Rochefort, charte architecturale

Publication sans nom d'auteur et sans date (1998) ; 138 pages, grand format.

 

Cette brochure cherche à définir les caractéristiques architecturales de Rochefort, pour en assurer autant que possible la pérennité, lors des adaptations des constructions aux exigences de la vie actuelle et dans la perspective d'une extension urbaine continue. L'ouvrage, d'une documentation très riche, fourmille de photos en couleurs d'excellente qualité, de dessins et de plans divers non moins soignés, accompagnés de textes explicatifs. On apprécie en particulier de nombreuses vues aériennes, qui mettent en évidence un aspect de la construction traditionnelle, l'usage de la tuile courbe, qui situe bien Rochefort comme une ville du sud de la Loire. L'éclat de cette tuile rouge contribue d'ailleurs à l'agrément du paysage, sous un ciel à la luminosité intense.

Les personnes très anciennement implantées à Rochefort auraient aimé retrouver les "échoppes" du faubourg et les "villages" à "queureux", qui sont appelés respectivement "maisons à trois trames" et "hameaux agricoles", mais elles ne sont, il est vrai, qu'une minorité. Ce qui frappe le lecteur tant soit peu au courant du passé local, c'est que Rochefort est présenté comme un " lieu malsain, désagréable et stérile" et une "petite seigneurie" avant 1666 et un "grand arsenal " et une "Ville", avec majuscule, après cette date. Une telle vision, simpliste et en partie erronée, est très regrettable, car elle est incluse dans un ouvrage de grande diffusion. C'est faire fi d'une longue et lente évolution, en d'autres termes bafouer l'histoire.

"Lieu malsain", certes. Il est vrai que les marais sont des causes de fièvres, mais la fondation de la ville n'a rien changé en ce domaine et le problème de la salubrité n'a été résolu que fort tard. Ces marais sont aussi une richesse, car ils permettent l'élevage ; ce n'est pas par hasard que les villages se sont établis à proximité immédiate. Quant aux terres hautes, si l'on peut dire, car elles ne dominent que peu les marais, elles ne sont pas stériles ; en effet, on y cultive les céréales et la vigne. La forêt, qui occupe une partie du terroir, est encore, en 1666, un élément essentiel de l'économie locale, réserve de bois et terrain de pacage.

De plus, Rochefort n'est pas le siège d'une "petite seigneurie" avant la mainmise royale, mais d'une châtellenie, et qui n'est pas petite. Quant à la facilité d'achat que suppose "Bref, une petite seigneurie qu'il sera facile d'exproprier pour créer le grand arsenal voulu par Louis XIV", elle existe, mais elle est d'un autre ordre. Il est bien connu que la châtellenie est un domaine royal engagé, donc rachetable à tout moment, selon la volonté du souverain. La création de l'arsenal a profondément changé l'aspect des bords de la Charente au contact des ruines du château et provoqué la naissance d'une ville, mais ces transformations n'ont affecté qu'une petite partie de la paroisse et les villages ont maintenu leur vocation agricole, même si des habitants ont été attirés par de nouveaux métiers, comme charpentier de navires, perceur, calfat, et si certains se sont spécialisés dans l'horticulture de proximité, notamment à Marseille.

Quant à la Ville, dont on se demande pourquoi elle est affublée d'une majuscule, on connaît pourtant les difficultés de sa gestation, de son alimentation en eau en l'absence de source pérenne, et l'état des voies et des constructions privées pendant quelques décennies. Faut-il rappeler que, dans le même temps, les terrains avoisinants sont demeurés en l'état où les avait mis l'extraction de la pierre et de la terre qui ont servi à l'édification des remparts, avec des trous profonds et des bourbiers ? A la lecture de certains passages de la "charte", on a l'impression que Rochefort a été d'emblée la ville accueillante qu'elle est devenue aujourd'hui, grâce aux aménagements poursuivis par de nombreuses générations et à l'effort récent de plusieurs conseils municipaux.

On remarque également quelques vieux clichés exhumés de publications depuis longtemps dépassées, comme cette allée bordée d'arbres qui aurait uni l'hôtel d'un seigneur protestant à l'église paroissiale et qui aurait constitué un des axes du quadrillage urbain. On pourrait aussi discuter de la définition des quartiers et de l'originalité des immeubles, qui est nettement affirmée. Ajoutons que le lecteur n'est pas ignorant au point qu'on lui rappelle que "là où s'arrêtait la ville commençait la campagne et réciproquement". Par contre, le même lecteur éprouve quelque difficulté à interpréter "ville militaire, Rochefort est aussi une ville de citoyens". Quant à la proposition "Petite Seigneurie, grand Arsenal du Ponant, ROCHEFORT est aujourd'hui une Ville remarquable par ses différends quartiers mais tout aussi remarquable par ses différents immeubles", elle convient comme conclusion à un exposé où l'exagération tient une trop grande place, aussi bien dans l'usage des majuscules que dans le propos.

En somme, cette "charte" est une réussite de présentation. Il ne nous appartient pas de la juger du point de vue architectural mais chacun peut constater la richesse de la documentation et le souci didactique, qui s'exprime par de nombreux exemples. Par contre, pour un ouvrage de vulgarisation, on aurait pu attendre plus de simplicité dans la langue et dans le style. Le Rochefortais moyen ne s'intéresse pas au jargon des architectes et on le comprend. Peu lui importe que les maisons basses à trois ouvertures, qu'il appelle traditionnellement des échoppes, soient appelées "maisons à trois trames" ou autrement.

Quant à l'érudition locale, elle est déçue d'aperçus historiques empruntés à des publications qui méritent à peine d'être mentionnées dans une bibliographie. Certes, ces aperçus sont secondaires dans l'ouvrage, mais, quand on aborde un sujet, fût-il annexe, on se doit de s'informer sérieusement. On remarque aussi une confusion, aujourd'hui très répandue, entre commune et ville, caractéristique d'une France dont le peuplement est devenu essentiellement urbain. Par ailleurs, effets de style et formules à l'emporte-pièce sont manifestement inspirés par un parti pris de propagande, qui caractérise d'autre part Rochefort Magazine et Rochefort, ville et quartiers., autres publications émanant de la mairie. En somme, il est grand dommage qu'une étude si fouillée soit déparée par ce parti pris, y compris dans certaines de ses conclusions. L'unité de la construction, par exemple, est toute relative. En tout cas, il aurait été honnête de mettre en évidence une nette opposition entre les immeubles de la ville anciennement intra muros et ceux du faubourg.