Une inspiratrice saintongeaise méconnue

Marguerite de Queux

 

Surgères a pour sa renommée la "chaste saintongeoise" courtisée par Ronsard, dont le nom oriente la rêverie vers une riche mythologie. Soubise aurait pu se prévaloir d'une fleur de jeunesse, si le poète local Mage de Fiefmelin avait eu le talent du Vendômois et s'il eût composé pour Marguerite de Queux plus de deux petites strophes.

Cette Marguerite, en effet, a eu si peu de notoriété qu'elle passerait presque inaperçue dans la généalogie des de Queux de Saint-Hilaire si l'érudition locale du XIXe siècle ne lui avait consacré quelques recherches, à l'initiative de Théophile de Bremond d'Ars (1). On la situe cependant sans difficulté dans sa famille, parce qu'elle est désignée comme fille de "M. Robert" par Mage de Fiefmelin et parce que Marguerite Robert est connue d'autre part, comme épouse de René de Queux, sieur des Tranquards, en Saint-Jean-d'Angle. Fiefmelin, qui a fréquenté de nombreuses familles de la région, a dédié à René de Queux une de ses Épigrammes et des stances dans Les Muses célestes, et il a envoyé un compliment à sa femme, suivi de deux strophes pour sa fille.

Théophile de Bremond d'Ars a publié quelques autres vers inspirés par cette Marguerite. Ils sont l'oeuvre d'un nommé Garipault, qui n'a pas été identifié mais qui se présente comme un cousin de la "fleur".

Ces beautés sont datées, sans autre précision : "ce dimanche soir, à Saintes". Elles figurent dans un billet dont l'adresse est ainsi libellée : "A madamoyselle madamoyselle Marie de Queulx, à Saint-Hillaire" (3).

Mage de Fiefmelin appelle son inspiratrice Marguerite alors que Garipault la désigne du prénom de Marie. La mère, qui est souvent dite Marie Robert, est désignée sous le nom de Marguerite Robert dans le contrat de mariage de son fils Jacob avec Jeanne Jolly, le 10 novembre 1601. Il est probable que la mère et la fille ont eu deux prénoms, Marie et Marguerite, et que l'un ou l'autre a prévalu suivant les circonstances.

Née vers 1575-1580, Marguerite était d'une génération postérieure à Hélène de Fonsèque, qu'un contrat de 1592 montre retirée au château de Surgères, approchant alors de la cinquantaine, alors que Ronsard prend son repos "par les ombres myrteux". A l'époque de la missive de Garipault, elle résidait à Saint-Hilaire, probablement chez son frère Jacob. On ignore quand ce dernier est devenu seigneur de Saint-Hilaire, en Soubise. Mageau affirme que c'est par héritage de son cousin Ogier-Alexandre, qui est mort en 1666 (4). Or le testament de Jacob a été ouvert à Soubise le 13 mars 1624. Faudrait-il lire 1606 ? Ce qui est certain, c'est que Jacob de Queux était en possession de Saint-Hilaire au début de 1607 : le 29 janvier de cette année, il est dit "escuyer, sieur de Sainct Hillayre, eschevin de la ville de Sainct Jehan et y demeurant", dans un acte passé devant Rocquemadour, notaire royal à Saintes. Dès cette date, donc, la discrète fleur de Saintonge pouvait résider à Saint-Hilaire.

Nous ignorons si le marquis Auguste de Queux de Saint-Hilaire, dernier représentant de la lignée des Saint-Hilaire, s'est intéressé à Marguerite. Selon le même Mageau, François Coppée passa à Saint-Hilaire une partie de l'automne 1886, dans la résidence du marquis, où il composa un poème intitulé Le Rêve de Marguerite (5). S'agit-il de notre Marguerite de Queux, le marquis, qui faisait partie de la Société des Archives Historiques, ne pouvant ignorer la recherche dont celle-ci était alors l'objet ? Un connaisseur de l'oeuvre de Coppée pourrait-il nous renseigner sur ce poème ?

Notes

(1) Bulletin de la Société des Archives Historiques de la Saintonge et de l'Aunis, tome I, 1876-1879, p. 169-170 et 172-174.

(2) D'après La Morinerie, ibid., tome III, 1881-1882, p. 412-413.

(3) Même bulletin, tome I, 1876-1879, p. 172-174.

(4) E.A. Mageau, Soubise, une page d'histoire locale, p. 154.

(5) Ibid., p. 158.

Les indications sans notes proviennent des archives de la famille de Queux, que M. Chavagnat a aimablement mises à notre disposition.

Publié dans Roccafortis, bulletin de la Société de Géographie de Rochefort, 3e série, tome II, n° 13, janvier 1994, p. 215-217.