AU SUJET DES MESURES AGRAIRES DE L'ANCIEN RÉGIME

DANS LE DIOCÈSE DE SAINTES

 

Deux notes publiées par Jean Drilleau et Robert Beau dans Aguiaine (1) montrent que la vaste et épineuse question des anciennes mesures intéresse toujours de nombreuses personnes. Jean Drilleau a repris un tableau officiel de correspondances qui concerne les unités d'arpentage et il a cité des extraits d'actes mentionnant des évaluations approximatives. Ce sont peut-être ces dernières qui intriguent le plus aujourd'hui, parce qu'elles sont l'expression d'une perception de l'espace en voie de disparition et correspondent à des pratiques tombées en désuétude. Une lumineuse explication de Robert Beau concernant les "routes" de pré -  bandes dessinées par la faux et matérialisées par les chutes d'herbes - et les "sillons" de terre - qui ne sont pas des unités de mesure mais tout simplement les sillons tracés par la charrue - vient à point nous rappeler ou nous apprendre, selon notre âge et notre milieu d'origine, quelques-unes de ces pratiques. L'intérêt manifesté pour un inépuisable sujet nous incite à regrouper des notes personnelles sur les mesures de certaines châtellenies, avec l'espoir qu'elles seront utiles aux chercheurs et aux curieux.

Évaluation approximative et arpentage

Tous ceux qui ont pratiqué l'évaluation approximative disent que la précision en était suffisante. Nous ne saurions mettre leur appréciation en doute. D'ailleurs l'évaluation exacte d'une superficie ne présentait guère d'intérêt que pour les petits terrains, c'est-à-dire surtout en milieu urbain, notamment pour déterminer le cens dû par une maison ou un jardin au seigneur foncier. Pour les propriétés importantes, il en allait autrement, les bâtiments ne représentant qu'une petite partie de la valeur du bien. On en a la preuve dans les descriptions de haute époque, qui mentionnent les terres, prés, vignes, bois, eaux, étangs, moulins, pêcheries..., mais ne fournissent aucune indication sur les bâtiments. D'ailleurs le cultivateur savait mieux que quiconque que la valeur d'un terrain dépendait dans une large mesure de la fertilité du sol. Par exemple, avant l'utilisation des prairies artificielles, les prés étaient très recherchés, pour l'élevage des vaches et des chevaux. C'est pourquoi, même exprimées en mesures définies, les superficies étaient bien souvent indiquées de façon approximative : "dix journaux ou environ de terre labourable". Ces journaux comprenant le plus souvent des portions d'inégale valeur, leur prix avait été convenu globalement, non, bien sûr, sans marchandages préalables. Dans ces conditions, on ne s'étonne pas que l'arpentage ait été pendant longtemps assez peu répandu, ce qui explique qu'on ait distingué certaines terres en leur appliquant la désignation d'"arpentis", par opposition aux terrains environnants qui étaient traditionnellement évalués "à vue d'oeil".

Cependant il est évident qu'un besoin de plus grande précision est à l'origine d'unités exactement définies par mesurage, avec des "perches" ou des chaînes, et usitées pour des propriétés d'une certaine étendue. Il faudrait pouvoir cerner les conditions d'emploi de deux systèmes qui procèdent de perspectives et de préoccupations différentes. Le plus ancien arpentage connu pour l'Aunis est du milieu du XIIIe siècle; il concerne le vignoble du comte de Poitiers dans le Grand Fief d'Aunis, au nord de la Rochelle. Les motivations du comte sont connues : il s'agissait d'évaluer exactement les superficies des parcelles de vigne, afin d'y appliquer un tarif de cens. Cependant cet exemple est isolé dans le temps et on ne trouve guère trace d'arpentages avant le XVIIe siècle.

Mesures définies selon des étalons

Certaines ont reçu des noms de mesures approximatives établies par l'usage en fonction du travail ou de la quantité de semence. C'est ainsi que le journal a été primitivement la superficie moyenne de terre travaillée en une journée et que la boisselée est à l'origine la superficie correspondant à un boisseau de semence. La Saintonge et l'Angoumois ont privilégié le terme journal quand ces "provinces" ont eu à désigner leur principale mesure agraire d'arpentage, mais le Poitou, pour une part au moins, a préféré la boisselée, suivi en cela par le marquisat de Ruffec. Les deux termes se sont conservés mais ont été adaptés aux mesures du système métrique. Ainsi, en Saintonge, le journal est actuellement pris pour un tiers d'hectare, du moins quand on en parle encore; c'est la valeur approximative de l'arpent de Paris. Cette valeur correspond à un travail avec des animaux. Par comparaison, le journal de Chauvigny (Vienne), qui ne mesure que 5 ares environ, a été établi d'après des labourages " à bras ".

En Angoumois, jusqu'à la fin de l'Ancien Régime, on s'est référé au pied de Guyenne. Chaque seigneur définissait sa chaîne en fonction de ce pied, dont il conservait le "cep", c'est-à-dire l'étalon, mais les ceps des différentes châtellenies n'étaient pas identiques. On s'en est avisé tardivement, quand un seigneur a pris l'initiative de faire comparer son cep à celui qui était conservé à Bordeaux sous le même nom. Pourquoi cette référence au "pied de Guyenne" dans la sénéchaussée d'Angoulême et non en Saintonge méridionale, où l'on semble bien avoir utilisé un pied dérivé du pied de Guyenne ? Nous l'ignorons. Nous n'avons rencontré qu'un notaire se référant à une mesure de province, en l'occurrence la "mesure de Saintonge" ; en fait, ce notaire désigne ainsi la mesure de la châtellenie de Pons.

Ces observations posent la question des relations entre les mesures locales et des mesures modèles, notamment les mesures royales. On connaît diverses tentatives d'adaptation des premières aux secondes mais qui ne semblent guère avoir réussi, du moins en Saintonge. Ce sont en effet les mesures royales elles-mêmes qui ont fini par s'imposer, dans les châtellenies qui sont tombées aux mains du roi. On connaît les raisons de ces échecs : l'inertie des usagers et la méfiance ou l'hostilité des seigneurs jaloux de leur droit de mesures. Munier semble faire preuve de quelque candeur quand il écrit, après avoir signalé qu'au greffe de la sénéchaussée d'Angoulême on observe que le pied officiel de Guyenne "n'a jamais été reçu dans la pratique" : "Il est étonnant que l'autorité n'ait pas obligé les ouvriers, surtout, à s'y conformer" (2).

Limites d'une enquête

Les essais de définitions par l'érudition ont généralement été limités dans l'espace et le temps. Ainsi, à notre connaissance, il n'existe pas d'étude d'ensemble sur les mesures agraires usitées dans le diocèse de Saintes avant la Révolution et les conclusions des essais sont souvent pessimistes. C'est que la documentation précise est relativement rare et doit être recherchée systématiquement : procès-verbaux d'arpentage, déclarations de tenanciers pour les terriers des seigneuries, terriers eux-mêmes, et, dans une moindre mesure, transactions, partages et arrentements. Autrement dit, la quête ne peut guère se révéler fructueuse avant le XVIIe siècle. Cependant il ne faut pas négliger les actes des premières décennies du XIXe siècle dans lesquels les notaires ont exprimé les surfaces dans les deux systèmes, pour des clients peu au fait des mesures officielles. La présente note s'appuie sur une documentation antérieure à la Révolution parce que nous avons surtout utilisé des textes publiés.

Unité de base, multiple, étalon

Dans le diocèse de Saintes, l'unité de base est le " carreau ", qui est un carré d'une chaîne de côté. Il n'existe qu'un multiple, appelé journal, arpent ou quartier selon les lieux. L'étalon est le pied, qui varie peu autour du tiers de mètre, de sorte que les principales différences entre les journaux ou quartiers proviennent du nombre de carreaux qu'ils contiennent et du nombre de pieds dans la chaîne. Certains actes mentionnant la valeur de l'unité principale en carreaux et la longueur de la chaîne en pieds, on peut déterminer approximativement la surface de cette unité. Cependant les tables de correspondance entre les anciennes et les nouvelles mesures, qui ont été établies après l'adoption du système métrique, fournissent des données très précises qu'on se doit d'exploiter en premier.

Les tables de correspondance établies sous la Révolution

Jean Drilleau a signalé les difficultés rencontrées par la commission chargée d'établir les tables de correspondance en Charente-Inférieure. Cette commission s'en est prise notamment à "la négligence ou l'ignorance de quelques administrations". Il est vrai que la tâche n'était pas facile. Il fallait évaluer les chaînes d'arpentage en pieds, pouces et lignes de roi, de façon à permettre les conversions. De plus les ceps des pieds n'étaient probablement pas tous accessibles, en admettant qu'ils n'aient pas été détruits par la fureur de destruction de l'époque. La commission a ainsi inventorié 19 types de mesures. Les données essentielles des "tables" ont été reprises en 1839 par Gautier en un tableau très clair, avec des nombres aux décimales réduites (4). Notre tableau I reproduit celui de Gautier.

Le tableau de Gautier

 

Les "principales communes" y sont classées selon leur situation géographique. La Rochelle apparaît isolée, seule localité mentionnée pour l'Aunis et même pour la côte atlantique. Les plus septentrionales des autres sont Saintes et Dompierre (sur Charente), de sorte que c'est la Saintonge du sud qui fournit l'essentiel du contingent. En usant du quartier, la Rochelle se distingue de la Saintonge où le mot journal est presque exclusivement employé, y compris à Saintes où Gautier signale l'arpent de Paris. Ces "principales communes" sont pour la plupart d'anciens centres de châtellenies qui disposaient du droit de mesures.

Il existe deux quartiers dans la région de la Rochelle; le petit est dit "du petit bailliage" et le grand "du grand bailliage". La chaîne est appelée "perche" dans le tableau, selon un usage assez général en Saintonge. Elle varie dans des proportions importantes, depuis celle d'Aulnay, qui fait seulement 12 pieds de roi, jusqu'à celle de Jonzac qui mesure presque le triple. Même variété dans le nombre des carreaux au journal, qui va de 32 à 200. Quand une faible dimension de la "perche" est compensée par un nombre important de carreaux, la valeur du journal s'établit dans la moyenne; ainsi en est-il à Aulnay dont le journal atteint 30 ares 39 centiares. A l'opposé, Jonzac fait oublier l'importance de sa perche en réduisant le nombre de ses carreaux à 32, ce qui constitue un journal de 34 ares 58 centiares, très proche de l'arpent de Paris. Par contre, avec 200 carreaux à la chaîne de 22 pieds, le quartier du grand bailliage de la Rochelle dépasse l'hectare, atteignant environ le triple de l'arpent de Paris. On remarquera d'autre part les 60 carreaux et demi de Mirambeau qui contredisent la notion de rectangle signalée plus haut; en ce cas on peut concevoir un triangle isocèle de 11 chaînes de côté.

Ne figurent dans ce tableau ni la longueur des perches en mètres, ni la valeur des pieds en pieds de roi, ni le nombre des pieds dans les différentes perches. La longueur des perches est facile à calculer, celle du pied de roi étant connue. Quant à la longueur des pieds et au nombre de pieds à la perche, qui sont les deux facteurs d'un produit connu, on peut les évaluer, sachant que les pieds locaux sont voisins du pied de roi et que le nombre de pieds est un entier. Il existe cependant deux solutions pour Dompierre et Mérignac. Les résultats des calculs sont consignés dans le tableau II où les localités figurent dans l'ordre croissant pour la mesure de la perche.

Commentaire des tableaux

On observe que le pied de roi a été adopté par huit localités sur dix-huit. Les autres pieds locaux sont plus grands, ce qui permet de supposer qu'ils dérivent du pied de Guyenne qui équivalait à 1 pied et 1 pouce de roi. Ce pied de Guyenne est celui de Cozes mais la perche de Cozes est supérieure de moitié à la "galle" de Guyenne qui ne comptait que 12 pieds. Cette "galle", composée de 2 toises de 6 pieds, est définie dans un procès-verbal d'arpentage exécuté en 1684 dans la paroisse de Saint-Même, qui était dans le diocèse de Saintes et la sénéchaussée d'Angoulême (5).

Munier confirme ces données pour l'Angoumois : "Les Domaines de toute espèce, même les bois des particuliers, se mesurent au pied de Guienne, par carreaux et par journaux. Le carreau est un carré de douze pieds de Guienne ou une figure quelconque dont la surface peut être évaluée cent quarante-quatre pieds carrés de Guienne. Le journal est une étendue qui contient deux cens carreaux ou huit cent toises de Guienne. Cette mesure est la plus générale en Angoumois... Il est étonnant que l'on soit indécis dans l'Angoumois sur l'exacte valeur du pied de Guienne; les uns lui donnent neuf lignes de plus qu'au pied de Roi, les autres neuf lignes trois quarts, les troisièmes dix lignes, et les derniers réformateurs lui donnent un pouce de plus; ce qui réduit la toise de Guienne à six pieds quatre pouces six lignes de Roi, à six pieds quatre pouces dix lignes et demie, à six pieds cinq pouces et à six pieds six pouces. On la comptoit autrefois à six pieds cinq pouces dans le Marquisat de Ruffec mais elle est fixée aujourd'hui à six pieds six pouces, ensuite de la vérification que le Seigneur a fait faire du pied de Guienne à Bordeaux, que l'on a trouvé être de treize pouces de Roi. On la compte de cette façon sur le Registre des Mesures déposé au Grêfe de la Sénéchaussée d'Angoulême, mais il y est observé que cette longueur n'a jamais été reçue dans la pratique" (6). Ce journal équivaut donc à 34a, 30, 34a, 31, 34a, 75 ou 35a, 66, suivant la mesure adoptée pour le pied de Guyenne.

Glanes dans des textes antérieurs à la Révolution

Les mentions de mesures d'arpentage sont rares avant le XIIIe siècle. La plus ancienne que nous connaissions concernant la perche est de juillet 918 : une terre de la paroisse de Montchaude (canton de Barbezieux, Charente) est évaluée approximativement en perches de 12 pieds (7). Il s'agit peut-être de la "perche de Guyenne", à laquelle on se réfère aux XVIIe et XVIIIe siècles. A haute époque la perche usitée à Poitiers est également courte : 9 pieds et demi (8).

Voici maintenant quelques précisions localisées et datées.

- Région de la Rochelle :

On connaît deux arpentages du Grand Fief d'Aunis. Ils ont été réalisés respectivement en 1246 et 1460-1464. En 1246 on a dressé un "terrier" qui ne comporte pas d'indication sur les unités de mesure mais l'étude des superficies des parcelles montre qu'on a usé d'un quartier de 500 carreaux, chaque quartier étant chargé d'un cens de 40 sous.

Le second arpentage, commencé le 22 février 1460 et terminé le 1er mars 1464, est mieux connu grâce à Arcère, qui a signalé plusieurs copies du procès-verbal, dit "papier Godeau", du nom du commissaire royal qui a dirigé les travaux. Du temps de l'historien de la Rochelle, une de ces copies était déposée en la Chambre des Comptes à Paris; une autre avait été "laissée entre les mains du procureur du roi", à la Rochelle, et une troisième se trouvait aux archives de l'hôpital Saint-Barthélémy. Arcère peut ainsi préciser : "par le papier Godeau, le cens est fixé à 12 s. 2 den. tournois pour chaque quartier de vignes comprenant cent cinquante-deux carreaux, le droit pour la vinée est de 16 den. par quartier; ce qui fait pour la redevance totale 13 sols 6 den. par quartier" (9).

Le rapport des cens de 1464 et 1246 est donc 146/480, presque égal au rapport des quartiers qui est 152/500. Il est évident que Godeau a pris les 152/500 des 40 sous primitifs, ce qui fait 12 sous 1 denier 92/100, et qu'il a arrondi à 12 sous 2 deniers. Il en résulte que le carreau de 1464 est celui de 1246 et qu'en 1246 on a utilisé la chaîne de 22 pieds, comme en 1464, vraisemblablement des pieds de roi tels qu'ils sont connus à la fin de l'Ancien Régime.

La chaîne de 22 pieds a été conservée pour la mesure "du grand bailliage", tandis que celle de 18 pieds, dite du "petit bailliage", a dû être introduite quand son usage s'est généralisé dans la région. Cependant nous ne voyons pas pourquoi le quartier a été fixé à 200 carreaux dans les deux cas, alors que celui des Eaux et forêts, à la même chaîne de 22 pieds, ne contient que 100 carreaux.

- Châtellenie de Saintes (journal équivalent à l'arpent de Paris) :

* 10 décembre 1765 : "... lesquels lieux, dont la contenance est fixée sur la mesure de cent carreaux au journal, le carreau de trois cent vingt-quatre pieds de Roy carrés, mesure ordinaire de ladite seigneurie de Saint Georges-des-Couteaux, Puy-Rousseau et Courpesteau" (10).

* 20 août 1769 : Pierre Favre, laboureur à boeufs, reconnaît tenir du seigneur des Gonds deux pièces de terre labourable situées dans la paroisse de Saint-Eutrope, au lieu des Brandes, contenant chacune 1 journal 50 carreaux, "sur la mesure de cent carreaux au journal, le carreau de trois cent vingt-quatre pieds de Roy quarrés, mesure ordinaire de ladite seigneurie des Gonds" (11).

* 12 décembre 1777 : reconnaissance pour le terrier de la châtellenie de Pont-l'Abbé, par devant Garnier, notaire royal, commissaire, instrumentant au "château de Pont-l'Abbé" pour l'abbesse de Saintes, "la contenance des lieux fixée sur la mesure de cent carreaux au journal, le carreau de trois cent vingt quatre pieds de Roy quarrés, mesure ordinaire de lad. chatellanie dud. Pont Labbé" (12).

- Châtellenie de Mortagne-sur-Gironde (journal équivalent à l'arpent de Paris) :

* 1666 : "... contenant ledict chasteau (de Mortagne) et ses appartenances... dix journaux quatre vingtz deux carreaux ou environ, l'arpent du Roy à dix huict pieds la chesne et cent carreaux par journal" (13).

- Châtellenie de Pons :

* 5 mars 1776 : arpentage dans la paroisse de Pérignac, "à la mesure de Saintonge, qui compose cent carreaux au journal, chaque carreau de dix-huit pieds de longueur sur même largeur, lequel revient à trois cent vingt-quatre pieds de superficie, le pied de douze pouces et six lignes, pied de roi" (14).

* 16 avril 1780 : autre acte de reconnaissance pour le même terrier, devant le même notaire, même formulation pour la "mesure de Saintonge" (15).

Ces deux actes confirment notre calcul pour la châtellenie de Pons : pied de 12 pouces 6 lignes de roi et chaîne de 18 pieds.

- Châtellenie d'Archiac :

* 22 novembre 1625 : "... contenant le susdit mayne, moullin et village, douze journauld dix-sept carreaux, à l'herpent (mesure) de trente-deux carreaux le journauld et vingt-huit pieds la corde" (16).

* 15 avril 1763 : "deux journeaux de domaine, chaque journal contenant trente deux carreaux" (17).

Confirmation des 28 pieds calculés pour la "perche".

- Châtellenie de Barbezieux :

* 19 juillet 1771 : "... contenant cinq journaux deux carreaux et demy à la corde de neuf aunes, à raison de trente-deux carreaux par journal ou arpent à la mezure dudit Barbezieux..." (18).

Le journal de Brossac se compose aussi de 32 carreaux de chacun 9 aunes de côté, l'aune valant 44 pouces de Paris, selon Quénot (19), ce qui fait 10 m, 71 pour la corde et 36 a, 77 pour le journal. Cependant, si l'aune de Barbezieux est celle de Paris, qui vaut 3 pieds 7 pouces 10 lignes 1/6 d'après le même Quénot (20), la corde de Barbezieux mesure 10 m, 68 et le journal vaut 36 a, 51.

Ces mesures du côté du carreau et du journal sont ainsi proches de celles de Jonzac.

- Rochefort :

* 1669 : Pour peupler la ville, le roi autorise l'intendant à "donner à tous ceux qui voudraient y habiter des emplacements par baillettes, moyennant un cens d'un denier par carreau, les cents carreaux faisant l'arpent ou pour mieux dire 900 toises" (21).

* 1681 : "Les terres des dits particuliers contiennent LXXVII arpans, chacun desquels est composé de 100 perches carrées, y compris les rues seulement et non les remparts" (22).

Le nombre de pieds dans la perche n'est pas indiqué. Rochefort étant ville royale, l'arpent est probablement celui de Paris, à la perche de 18 pieds ou 3 toises de roi.

Notes

(1) Aguiaine, bulletin de la Société d'Études Folkloriques du Centre-Ouest, tome XXI, 1989, n° 4 et 5, p. 290-293 et 379.

(2) L'Angoumois à la fin de l'Ancien Régime, reprint B. Sépulchre, p. 41.

(3) Amos Barbot, dans Archives Historiques Saintonge et Aunis, tome XIV, 1886, p. 354-355.

(4) Statistique du département de la Charente-Inférieure, 1ère partie, p. 411.

(5) Archives Historiques Saintonge et Aunis, tome VIII, 1880, p. 87-109.

(6) Op. cit., p. 411.

(7) Cartulaire de Saint-Cybard d'Angoulême, éd. P. Lefrancq, p. 217.

(8) Vers 957, dans Chartes de Saint-Hilaire de Poitiers (Mémoires de la Soc. des Antiquaires de l'Ouest, année 1847, p. 31); août 1027, dans Cartulaire de l'abbaye de Saint-Jean-d'Angély (Archives Historiques Saintonge et Aunis, tome XXX, p. 308).

(9) Arcère, Histoire de la Rochelle..., tome 1, p. 44-45 et note (a) p. 44.

(10) "Reconnaissance au terrier des chastellenie, terre et seigneurie de St-Georges-des-Couteaux, Puy-Rousseau et Courpesteau, paroisse de Saint-Georges-des-Couteaux, art. 5, prise du village des Noëls et de Puyrousseau"; archives privées.

(11) Archives départementales Charente-Maritime, 1 J 757.

(12) Archives de la Société de Géographie de Rochefort.

(13) Aveu et dénombrement de Mortagne rendu au roi; dans Archives Historiques Saintonge et Aunis, tome II, p. 202.

(14) Acte de reconnaissance devant Garand, notaire à Pons, commissaire désigné pour la constitution du "papier terrier" de la "seigneurie du Petit Abbé", à Pérignac, qui est du domaine de l'abbaye de Saint-Jean-d'Angély; dans Archives Historiques Saintonge et Aunis, tome IV, 1877, p. 180-183.

(15) Ibid., p. 183-185.

(16) Baillette de la prise d'Herbaud, paroisse de Sainte-Lheurine; dans Archives Historiques Saintonge et Aunis, tome IV, 1877, p.144.

(17) "Mémoire des revenus du prieur de Saint-Pallais-sur-le Né, ordre de Clugny"; dans Archives Historiques Saintonge et Aunis, tome III, 1876, p. 205.

(18) Aveu et dénombrement du marquisat de Barbezieux; dans Archives Historiques Saintonge et Aunis, tome XV, 1887, p. 359.

(19) Quénot, Statistique du département de la Charente, p. 499.

(20) Ibid.

(21) C. Gabet, La naissance de Rochefort sous Louis XIV, 1666-1715, p. 22.

(22) Note en annexe à un plan de Rochefort, d'après C. Gabet, op. cit., p. 14.

Publié dans Roccafortis, bulletin de la Société de Géographie de Rochefort, 3e série, n° 5, 1990, p. 27-36.

Pour une mise à jour, voir A propos du quartier du Grand Fief d'Aunis.