L'origine des mots chaudrée, éclade et terée

 

Le succès des mets régionaux a mis en vedette la chaudrée, préparation qui, pendant plusieurs années, a été vendue en boîtes, comme spécialité de Fouras. Jônain connaît le terme, qu'il signale sous la forme chauderée, avec la seule définition " plein un chaudron " (sic) (1). Eveillé ne fait que copier Jônain, en reprenant la forme chauderée et en modifiant la définition (" un plein chaudron ") (2). Quant à Musset, il emprunte lui aussi, en l'occurrence au "Glossaire de l'Aunis", de Meyer, paru à la Rochelle en 1870 : " macédoine de menu fretin, de menus poissons; portion de pêche prélevée pour la consommation des marins ou du patron d'un bateau " (3). Il est évident que chauderée, prononcé chaudrée, dérive de chaudière et que son sens premier est " contenu de la chaudière (ou du chaudron)", sens qui a été conservé en Saintonge, au moins au temps de Jônain. Le sens restreint actuel est très probablement issu de la côte d'Aunis, à en juger d'après l'attestation la plus ancienne, qui n'est cependant pas antérieure à 1870.

L'éclade ou églade, terme très en vogue actuellement, et la terée, mot moins usité, ne sont guère présentes dans les glossaires saintongeais. Seul Jônain connaît la térée, qu'il définit " apprêt de moules ouvertes sur une flamme de pailles de fèves, dans les marais salants ", ce qui n'est pas très précis. R. Doussinet présente ainsi les deux préparations : " La terée : les moules sont dressées autour d'un caillou, on les recouvre d'une couche de barbes, d'aiguilles de pin, qu'on enflamme, et on active le feu avec un chapeau ou un carton, généralement le calendrier des P.T.T.; le combustible est renouvelé deux ou trois fois (région de Royan). L'anglade ou l'églade : les moules sont piquées debout sur une planche recouverte de glaise et on procède comme ci-dessus (Ré). Dans la région des Marais on remplace les aiguilles de pin par des tiges de fèves desséchées " (4).

L'éclade est tout simplement une aiguillade, c'est-à-dire une couche d'aiguilles de pin, ce qui limite le territoire où le terme a été créé. La prononciation, éguiade, a été mal francisée en églade. Quant à la forme éclade, elle est peut-être due à l'influence du mot éclat, la chaleur ayant tendance à faire éclater les coquilles, comme l'avait remarqué un restaurateur de l'Eguille qui parlait de " moules en éclat " (5). Quant à la terée ou terrée ce ne peut être, à l'origine, que la couche de terre (glaise de préférence), dans laquelle on pique les mollusques. Ainsi, la même préparation a reçu deux noms, l'un faisant référence au combustible, l'autre au dispositif permettant de dresser les moules. Les variantes de préparation se sont partagé, au petit bonheur, les appellations primitives. C'est ainsi que la terée définie par Raymond Doussinet remplace la glaise par un caillou. Quant à ceux qui utilisent des barbes de pin, ils ne pensent pas que leurs prédécesseurs chauffaient leurs moucles avec des éguilles du même arbre. Cette forme éguille est d'ailleurs récente, les anciens parlant d'ayuilles, en particulier pour les aiguilles à coudre et les aiguilles de charrues.

Notes

(1) Dictionnaire du patois saintongeais, Royan, 1869.

(2) Glossaire saintongeais, 1887.

(3) Glossaire des patois et des parlers de l'Aunis et de la Saintonge, tome II, 1931.

(4) Le paysan saintongeais "dans ses bots", p. 213-214.

(5) Signalée par Raymond Doussinet dans Les travaux et les jeux en vieille Saintonge.

 Publié dans Roccafortis, bulletin de la Société de Géographie de Rochefort, 3e série, tome II, n° 16, 1995, p. 367.