L'ASCENDANCE DE GUY 1er DE MONTLÉON

 

On sait que Guy 1er de Montléon a demandé par testament à être inhumé à Saint-Pierre de Chauvigny. Ce testament, daté de 1280, nous apprend qu'il était seigneur de Touffou, la Maison Neuve, la Roche-Amenon, Montreuil, Autrèche, Villemaillé, Villeporcher... (1). Il était aussi seigneur de Montléon (2), car on retrouve le fief dans sa descendance, et du château de Chauvigny connu sous le nom de " château de Montléon ", puisque ses fils cadets mentionnent en 1295, dans l'acte de vente à l'évêque le Poitiers, que ce château est un héritage paternel (3). De plus il a vendu le château et la baronnie de Montmorillon au roi Philippe le Hardi en 1281 (4). Plusieurs généalogistes ou érudits ont recherché son ascendance pour déterminer l'origine de ce patrimoine dispersé, en particulier Charles Tranchant et l'abbé Longer (5). Nous reprenons la question, à l'aide de quelques données nouvelles.

Les seigneurs de Touffou

Le premier seigneur connu de Touffou est Amenon (ou Emenon) de la Roche, qui se manifeste en cette qualité en 1267. Auparavant Touffou n'est nommé que dans un seul acte connu, et tout à fait incidemment (6). Précisément le 16 octobre 1267, Amenon de la Roche écrit au comte de Poitiers Alfonse pour le prier de transporter à " sa maison de Touffou ", en faveur de son fils Guy Oger, un droit d'usage en forêt de Moulière dont il bénéficie pour " sa maison près de Saint Georges ". Il présente ses excuses à son seigneur pour ne pas lui avoir rendu visite depuis son retour des Pouilles où il a fait campagne au service du roi de Sicile (7) ; il n'est pas remis d'une maladie qu'il a contractée lors de cette campagne (8). Le 25 janvier suivant il est décédé. A cette date en effet, ses filles, Montléone, épouse de Rataud de Parthenay, Marguerite, femme de Guitard Forbandit, et Alice, veuve de Launet du Teil, écrivent à leur tour au comte Alfonse pour donner leur consentement au transfert du même droit d'usage, en faveur de Guy Oger et sa femme Agnès, qui sont en possession de " la maison de Touffou " (9).

Or, en 1280, Touffou est aux mains de Guy 1er de Montléon, comme on l'a vu ci-dessus. Quelle relation existe-t-il entre Guy Oger et Guy 1er de Montléon ? Certains ont supposé que le second était fils du premier. Nous pensons qu'il s'agit du même personnage. En effet, Guy Oger est marié avec une Agnès le 25 janvier 1268 et Guy 1er de Montléon est lui-même époux d'une Agnès en 1280, quand il fait son testament, et en 1281, quand il vend Montmorillon. D'autre part, ce dernier acte nous fait connaître sa mère, nommée Lucia, qui était donc femme d'Amenon de la Roche (10). Guy 1er meurt au plus tard en 1285 car, cette année-là, son fils aîné, Guy II de Montléon, ratifie l'acte de cession de Montmorillon (11). Ainsi Touffou est passé d'Amenon de la Roche, mort à la fin de 1267 ou dans les premiers jours de 1268, à son fils Guy Oger, lequel est appelé Guy de Montléon en 1280 et décède entre 1281 et 1285.

Les seigneurs de Montléon

Ils ne nous apparaissent que tardivement, quelques décennies seulement avant ceux de Touffou. Ils ont été étudiés par Charles Tranchant (12). Vers 1230 un Guillaume de Montléon est seigneur de Montléon par succession d'un autre Guillaume; il tient également Villemaillé, Montreuil et Autrèche. Il a un fils Guillaume, qui se fait templier, et une fille Alice qui épouse Jourdain de Preuilly. Ses enfants peuvent être suivis jusqu'en 1265.

Ainsi Guy 1er de Montléon, qui tient Montléon, Villemaillé, Montreuil et Autrèche, apparaît comme héritier d'Alice, femme de Jourdain de Preuilly, pour les fiefs des Montléon.

 


Les seigneurs de Montmorillon

Le XIIIe siècle est pour le château de Montmorillon une période particulièrement obscure. On ne voit clair qu'à partir de 1259, date à laquelle le comte de Poitiers remet "toute la Chavagne", qui est la forêt de la châtellenie, à Jourdain de Preuilly (13). C'est que Jourdain, que nous connaissons comme mari d'Alice de Montléon, est alors aux droits des seigneurs de Montmorillon.

D'après Carré de Busserolle, Jourdain de Preuilly est le second des fils de Geoffroy, seigneur de Preuilly, mort vers 1240, et d'une Lucia d'origine inconnue (14). Cet auteur ne fournit pas de preuve mais la filiation qu'il propose est très plausible. En tout cas une Lucia apparaît comme épouse de Geoffroy de Preuilly en 1226, 1235 et 1238 (15).

Nous pensons que Lucia, femme d'Amenon de la Roche, est fille de Jourdain de Preuilly et d'Alice de Montléon, bien que les preuves formelles fassent défaut, et qu'elle porte le nom de sa grand-mère paternelle, femme de Geoffroy de Preuilly. Cette dernière doit être de la famille de Montmorillon. Par son père Jourdain de Preuilly, Lucia a reçu Montmorillon, et par sa mère Alice les fiefs des Montléon. Elle a transmis de son vivant la châtellenie de Montmorillon à son fils Guy qui l'a vendue avec son autorisation. Peut-être lui a-t-elle aussi transmis Montléon dans les mêmes conditions; toujours est-il qu'avant 1280 Guy a abandonné le surnom d'Oger pour celui de Montléon. Lucia a donné à une de ses filles, Alice, le nom de sa propre mère ; Guy a lui-même repris le nom de son arrière grand-père Guillaume, pour l'un de ses fils. Lucia et Guy 1er ont marqué d'autre part leur descendance des Montléon en appelant Montléone l'une de leurs filles.

Le surnom Oger, que Guy porte en 1267 et 1268, montre qu'il descend des Oger par son père. Ceux-ci sont présents dans la région de Chauvigny depuis longtemps mais il est impossible de faire une généalogie. Guy Oger est certainement l'héritier lointain d'un Lon Oger qui tenait la " tour Oger " en 1201 : le 23 septembre de cette année 1201, Jean sans Terre enjoignait en effet à l'évêque de Poitiers de livrer au sénéchal de Poitou la " tour " de Lon Oger à Chauvigny (16). Comment Amenon de la Roche se rattache-t-il aux Oger ? Nous l'ignorons, faute de connaître son ascendance immédiate. A sa mort, en 1267 ou au début de 1268, Amenon est seigneur de la Roche-Amenon, de Touffou et du fief de Chauvigny. Depuis un certain temps il a abandonné Touffou à son fils Guy Oger. Celui-ci donne à un de ses fils le nom de Lon, traditionnel dans la famille Oger.

Guy 1er et Guy II de Montléon aliéneront chacun un élément de ce bel héritage, En vendant Montmorillon au roi Philippe le Hardi, en 1281, Guy 1er se débarrassera d'une châtellenie de faible revenu et qui devait lui causer des soucis : en 1242 Louis IX avait saisi le fief du principal vassal du seigneur de Montmorillon dont les droits et les revenus dans la ville étaient fort importants (17). En vendant le fief de Chauvigny à l'évêque de Poitiers Gauthier de Bruges, en 1295, Guy II suivra la politique de désengagement de son père ; la situation féodale dans la forteresse de Chauvigny était aussi complexe qu'à Montmorillon et également source de conflits. Les enfants de Guy 1er conserveront toutefois Touffou, d'où ils pourront venir prier sur la tombe de leur père, dans la collégiale Saint-Pierre, où leurs ancêtres les Oger avaient fondé une chapellenie (18).

Notes

1. Le testament de Guy 1er de Montléon a été analysé par Du Chesne, Histoire de la maison des Chasteigners, p. 232. Ces fiefs sont ceux qui figurent expressément dans l'analyse : Touffou, commune de Bonnes ; la Maison Neuve, hameau, commune de Bonneuil-Matours (d'après Tranchant); la Roche-Amenon, commune de Buxeuil, canton de Dangé; Montreuil, canton d'Amboise, Indre-et-Loire; Autrèche, canton de Châteaurenault, Indre-et-Loire; Villemaillé, commune de Saint-Cyr du Gault, canton d'Herbault, Loir-et-Cher; Villeporcher, canton de Saint- Amand de Vendôme, Loir-et-Cher.

2. Montléon, commune d'Auzouer, canton de Châteaurenault, Indre-et-Loire.

3. " ... sunt et fuerint in portione hereditaria praedicti domini Guidonis fratris nostri, ex successione defuncti Guidonis de Monteleonis militis, patris nostri ". (Ch. Tranchant, Notice sommaire sur Chauvigny, 1884, p. 182-183).

4. L'acte est publié dans le tome XXXVII, année 1908, des Archives Historiques du Poitou, p. 200-203.

5. Ch. Tranchant, Op. cit., p. 67-70 et Bulletin de la Soc. des Antiquaires de l'Ouest, 3e série, tome III, n° 6 et 7, 2e et 3e trimestres 1914, p. 182-186. J. Salvini et abbé Longer, Bulletin de la Soc. des Antiquaires de l'Ouest, 4e série, tome VII, 2e trimestre 1963, p. 89 et 90.

6. Année 1127. Archives historiques du Poitou, tome LIX, 1973, p. 121.

7. Le roi de Sicile est un frère du comte.

8. Layettes du Trésor des Chartes, tome IV, p. 241, n° 5321.

9. Ibid. tome IV, p. 251-252: n° 5345.

10. " ... Guido de Monte Leonis, miles, salutem in Domino... ego, de mandato, assensu et voluntate Lucie matris mee et Agnetis uxoris mee.. " Acte de cession de Montmorillon, 22 décembre 1281 (Archives Historiques du Poitou, tome XXXVII, 1908, p. 200-203).
Ses enfants sont connus par son testament : Guy, Lon, Guillaume, Jean, autre Jean, Amenon, Philippe, Egide, Montléone et Jeanne. Lon est appelé Lohier dans l'analyse de Du Chesne, mais la forme correcte du nom, Launus, figure dans l'acte de vente du château de Chauvigny en 1295 :
"Nos, Launus, Guillelmus et Joannes dictus Montleon, fratres dicti domini Guidonis... " (Tranchant. Notice p. 182).

11. Dom Fonteneau, tome XXIX p. 71, d'après Archives Historiques du Poitou, tome XXXVII, 1908, p. 200 note 1.

12. Dans les deux études mentionnées ci-dessus note 5.

13. Fournier-Guébin, Enquêtes administratives d'Alfonse de Poitiers, p. 85 b, pièce 17 n° 66.

14. Carré de Busserolle, Dictionnaire géographique, historique et biographique d'Indre-et-Loire, tome 1, p. 314 (article Bossay).

15. Archives Historiques du Poitou, tome XXXIV, 1905, p. 14-15, 353-355 et 356-357.

16. A. Richard, Histoire des comtes de Poitou, tome II, p. 390-391, d'après Rotuli litt. pat., I p. 1.

17. Le fief est présenté en détail dans les Hommages d'Alphonse ; édition Bardonnet, Niort, 1872, p. 81-90 et 110-111.

18. Cette chapellenie est mentionnée au temps des enfants de Guy 1er, dans le Grand Gauthier (Beauchet-Filleau, Pouillé du diocèse de Poitiers, p. 247).

Publié dans Le Pays Chauvinois, n° 23, décembre 1984, tome III, p. 285-287. Mise à jour en février 1999.