainaud n'est pas totalement étranger à cette attitude. Quoi qu'il en soit, l'abbaye en appelle alors au pape qui cite Rainaud devant l'évêque de Poitiers, en principe impartial dans l'affaire, et l'évêque confirme la sentence. Rainaud promet que ses hommes cuiront leur pain au four de l'abbesse, qui est considéré par l'évêque comme "paroissial", parce que, avant la construction de son four, ses hommes, paroissiens de Saint-Pierre de Sales, cuisaient au four de l'abbesse (58). Nous ignorons la suite. Dans le même temps, Rainaud ne se prive pas d'inquiéter ces dames en leur enlevant des terres, des prés, des animaux, en blessant et emprisonnant leurs sergents, en leur reprenant l'église de Montélin qu'il avait construite dans leur paroisse du Gua (59).

Le châtelain de Broue a d'autre part un démêlé avec le prieuré de Sainte-Gemme, au sujet d'une somme de mille sous qu'il lui a empruntée et qu'il est incapable de rembourser. Les moines profitent du fait qu'Aliénor d'Aquitaine exerce alors l'autorité dans le comté de Poitiers, sous le nom de son fils Richard encore jeune, pour s'adresser à elle lors d'un séjour à Saint-Jean-d'Angély. Rainaud est obligé de leur donner en échange une dîme, une terre et des vignes, et ils obtiennent l'autorisation d'édifier des moulins, faire des salines..., dans les marais de la rivière de Brouage et en particulier au port de l'Épine (60). L'abbaye de Dalon semble la seule à se féliciter de la bienveillance de Rainaud de Doué. Quand elle acquiert des terrains aux Touches, dans la paroisse de Saint-Just, pour y fonder une "grange", Rainaud approuve toutes les concessions et il donne toute la seigneurie qu'il détient en ce lieu. L'acte est passé au château de Broue, en 1172; il nous fait connaître la femme de Rainaud, nommée Aelis, son frère Olivier et ses fils, Hugues et Gauvain (61).

Les Doué seigneurs

Nous ignorons si Hugues a succédé à son père, car le silence se fait ensuite sur le territoire de Broue, pendant une cinquantaine d'années, jusque vers 1220. A cette époque, le comté de Poitiers appartient au jeune roi d'Angleterre Henry III, même si la capitale lui échappe. Une initiative de l'abbesse de Saintes dans le marais, considérée comme une exaction par les autorités, met en lumière la complexité de la domination sur les terres salées. L'abbesse voit se dresser contre elle les prévôts du roi, le seigneur de Broue G. de Doué, le prévôt de ce seigneur et le prieur de Sainte-Gemme (62). C'est que le roi a conservé la haute main sur le marais, où il entretient deux prévôts; par donation antérieure, il partage la seigneurie avec le prieur de Sainte-Gemme, et le seigneur de Broue et son prévôt participent aux revenus perçus par le roi. Il semble que ce G. de Doué est un Geoffroy, dont la veuve est dite dame de Chessou, dans une enquête de 1251, où elle est accusée d'avoir graissé la patte au prévôt comtal, en 1244, pour obtenir ses bonnes grâces et la protection de ses terres (63).

En 1236, c'est un Hugues de Doué qui est dit seigneur de Broue quand il donne à l'abbaye de Bournet des marais situés devant le château de Chessou (64). Quinze ans plus tard apparaît un autre Geoffroy de Doué, mieux connu que ses prédécesseurs, car on peut le suivre de 1241 à 1257. Il se fait remarquer par l'intérêt qu'il porte au prieuré de Sainte-Gemme, auquel il consent plusieurs donations dans la châtellenie (65). Sa seigneurie est marquée d'autre part par la concession en fief de la prévôté de Marennes à son prévôt Hugues Ogier (66). Les témoins d'une enquête faite en 1251 l'accusent d'avoir, à l'insu du comte, vendu à ce prévôt et à deux de ses parents, une "coutume" qui vaut d'être signalée. Il s'agit d'un devoir d'"aides" imposé à la prévôté tenue en fief. Les détenteurs devaient contribuer aux frais engagés par le seigneur pour des réceptions données à l'occasion des "solennités annuelles". Le tarif était le suivant : six deniers pour chaque soldat et dame, deux deniers pour chaque écuyer, sergent ou servante. Ils devaient en outre trente ou trente-six (selon les témoignages) oiseaux de rivière, chaque année à Noël, et cinq sous de "charnage" à Noël et à la saint Jean-Baptiste (67).

Geoffroy de Doué traverse sans dommage la grave crise de 1242 qui chasse le roi d'Angleterre Henry III de la Saintonge continentale. Le 22 juin de cette année, il est encore au service de ce dernier, qui, de Saintes où il séjourne, fait savoir qu'il lui a rendu une terre en Oléron, qu'il réclamait comme héritage de sa femme Jeanne de Velluire (68). Il fait sa soumission à Louis IX en temps utile pour conserver son fief. C'est ainsi qu'il figure en 1244 parmi les soldats qui ont fait hommage lige au comte de Poitiers Alfonse (69). En 1254, on apprend qu'il est divorcé, à l'occasion de la restitution à Jeanne, par le roi d'Angleterre, de sa terre d'Oléron qui a été saisie sur Geoffroy comme infidèle (70).

Dans la même année, il abandonne au prieur de Montierneuf tous les droits qu'il avait dans les marais de la seigneurie du prieuré (71). Il s'agit de la moitié de deux sous et demi de "maltôte" sur chaque nef appliquant au port du prieuré et de l'"étanchage" du sel vendu dans les marais; c'est ce que précise un acte de juin 1257 par lequel le comte de Poitiers Alfonse abandonne l'autre moitié (72). En juin 1258, c'est au tour d'Arnaud Alexandre, de Saint-Jean-d'Angle, et de Geoffroy, son fils, et en 1259 de Guillaume Martin, de Saint-Fort, d'abandonner leurs droits qu'ils tiennent de Geoffroy (73). Cette série d'actes met en lumière la complexité des intérêts dans les terres mouillées. En l'occurrence, le comte a conservé des droits dans la haute justice du prieuré de Montierneuf, en a cédé la moitié au seigneur de Broue qui a cédé une part de sa moitié à deux de ses hommes.

Geoffroy ne semble pas avoir d'héritier direct, aucun fils n'étant sollicité pour confirmer ses nombreuses donations, bien qu'il se soit vraisemblablement remarié avec une Ainor, qui, en qualité de dame de Chessou, donne la terre d'Arthouan au prieur de Sainte-Gemme, en juillet 1279 (74). Nous ignorons la date de son décès.

Les Rochefort

Broue reparaît en mars 1277, à l'occasion du règlement de la succession de Geoffroy de Tonnay-Charente décédé en 1269. On constate alors que ce dernier a transmis le fief à sa descendance. Comment l'a-t-il acquis ? Vraisemblablement par héritage, mais les éléments généalogiques que nous possédons ne permettent pas une hypothèse sérieuse. Les châtellenies et fiefs du défunt sont partagés en parts égales entre ses sept filles, à l'exception du quint réservé à l'aînée. C'est ainsi que le château et la châtellenie de Broue, avec leurs appartenances, sont attribués à Chales de Rochefort, pour raison des enfants qu'il a eus de Marguerite, fille défunte de Geoffroy de Tonnay. En attendant de recevoir Chessou, tenu par "la dame Ainor", Chales prendra chaque année soixante livres sur la recette du port de Tonnay-Charente et autant sur celle du port de Royan (75).

Chales de Rochefort appartient à la famille des Rochefort de Saint-Maixent, qui a tenu pendant longtemps de l'abbé du lieu un important fief dont le siège se trouvait dans la ville même de Saint-Maixent. Son père, Guy de Rochefort, a perdu ce fief, confisqué après les événements de 1242, pour cause de rébellion, mais il a conservé Villiers (en Plaine), en Poitou. A Chales de Rochefort on voit succéder, pour la châtellenie de Broue, Guiard de Rochefort qui, de 1282 à 1295, transige avec le prieur de Sainte-Gemme au sujet de donations faites par Geoffroy de Doué et ajoute "quelques héritages" dans la terre de Montélin (76). En 1315 et 1320, c'est Guy de Rochefort qu'on rencontre comme seigneur de Broue et de Chessou (77).

Les Baussay

La maison de Baussay succède à celle de Rochefort; pendant une cinquantaine d'années, la châtellenie est tenue par cette famille, originaire du Loudunais. On note ainsi, au hasard de la documentation : Guy de Baussay en 1330 (78), Pierre de Baussay en 1344 (79), Marguerite de Baussay entre 1352 et 1382 (80). Cette dernière apparaît successivement comme femme de Guillaume Trousseau et de Simon de Burleigh, celui-ci maître de la tour en 1372, quand elle est reprise par l'armée du roi de France.

Renaud VI de Pons

Marguerite de Baussay transmet son héritage à Louis, comte de Sancerre, qui se manifeste comme "seigneur de Chessou et Broue" quand il reçoit un aveu et dénombrement pour plusieurs fiefs, dont la Bernardière, en 1391 (81). Cependant, depuis le 4 mars 1380, Marguerite de Baussay n'est plus en possession de la tour de Broue, que le roi Charles V a baillée à Renaud VI de Pons, en même temps que l'île d'Oléron, au titre de 2 000 livres de rente en assiette qu'il lui avait promises en 1370, en récompense de ses services (82). Veuve et vivant loin de Broue, Marguerite a dû accepter sans trop de regrets d'abandonner la charge de la garde du château. Elle a d'ailleurs conservé tous ses droits d'héritage dans la châtellenie, ce que le roi a reconnu en acceptant son hommage dans le même mois (83) et, en conséquence, le 12 mai suivant elle a fourni un dénombrement devant les officiers de Saintes (84). Le même jour, le roi a donné à Renaud de Pons "l'île et bailliage de Marennes, avec tous les droits seigneuriaux" (85), c'est-à-dire les droits qu'il a reçus des anciens seigneurs de Saintes.

Aussi, le 23 septembre 1391, Renaud de Pons se qualifie-t-il "seigneur de Marennes", dans un acte "donné en son château d'Oléron"(86). Peu de temps après, il peut se dire seigneur de Broue, car, en 1392, il acquiert la châtellenie, par l'entremise de Jean, duc de Berry. En effet, le 19 juin de cette année, Renaud transmet sa vicomté de Carlat à Jean et reçoit en échange "les terres et seigneuries de Chessou, Broue et Montélin, avec tous leurs droits", que Jean a acquises du comte de Sancerre (87). C'est ainsi qu'à partir de septembre 1392 Renaud de Pons reçoit les aveux et dénombrements des hommes de la châtellenie (88). Il est le premier seigneur à part entière, le roi ne conservant désormais que l'hommage, le ressort et la souveraineté.

Notes

(1) "Je fus commis pour figurer le pays des marez sallans; et estant en l'isle de Brouë, laquelle fait une pointe vers le costé de la mer, où il y a encores une tour ruinée, les habitans du pays m'ont attesté que autrefois ils avoient veu le canal du havre de Brouage venir jusques au pied de ladite tour, et que l'on avoit édifié ladite tour pour garder d'entrer les pirattes et brigands de mer, qui en temps de guerre venoyent bien souvent rafraichir leurs eaux à une fontaine qui estoit près de ladite tour, et ladite tour s'appelle la tour de Brouë à cause de l'isle ou elle est assise, laquelle se nomme Brouë, dont le havre de Brouage a pris son nom...". Les oeuvres de Bernard Palissy, édition Anatole France, Paris, Charavay, 1880, p. 336.

(2) "La tradition assure que cette forteresse avoit esté autrefois bastie par les Anglois, au pied de laquelle il y avoit un bon port et la mer baignoit tout le pourtour de cette isle qui a 1700 toises de long a sa plus grande longueur et 120 au plus étroit. Elle est a l'extremité d'un grand golphe autrefois mer, et a présent en salines presque toutes ruinées, sûrtout du costé de Brou. J'ay veu dés hommes vieux qui m'ont assuré avoir veu bastir au pied de la tour de Brou des vaisseaux de 40 tonneaux, environ en 1620. Le reflux de la mer y remontoit par un canal qui est a present presque tout comblé et se comble, actuellement n'ayant pas assez de courant pour en entretenir son lit, qui est plus profond et plus large autour de l'isle de Brou qu'il n'est a 5 ou 600 toises, en descendant du costé de Brouage, ou on la traverse a pied sec l'esté, et l'on aura dans quelque temps de la peine a en reconnoistre son lit. Car ou est aujourd'huy Brouage il n'y avoit autrefois qu'une ferme appellée Jacopolis, ou les vaisseaux dechargeoient leur lest pour avoir plus de liberté a remonter jusqu'a Brou et dans les autres chenaux des marais de Brouage où ils se chargeoient de sel..." (Mémoires de Masse, in-4° 135, SHAT, B. G., p. 398-400).
La comparaison des témoignages des habitants au temps de Palissy et au temps de Masse montre une fois de plus le crédit qu'on peut accorder aux prétendus souvenirs des anciens. Il est évident que du temps de Palissy le havre n'atteignait plus la tour; cependant, au XVIIe siècle, des habitants affirment y avoir vu construire des vaisseaux aux environs de 1620. Le Père Arcère a repris les indications de Masse sur le sujet (
Histoire de la ville de la Rochelle et du pays d'Aulnis, tome I, p. 17).

(3) Revue de la Saintonge et de l'Aunis, tome XXXIV, 1914, p. 210.

(4) Archives Historiques de la Saintonge et de l'Aunis, tome XIX, 1891, p. 333.

(5) Marennes et son arrondissement, A. Barbault, Marennes, 1925, p. 152.

(6) Archives Historiques de la Saintonge et de l'Aunis, tome XXII, p. 38.

(7) Chronique d'Adémar de Chabannes, édition Jules Chavanon, p. 164.

(8) Archives Historiques de la Saintonge et de l'Aunis, tome XIX, p. 363, n° 37.

(9) Ibid., tome XIX, p. 341; article de Denys d'Aussy.

(10) Bulletin de la Société de Géographie de Rochefort, 2e série, tome IV, 3e et 4e trimestres 1979, p. 72.

(11) "... a Monte Aquilino usque ad Chapusium, sicut illa omnis terra clauditur ex duobus maris lateribus, canali videlicet Suidra et Broatga"; cartulaire n° 1, p. 3. Nous traduisons Broatga par "la Brouage". Le terme a dû désigner à l'origine le golfe comblé et le chenal qui le drainait. Une expression comme "le havre de Brouage", qu'on rencontre dans certains textes, ne signifie pas "le havre du bourg de Brouage" mais "le havre de la Brouage"; on disait de même "les bords de Loire", sans article. Saint-Fort a été dit "sous Brouage" avant la construction du bourg (Archives Nationales, registre P. 585, fol. 70 v, n° 40; acte du 21 octobre 1480). Comme il arrive souvent, le bourg a reçu le nom du cours d'eau sur lequel il a été édifié.

(12) Expression tirée d'un acte de 1420 (Archives Historiques de la Saintonge et de l'Aunis, tome XIX, p. 370, n° 80).

(13) Désigné ainsi dans Fournier-Guébin, Enquêtes administratives d'Alfonse de Poitiers, p. 4, n° 6.

(14) Fournier-Guébin, ibid., p. 4, n° 6.

(15) "... duobus brachiis maris , canali videlicet Suidra et Broatga"; cartulaire de Notre-Dame de Saintes, n° CCLXIII, p. 170-171.

(16) Déposition du prieur de Sainte-Gemme, lors d'une enquête effectuée en 1251 : Jean Jean, de la Rochelle, a fait couper dans la forêt de Baconais jusqu'à 300 charretées de bois ou plus, et, pour transporter le dit bois jusqu'au port de Broue, ont été réquisitionnés jusqu'à 50 quadriges et plus, pendant huit jours au moins, et dans le dit port furent chargées du dit bois une grande nef puis deux petites, à destination de la Rochelle, sur l'ordre de Jean Jean (ibid., p. 4, n° 7).

(17) Paroisses et communes de France; Charente-Maritime; éditions du C.N.R.S., 1985, p. 533. En 1789 la paroisse de Broue a été rattachée à celle de Saint-Sornin pour constituer la commune de Saint-Sornin.

(18) Levée de subsides du pape Jean XXII, dans Archives Historiques de la Saintonge et de l'Aunis, tome XLV, 1914, p. 197; le "chapelain de Broue" verse alors 50 sous tournois de contribution.

(19) Archives Historiques de la Saintonge et de l'Aunis, tome XXXV, 1905, p. 154-156. L'abbesse de Saintes est décimatrice générale de la paroisse et assure au curé une pension annuelle de 200 livres.

(20) Règlement général et notice sur les marais de l'arrondissement de Marennes, Rochefort, 1926, p. 301.

(21) D. Massiou, Histoire de la Saintonge et de l'Aunis, tome II, p. 272-273, note.

(22) Cartulaire de Notre-Dame de Saintes, p. 170, n ° CCLXI.

(23) Voir "Les seigneurs de Tonnay-Charente", dans Bull. Soc. de Géographie de Rochefort, 3e série, n° 3, janvier 1989, p. 21.

(24) Dénombrements de la châtellenie de Soubise, en date du 23 décembre 1472 (Arch. nat., P. 585, n°18), du 1er mai 1568 (Recueil de la Commission des Arts..., tome VIII, 1885-1886, p. 187-188).

(25) Voir Bulletin de la Soc. de Géographie de Rochefort, 2e série, tome IV, n° 8, 2e semestre 1981, p. 272-273.

(26) Archives Nationales, registre P. 585, fol. 70 vo, n° 40; aveu du 21 octobre 1580.

(27) Ibid., fol. 3, n° 3; aveu du 1er février 1461.

(28) Ibid., n° 91; aveu du 27 mai 1484.

(29) Le "rivage" de Saint-Jean-d'Angle, saisi sur le comte de la Marche, est affermé par les agents du comte de Poitiers en 1243 (Archives Historiques du Poitou, tome IV, p. 6). La situation de ces marais apparaît clairement dans un aveu fait par Jean de Saint-Gelais, seigneur de Saint-Jean-d'Angle, le 1er février 1461, pour le château de Saintes. L'avouant précise qu'il reçoit du roi la moitié des droits habituellement perçus sur les côtes : rivage et autres coutumes, aventures, c'est-à-dire naufrages, poissons royaux, épaves. La seule relation qu'il signale avec Broue est que son prévôt est "le viger de Broue" . D'autre part, il ne mentionne aucun droit de justice (Archives Nationales, registre P. 585, fol. 3, n° 3).

(30) Archives Historiques du Poitou, tome IV, p. 57.

(31) Aveu et dénombrement de 1453 (Archives Historiques de la Saintonge et de l'Aunis, tome XIX, p. 359, n° 9).

(32) Aveu et dénombrement du 27 mai 1484 (A. N., registre P. 585, n° 91).

(33) Fournier et Guébin, Enquêtes administratives d'Alfonse de Poitiers, p. 116, n° 65 et A.H.S.A., tome XLV, p. 286.

(34) Archives Nationales, registre P. 585, n° 94, aveu du 20 mai 1484.

(35) Le nom de Chessou figure sur la carte de l'I.G.N. au 1/ 25 000, mais sous la forme Chez-Soud, et aucune pancarte ne signale un écart de ce nom sur la départementale D 241e qui unit les Gâtaudières au bourg de Saint-Just.

(36) Archives Historiques de la Saintonge et de l'Aunis, tome XIX, p. 362-363, n° 29.

(37) Voir plus loin, au chapitre des seigneurs.

(38) Archives Historiques de la Saintonge et de l'Aunis, tome XIX, p. 368, n° 68.

(39) Ibid., p. 368, n° 69.

(40) Planches : passage en bois sur un ruisseau.

(41) Aveu et dénombrement au roi par l'abbesse Jeanne de Villars, en 1472 (Archives Historiques de la Saintonge et de l'Aunis, tome IV, p. 476 et suivantes).

(42) Cartulaire de Notre-Dame de Saintes, p. 175, n° CCLXXI.

(43) D. Massiou, Histoire de la Saintonge et de l'Aunis, tome II, p. 272-273, note.

(44) Archives Historiques du Poitou, tome IV, p. 72-73, 92, 101.

(45) Cartulaire de Notre-Dame de Saintes, p. 175, n° 271.

(46) Fournier-Guébin, Enquêtes administratives..., p. 185, n° 16.

(47) Archives Historiques de la Saintonge et de l'Aunis, tome XXII, p. 61-63.

(48) Cartulaire de Notre-Dame de Saintes, n° LIII, p. 54; année 1079.

(49) B.N., Baluze 139, p. 412.

(50) B.N., Baluze 40, fol. 87 v°; entre 1089 et 1095.

(51) Ibid., fol. 85 v° et 86 r°; année 1098.

(52) Cartulaire de Notre-Dame de Saintes, p. 158-159, n° CCXL.

(53) Ibid., p. 170, n° CCLXII.

(54) Ibid., p. 170-171, n° CCLXIII.

(55) Ibid., p. 159, n° CCXLI.

(56) Ibid., p. 161, n° CCXLVII.

(57) Ibid., p. 175, n° CCLXXI.

(58) Ibid., p. 155-158, n° CCXXXVII et CCXXXVIII, p. 164-165, n° CCLI.

(59) Ibid., p. 175, n° CCLXI.

(60) B.N., Baluze 40, fol. 87 ro et vo.

(61) Cartulaire de Dalon, fol. 69, n° 707. Rainaud de Doué et son frère Olivier sont d'autre part présents lors du règlement par l'évêque de Saintes d'un différend entre les abbayes de Dalon et de Saintes au sujet de dîmes, le 9 novembre 1179 (Archives Historiques de la Saintonge et de l'Aunis Archives Historiques de la Saintonge et de l'Aunis, tome X, p.  26).

(62) Cartulaire de Notre-Dame de Saintes, p. 175-176, n° CCLXXII.

(63) Fournier-Guébin, Enquêtes administratives d'Alfonse de Poitiers, p. 3, n° 1; p. 3-4, n° 4; p. 4, n° 5.

(64) Archives Historiques de la Saintonge et de l'Aunis, tome XIX, p. 362-363, n° 29.

(65) Ibid., p. 363, n° 36, année 1241; ibid., p. 363, n° 30, année 1243; ibid., p. 363, n° 34, année 1248; ibid., p. 363, n° 35, année 1248; ibid., p. 364, n° 39, année 1257.

(66) Ibid., p. 364, n° 44.

(67) Fournier-Guébin, op. cit., p. 3-4, n° 4; p. 9, n° 25.

(68) Rôles gascons, tome I, p. 5, n° 18.

(69) Archives Historiques du Poitou, tome IV, p. 63.

(70) Rôles gascons, tome I, p. 350, n° 2627.

(71) Archives Historiques de la Saintonge et de l'Aunis, tome XXII, p. 131-133, n° LXXXVII.

(72) Ibid., p. 133-134, n° LXXXVIII.

(73) Ibid., p. 135-136, n° LXXXXIX et p. 138, n° XCI.

(74) Archives Historiques de la Saintonge et de l'Aunis, tome XIX, p. 364, n° 40.

(75) Voir "Les seigneurs de Tonnay-Charente des origines à 1276", dans Roccafortis, bulletin de la Soc. de Géographie de Rochefort, 3e série, n° 3, janvier 1989, p. 11-28.

(76) Archives Historiques de la Saintonge et de l'Aunis, tome XIX, p. 364, n° 41, n° 42, n° 43 . Dans l'analyse des actes, il est appelé par erreur Gérard de Rochefort.

(77) Ibid., p. 375, n° 123; p. 365, n° 46.

(78) Ibid., p. 368, n° 68.

(79) Ibid., p. 368, n° 69.

(80) Ibid., p. 365, n° 49; p. 368, n° 71; p. 365, n° 51; p. 359, n° 5 et p. 369, n° 72.

(81) Ibid., p. 369, n° 73.

(82) Ibid., p. 366, n° 54; p. 365, n° 52.

(83) Ibid., p. 342.

(84) Ibid., p. 361, n° 20.

(85) Ibid., p. 366, n° 53.

(86) Archives Historiques de la Saintonge et de l'Aunis, tome XXXI, 1902, p. 120-121.

(87) Ibid., p. 121-124; Archives Historiques de la Saintonge et de l'Aunis, tome XIX, p. 366-367, n° 55; p. 367, n° 56.

(88) Archives Historiques de la Saintonge et de l'Aunis, tome XIX, p. 369, n° 75 et 76; ibid., tome XXXI, p. 124-128.

 Publié dans Roccafortis, bulletin de la Société de Géographie de Rochefort, 3e série, tome II, n° 16, 1995, p. 338-348.