LA FAMILLE DES ISEMBERT, ÉVÊQUES DE POITIERS, ET SES RELATIONS

(Xe-XIe siècles)

Il est notoire que le siège épiscopal de Poitiers fut occupé, pendant plus d'un siècle, de 975 à 1086, par trois membres d'une même famille. Léon Faye a jadis étudié cette famille pour montrer qu'elle était distincte de celle des seigneurs de Châtelaillon, et ses conclusions demeurent valables (1). A la lumière de documents exhumés depuis lors et de travaux postérieurs, nous avons tenté de mettre au point une généalogie, et nous avons examiné l'implantation géographique des différentes générations, leurs relations avec les comtes et les grands, et leur rôle dans la mise en place du régime féodal.

Selon Faye, ce sont quatre évêques qui se seraient succédé d'oncle en neveu pendant cent vingt-quatre ans, de 963 à 1087. Mais la parenté entre Pierre et Gilbert n'est pas certaine; nous n'en possédons aucune preuve. Aussi sommes-nous conduit à envisager deux groupes familiaux, que nous nommerons "groupe de Pierre" et "groupe des Isembert ". D'autre part, comme l'étude des possessions et des interventions du groupe des Isembert invite à examiner ses relations avec l'évêque Frotier II (900-936), nous prendrons immédiatement contact avec ce dernier, pour nous enquérir de ses origines et de ses biens.

FROTIER II

Évêque de Poitiers de 900 à 936, il a consacré la fin de sa vie à la restauration du monastère de Saint-Cyprien, sans d'ailleurs en assurer la consécration, qui fut effectuée par l'archevêque de Tours Théotelon (2). Il fut inhumé dans cet établissement (3). Sa mère, qui avait nom Bertaidis, est dite " potentissima mulier" (4). Nous n'avons trouvé aucune trace de son père.

On sait qu'il se défit entièrement de ses biens pour restaurer l'abbaye (5). Dans l'énumération que contient l'acte de consécration et de dotation figurent en bonne place les domaines de Saint-Maixent-le-Petit (6) et de Lurais (7), qu'il a achetés à sa mère (8). L'un et l'autre possèdent une église (9), des moulins, ici sur la Creuse, là sur le Saleron (10), et des rustici (11). Celui de Saint-Maixent, qui fait l'objet d'une notice particulière (12), est peut-être le plus important, mais on ignore ses limites (13). Celui de Lurais s'étend jusque sur la rive droite de la Creuse (14). Ces domaines sont des alleux. Le texte est muet sur le mode de tenure des autres biens dont il se défait, et qui sont situés à Preuilly-la- Ville (15), Alinaris, Villena (16) Savigny (17), Milly (18), et Taizé (19). Cependant il précise qu'il concède des possessions de la cathédrale, qu'il désire être maintenues " in potestate Sancti Petri " (20) ; et une charte de son successeur l'évêque Alboin, de deux ans seulement postérieure à son décès, indique que les biens de Saint-Pierre possédés alors par l'abbaye de Saint-Cyprien proviennent des largesses de Frotier (21). Les domaines qui ne sont pas désignés comme alleux sont-ils tous du patrimoine de Saint-Pierre ? Ce n'est pas impossible. Il semble bien, en tout cas, qu'il s'agisse uniquement de biens détenus effectivement par lui, à l'époque de l'acte, à l'exclusion de concessions, faites par d'autres personnes, de terres tenues dans les mêmes conditions, concessions qu'il aurait reprises en les confirmant. En effet, on trouve trace, dans le cartulaire, de concessions de parties du patrimoine de la cathédrale réalisées pendant son épiscopat (22) ; or ces biens ne figurent pas dans la liste de l'acte de dotation. Quoi qu'il en soit, alleux ou tenures, tous ces biens sont situés en Poitou ; la plupart se groupent à l'est de la Gartempe, aux confins du Berry.

LE GROUPE DE PIERRE

Il n'est connu que par deux actes, séparés par une trentaine d'années au moins : une concession d'emplacement de moulin datée de 932 (23) et une donation de terres postérieure à 963 (24). On y retrouve les mêmes personnages : les époux Isembert et Ode (25), leurs enfants Pierre et Robert, le vicaire de Poitiers Maingaud, le vicaire de Sauves Adalard et son fils Israël. Dans le second acte on remarque la souscription de l'archidiacre Gilbert, qui s'insère entre celles des deux frères et des deux vicaires. Pierre est prévôt de Saint-Pierre en 932 et archidiacre en 934 (26). Il a dû naître à la fin du Xe siècle ou au début du XIe Il meurt en 975, dans un âge avancé (27). Sa mère, Ode, " nobilis mulier " (28), a vu son accession au siège épiscopal en 963. Le seul indice de parenté entre Pierre et Frotier est une mention de ce dernier : après avoir indiqué que, pour réédifier le monastère de Saint-Cyprien, il a obtenu l'assentiment du roi Raoul, du comte Guillaume, de ses parents (29), de ses clercs et des grands du pays, il cite deux noms, ceux du prévôt Pierre et de l'archidiacre Richard. Est-ce en qualité de parents ou de clercs de son entourage ? (30).

Les parents de Pierre possèdent, dans la villa de Cragon, un alleu avec une petite église en bois dédiée au Saint Sauveur et un moulin sur le ruisseau nommé Chenelle (31).

LE GROUPE DES ISEMBERT

Il apparaît plus nettement, au moins pour trois générations d'hommes. Les filiations sont certaines, les possessions se précisent, les relations avec d'autres familles sont plus évidentes.

1. La génération de Gilbert

Quand Ebbon fonde le prieuré de Château-Larcher, Gilbert souscrit aussitôt après l'évêque Pierre (32). Il est alors archidiacre L'événement ayant lieu en 969, sa naissance peut être reportée aux environs de 940. Il mourra à la fin de 1022, âgé, après avoir présidé aux destinées de l'évêché pendant près d'un demi-siècle (33).

Ses frères, Gaucelme, Isembert et Manassé, paraissent assez souvent à ses côtés, dans l'entourage des comtes Guillaume Fièrebrace et Guillaume le Grand. Ils sont presque toujours nommés dans cet ordre, qui est probablement l'ordre de primogéniture (34). L'aîné, Gaucelme, disparaît le premier (35). Aucun d'eux ne se manifeste plus après 1002 (36). Gilbert, qui leur a survécu, était-il leur cadet ? Faye ajoute un quatrième frère, nommé Eble, sur la foi d'une notice du cartulaire de Saint-Jean-d'Angély (37). Nous hésitons à l'admettre, car ce témoignage est unique, alors que nombreux sont les actes où figurent Gaucelme, Isembert et Manassé. De plus le nom d'Eble est inconnu par ailleurs dans la famille et dans les familles apparentées (38).

Les parents de Gilbert sont inconnus. C'est sans preuve que Faye le considère comme fils de Robert. Certes, dans la seconde charte relative à Cragon, il souscrit après Pierre et Robert, pour la concession d'un bien familial, mais aucune relation de parenté n'est indiquée. On remarquera cependant que son frère Isembert porte le même nom que le père de Robert. Ce sont là des indices, sans plus.

La seule donation de la génération parvenue à notre connaissance est due à Manassé ; elle a pour objet un alleu situé au Mons Ebronis, près de la villa de Varennes (39). Cette terre est un bien familial, car Manassé précise qu'il détient la part de son frère Gaucelme depuis le décès de celui-ci, et celle d'Isembert par suite d'un échange (40).

L'abbé Seguin est cousin de Gilbert (41). Ce personnage concède à l'abbaye de Saint-Cyprien un alleu dans la villa nommée Arciacus (42) et souscrit divers actes entre 987 et 996 (43).

La présence des frères de l'évêque parmi les témoins de largesses importantes des comtes semble indiquer de bonnes relations entre ces derniers et la famille. La comtesse Emma, qui contribua largement à l'érection du monastère de Maillezais, où Gilbert élut sa sépulture, a donné au prélat l'église de Saint-Paul en Gâtine (44).

2° La génération d'Isembert 1er

On rencontre pour la première fois Isembert 1er avant 986, en compagnie de son père Isembert et de son oncle Gilbert, auprès du comte Guillaume Fièrebrace (45). Il doit être jeune alors, car il vivra jusqu'en 1047 (46). En 1012, il est archidiacre (47). Désormais il souscrit après Gilbert, prenant ainsi la succession de ses oncles (48). Son élection a dû avoir lieu entre le 30 septembre 1023 et le 30 septembre 1024 (49). Sa mère Theotberga paraît au début de son épiscopat (50). On lui connaît deux frères, Manassé et Sendebaud, qui se manifestent surtout dans son sillage (51); ils sont inhumés au monastère de Saint-Cyprien, de même qu'Amélie, l'épouse de Manassé (52). Celui-ci est parfois qualifié vicomte (53). La femme de Sendebaud, Agnès, est encore vivante vers 1080 (54). Isembert a aussi plusieurs soeurs, qui sont rapidement signalées, une seule fois (55). Un archidiacre nommé Pierre est son cousin (56).

Les possessions de cette génération sont mieux connues que celles de la précédente. Isembert est installé à Chauvigny et à Angles-sur-l'Anglin (57) et la veuve de Sendebaud à Preuilly-la-Vîlle (58). A Chauvigny Isembert tient un château, au pied duquel il fait édifier une église en l'honneur du Saint-Sépulcre (59). Non loin de là il dispose en alleu de la moitié de l'église d'Aillé (60). A Angles il construit l'église Sainte-Croix (61). La "nobilissima matrona" Agnès partage avec ses enfants l'église de Preuilly-la-Ville, vers 1080 (62). C'est dans cette villa que Frotier II disposait en faveur de Saint-Cyprien de biens importants.

Isembert intervient à Saint-Maixent-le-Petit (63), pour confirmer une convention entre l'abbé de Saint-Cyprien Adalgisus et deux frères nommés Thébaut et Hugues, au sujet de prés sur le Saleron. L'abbé concède ces prés à vie aux deux frères contre le paiement d'un cens annuel, avec le consentement de l'évêque et de tous ses frères et parents (64). Pourquoi ses parents ? Le "mercator egregius" Thébaut et le chanoine de l'église cathédrale Hugues sont-ils eux-mêmes apparentés à Isembert ? Ainsi la famille interviendrait comme garante du contrat. Ou bien celle-ci est-elle appelée à confirmer la donation primitive par Frotier II, en qualité d'héritière de ce dernier, au cas où la convention mettrait fin à un différend ?

Que dire des rapports entre Isembert 1err et les comtes ? Ils semblent avoir été bons. Pendant la captivité de Guillaume le Gros, l'évêque convoque à Poitiers une grande assemblée pour décider de faire la paix avec Geoffroy Martel. Il aide la duchesse Eustachie à réunir la somme exigée par le fils du comte d'Anjou pour la libération de son prisonnier (65).

3° La génération d'Isembert II

Elle comprend Isembert, qui paraît être fils unique de Manassé et d'Amélie, et ses cousins et cousines, les enfants de Sendebaud et d'Agnès : Ramnulfe, Isembert, Gaucelme, Aimeri, Pierre, Gilbert, Aigles et Eustachie. Isembert souscrit parmi les parents d'Isembert II depuis 1025 environ (66). Il meurt en 1086 (67), après une quarantaine d'années d'épiscopat.

On ne connaît aucun acte de donation émanant de lui, mais une intervention à Lurais, avec sa tante Agnès et les enfants de celle-ci. L'alleu jadis concédé à Saint-Cyprien par Frotier II sans aucune entrave ni condition est sous la "potestas" de seigneurs qui revendiquent le château d'Angles-sur-l'Anglin. Ceux-ci, par l'intermédiaire de leurs ministériaux, y ont introduit de " mauvaises coutumes ", de sorte qu'il est presque désert. La famille au grand complet abandonne toute coutume non acceptée par les moines, et Isembert adjure ses successeurs, évêques ou parents, de respecter et faire respecter cette décision (68). " In regimine episcopatus et patrimonii mei " , dit-il, pour caractériser les droits de ces successeurs. Il est clair qu'il réunit en sa personne les droits de l'évêque de Poitiers et ceux de sa famille sur le château d'Angles. Probablement ce château fait-il partie du temporel de l'évêché et en a-t-il eu., à titre héréditaire, la potestas séculière, encore qu'il ait manifestement des difficultés avec les " seniores qui castellum Engli sibi vindicant ".

En distinguant ses droits d'évêque et ses prérogatives de chef de famille, prévoit-il qu'après sa mort ce sera un membre de la maison de Chauvigny, Pierre II, qui lui succédera sur la chaire de Saint Pierre ? (69). La famille, pourtant, aura son candidat, Isembert, le second des fils de Sendebaud. Archidiacre mais marié et père de plusieurs enfants, il se heurtera à l'opposition de l'abbé de Saint-Cyprien Rainaud (70). Le souffle grégorien aura renversé une dynastie d'évêques.

FAMILLES EN RELATIONS AVEC LES ISEMBERT

Deux familles paraissent en relations étroites avec les Isembert. Ce sont les Roy et les Oger.

1° Les Roy

On ne les rencontre guère que pendant une quinzaine d'années, entre 1015 et 1030 environ, dans des pièces mal datées du cartulaire de Saint-Cyprien. Trois personnages seulement se dégagent mais avec une netteté suffisante pour que leur parenté avec Isembert soit évidente : Gaucelme, son épouse Gerberge, et leur fils Gilbert.

Gaucelme figure vers 1015 parmi les nombreux témoins d'un chanoine de Saint-Pierre nommé également Gaucelme, qui concède des biens à Arciacus, à Dienné et dans la vicairie de Liniers (71). Vers 1020, il souscrit la convention relative à Saint-Maixent-le-Petit, avec sa femme et son fils ; il semble intervenir parmi les parents d'Isembert 1er (72). Ses ancêtres étaient installés à Saint-Maixent-le-Petit dès le temps de Frotier II : la " combe des Roy " constituait une des limites de l'alleu acheté par l'évêque à sa mère (73).

Gilbert assiste à la fondation de l'église du Saint-Sépulcre à Chauvigny vers 1025 (74). A la même époque, il renonce au supplément de coutumes qu'il a reçu de ses parents à Lurais et donne sa part de l'église de Saint-Bonifet, qui lui vient également de ses parents (75). Il commande probablement au château d'Angles-sur-l'Anglin, bien qu'il n'y précise pas son rôle (76) ; c'est sans doute au même titre que son père a imposé de nouvelles coutumes aux hommes de Saint-Cyprien à Lurais. On le rencontre également comme témoin de Gautier Granier et sa femme Anne la Blanche, à Mongadon, près de Lusignan, en compagnie d'Isembert 1er et de ses frères (77).

Après les environs de 1030, les Roy disparaissent. Leur parenté avec les Isembert ne semble pas pouvoir être mise en doute. Outre les indications précédentes on remarquera que les noms de Gaucelme et Gilbert se retrouvent chez les Isembert et qu'ils partagent avec Sendebaud l'église de Saint-Bonifet (78).

2° Les Oger

Dans la ville haute de Chauvigny, la famille Oger a tenu un fief avec un petit château construit à proximité de celui des évêques. Le premier membre identifiable avec certitude est Giraud Oger, dans le premier tiers du XIe siècle. Il se manifeste à l'occasion de donations dans la région de Chauvigny (79) et possède, au Mons Ebronis, une terre contiguë à l'alleu de Manassé (80). Ce double voisinage n'est probablement pas fortuit. Dès le début du XIe siècle, les évêques et les Oger étaient en relations.

Les ancêtres de Giraud Oger sont difficiles à discerner. Son surnom pourrait être le nom de son père ou de son grand-père. Vers 970, un Oger souscrit pour un complant à Preuilly-la-Ville, entouré de toutes parts d'une terre de Saint-Cyprien ; l'acte comporte aussi la souscription d'un Giraud (81). En 986 ou 987, un lévite nommé Aszon, frère d'un Oger, donne un autre comptant à Lurais, limité de trois côtés par une autre terre de Saint- Cyprien (82). Ces textes nous ramènent dans les villas où Frotier II a fait des donations à Saint-Cyprien. A Preuilly-la-Ville, les Sendebaud posséderont encore l'église dans le dernier quart du XIe siècle.


Ainsi se dessine un réseau de preuves et d'indices qui permet d'entrevoir, dès la génération de Frotier II, des relations de parenté ou de voisinage entre des groupes familiaux qui, lorsque les documents se multiplient, apparaissent solidement implantés à l'est du Poitou
et en Berry occidental, dans la région comprise entre Angles, Chauvigny, Haims et le Blanc, et tiennent en particulier les forteresses d'Angles et de Chauvigny.

A Saint-Maixent-le-Petit, les ancêtres des Roy sont voisins des parents de Frotier. Les Roy eux-mêmes interviennent parmi les parents d'Isembert 1er. A Lurais, un frère d'Oger possède un complant dans une terre de Saint-Cyprien faisant probablement partie de l'alleu concédé par Frotier. A Preuilly-la-Ville, paroisse contiguë à Lurais, Frotier a des biens non négligeables : "maxnilis, curtiferis, virdigariis, vineis, terris, pratis ". La veuve de Sendebaud y possède l'église, dédiée à saint Pierre. Il nous a semblé que les biens de Frotier dans cette villa pouvaient être de ceux qu'il désirait voir demeurer " in potestate Sancti Petri ". Si notre supposition était justifiée, on pourrait suspecter le caractère allodial de la propriété d'Agnès. Le texte est pourtant explicite à ce sujet : " Est autem hec ecclesia alodus nobilissime matrone Agnetis et filiorum ejus... ". Quoi qu'il en soit de l'origine de propriété, le voisinage est patent entre biens de Frotier et biens des Sendebaud. Il suffira de rappeler qu'Oger tient ici un comptant dans la terre de Saint-Cyprien pour constater que nos groupes familiaux concentrent leur intérêt en ce lieu.

On s'est demandé à juste titre comment les châteaux d'Angles et de Chauvigny sont entrés dans le temporel de l'évêché. Ont-ils été édifiés sur des terres de la cathédrale ou concédés par la famille des Isembert ?

A Angles, Isembert II détient à la fois la " potestas Sancti Petri ", en qualité d'agent de Saint-Pierre, et la puissance séculière comme chef du groupe des Isembert. Depuis quand ces derniers ont-ils la jouissance héréditaire d'Angles " secundum consuetudinem secularem " ? (83). D'après le pape Innocent III, l'église Sainte-Croix d'Angles a été édifiée par Isembert 1er, sa mère et ses frères (84), ce qui suppose une emprise familiale. Au temps même d'Isembert 1er, Gilbert Roy, qui a certainement du sang commun avec lui, et qui se dit " du château d'Angles ", perçoit à Lurais des coutumes que ses parents lui ont transmises. On peut ainsi remonter à la génération de Gaucelme Roy et de l'évêque Gilbert, c'est-à-dire au début du XIe siècle. Depuis cette époque au moins, la famille des évêques exerce à Angles le pouvoir que peuvent détenir des laïcs sur des terres d'église. Il est bien possible que ce soit Gilbert qui ait construit, dans le patrimoine de Saint-Pierre, le château dont la chapelle primitive était dédiée à ce saint. Jusque vers 1030 au moins, des parents, les Roy, assument le commandement de la forteresse.

Ensuite, pendant plusieurs décennies, ne nous parvient du château qu'un écho atténué (85). Vers 1080, l'autorité d'Isembert II est manifestement battue en brèche par des seniores qui, prélevant des coutumes, détiennent vraisemblablement à son détriment le pouvoir séculier, de sorte qu'on peut se demander si la renonciation solennelle qu'il fait de ces coutumes a des chances d'être suivie d'effet (86). Ces seniores ne sont pas nommés. Ce sont peut- être Hugues VI de Lusignan et son fils Hugues le Brun. En effet, dès les premières années de l'épiscopat de Pierre II, ces personnages disposent de l'église Sainte-Croix naguère fondée par Isembert 1er (87). Une notice du cartulaire de Saint-Cyprien les désigne comme domini du château (88). Ils le tiennent probablement en fief de l'évêque (89). Quelle est l'origine de leurs droits ? Sont-ils apparentés aux Isembert ou aux Roy ? Vers 1032, Isembert 1er, ses deux frères et Gilbert Roy sont témoins d'Anne la Blanche, qui est probablement proche parente d'Hugues le Blanc, père d'Hugues IV le Brun (90). Au début du XIIe siècle, Hugues VII le Brun possède des droits sur une terre et un bois près de la Grève (91). Or Ramnulfe et Isembert, les fils aînés de Sendebaud, ont des droits de même nature sur les mêmes biens (92). Ce ne sont pas là des preuves formelles. On constate aussi, il est vrai, qu'au temps de Gilbert, un oncle d'Hugues IV le Brun nommé Josselin est investi de la tour et des hommages de Vivonne en vertu d'une convention passée entre l'évêque et le comte. Hugues IV le Brun lui-même succéda à Josselin, pour partie des droits de celui-ci, par suite d'un accord entre Isembert 1er et Guillaume le Grand (93). Mais rien n'indique que le princeps du château de Vivonne n'ait pas été imposé par le comte à l'évêque au profit d'un vassal entreprenant (94). Et il n'est pas interdit de penser que Hugues VI a réussi à implanter sa famille à Angles à la faveur de la constante politique d'expansion des Lusignan.

A Chauvigny, la situation est moins nette. Beauchet-Filleau (95) croit à une propriété de l'évêché au temps d'Isembert 1er. Il s'appuie sur l'expression " pratum episcopalem " qui désigne un pré limitant la terre donnée à l'église du Saint-Sépulcre dans la ville basse. L'adjectif episcopalis signifie-t-il seulement " de l'évêché ", et ne peut-il s'appliquer à "ce qui est relatif à l'évêque " ? Il est probable que, dans la notice n° 210 du cartulaire de Saint-Cyprien, cette expression est la simple traduction d'une appellation locale du type "pré évescau " ou " pré de l'évêque " (96). La voix populaire ne cherche pas à exprimer des nuances qui lui échappent. Peu lui importe à quel titre l'évêque tient la terre, quelle est la nature de sa potestas. Dans la même notice on rencontre : in convalle castri sui Calviniaci, où le possessif renvoie au sujet Isembertus episcopus; nous ne sommes pas mieux renseignés. Par contre l'interdiction faite à tout évêque d'établir des coutumes sur le bourg de l'église semble un indice plus sérieux. On remarque également que, parmi les terres concédées, seul l'alleu d'Aillé est désigné comme tel, ce qui permet de supposer qu'Isembert 1er ne dispose des autres qu'à titre restrictif et qu'elles font partie du patrimoine de l'église Saint-Pierre. D'ailleurs la principale église de Chauvigny est dédiée à saint Pierre; il en est de même de la très ancienne église de Saint-Pierre-les-Eglises, qui dépendait de la collégiale. A quelques mètres de cette dernière s'élevait l'église Saint-Martial, placée sous l'invocation du saint qui, selon la tradition, aurait dédié à saint Pierre l'église cathédrale de Poitiers. On ne peut guère douter cependant qu'Isembert détient la puissance séculière au château. L'acte évoqué ci-dessus est souscrit par ses frères, son neveu le futur évêque, et son cousin Gilbert Roy; il n'existera jamais de seigneurs de Chauvigny autres que les évêques.

Le château est mentionné pour la première fois entre 992 et 1014 (97), pendant l'épiscopat de Gilbert. A cette époque apparaît un personnage nommé Guy de Chauvigny, qui tient peut-être une charge analogue à celle que tiendra le prévôt Aimeri sous Isembert 1er (98). Rien ne permet d'affirmer qu'il ait joué un rôle autre que celui d'un ministérial ; on ne voit pas non plus qu'il soit apparenté à la famille des évêques et ses rapports avec Aimeri ne sont pas clairs. A la fin du XIe siècle Hélie de Chauvigny a succédé à Aimeri comme prévôt, mais les textes sont muets sur ses origines (99). Contrairement à ce qui s'est passé à Angles, les successeurs d'Isembert II à la cathédrale ne perdront pas le contrôle du château. Ses cousins, les Sendebaud, conserveront des droits dans la place, mais le dominat leur échappera (100). D'autre part l'autorité directe sur Chauvigny sera considérablement fragmentée : quatre maisons fortes se dresseront en un étroit espace dans la ville haute, tout près du château épiscopal.

On aimerait pouvoir dire de quelle immunité jouissaient ces terres d'Église (101) et quelle part prirent les évêques dans la formation de ces châtellenies. On voit bien graviter autour des Isembert quelques personnages, les Cornevin (102), les Puel (103), Robert Bodoer (104), Etienne Rosel (105), Robert Manuet (106), Robert Cordol (107), Isembert Pautonner (108), Bernard Jarric (109), mais sans possibilité de déterminer la nature de leurs relations avec les maîtres de Chauvigny et d'Angles. La situation d'Isembert l'Asne est un peu plus nette ; on le voit tenir des fiefs à Chauvigny et à Angles (110).

Un flou analogue empêche de discerner l'emprise territoriale des forteresses. On ne rencontre jamais, au XIe siècle, la mention "châtellenie d'Angles ". C'est à peine si on peut constater que l'église Saint-Sénery de Pleumartin est tenue en fief d'Isembert II par Isembert l'Asne (111). Par contre on a quelques détails sur les coutumes imposées par les maîtres d'Angles dans l'alleu de Lurais (112). Il est bien question, vers 1020, d'une condita Calviniacensis castelli, et, vers 1090, d'un territorium Calviniaci castri (113), mais à propos d'Aillé, qui se trouve à quelques portées de flèche du château. Les deux baronnies étaient contiguës par les paroisses de Sainte-Radegonde, Lauthiers, la Puye et la Bussière (114). Comment s'est effectuée la délimitation des ressorts respectifs ? Au moins est-il permis de voir, en quelques points, au XIe siècle, l'influence des seigneurs de Chauvigny se heurter à celle des Morthemer et des Monthoiron. Près de Bonneuil, sur la rive gauche de la Vienne, à moins de deux heures de marche du château des évêques, Engelelme de Morthemer lève une coutume sur les serfs d'un alleu, vers 1065 (115). Au nord, Airaud de Monthoiron contrôle Bellefonds. Il perçoit des coutumes sur la terre de Saint-Cyprien qui avoisine l'important alleu qu'il y possède, vers 1080 ; il concède à cette abbaye toute sa vicairie, en même temps que son alleu (116). L'abbé Rainaud en découd avec son prévôt qui prétend notamment tenir en fief d'Airaud l'usage du bois vif dans les terres des moines (117).

On sait que, par delà la châtellenie de Saint-Savin, de nombreux fiefs du sud-est du Poitou relevaient de la baronnie d'Angles : Villemort, Flassac, Vrassac, Fontmoron, la Trimouille... (118). L'emprise du château gagna même le Berry, dans les communes actuelles de Lignac, Prissac, Dunet et Chalais (119). La châtellenie de "Vouhet-en-Poitou", dite des Vazois, qui relevait d'Angles, s'étendait sur les paroisses de Vouhet et Prissac, et, en partie, sur celles de Chalais et de Château-Guillaume (120). Le rattachement de Vouhet à Angles est vraisemblablement dû aux Isembert. En effet, aux environs de 1070-1080, on voit les domini de Voec posséder une terre à l'Epinasse, près de Chauvigny (121), et Pierre et Ramnulfe de Vouhet souscrire pour Lurais et Sainte-Sérène de Vicq, avec l'évêque et les Sendebaud (122). Parmi les fiefs éloignés, la châtellenie de Chitré (123) relevait de la baronnie de Chauvigny (124). Or, peu après le décès d'Isembert II, lorsque Hugues de Chitré donne à Saint-Cyprien sa dîme de Chitré et le rivage de la Vienne en aval de Savigny, il déclare tenir ces biens en fief de l'évêque de Poitiers (125). Il était vraisemblablement vassal d'Isembert II.

On voit donc, bien que les conditions nous échappent, que les prélats surent accomplir une oeuvre de rassembleurs de terres et d'hommages. La dispersion des fiefs relevant de leurs châteaux montre à l'évidence que les ressorts de ces châteaux n'ont pas été déterminés selon des critères de proximité qui sont habituellement ceux des découpages administratifs. Mais on ne saisit pas quelles forces favorisèrent ou entravèrent leur action. Sur la Gartempe, l'abbé de Saint-Savin réussit à contrôler quelques paroisses autour de son monastère (126), sans empêcher les seigneurs d'Angles d'étendre leur action bien au-delà, vers le sud-est. On regrette bien d'ignorer pourquoi les seigneurs de Chitré, voisins des vicomtes de Châtellerault, ont porté leur hommage à Chauvigny.

Dans quelle mesure les châtellenies recouvrent-elles les vicairies carolingiennes ? La question demeure sans réponse faute de bien connaître les vicairies de la région. Il est cependant curieux de constater que Lurais et Saint-Martin-la-Rivière, qui constituaient les points extrêmes de la grande vicaria Ranciacensis au nord-est et au sud-ouest, sont aussi aux extrémités des deux châtellenies contiguës. Vers le sud-est cette vicairie s'étendait jusqu'au Saleron, dans la région d'Haims, où les fiefs de Champignoles et Soulier relèvent secondairement d'Angles (127). Serait-ce en qualité de successeurs des vicaires de Rinsac (128) autant que par leurs relations familiales que les seigneurs d'Angles ont pu étendre leur domination dans les vallées du Saleron et de la Benaise ? Aux environs de Chauvigny, on constate que l'initiative des Isembert est limitée en deux points qui étaient dans le ressort de deux autres vicairies : à Arciacus, qui dépendait de Civaux, et à Bellefonds, qui était rattaché à Ingrandes. Chitré, au nord de Bellefonds, peut être considéré à ce titre comme une conquête.

 Notes

(1) " Recherches sur l'ancienne maison de Châtelaillon en Aunis " (Mémoires de la Soc. des Antiquaires de l'Ouest, t. XIII, 1846, p. 383-423 ; avec tableau généalogique p. 385).

(2) Cartul. de Saint-Cyprien n° 4, p. 5. Alfred Richard se demande si l'absence de Frotier n'est pas l'indice que sa donation ne fut pas spontanée (Histoire des Comtes de Poitou, tome I, p. 84).

(3) Gallia Christiana, II, 1159.

(4) Cartul. de Saint-Cyprien, n° 4, p. 5, note 2 et n° 185, p. 119.

(5) Ibid. n° 3, p. 5 : " Concedo ei donum ex hereditate mea que ex genitore et genitrice devenit michi, et quantumcumque super terram me visus sum habere ".

(6) Saint-Maixent-le-Petit : hameau, commune d'Haims, canton de la Trimouille, Vienne.

(7) Lurais : commune du canton de Tournon-Saint-Martin, Indre.

(8) Cartul. de Saint-Jean-d'Angély, n° 253, tome I, p. 309-311. Pour le prix de deux cents sous d'argent. Pourquoi cet acte était-il conservé dans les archives de cette abbaye ? Frotier avait-il précédemment fait don de ces alleux à l'établissement des bords de la Boutonne ? Le cartulaire n'en conserve aucune trace.

(9) L'église de Lurais est dite " capella in honore Sanctae Mariae fundata " dans l'acte de 914, et " ecclesia fundata in honore Sancte Fercincte " en 936.

(10) Affluent de l'Anglin.

(11) Peu nombreux, il est vrai : un ménage et quatre hommes à Saint-Maixent, deux ménages à Lurais.

(12) N° 183, p. 117.

(13) On ne connaît que celles de la paroisse. Celle-ci s'étend jusqu'à la " combe de Foussac " (hameau, commune d'Haims, à 4,5 km à vol d'oiseau au Nord-Ouest de Saint-Maixent-le-Petit). Elle comprend le village des Robins (hameau, même commune, à 2,5 km à l'Ouest de Saint-Maixent), puisqu'un jugement de l'évêque Alboin reconnaît que sa dîme dépend de l'église de Saint-Maixent (cartul. Saint-Cyprien n° 184, p. 118-119). Mais la villa Cusiacus (ancien nom des Robins) est différente de celle de Saint-Maixent (cartul. Saint-Cyprien n° 186 p. 120) et est donc étrangère à la donation de Frotier.

(14) Même référence que note 8.

(15) Preuilly-la-Ville : commune du canton de Tournon-Saint-Martin, Indre, limitrophe de celle de Lurais.

(16) Lieux inconnus. Ces villas sont localisées " in vicaria Pauliniacense " (Pouligny, près de Preuilly-la-Ville).

(17) Savigny : hameau, commune et canton de Vouneuil-sur-Vienne, Vienne.

(18) Milly : hameau, commune de Charais, canton de Neuville, Vienne.

(19) Taizé : commune du canton de Thouars, Deux-Sèvres.

(20) " et quantum ad ipsius ecclesiam pertinet totum et integrum illuc trado atque concedo... tali tenore ut non de potestate Sancti Petri disrumpere cupio... " (cartul. Saint-Cyprien n° 3, p. 5).

(21) " et de rebus Sancti Petri ad ipsam abbatiam pertinentem quam etiam de sua propria ditavit hereditate " (cartul. Saint-Cyprien n° 65, p. 58).

(22) En 909, le trésorier de la cathédrale Richard donne, à Savigny, un ancien alleu de sa mère, que celle-ci a concédé à Saint-Pierre de Poitiers en réservant l'usufruit à vie pour elle et son fils, moyennant le paiement d'un cens (n° 235, p. 153). Vers 934, la veuve du vicomte Aimeri demande à Frotier de concéder deux quartes de terre " in rem Sancti Petri " faisant partie du bénéfice de son mari, qui sont situées à Savigny, dans la même villa ; l'évêque accepte en imposant à l'abbaye un cens annuel d'un sou (n° 232, p. 150-151).

(23) Cartul. de Saint-Cyprien n° 126, p. 90. Pour la critique de cette date voir note 1, p. 90 du cartulaire.

(24) Ibidem n° 130, p. 91-92.

(25) Le mari pour mémoire dans le second acte.

(26) Il est dit prévôt dans la pièce n° 126 (cf. ci-dessus note 23) et archidiacre dans une charte de Nouaillé (p. 82).

(27) Gallia Christiana, II, 1160-1161, d'après la chronique de Saint-Maixent.

(28) Cartul. de Saint-Cyprien n° 130, p. 91.

(29) " nostris quoque consanguineis " (ibid., n° 3, p. 5).

(30) On doit faire remarquer également, sans insister, que le vicaire de Poitiers Maingaud, qui autorise la concession d'Isembert et Ode en 932 (cf. ci-dessus note 23), porte le même nom que le vicomte Maingaud, premier témoin de Bertaidis, mère de Frotier (cf. ci-dessus note 8).

(31) Cragon : ferme, commune de Saint-Jean-de-Sauves, canton de Moncontour, Vienne.

(32) Cartul. de Saint-Cyprien, n° 401, p. 254.

(33) Pour la date de sa mort, voir A. Richard, Histoire des Comtes de Poitou, I, p. 205, note 1. Il repose dans l'abbaye de Maillezais (Gallia Christiana, II, 1161-1162).

(34) Juin 975 - Cartul de Bourgueil, copie de Salmon, I, folio 149 : " S. Isemberti. S. Isemberti sui filii. S. Manassei " ; 989 - Chartes de Nouaillé, n° 59 ; 989 - Cartul. de Saint-Jean-d'Angély, n°5, I p. 25 ; 990-996 - Cartul. de Saint-Cyprien n°52, p. 52 ; Mai 995 - Ibidem, n° 521, p. 315 ; 990-999 - Ibidem, n° 507, p. 307 ; Septembre 999 - Besly, Hist. Comtes Poitou, Preuves, p. 267 (Charte de Bourgueil) ; mais Salmon, I, folio 203, indique : " S. Gisleberti presulis. S. Isemberti nepotis ipsius. S. Manasse similiter nepotis ipsius ", d'après le cartulaire du Père Fouquet ; 7 octobre 1001 ou 1002 - Cartulaire de Bourgueil; copie de Salmon, I, folios 216 et 217 : " S. Gisleberti episcopi. S. Gauzcelini fratris ejus. S. Manasse similiter fratris ejus. S. Isemberti fratris ipsorum " ; Sans date - cartul. de Saint-Cyprien, n° 228, p. 148.

(35) Cf. la pièce n° 228, p. 148, du cartul. de Saint-Cyprien, citée ci-dessus, note 34.

(36) 7 octobre 1001 ou 1002 ; cf. ci-dessus note 34.

(37) Faye, Mémoires de la Soc. des Antiquaires de l'Ouest, 1846, p. 391, et cartul. de Saint-Jean-d'Angély, n° 3, vol. I, p. 28-29 : " S. Vuillelmi comitis. S. Vuillelmi filii sui. S. Gisleberti episcopi. S. Ebulonis fratris sui " ; sans date.

(38) Il pourrait s'agir d'une erreur d'interprétation des souscriptions de l'original. Ainsi une pièce de Maillezais reproduite par Lacurie attribue à Gilbert un fils Guillaume qui est celui du comte (Hist. de l'abbaye de Maillezais, p. 205). Cet Eble est peut-être un membre de la famille comtale ; la notice n° 406 du cartulaire de Saint-Cyprien mentionne un Eble, frère d'un comte Guillaume, qui pourrait être tout aussi bien Guillaume le Grand que Guillaume Fièrebrace, comme en l'a supposé.

(39) Varennes : maison rurale, commune de Bonneuil-Matours, canton de Vouneuil-sur-Vienne, Vienne. Cartul. de Saint-Cyprien n° 228, p. 148 ; après 1001 ou 1002.

(40) Gaucelme n'avait peut-être pas d'enfant.

(41) Cartul. de Saint-Cyprien n° 341, p. 210 ; 987-990.

(42) Arciacus : lieu inconnu, situé près de Bonneuil, commune de Saint-Martin-la-Rivière, canton de Chauvigny, Vienne (cartul. de Saint-Cyprien n° 364, p. 225). Dans cette pièce il est dit seulement " clerc " ; sa qualité d'abbé est indiquée dans la notice suivante, où il souscrit pour un don d'Engelelme de Morthemer au même endroit, avec les mêmes témoins (année 986 ou 987).

(43) Cartul. de Saint-Cyprien n° 194, 341, 103, 488, 507, 52, 368.

(44) Saint-Paut-en-Gâtine : commune du canton de Moncoutant, Deux-Sèvres (Bruel, Chartes de Cluny, III, p. 723 et 739).

(45) Cartul. de Bourgueil ; copie de Salmon, I, folio 149 ; 975-986 : " S. domni Gisleberti Pictavorum episcopi ... S. Isemberti. S. Isemberti sui filii. S. Manassei ".

(46) Gallia Christiana, II, 1164.

(47) Cartul. de Bourgueil, I, folio 247 : " S. Gisleberti. S. Isemberti archidiaconi ". Richard (Comtes, I, p. 211, note 5) date la pièce de 1012.

(48) Cartul. de Saint-Cyprien n° 369, p. 228 (1004-1018) ; ibidem n° 261 p. 169 : " S. Gisleberti episcopi. S. Isemberti archidiaconi nepoti sui " (988-1020) ; charte de Maillezais, p. 205 de l'Histoire de l'abbaye de Maillezais par Lacurie : " S. Gisleberti episcopi. Pictaviensis. S. Isemberti ejusdem episcopi nepotis " (après 1018).

(49) Père de Monsabert, Chartes de Nouaillé, p. 181, note 1.

(50) Cartul. de Saint-Cyprien n° 185, p. 120 et n° 212, p. 139.

(51) Manassé de 1025 environ à 1041 (cartul. de Saint-Cyprien n° 274, p. 176 ; n° 185, p. 120; n° 210, p. 137 ; n° 212, p. 139 ; n° 211, p. 138 ; n° 433, p. 274 ; Chartes de Saint-Maixent n° 95, tome I, p. 118 ; Layettes du Trésor des Chartes, I, n° 16, p. 18-21 ; Epistolarum Innocentii III, édition Baluze, II, 1682, p. 509) ; et Sendebaud vers 1025-1030 (cartul. de Saint-Cyprien n° 185, p. 120, n° 210, p.137, n° 212, p. 139, n° 211, p. 138, n° 271, p. 175, n° 433, p. 274 ; Epistolarum comme ci-dessus).

(52) Cartul. de Saint-Cyprien n° 191, p. 125.

(53) Ibidem n° 185, p. 120 et 212, p. 139.

(54) Ibidem n° 191, p. 125-126.

(55) Ibidem n° 212, p. 139.

(56) Ibidem n° 261, p. 169.

(57) Chauvigny : chef-lieu de canton, Vienne. Angles-sur-l'Anglin : commune du canton de Saint-Savin, Vienne.

(58) Preuilly-la-Ville : cf. note 15 ci-dessus.

(59) Cartul. de Saint-Cyprien n° 210, p. 136-137.

(60) Aillé : hameau, commune de Chauvigny, Vienne. Ibidem n° 212, p. 138-139.

(61) Cf. plus haut note 51 : Epistolarum Innocentii III.

(62) Cartul. de Saint-Cyprien n° 195, p. 128.

(63) Ibidem n° 185, p. 119-120.

(64)  "et omnium fratrum suorum et parentium ".

(65) Richard, Comtes, I, p. 231, d'après Marchegay, Chroniques des églises d'Anjou, p. 392 ; Saint-Maixent.

(66) Cartul. de Saint-Cyprien n° 210, p. 137 ; n° 211, p. 138 ; chartes de Saint-Maixent, n° 95, I, p. 118.

(67) Richard, Comtes, I, p. 283, d'après Marchegay, Chroniques des églises d'Anjou, p. 408 ; Saint-Maixent. Il est enterré à Saint-Cyprien, dans la chapelle Notre-Dame ; note du XVIe ou du XVIIe siècle du cartul. de l'évêché de Poitiers (Archives Hist. Poitou, X, p. 384).

(68) Cartul. de Saint-Cyprien, n° 191, p. 124-126.

(69) Il est fils de Geoffroy 1er de Chauvigny et neveu du prévôt Aimeri.

(70) Dont il se vengera en reprenant à l'abbaye un mas à Vicq, canton de Pleumartin, Vienne (cartul. n° 201 et note 1, p. 131).

(71) Arciacus : lieu inconnu ; voir note 42. Dienné : commune du canton de la Villedieu, Vienne. Liniers : commune du canton de Saint-Julien-l'Ars, Vienne. Cartul. de Saint-Cyprien n° 369, p. 227 ; 1014-1018.

(72) Cartul. de Saint-Cyprien n° 185, p. 120.

(73) " ex una parte dividit eam nemus Dummet, et descendit in cumba Regum et deinde in cumba Fociaci " (Cartul. de Saint-Cyprien, n° 183, p. 117).

(74) Cartul. de Saint-Cyprien n° 210, p. 137.

(75) Saint-Bonifet, ferme, commune de la Puye, canton de Pleumartin, Vienne. Cartul. de Saint-Cyprien n° 207, p. 135.

(76) " Ego in Dei nomine Gislebertus de castello Ingla, Regualis cognominatus ". Cartul. de Saint-Cyprien n° 207, p. 135.

(77) Cartul. de Saint-Cyprien n° 433, p. 273-274 ; vers 1032 (1031-1046).

(78) Cartul. de Saint-Cyprien n° 206, p. 135 : concession des enfants de Sendebaud.

(79) Don du chanoine Hugues à Dienné : 988-1020 (vers 1015) ; cartul. de Saint-Cyprien n° 384, p. 237. Don du chanoine Thébault, à Chauvigny et aux environs : 1021-1047 (vers 1030) ; cartul de Saint-Cyprien n° 211, p. 138.

(80) Cartul. de Saint-Cyprien n° 228, p. 148 ; cf. note 39.

(81) Ibid., n° 196, p. 129.

(82) Ibid., n° 193, p. 127 ; cf. n° 188, p. 121, pour la parenté entre Aszon et Oger.

(83) Formule usitée à la même époque à propos de l'église Saint-Georges de Vivonne (cartul. de Saint-Cyprien n° 429, p. 270-271).

(84) Cf. note 51 : Epistolarum. Innocentii III.

(85) Henri, qui prend le surnom d'Angles, est un miles (cartul. de Saint-Cyprien n° 201, 202, 203).

(86) Cf. note 68.

(87) Cartul. de Saint-Cyprien, n° 208, p. 135. On les voit aussi souscrire, vers 1070, pour l'église Saint-Sénery de Pleumartin concédée par Isembert II et Isembert l'Ane, ce dernier vraisemblablement comme seigneur de Pleumartin et vassal de l'évêque (cartul. de Saint-Cyprien n° 219). Au XIIe siècle Joscerand l'Ane est seigneur de Pleumartin (Beauchet-Filleau, Dict. des familles du Poitou, 1891, I, p. 78) et le fief de Pleumartin relevait d'Angles (Rédet, Dict. topog. Vienne, article Pleumartin).

(88) N° 43 p. 45 ; vers 1110.

(89) En 1282 Hélie d'Angles vend les deux tiers du château et de la châtellenie, qu'il tient en fief de Gauthier de Bruges à cause de l'église de Poitiers. Ses prédécesseurs les ont tenus pour la même raison des prédécesseurs de l'évêque (Archives Hist. Poitou, X, p. 64, 65, 66).

(90) Cartul. de Saint-Cyprien, n° 433, p.
274.

(91) Commune de Vendeuvre, canton de Neuville, Vienne.

(92) Cartul. de Saint-Cyprien, n° 22, p. 25-27.

(93) Conventio inter Willelmum ducem Aquitaniae... et Hugonem dominum de Liziniaco (Historiens de France, XI, p. 535, B-C.

(94) L'appartenance de la terre de Vivonne à l'église cathédrale résulte des termes de la notice n° 429 du cartulaire de Saint-Cyprien. Vers 1095, l'église Saint-Georges de Vivonne est aux mains de l'archidiacre Hervé et de son frère Pierre Fort, qui l'ont reçue de leurs parents. Divers autres personnages, Hugues de Lusignan, Hugues de la Celle, Engelelme, Pierre et Bernard de Morthemer, ont des droits sur l'édifice. Mais les moines de Saint-Cyprien, à qui il est donné, devront payer annuellement dix sous à l'église de Poitiers. C'est la reconnaissance du droit éminent de Saint-Pierre. Les évêques conserveront d'ailleurs l'hommage du château, alors que l'autorité séculière s'émiettera, vraisemblablement par division successorale. S. Painter (The lords of Lusignan) n'a pu démêler les droits respectifs des Lusignan et d'une famille dite de Vivonne. Guillaume Fort, seigneur de Vivonne en 1257 (Chartes de Saint-Hilaire, I p. 283) est probablement un descendant des Fort du XIe siècle.

(95) Dictionnaire des familles du Poitou, article Chauvigny.

(96) Cf. le nom de la Celle-Lévescault, qui appartenait aux évêques de Poitiers, et les expressions : " le boys monseignor l'evesque de Poyters " (à Chauvigny, 23 mai 1309 ; Archives Hist. Poitou, X, p. 283) ; " en prez do dit evesque " (également à Chauvigny ; 25 mai 1309 ; ibidem, p. 291).

(97) Chartes de Nouaillé, n° 78, p. 131-132.

(98) Pour Guy de Chauvigny, cf. cartul. de Saint-Cyprien n° 368, 369, 384. Pour le prév6t Aimeri, ibid., n° 210.

(99) Trois chartes du cartulaire de Saint-Cyprien (n° 368, 369, 384) permettent de distinguer deux groupes familiaux dans la région de Chauvigny :

Hugues, chanoine de Saint Pierre, a hérité de sa mère Ode, à Dienné, un important alleu sur lequel travaillent dix familles de serfs (Saint-Cyprien n° 384 ; 988-1020 ; vers 1015). Il est le frère de Guy de Chauvigny et d'Hélie. On devine, par le don qu'il fait de cet héritage, que la famille maternelle de Guy de Chauvigny tient un rang honorable parmi les alleutiers de la région. Gaucelme, autre chanoine de la cathédrale, a lui aussi reçu de sa mère, Engelaidis, un alleu qu'il donne à Saint-Cyprien. Cet alleu provient de son grand-père maternel Emenon. Il est situé pour la plus grande part à Arciacus, près de Bonneuil (commune de Saint-Martin-la-Rivière) mais comprend aussi un ménil à Dienné. Il y ajoute un autre alleu dans la vicairie de Liniers (cartul. Saint-Cyprien n° 368 et 369 ; 988-1020 et 1011-1018).

Il existe certainement d'étroites relations entre Hugues
et Guy de Chauvigny d'une part et Gaucelme et son frère Hubert Pollent de l'autre. Ils sont possessionnés à Dienné. Ils souscrivent les uns pour les autres, Guy et Hugues pour Gaucelme, Gaucelme et Hubert Pollent pour Hugues. Il n'est pas impossible que Hugues et Guy, qui souscrivent immédiatement après Aimeri, le frère d'Engelaidis, soient les enfants d'Aimeri ; auquel cas Aimeri serait le mari d'Ode. Quoi qu'il en soit, on remarque que le prévôt Aimeri, qui paraît vers 1025, et pourrait avoir succédé à Guy de Chauvigny, porte le nom du frère d'Engelaidis, et que le prévôt Hélie, successeur d'Aimeri, porte le nom d'un frère de Guy de Chauvigny et appelle Aimeri l'un de ses fils (cf. Beauchet-Filleau, 1895, Chauvigny). Ainsi la charge prévôtale a pu être héréditaire à Chauvigny au XIe siècle.

(100) Vers 1190, Isembert Sennebaud possède une " maison " à Chauvigny (cartulaire de la Merci-Dieu p. 38-39, n° XXXVIII). Le Bois Sennebaud (hameau commune de Chauvigny) leur doit peut-être son nom.

Au moment où les Sendebaud voient Chauvigny leur échapper ils sont vraisemblablement déjà installés au Blanc. En effet, Isembert et Pierre Sendebaud souscrivent en compagnie de Garnier du Donjon et ses frères pour l'alleu d'Aillé (vers 1090 ; cartul. Saint-Cyprien n° 213). Pour la seigneurie du Donjon du Blanc,
cf. Chantal de la Véronne, Histoire du Blanc, p. 7-14 (Mémoires de la Société des Antiquaires de l'Ouest, année 1962).

(101) On ne voit jamais le comte intervenir, ni à Angles, ni à Chauvigny, notamment lors de la fondation de l'église du Saint-Sépulcre (cartul. de Saint-Cyprien n° 210).

(102) Garnier Cornevin souscrit l'acte de fondation du Saint-Sépulcre de Chauvigny vers 1025 (cartul. de Saint-Cyprien n° 210). Quelques années plus tard, il témoigne pour une donation de terres aux environs de Chauvigny (vers 1030 ; ibidem n° 211). Une pièce des environs de 1015 relative à Dienné nous apprend qu'il est fils d'Atton (ibidem n° 384). Vers 1065, un autre Garnier Cornevin, fils d'un Atton et neveu d'Hugues et de Guy, se fait le défenseur de Saint-Cyprien à Arciacus pour un serf autrefois donné par son père et ses oncles (ibidem n° 362). Vers 1072 il souscrit pour une concession d'un homme de Geoffroy de Chauvigny, en compagnie d'Hélie, prévôt de Chauvigny (cartul. de Saint-Jean-d'Angély, n° 257, I, p. 315). Déjà, en 986 ou 987, un Garnier, probablement son ancêtre, possédait à Arciacus une terre contiguë à celle de l'abbé Seguin, le cousin de l'évêque Gilbert (cartul. de Saint-Cyprien n° 364).

(103)
Hélie Puel souscrit l'acte de fondation du Saint-Sépulcre de Chauvigny (Vers 1025 ; cartul. de Saint-Cyprien n° 210). Un autre Hélie Puel, probablement, signe un contrat de mariage en 1084 ; parmi les biens cités sont une vigne et une maison à Chauvigny (Saint-Hilaire n° 96, I, p. 105). Pierre et Giraud Puel possèdent des cens près de Chauvigny, dans une terre nommée Alemania, vers 1080 (cartul. de Saint-Cyprien n° 216). Le premier témoigne dans un plaid tenu à Chauvigny (1077- 1091; Nouaillé n° 135 et 136).

(104) Robert Bodoer
est témoin, vers 1015, du chanoine Hugues, frère de Guy de Chauvigny, pour une concession à Dienné (cartul. de Saint-Cyprien n° 384 ; cf. ci-dessus, note 102, Garnier Cornevin), et, vers 1025, pour la fondation de l'église du Saint-Sépulcre de Chauvigny (cartul. de Saint-Cyprien n° 210). La Bedourie, hameau de la commune de Chauvigny, paraît perpétuer le nom de la famille Bodoer. En effet, on rencontre des Bodoer à la fin du XIIe siècle dans cette région (Archives Hist. Poitou, tome 57, p. 27 et 28 ; aveu et dénombrement du fief des Goupillères, près Boussec, même commune).

(105) Etienne Rosel
, qui tient des vignes au Breuil de Chauvigny vers 1060 (Saint-Cyprien n° 215), témoigne pour Isembert II et les Sendebaud à Lurais et à Vicq aux environs de 1070 et 1080 (cartul. de Saint-Cyprien n° 191 et 202).

(106) Robert Manuet est témoin du don de l'église Saint-Bonifet (cornmune de la Puye) par Isembert Sendebaud et ses frères (cartul. de Saint-Cyprien n° 206) et de L'Epinasse (commune de Chauvigny) par Robert le Comte (cartul. de Saint-Cyprien n° 214).

(107) Robert Cordol témoigne à propos de l'Epinasse
vers 1080 (cf. ci-dessus note 106). En 1309 on indique les droits de défunt Airaud Cordou à Vangueil (commune d'Archigny), Chauvigny, Bellefonds, Archigny, L'Epinasse, etc. En ce dernier lieu sont alors nommés des Bois Cordou (Archives Hist. Poitou, X, p. 265, 268, 269, 270).

(108) Isembert Pautonner témoigne pour les Sendebaud à Saint-Bonifet, vers 1075 (Saint-Cyprien, n° 206), et, en leur compagnie, pour l'alleu d'Aillé, vers 1090 (
Ibid., n° 213).

(109) Bernard Jarric souscrit la charte de fondation du Saint-Sépulcre de Chauvigny, vers 1025 (cartul. de Saint-Cyprien n° 210).

(110) Isembert l'Asne tient des vignes d'Isembert II au Breuil de Chauvigny (cartul. Saint-Cyprien n° 217), concède l'église Saint-Sénery de Pleumartin qu'il semble tenir aussi d'Isembert II (ibid. n° 219), possède en fief une partie des moulins d'Angles (ibid. n° 200) et souscrit pour Lurais (ibid. n° 191) et Vicq (ibid. n° 202).

(111) Cartul. de Saint-Cyprien n° 219.

(112) Cartul. de Saint-Cyprien n° 207 (vers 1025) et 191 (vers 1070).

(113) Cartul. de Saint-Cyprien n° 212 et 213.

(114) Rédet, Dict. topog. Vienne ; articles Chauvigny, Angles, la Puye.

(115) A Arciacus, lieu aujourd'hui inconnu (cartul. de Saint-Cyprien n° 362). Son ancêtre Engelelme possédait d'ailleurs un alleu au même endroit (ibid. n° 365 : année 986 on 987). Le fief de Saint-Martin-la-Rivière relevait en partie de Chauvigny et en partie de Morthemer. Au nord de Bonneuil, la châtellenie de Morthemer s'étendait dans la paroisse de Saint-Pierre-les-Eglises (aujourd'hui commune de Chauvigny), vraisemblablement jusqu'à la voie romaine. Les Goupillères (lieu détruit près Boussec) et Boussec relevaient de Morthemer (Rédet, Dict. topog, Vienne).

(116) Cartul. de Saint-Cyprien n° 221.

(117) Vers 1090 et vers 1096 (cartul de Saint-Cyprien n° 220). La seigneurie de Bellefonds relevait de Monthoiron et la châtellenie de Monthoiron de la vicomté de Châtellerault (Rédet, Dict. topog. Vienne). Le vicomte Boson est témoin de l'une des transactions.

(118) Communes de Villemort, Béthines, Liglet, la Trimouille, Journet (d'après Rédet,
Dict. topog, Vienne, passim, et Archives Hist. Poitou, X, cartul. de l'évêché de Poitiers, passim).

(119) Cantons de Bélâbre et Saint-Benoît-du-Sault, Indre.

(120) E. Hubert, Cartulaire des seigneurs de Châteauroux, p. X ; et Archives Hist. Poitou, X, p. 324-325 (Hommage de Guillaume, sire de Vouhet, à l'évêque de Poitiers, du 7 mars 1311).

(121) Cartul. de Saint-Cyprien, n° 214.

(122) Ibid. n° 191 et 202.

(123) Commune de Vouneuil-sur-Vienne.

(124) Voir in Archives Hist. Poitou (tome X, p. 274-277) l'hommage de Jeanne de Chitré du 8 avril 1309.

(125) Cartul. de Saint-Cyprien n° 598 ; vers 1090.

(126) Nalliers, Paizay, Saint-Germain, Antigny, notamment.

(127) Cartul. de Saint-Cyprien n° 231 (année 963 ou 964) ; n° 230 (année 989), n° 367 (vers 1000) ; n° 363 (vers 1007). Champignolles et Soulier, commune de Journet, mouvaient de la Trimouille qui relevait d'Angles (Rédet, Dict. topog. Vienne ; articles Champignolles, Soulier, la Trimouille).

(128) Rinsac, ferme, commune de Saint-Pierre-de-Maillé, non loin d'Angles. Pour la vicaria Ranciacensis, voir M. Garaud, " Les circonscriptions administratives du comté de Poitou.... ", p. 34 du tiré à part ; et J. Duguet, " Note sur deux vicairies poitevines ", Bulletin de la Société des Antiquaires de l'Ouest, 1er trimestre 1962, p. 394.

Publié dans le bulletin de la Société des Antiquaires de l'Ouest, 3e trimestre 1971, 4e série, tome XI, p. 163-186.

 

Modifications et compléments à ce texte (février 1999)

 Le groupe de Pierre

Pierre intervient à titre personnel dans deux actes. Par le premier, daté de 932, les époux Isembert et Ode concèdent à un certain Joseph une terre pour y édifier un moulin à eau, dans leur alleu de la villa de Cragon, dans la vicairie de Sauve, avec l'accord de leurs enfants, Pierre et Robert, le premier alors prévôt de Saint-Pierre, du vicaire de Poitiers Maingaud, du vicaire de Sauve Adalard et de son fils Israël. En 963 au plus tôt, Pierre étant devenu évêque et Isembert étant décédé, Ode donne au monastère de Saint-Cyprien de Poitiers " son alleu " de Cragon, comportant le moulin édifié par Joseph, avec le consentement de ses mêmes fils, Pierre et Robert, et avec les souscriptions des mêmes vicaires.

Dans le second acte on remarque la souscription de l'archidiacre Gilbert, qui s'insère entre celles des deux frères et des deux vicaires. Faye s'est fondé sur cette souscription pour considérer Gilbert comme fils de Robert. Cette éventualité est peu probable car on ne retrouve pas le nom de Robert dans les générations suivantes. Il semble bien pourtant que Gilbert souscrive à titre privé ; ce serait alors en qualité de petit-fils d'Ode et chef de sa génération. Il faudrait ainsi identifier la famille du gendre d'Ode.

 

La génération de Gilbert

On connaît trois frères à Gilbert, Gaucelme, Isembert et Manassé, presque toujours nommés dans cet ordre, qui est probablement l'ordre de primogéniture, mais on ne peut savoir la place chronologique de Gilbert dans sa génération, car, en qualité d'évêque, il est toujours désigné le premier. Cependant, le nom de Gaucelme attribué à l'aîné de ses frères suggère que les quatre frères sont les fils d'un personnage dans la famille duquel les noms Gilbert et Gaucelme sont traditionnels. Or on retrouve ces noms dans une famille Roy qui est représentée, au début du XIe siècle, par Gaucelme Roy et par son fils Gilbert Roy, ce dernier signalé comme installé au château épiscopal d'Angles. L'évêque Gilbert et ses frères apparaissent ainsi comme vraisemblablement fils d'un membre de cette famille Roi, qui aurait épousé une fille d'Isembert et Ode.

La seule donation de la génération parvenue à notre connaissance est due à Manassé; elle a pour objet un alleu situé au Mons Ebronis, près de la villa de Varennes. Cette terre est un bien d'héritage car Manassé précise qu'il détient la part de son frère Gaucelme depuis le décès de celui-ci, et celle d'Isembert par suite d'un échange. Le Mons Ebronis n'est pas identifiable aujourd'hui, mais il doit se situer au-dessus de Varennes, où s'est précisément conservé le nom de " bois des Rois ". Ainsi, les quatre frères appartiendraient à une famille Roy, dont ils n'ont pas retenu le surnom, à la différence de leurs cousins Gaucelme Roy et Gilbert Roy.

 La génération d'Isembert I

Isembert I est fils d'Isembert ci-dessus et d'une Theotberga avec laquelle on fait connaissance au début de son épiscopat. Nous ne savons rien d'autre de cette dame, mais son fils Sendebaud semble avoir reçu un nom de sa famille. On connaît en effet deux frères à Isembert I, Manassé et Sendebaud, qu'on rencontre surtout dans son sillage, et plusieurs soeurs mentionnées une seule fois, sans que leurs noms soient précisés.

Son frère Manassé épouse Amélie, veuve du vicomte de Châtellerault Boson I. Ainsi devient-il vicomte durant la minorité d'Acfred, fils aîné de sa femme. En effet, deux pièces du cartulaire de Saint-Cyprien permettent de constater qu'il a succédé à Boson I. Dans l'une, il apparaît comme troisième vicomte poitevin, en compagnie de Geoffroy [de Thouars] et de Chalon [d'Aulnay] (cartul. de Saint-Cyprien n° 489, p. 297-298). Dans l'autre, il agit en qualité de vicomte de Châtellerault en souscrivant, seul vicomte et seul personnage important laïque ou ecclésiastique, une concession de biens situés in vicaria de Castro Araldi et en particulier dans les actuelles communes de Châtellerault et de Targé (Ibid. n° 274, p. 176). Le dernier acte datable où l'on rencontre le vicomte Boson I se situant après le 21 novembre 1012 et le premier acte où figure Acfred en qualité de vicomte étant de l'an 1025, c'est entre ces deux dates qu'il faut situer Manassé comme vicomte de Châtellerault, soit pendant une douzaine d'années au maximum (1).

 Sendebaud épouse Agnès, de la maison de Montmorillon, qui est encore vivante vers 1080 (2).

 La génération d'Isembert II

Isembert II est le seul fils connu de Manassé et d'Amélie. Il est donc né après la fin de 1012. Il décède en 1086, environ septuagénaire. Il ne subsiste aucun acte de donation émanant de lui, mais une intervention à Lurais en faveur du monastère de Saint-Cyprien en butte aux exigences des " seigneurs qui revendiquent le château d'Angles ". Cet acte est cependant riche d'informations sur la famille. En effet, Isembert y désigne son père Manassé, sa mère Amélie, son oncle Sendebaud, qui reposent tous trois au monastère de Saint-Cyprien, Agnès, veuve de Sendebaud, et ses fils et filles : Ramnulfe, Isembert, Gaucelme, Aimeri, Pierre, Gilbert, Aigles et Eustachie. Le nom du fils aîné d'Agnès, qui est nouveau dans la famille, provient probablement de celle Montmorillon.

 Après le décès d'Isembert II

Après le décès d'Isembert II, en 1086, ne survivent de ses cousins germains que Ramnulfe, Isembert et Pierre. Le second est alors le candidat familial à l'épiscopat. Il est écarté au bénéfice de Pierre de Chauvigny, notamment à cause de l'opposition de l'abbé de Saint-Cyprien Rainaud, car il est marié et a reçu récemment l'archidiaconat.

Cet échec met fin à une organisation où l'évêque est chef de famille et répartit les droits familiaux. Ramnulfe, Isembert et Pierre se partagent alors les biens patrimoniaux et matrimoniaux. Pour l'essentiel, Ramnulfe reçoit les droits patrimoniaux aux environs d'Angles, Isembert ceux de Chauvigny et Pierre les biens matrimoniaux à Montmorillon. C'est pourquoi, quand l'abbé Rainaud décide de demander à chacun des trois frères d'autoriser par avance les donations susceptibles d'être faites à son monastère, il se déplace successivement à Lurais où Ramnulfe consent sur l'autel du lieu, à Chauvigny où Isembert le reçoit dans l'église Saint-Just, et à Montmorillon, où Pierre l'accueille chez lui - le monastère ne possédant pas d'église à Montmorillon -, sur le point de partir pour Rome (cartul. de Saint-Cyprien n° 218) (3).

 La descendance des trois frères

Nous ne la connaissons que partiellement mais suffisamment pour constater que les hommes portent le surnom de Sendebaud, bientôt déformé en Sennebaud qui devient ainsi un nom de famille. Il nous est impossible d'identifier la descendance éventuelle de Ramnulfe mais celles d'Isembert et de Pierre peuvent être appréhendées, malgré quelques lacunes. Pour les descendants d'Isembert, on peut dresser une généalogie suivie à partir du milieu du XIIe siècle et constater qu'ils tiennent à Chauvigny le fief dit plus tard de Gouzon (4). Ceux de Pierre sont décelables dans une famille dite de Magnac, qui tient un important fief à Montmorillon (5).

 Notes

 (1) Pour Manassé vicomte baillistre, voir mon étude intitulée " Notes sur les vicomtes de Châtellerault, XIe siècle-XIIIe siècle ".

(2) Pour l'origine d'Agnès, voir mon article intitulé " La question des seigneurs et des fiefs de Montmorillon ", inédit.

(3) Rédet a situé l'acte vers 1085, soit peu avant le décès d'Isembert II. Nous pensons qu'il se situe peu après, en conséquence de l'échec d'Isembert à l'épiscopat.

(4) Voir mon article intitulé " Les Sennebaud à Chauvigny ", dans Le Pays Chauvinois", bulletin de la Société de recherches... de Chauvigny, n° 24, juillet 1986, tome III, p. 349-351.

(5) Même référence que note 2.