La "cabane de Martrou" à Rochefort

de 1677 à 1704

 
La ferme connue récemment sous le nom de "cabane de Martrou" (1) était étonnamment proche de la ville close, à proximité immédiate de la porte de Martrou. Cette situation s'explique par son origine. Elle existait avant la fondation du port et de la ville; c'était une exploitation du domaine seigneurial de Rochefort. En acquérant la châtellenie, Louis XIV l'a acquise et il l'a conservée pendant environ un quart de siècle, en la baillant à ferme. Ensuite, entre 1691 et 1694, il l'a cédée à rente perpétuelle, par engagement, à des particuliers, et, en 1698, il s'est défait de la rente elle-même, dans les mêmes conditions, en ne conservant qu'un cens annuel et les lods et ventes aux mutations (2).

Les bâtiments figurent sur le plus ancien plan connu de Rochefort, sous le nom de "la Maison Neuve" (3). De 1677 à 1691, nous trouvons l'exploitation gérée par le commissaire Desclouzeaux, nommée tantôt cabane, tantôt métairie. C'est ainsi que, le 29 janvier 1677, l'officier de marine François Cabre (4), fondé de pouvoir de "messire Hubert de Champy, sieur Desclouzeaux", la baille à ferme, pour cinq ans, à un laboureur nommé Jean Goulart, sous le nom de "cabane vulgairement appelée la Maison Neuve", " située sur le chemin de Martrou" (5). Et le 28 janvier 1691, un "pré de la métairie du sieur Desclouzeaux" est désigné en confrontation d'un autre pré sis "proche la rivière, vis à vis de Rochefort" (6).

De 1694 à 1700, elle apparaît comme la propriété de Jacques Prou et de ses héritiers. En effet, le 8 août 1694, le nommé Jacques Prou, "marchand et maître sculpteur", en vend un élément : "le Grand Carreau de la Maison Neuve, situé proche la porte de Martrou, contenant environ 50 journaux, renfermé tout autour de fossés, à charge... de faire un pont de bois pour entrer et sortir dans ledit pré du bout vers l'occident sortant au chemin de Blanchet" (7). Il est décédé, le 3 juillet 1698, quand une "pièce de pré, proche la porte de Martrou", est présentée comme "confrontant à l'orient à la chaussée qui conduit de cette ville à Martrou, à l'occident à la levée de la cabane de feu le sieur Jacques Prou" (8). Deux ans plus tard, le 4 juin 1700, Jean Benoist, demeurant à Rochefort, curateur de Jacques Antoine Prou, fils de Jacques, vend, pour 9 050 livres, au sieur Pierre Boinot, bourgeois, marchand, demeurant à Rochefort, "la métairie appelée la Maison Neuve, située à la porte de Martrou" (9).

Comme Jacques Prou, Pierre Boinot conserve l'exploitation jusqu'à sa mort. Le 21 mai 1701, il cède à Pierre Bascle "un morceau de pré fauchis, au lieu de la Prée de Rochefort, contenant 6 journaux, confrontant vers l'orient à la chaussée dudit Rochefort à Martrou, à l'occident à la levée de la métairie de Maison Neuve appartenant audit Boynot, fossé entre deux, au midi au pré de Jean Rouaud, fossé entre deux, au nord au pré dudit Bascle; plus un autre morceau de pré, de 3 journaux, situé sur les glacis de cette ville, confrontant à l'orient audit glacis, à l'occident au pré dudit Boynot, fossé entre deux, au midi au pré de Jean Chauvet, fossé entre deux, au nord à la chaussée de Martrou " (10). Le 8 mars 1702, qualifié "bourgeois", il vend à un boucher nommé Jean Babin "une pièce de pré en la Prée de Rochefort, proche la chaussée de Martrou, comprenant 12 journaux, renfermée de fossés de toutes parts, confrontant à l'orient au pré de la veuve Morisseau, à l'occident à la chaussée qui va de la ville à Martrou, au midi au pré du sieur Pierre Richard, dit la Fontaine (11), au nord au pré de Louis Chauvet (12). Il est décédé, le 18 décembre 1704, puisque "demoiselle Catherine Rouaud, veuve du sieur Pierre Boynot, vivant marchand et premier échevin de l'hôtel de ville de Rochefort", demeure alors "à la Maison Neuve, hors les murs" (13). Elle partage la propriété, peut-être avec ses enfants, car elle est dite "sindicq de la classe des engagistes", pour "la mestairie de la porte de Martrou" (14).

Nous ne connaissons pas l'acte de cession de la Maison Neuve, par engagement, mais une analyse signale que, le 13 mars 1698, une rente de 206 livres, due au roi sur "la métairie de la porte de Martrou", est engagée à un certain Martin Poirier, pour la somme de 4.120 livres et un cens de 6 sous 10 deniers et à la charge des lods et ventes aux mutations (15).

D'après la vente de 1700, la " métairie " comprend :

- Les bâtiments, granges, toits, jardin renfermé de fossés, confrontant d'un bout, de l'orient, au pré de Pierre Bascle, fossé entre, de l'autre bout et d'un côté, au nord, à la levée qui va au village des Mouniers, fossé entre, de l'autre côté, au midi, au ... de la métairie;

- Une grande pièce de terre desséchée, confrontant à l'orient au pré dudit Bascle, à l'occident au chemin du village des Mouniers au Blanchet, d'un bout, au midi, aux prés des sieurs Jean et François Chauvet et autres, au nord aux maisons de la métairie et au pré de Delle Laure, veuve Morisseau;

- Une pièce de pré et un lopin au lieu de Beauregard; une autre pièce de pré et deux lopins devant Soubise ; une autre pièce de terre, séparée en deux par la chaussée de Martrou et renfermée de fossés ; une autre pièce, située au Blanchet ; deux autre lopins, " sous Rochefort ", tenant à des prés, dont l'un au grand pré du roi ; un autre lopin de pré, appelé la Prise à Mellé.

L'exploitation a disparu mais une partie au moins des bâtiments subsiste. Pour combien de temps ?

 

Notes

(1) Carte de l'I.G.N. au 1/ 25 000, Rochefort 5-6.

(2) Cet article exploite des notes prises par Robert Fontaine dans ses recherches sur la formation du faubourg à la fin du XVIIe siècle et au début du XVIIIe.

(3) M. Acerra, Rochefort et la construction navale française, 1661-1815, tome I, p. 44.

(4) R. Mémain signale un François Cabre, "ancien écrivain" devenu inspecteur des autres écrivains des ateliers en 1670, puis écrivain des constructions en 1676 (La Marine de guerre sous Louis XIV, p. 507-508).

(5) Notaire Heurtemate, XXI, liasse 25, pièce 12.

(6) Notaire Tesson, XXXIV, liasse 12, 2e registre, feuillet 96.

(7) Notaire Ferrand XXXIV, liasse 14, n° 599.

(8) Notaire Ferrand, XXXIV, liasse 22, pièce 484.

(9) Notaire Ferrand, XXXIV, liasse 25, pièce 289.

(10) Ibid., XXXIV, liasse 28, pièce 216.

(11) Il s'agit de Pierre Richard, aubergiste de la Fontaine, mort en 1703. Voir P.-M. Tonnellier, "Au berceau d'une ville; Pierre Richard et le Grand Bacha", dans Rochefort 1666-1966, pp. 91-102.

(12) Notaire Ferrand XXXIV, liasse 29, pièce 116.

(13) Notaire Tessier.

(14) "Estat des terres, fiefs, seigneuries et autres domaines et droits relevant du chasteau de Rochefort, avec les noms des particuliers qui les ont cy devant possédéz et possèdent à présent" (Archives Départementales, la Rochelle, C 176 n° 1; cahier papier 4 feuilles, sans date).

(15) Archives Historiques de la Saintonge et de l'Aunis, tome XXVIII, 1899, p. 329. La rente est estimée au denier vingt.

Publié dans Roccafortis, 3e série, tome III, n° 17, janvier 1996, p. 40-42.