LA PAROISSE NOTRE-DAME DE ROCHEFORT

des origines à 1888

 

Sommaire

 

Aperçu sur le Moyen Age et le XVIe siècle : La question des origines - Un prieuré

Un difficile XVIIe siècle : Les problèmes du prieuré et de la cure - La misère de la pastorale avant 1678 - Vers des temps meilleurs - Documents 1. Notes chronologiques; 2. La paroisse en 1685 ; 3. Baptême d'une cloche nommée Jeanne (31 août 1687)

Une paroisse de faubourg au XVIIIe siècle : Des curés qualifiés prieurs - Une vieille église trop petite - Une sacristie récente - Un grand cimetière mal clos - Les inhumations - La fabrique - De multiples charges - Des ressources limitées - Des confréries pauvres - Les difficultés de l'enseignement - L'assistance aux pauvres - Le cas des protestants - Documents 1. Les curés au XVIIIe siècle; 2. Nomination d'un marguillier (5 janvier 1727); 3. Bail à ferme des revenus du prieuré (17 avril 1734)

Le prieuré sous l'ancien régime : Le bâtiment et ses dépendances - La seigneurie - Les revenus

Dans la tourmente révolutionnaire (1789-1796) : Inventaire des bénéfices ecclésiastiques et cérémonies populaires - La constitution civile du clergé - La fin du service pastoral et la vente du prieuré - Documents 1. Déclaration des biens du prieuré (20 février 1790); 2. Inventaire des titres du prieuré (5 juin 1790); 3. Rétractation du vicaire Couzineau (1er mai 1792); 4. L'utilisation de l'église et des bâtiments du prieuré (19 août 1796)

D'une église Notre-Dame à l'autre (1802-1861-1888) : La réouverture de l'église - Acquisition du presbytère et rétablissement de la fabrique - Vains efforts pour obtenir une nouvelle église - La nouvelle Notre-Dame - Une chapelle annexe - Désaffectation de la vieille paroisse - Documents 1. Pétition du conseil de fabrique (9 février 1845) ; 2. Circulaire pour une souscription (1er mai 1851); 3. Lettre au maire pour une nouvelle église (1852); 4. Pose de la première pierre (17 octobre 1858) ; 5. État et utilisation de la Vieille Paroisse en 1868; 6. Désaffectation définitive (1888); 7. Notes chronologiques  

 

L'église Notre-Dame, qui dresse son haut clocher néogothique au-dessus de l'ancien faubourg de Rochefort, n'est pas la première de ce nom. Elle a remplacé au XIXe siècle la "vieille paroisse", c'est-à-dire, en langage local, la vieille église, qui, érigée il y avait environ sept siècles, pour quelques centaines de fidèles d'une communauté rurale, était alors depuis longtemps insuffisante pour la population d'un important faubourg.

Cette "vieille paroisse" pourrait d'ailleurs passer inaperçue, tant l'édifice a été défiguré, si son massif clocher du XVIIe siècle ne s'imposait à la vue de l'observateur, notamment dans la longue perspective des jardins et allées qui longent à l'ouest l'ancienne forteresse royale. En effet, comme nombre d'édifices religieux, elle a subi les injures accumulées du temps et des hommes. Ce sont probablement les troubles de la seconde moitié du XVIe siècle et du début du XVIIe qui l'ont le plus éprouvée, quoique nous n'en ayons pas la preuve ; toujours est-il qu'elle a dû être rebâtie en partie au XVIIe Autrefois, chaque génération construisait selon ses propres canons, sans se préoccuper d'harmonisation avec l'oeuvre des prédécesseurs ; aussi n'est-il probablement venu à l'idée de personne de remonter le beau portail roman écroulé, que l'on reconstruirait aujourd'hui minutieusement, pierre après pierre. La remise en état a été réalisée sans goût, certainement aussi avec des moyens limités, avec le seul souci de rendre l'édifice apte à un culte décent. Des éléments de sculpture romane ont été réutilisés mais noyés dans des maçonneries ; d'autres sont demeurés enfouis à l'endroit où ils étaient tombés.

Le chevet, qui a conservé des modillons d'origine, est actuellement à peu près invisible de la rue, caché par une construction particulière récente. Le mur nord du choeur disparaît derrière une addition alignée sur un croisillon du transept. Celui de la nef comporte deux baies ouvertes à l'emplacement des contreforts romans dont il ne subsiste que les bases. Les contreforts du mur sud, à hauteur du choeur, ont leurs biseaux en grande partie recouverts par la partie supérieure du mur qui a été refaite. La façade a été entièrement reprise, sans autre ornementation qu'un cartouche du XIXe siècle. La couverture, qui trahit peut-être le plus la désinvolture de la reconstruction, comporte deux niveaux, la nef ayant été réduite en hauteur. Aussi l'aspect extérieur actuel ne suggère-t-il en rien le plan général du bâtiment et la richesse de la décoration primitive. Il faut pénétrer dans l'édifice pour découvrir une église romane en forme de croix latine, à chevet plat, où la société savante locale a mis en évidence les plus belles pièces d'un décor sculpté de qualité.

APERÇU SUR LE MOYEN ÂGE ET LE XVIe SIÈCLE

La question des origines

La plupart des églises rurales ont été fondées dans le haut Moyen Âge, avant la fin de la période carolingienne. Les édifices primitifs ont généralement disparu, remplacés à partir du XIe siècle, surtout au XIIe, par des constructions plus spacieuses et plus solides. Les circonstances de ces fondations et de ces agrandissements sont généralement inconnues. Quand des églises rurales sont désignées à haute époque, c'est dans des actes concernant les établissements dont elles dépendent, évêchés, chapitres, abbayes, prieurés conventuels, de sorte que notre connaissance est conditionnée par la conservation des archives de ces établissements. En Aunis, plusieurs églises sont désignées depuis le Xe siècle, dans les cartulaires ou les chartriers de quelques abbayes, mais, en ce domaine, Notre-Dame de Rochefort n'est pas favorisée : elle dépendait du prieuré de Saint-Vivien de Saintes dont les archives ont disparu.

En l'absence de sources écrites, on cherche à tirer profit du moindre indice susceptible de suggérer une hypothèse. Or il se trouve que quatre églises dont les paroisses étaient contiguës appartenaient à Saint-Vivien : Saint-Pierre de Magné (aujourd'hui Breuil-Magné), Sainte-Marie de Rochefort, Sainte-Marie de Loire et Saint-Hippolyte du Vergeroux. Ces églises desservaient ce qu'on a appelé "l'île de Rochefort", qui était en grande partie boisée. Elles auraient pu être données à l'établissement saintais les unes après les autres, sous l'influence des seigneurs de Rochefort, mais ces derniers, d'origine poitevine, étaient tournés vers l'abbaye de Saint-Maixent, à laquelle ils ont concédé Saint-Gaudence de Fouras ; d'autre part, dans des conditions obscures, il est vrai, Saint-Laurent de la Prée a été donnée au prieuré de Tonnay-Boutonne, et on ne perçoit aucune relation entre les familles dominantes dans la châtellenie de Rochefort et la ville de Saintes.

La seule hypothèse envisageable pour nous est que les desservants de Saint-Vivien sont à l'origine de la création d'une grande paroisse englobant le territoire des quatre paroisses actuelles. On ne peut examiner une carte sans être frappé de la régularité des limites de cet ensemble, dont l'église de Magné était le centre. Or cette église, aujourd'hui disparue, s'élevait dans un site habité à l'époque gallo-romaine, comme le suggère son nom et comme le prouvent les vestiges qu'on y a découverts. On peut ainsi envisager une paroisse primitive constituée à l'époque mérovingienne autour de cette église. Les desservants de Saint-Vivien auraient eu, en qualité de fondateurs, le patronage des églises établies dans le territoire de leur paroisse. A. Debord a montré que les plus anciennes fondations des pays de la Charente sont dédiées à saint Pierre et à la Vierge. Ce sont précisément ces dédicaces qu'on rencontre ici. Quant à Saint-Hippolyte du Vergeroux, dont le territoire était minuscule, elle est probablement la dernière née ; c'est en effet vers la fin du Xe siècle ou le début du XIe que se manifeste dans la région une dévotion pour saint Hippolyte, comme en témoignent les reliques du saint conservées dans l'église Sainte-Marie de Tonnay-Charente.

Comment expliquer le choix de l'emplacement de la Vieille Paroisse ? Il est logique de fonder une église à proximité immédiate d'un groupement humain. Cependant il faut tenir compte d'autres facteurs : on connaît des fondations destinées à encourager un peuplement, des chapelles privées qui ont été promues au rang d'églises paroissiales. On peut aussi envisager à l'origine une chapelle d'ermitage, en l'occurrence dépendante de Saint-Vivien de Saintes, en un lieu plus ou moins désert, non loin d'une forêt qui était encore toute proche du bâtiment au xviie siècle. Cette hypothèse n'est pas à écarter a priori, aucun vestige archéologique n'ayant été signalé aux environs immédiats de l'église et la toponymie locale ne révélant pas d'établissement humain ancien dans la paroisse. Quoi qu'il en soit, Sainte-Marie s'élevait au sud de cette paroisse, en position excentrique, en bordure d'un marais qui la séparait de la Charente.

Quant à une éventuelle relation avec le château, le moins qu'on puisse dire est qu'elle n'est pas évidente. Ce dernier a été édifié pour surveiller la navigation sur la Charente, au seul endroit où la terre ferme s'avance jusqu'au contact du fleuve, à distance respectable de l'église. Le nom de Rochefort est celui de la forteresse et celui du terroir où a été érigé l'édifice cultuel est inconnu. En tout cas, ni l'une ni l'autre des deux fondations n'a été un véritable pôle d'attraction. L'ingénieur géographe Claude Masse a signalé qu'à l'époque où on dressait des plans pour la future ville, il n'y avait qu'une vingtaine de maisons "autour du château". On n'a pas de renseignements précis sur les alentours de l'église en 1666 mais celle-ci apparaissait encore comme isolée au XIXe siècle, à l'écart du faubourg qui s'était développé hors de son influence, le long des chemins de la Rochelle, de Soubise et du Breuil-Magné.

Un prieuré

Notre-Dame était le siège d'un prieuré dépendant de celui de Saint-Vivien de Saintes. La plus ancienne mention d'un prieur figure dans une enquête effectuée en 1247, sur l'ordre du comte de Poitiers Alfonse, frère du roi Louis IX, au sujet des exactions qui ont pu être commises par les soldats du roi et du comte lors de la campagne de 1242 et par leur agents depuis cette date. En 1242, le roi et son frère ont dû mater par les armes une rébellion d'un puissant vassal, le comte de la Marche Hugues de Lusignan, soutenu par le roi d'Angleterre Henry III; à cette occasion le château de Rochefort a été occupé par une garnison royale. En 1247, donc, le "prieur de la Bienheureuse Marie de Rochefort", qui n'est pas désigné plus précisément, dépose une plainte auprès des enquêteurs du comte. Il signale que, durant la guerre, un "châtelain" nommé Eudes Paris s'est emparé de plusieurs de ses biens, lui causant un dommage qu'il évalue à cent sous. Il ajoute que, dans le même temps, un sergent et arbalétrier de la garnison royale a saisi sa maison où il a placé des gardiens qui ont vécu à ses dépens. Il a ainsi subi un dommage estimé à dix livres, en vin, en blé et en paille.

C'est seulement en 1303, par une bulle du pape Boniface VIII, qu'on constate que l'église appartient aux chanoines de Saint-Vivien de Saintes, qui suivent alors la règle de Saint Augustin. Le prieur reparaît en 1326, à l'occasion d'une levée de subsides effectuée par le pape Jean XXII sur les bénéfices de la province ecclésiastique de Bordeaux. Le souverain pontife dépêche alors un mandataire pour recueillir les fonds auprès des collectivités et des desservants. Le compte mentionne la qualité des contribuables et les sommes qu'ils ont versées. On ignore comment ont été fixées les contributions mais il est probable que l'envoyé du pape a demandé à chaque titulaire d'un "bénéfice" de payer proportionnellement aux revenus de sa charge. L'état des contributions doit donc révéler la richesse relative des prieurés et chapellenies (nom des cures dans le document). Cependant il faut tenir compte des réticences qui se sont manifestées, certains refusant d'abord purement et simplement leur participation, et des marchandages qui ont dû précéder les accords.

Ces réserves faites, on constate que le prieur de Rochefort est imposé pour 6 livres tournois, à égalité avec celui de Fouras et avec l'abbé de Tonnay-Charente. C'est moins que les prieurs d'Yves, de Saint-Laurent de Girons (aujourd'hui de la Prée) et de Muron qui contribuent respectivement pour 15 livres, 12 livres et 8 livres 15 sous, mais plus que le prieur de Candé (commune de Cabariot) qui ne donne que 25 sous. A titre de comparaison, on notera que l'abbé de Saint-Jean-d'Angély débourse 150 florins d'or, ce qui représente 90 livres, en estimant le florin à 12 sous, selon la valeur fixée par le roi Charles le Bel. L'état ne signale que des "chapelains" à Magné et à Loire, qui composent, le premier pour 45 sous, le second pour 16 sous. Il n'est pas question de Saint-Hippolyte du Vergeroux.

En principe, un prieur est le supérieur d'une petite communauté de moines ou de chanoines. Le prieur de Notre-Dame est-il à la tête d'un groupe de chanoines de Saint-Augustin ? Ce n'est pas certain ; on connaît des prieurs qui sont les seuls clercs réguliers de leurs établissements, assistés ou non de chapelains. Le nombre des résidents dans les petits prieurés ruraux a d'ailleurs varié selon les temps. Les archives de Saint-Vivien ayant disparu et celles de l'évêché n'étant pas antérieures au XVIIe siècle, il faut bien se résigner à l'ignorance. Tout au plus peut-on citer les noms de deux prieurs : Pierre Roy qui, le 31 mai 1443, fournit au roi un dénombrement du fief du prieuré, et Martin Brochard, qui est désigné comme "prieur du prieuré de Rochefort" dans un procès-verbal d'élection d'un prieur de Saint-Vivien daté du 9 novembre 1518.

Dans l'ordre civil, le prieuré est en effet un fief relevant du château de Rochefort, fief tenu "en franche aumône", c'est-à-dire sans aucun service ni aucune redevance au suzerain. Cependant la situation a pu être différente à l'origine et il n'est pas exclu que le château ait relevé du prieuré, l'acquisition de la châtellenie par le roi Philippe le Bel, au début du XIVe siècle, ayant pu renverser les rôles. Quoi qu'il en soit, la plus grande partie du fief se compose de "tenures", c'est-à-dire d'unités de propriété, que des particuliers exploitent à charge de redevances annuelles en espèces ou en nature, appelées cens ou, le plus souvent, rentes seigneuriales. C'est la seigneurie, sur laquelle le prieur prélève à chaque transaction des droits dits "lods et ventes", qui sont proportionnels à la valeur des biens achetés. Le reste du fief est la réserve domaniale, qui peut varier selon les circonstances, mais qui comprend constamment les bâtiments du prieuré et leurs dépendances immédiates. En effet, des éléments de la seigneurie peuvent être repris en main par le prieur, notamment en cas de déshérence, d'abandon ou d'arrérages impayés, et alors unis au domaine, au moins provisoirement, jusqu'à ce qu'ils soient concédés à nouveau, par des contrats appelés baillettes. D'autre part, pour telle ou telle raison, le prieur seigneur sera peut-être conduit à restreindre l'étendue traditionnelle du domaine en en concédant à des tenanciers une partie qui entre ainsi dans la seigneurie.

UN DIFFICILE XVIIe SIÈCLE

Les problèmes du prieuré et de la cure

C'est une époque où la pratique de la commende est largement répandue. Abbayes et prieurés, considérés comme des "bénéfices", c'est-à-dire des sources de revenus, peuvent être attribués à des clercs séculiers ou à des laïcs. L'abbé ou le prieur non régulier, dit "commendataire", qui ne réside pas, gère de loin les biens de l'institution, à charge de rémunérer les réguliers qui assument les services habituels, dans des conditions matérielles souvent précaires. Saint-Vivien de Saintes est ainsi confié en commende à l'évêque de Saintes Michel Raoul (1618-1630), auquel succède son neveu Jacques Raoul (1631-1661). Le prieuré a été ruiné par les guerres civiles et l'évêque Michel Raoul le trouve en tel état quand il en prend possession.

Quant aux petits prieuré ruraux, dont beaucoup ne peuvent, depuis longtemps, entretenir qu'un seul résident, leur ancien statut est également mis en cause. Certains sont desservis par un seul séculier, nommé par l'évêque sans présentation, notamment quand la maison mère s'est montrée incapable de les contrôler. Cependant, l'état de droit est respecté à Rochefort : prieurs commendataires de Saint-Vivien et évêques, Michel puis Jacques Raoul disposent de la dévolution du prieuré et de la cure de Notre-Dame. Ils ne désignent pas de prieur localement, se réservant l'administration du prieuré - gestion de la seigneurie et perception de la dîme -, et ils nomment un desservant, souvent appelé vicaire perpétuel, auquel ils assurent une rente, la "portion congrue". C'est ainsi qu'en mai 1619, Michel Raoul baille lui-même à rente un morceau de terre de la seigneurie, et qu'en 1648, Jacques Raoul paie la plus grande partie de dépenses engagées pour des réparations à l'église, le reste étant réglé par la fabrique. En 1656, c'est le grand vicaire Jacques de Tanoarn de Couvran, neveu de l'évêque, qui concède à bail les revenus du prieuré à un habitant de Mouillepied, un village de la paroisse. D'après le contrat, le preneur doit verser au curé une pension annuelle de 180 livres, plus 50 livres "pour en user comme bon lui semblera".

Nous ignorons qui remplace Jacques Raoul comme prieur de Saint-Vivien, à sa mort en 1661, probablement son petit-fils Guillaume du Cambout. Toujours est-il que le statut du curé de Notre-Dame, Ambroise Ruillé, installé en 1657, ne change pas : en 1677, à la fin de sa vie, il déclare recevoir une pension de 180 livres, comme son prédécesseur en 1656. Les conditions de rémunération de Louis Thévenot, prêtre séculier, nommé curé par l'évêque en décembre 1677 et décédé en octobre 1678, nous échappent, mais la situation est claire durant la pastorale de son successeur, François Bailly de Razac. Ce dernier est un chanoine de Saint-Augustin, qui est présenté par le prieur de Saint-Vivien et nommé curé par l'évêque Henry de Laval, le 19 octobre 1678. En sa qualité de chanoine, il est prieur en titre et on le voit agir comme tel en 1680, quand il procède à des commutations de devoirs sur des tenures de la seigneurie. Comme il dispose des revenus du prieuré, sa situation matérielle est bien meilleure que celle de ses devanciers réduits à la portion congrue.

Bailly de Razac décède en cette année 1680. Ses successeurs sont des prêtres séculiers, nommés par l'évêque sans présentation, mais qui continuent à jouir des ressources du prieuré. Pourquoi ? Probablement par cession du prieur commendataire de Saint-Vivien. Toujours est-il que Jean Michelon, qui remplace Bailly, procède lui aussi à des commutations de devoirs. En 1686, il résigne en faveur de Léonard Guimbaud, qui ne demeure en charge que quelques mois. En effet, la création d'une paroisse intra muros, le 28 novembre 1686, sous le vocable de Saint-Louis, pose des problèmes que les autorités croient devoir résoudre en écartant Guimbaud. Pierre Gueniveau est alors pourvu de la cure, en janvier 1687, en cour de Rome.

En juillet de la même année, la cure de la ville est confiée aux lazaristes, déjà installés à Rochefort pour former les aumôniers des vaisseaux du roi. Dès décembre suivant, le roi délivre un brevet d'union du prieuré de Saint-Vivien de Saintes à cette cure, c'est-à-dire supprime en fait le prieuré, afin de pourvoir les lazaristes de ses revenus. Le souverain cherche ainsi à se dégager partiellement d'une promesse d'assurer aux disciples de Vincent de Paul une pension de 3 000 livres, pour s'acquitter de leur nouvelle charge. Cependant, l'application de la décision royale se heurte à des obstacles. Le prieur de Saint-Vivien, Guillaume du Cambout, est décédé, mais il existe d'autres "officiers" du prieuré qui ont des droits sur les revenus. Aussi n'est-ce qu'en 1699 que l'official peut prononcer l'union définitive, après la disparition des différents ayants droit, à l'exception d'un seul qui, ayant fait défaut à une citation, ne peut plus rien revendiquer.

La situation est critique à Rochefort, où des prêtres séculiers sont installés comme curés d'une paroisse taillée dans celle d'un ancien prieuré. Pourvus des revenus de Saint-Vivien, les lazaristes ne tarderont pas à revendiquer ceux du prieuré Notre-Dame, entrant ainsi en conflit direct avec les curés de cette église, qui en disposent par annexion à leur cure. Nous n'avons malheureusement que des aperçus de ces querelles.

Toujours est-il que les lazaristes prennent possession de la nouvelle paroisse en août 1688. Ils n'attendent guère pour mettre à exécution, selon leur interprétation, le brevet royal qui leur attribue les revenus de Saint-Vivien. Certes, lors d'une visite canonique effectuée le mois suivant, le curé Gueniveau ne signale rien de changé à Notre-Dame. Il précise qu'il perçoit cinq à six cents livres de rente, "moyennant le fonds de l'ancien prieuré de la dite église, dont il jouit par délaissement". Mais il doit bientôt résister aux prétentions du curé de Saint-Louis, Yves Gat. En juillet 1692, les parties s'accordent pour s'en remettre à la décision de l'évêque et de l'intendant. La sentence arbitrale d'Henry de Laval intervient en janvier 1693. Nous en ignorons la teneur mais il est probable que la visite canonique de février 1698 en révèle les dispositions : la cure de Notre-Dame demeure alors à la nomination de l'évêque, mais elle doit aux lazaristes une rente de 50 boisseaux de froment et ces derniers ont le droit d'officier dans l'église le jour de la Pentecôte.

La rente en blé est ainsi tout ce que les prêtres de la Mission ont obtenu des revenus de l'ancien prieuré. Quant à leur droit de célébrer la messe de Pentecôte, il est évidemment censé représenter un droit de curés primitifs, mais il est tout symbolique, leur statut ne les autorisant pas à revendiquer la présentation à la cure. L'évêque a conservé sa prérogative et les curés de Notre-Dame l'essentiel des revenus du prieuré. Cette dernière disposition est heureuse dans la mesure où elle favorise le recrutement des desservants. Aussi le compromis sera-t-il appliqué sans obstacle majeur, sauf pendant quelques années, au siècle suivant.

La misère de la pastorale avant 1678

On est frappé du nombre inattendu de mutations de prêtres pendant la première moitié du XVIIe siècle : sur huit desservants au moins entre 1630 et 1657, cinq démissionnent et les autres meurent au terme de quelques années. Il faut croire que le ministère n'est pas des plus faciles dans la paroisse Notre-Dame. Faute de connaître les causes des décès, on ne peut incriminer "le mauvais air", qui s'impose pourtant et que le curé Michelon notamment n'apprécie guère vers la fin du siècle. Par contre on peut expliquer les démissions par les soucis de la reconstruction et de l'entretien de l'église, par les déplacements qu'impose aux desservants la situation excentrique du sanctuaire dans une paroisse où les hivers, pluvieux, transforment les chemins en bourbiers, par la modicité de la rémunération, la "portion congrue", qui ne dépasse pas 180 livres en 1656, même si le curé dispose en plus de 50 livres pour en user à sa guise, et se maintient encore à 180 livres en 1677.

Dans la longue galerie des desservants se détache la figure haute en couleurs d'un prêtre originaire du diocèse du Mans, Ambroise Ruillé, qui réussit à tenir son ministère pendant une vingtaine d'années, en se débattant parmi les plus grandes difficultés. Quand il arrive à Rochefort, en 1657, il prend en charge quelques centaines d'âmes seulement, mais dès 1671 la ville nouvelle est déjà trop peuplée pour un seul pasteur et le curé doit faire appel à son frère, Louis Ruillé, pour l'aider en qualité de vicaire. Le roi dépêche bien les capucins dans le port mais en qualité de confesseurs ; d'ailleurs, par vocation, les capucins sont plus portés vers l'assistance ou la prédication que vers la pastorale. En tout état de cause, l'administration des sacrements est de la compétence exclusive du curé, qui ne désire aucunement la déléguer à quiconque et donne ainsi la communion à ceux qui se sont confessés aux capucins.

La répartition des tâches est d'ailleurs la cause de quelques frictions. Ainsi, un commissaire de la Marine ayant demandé par testament à être inhumé dans l'église des capucins, Ruillé refuse d'aller lever le corps pour le transporter à l'église paroissiale, afin d'y faire les prières habituelles, et de le conduire ensuite à l'église des capucins. Il s'oppose même au transport direct chez les pères, avec paiement de son casuel. Il faut que l'intendant, désigné comme exécuteur testamentaire, réquisitionne un prêtre pour lever le corps et le porter au couvent des capucins où il est inhumé. Ainsi, quoique libéré de la confession pour les habitants de la ville, Ruillé est confronté à des situations inextricables, qu'il suscite d'ailleurs en partie. Il faut dire aussi que les nouveaux venus à Rochefort, à titre provisoire ou définitif, s'intègrent plus ou moins bien à la communauté paroissiale. Comment en serait-il autrement alors que la petite église médiévale, qui apparaît à des citadins comme une église rurale, difficilement accessible par de mauvais chemins défoncés par des travaux de terrassement, ne peut accueillir que quelques centaines de personnes pour les messes dominicales et la communion pascale ? On ne s'étonne pas que le curé renonce à tenir le "catalogue" réglementaire de "communiants" qu'il ne connaît pas, et qu'il affirme à plusieurs reprises que tels habitants du "bourg" (c'est-à-dire de la ville close) ne sont pas ses paroissiens. Quant à l'évêché, il n'intervient pas, faute probablement de moyens pour créer une nouvelle paroisse, jusqu'au jour où, le service divin ayant atteint un degré insupportable de délabrement, il fait procéder à une "visite paroissiale" extraordinaire, qui s'apparente à une enquête de police.

C'est ainsi qu'en janvier 1677 quatre personnes sont mandatées par l'évêque pour s'enquérir en particulier des "comportement et moeurs du curé" : deux vicaires généraux, le promoteur du diocèse et un clerc désigné comme secrétaire. Le procès-verbal, d'une longueur inhabituelle parce qu'il contient les dépositions de nombreuses personnes, est accablant pour le pasteur : âpreté au gain qui le pousse à exiger par avance le casuel de cérémonies parfois retardées ou escamotées, à généraliser pour les enterrements le tarif fort d'un écu, fixé par l'intendant pour l'inhumation des ouvriers décédés dans les travaux publics, à prélever des treizains de mariage plusieurs pièces de monnaie alors que, selon la coutume, il ne devrait prendre qu'une seule pièce ; dureté pour les gens modestes et les pauvres qu'il refuse d'enterrer s'il n'est pas payé ; surtout, penchant pour la boisson qui explique pour une bonne part ses débordements et manquements et constitue un scandale public. Mais le document est aussi accablant pour les autorités qui n'ont pas su prendre les mesures indispensables pour assurer un exercice décent de la pastorale. Quant aux habitants du "bourg", qui ne constituent pas une communauté spirituelle, ils ne font aucun effort pour clore le cimetière qui a été agrandi à leur intention. En ce début d'année 1677, Ambroise Ruillé est un homme usé, qui signe sa déposition d'une main tremblante. Il résigne bientôt en faveur de son frère et s'éteint en novembre suivant.

Vers des temps meilleurs

La création d'une paroisse intra muros en 1686 n'a pas résolu tous les problèmes mais elle a au moins allégé la pastorale de Notre-Dame, désormais "hors les murs". Le casuel s'en est trouvé diminué, mais le desservant a conservé les revenus du prieuré, de sorte que ses émoluments sont supérieurs à ceux des curés soumis à la portion congrue. Ce casuel ira d'ailleurs en augmentant avec le peuplement du faubourg. Jusqu'à la suppression de la seigneurie du prieuré, à la Révolution, les curés géreront les revenus, en général par le moyen de baux à ferme accordés à des paroissiens.

DOCUMENTS

1. Notes chronologiques

- 1608 : François Dubois, prêtre séculier, est nommé curé par l'évêque de Saintes, en remplacement de Savary de Beaumont (Oeuvres de feu Monsieur Cochin, écuyer, avocat au Parlement..., Paris, 1771, p. 186 et suivantes, pour cette note et les autres notes concernant les nominations).
- 1630 (10 juillet) : Jean du Sillat, prêtre séculier du diocèse d'Angers, est nommé vicaire perpétuel par l'évêque de Saintes.
- 1636 (12 février) : Jean Desprez, prêtre séculier, est pourvu du même bénéfice par le même, sur démission de Jean du Sillat.
- 1644 : décès de Jean Desprez ; collation à Antoine Jacques, prêtre séculier, par le même.
- 1648 (27 mars) : Jacques Robbé, prêtre séculier, est pourvu par le même évêque, en remplacement de Mathurin Cheval démissionnaire.
- 1648 : réparation de l'église pour la somme de 500 livres ; l'édifice a une charpente en chêne avec couverture en planches de sapin, le clocher a un "haut plancher" ; le confessionnal est à trois ouvertures (R. P. Coutant,
op. cit. en bibliographie).
- 1649 : Guillaume Guibourt, prêtre séculier, est pourvu de la vicairie perpétuelle par l'évêque de Saintes sur démission de Jacques Robbé.
- 1655 (7 mai) : collation au profit d'Honoré Prudhomme, après le décès de Guibourt.
- 1656 (31 juillet) : collation en faveur de Me Denis, prêtre séculier, sur démission d'Honoré Prudhomme.
- 1657 : collation à Ambroise Ruillé, prêtre séculier, sur démission de Me Denis.
- 1669 : les fabriciens passent un marché pour "les couvertures de la nef et du clocher et aussi des autres bâtiments" (R. P. Coutant,
op. cit.).
- 1676 : agrandissement du cimetière ; les paroissiens reçoivent l'ordre de le clore (d'après le procès-verbal de visite du 24 janvier 1677).
- 1672-1677 : Ambroise Ruillé bénit 56 sépultures dans la nef (R. P. Coutant,
op. cit.).
- 1677 (24 janvier) : visite paroissiale exceptionnelle (Archives évêché la Rochelle, II C 25), à la suite de laquelle Ambroise Ruillé résigne en cour de Rome en faveur de son frère Louis Ruillé qui s'en fait pourvoir par le pape.
- 1677 (5 novembre) : décès de Louis Ruillé, âgé de 59 ans (R. P. Coutant,
op. cit.).
- 1677 (16 novembre) : décès d'Ambroise Ruillé, âgé de 61 ans (
ibid.)
- 1677 (7 décembre) : l'évêque confère la cure à Louis Thévenot, prêtre séculier, qui décède en octobre 1678.
- 1678 (19 octobre) : collation par l'évêque de la Rochelle à frère François Bailly de Razac, chanoine régulier, sur présentation du prieur de Saint-Vivien de Saintes.
- 1680 : collation par le même à Jean Michelon, prêtre séculier, après la mort de Bailly.
- 1680-1684 : le curé Michelon bénit 19 sépultures dans l'église (R. P. Coutant,
op. cit.).
- 1686 : Michelon résigne en faveur de Léonard Guimbaud, prêtre séculier.
- 1686 (24 juin) : l'évêque Henry de Laval vient à Rochefort en vue de la création d'une nouvelle paroisse (Mémain, La Marine de guerre sous Louis xiv, p. 209).
- 1686 (28 juillet) : assemblée des habitants pour délibérer sur le même sujet (
ibid.).
- 1686 (28 novembre) : lettres de l'évêque portant érection d'une cure de Saint Louis dans le bourg fermé de Rochefort (Archives Historiques Saintonge et Aunis, t. xiii, 1885, p. 415-417).
- 1687 (10 janvier) : Pierre Gueniveau, prêtre séculier, est pourvu de la cure de Notre-Dame, en cour de Rome, sur résignation de Léonard Guimbaud.
- 1687 (10 mars) : contrat entre le marquis de Seignelay, député par le roi, et le supérieur général de la congrégation de la Mission, sur les conditions du service des lazaristes quand ils seront pourvus de la cure de Saint-Louis (Archives Historiques Saintonge et Aunis, t. xiii, p. 418-421).
- 1687 (2 juillet) : lettres de l'évêque Henry de Laval portant union de la cure de Saint-Louis à la communauté des prêtres de la Mission établie dans la ville (
ibid., p. 421-423).
- 1687 (15 août) : les prêtres de la Mission prennent possession (Mémain,
op. cit., p. 211).
- 1687 (31 août) : bénédiction d'une cloche nommée Jeanne.
- 1687 (24 décembre) : brevet royal pour l'union du prieuré de St-Vivien de Saintes à la cure de St-Louis desservie par les prêtres de la mission (Archives Historiques Saintonge et Aunis, tome xiii, 1885, p. 423-424).
- 1688 (7 septembre) : visite paroissiale ; Pierre Gueniveau prêtre ; "le cimetière est fort grand, mal en ordre et point fermé du tout" ; la paroisse compte sept à huit cents communiants (Archives évêché la Rochelle, II C 47 n° 32).
- 1690 (8 octobre) : bénédiction d'une cloche nommée Michel, dont le parrain est l'intendant Michel Bégon (registres paroissiaux).
- 1691 (9 avril) : Jacques Martineau, curé de Loire, est enterré dans le choeur.
- 1694 (19 novembre) : visite par l'évêque de la Frezelière ; Pierre Gueniveau prêtre ; "aurions ensuitte visité le cemetière que nous aurions ordonné de faire fermer de manière que les bestiaux n'y puisse (
sic) entrer" (Archives évêché la Rochelle, II D 31).
- 1698 (3 février) : visite par le même ; Pierre Gueniveau prêtre ; "avons premièrement visité le cemetière et avons ordonné de l'antourer de meurailles en sorte que le bestail n'y puisse entrer" ; la paroisse compte environ 1500 ou 1600 habitants dont 1200 communiants, 15 familles de nouveaux convertis représentant 30 à 50 personnes (
ibid., II D 21).

2. La paroisse en 1685

- d'après une lettre du curé Michelon au ministre Seignelay (19 mai 1685)

La paroisse de Rochefort est une des plus grandes du royaume.

Elle renferme dans son étendue trois églises paroissiales : Saint Louis dans la ville, Notre-Dame hors les murs de la ville, Saint Hippolyte du Vergerou qui en est éloigné d'une lieue. Ces trois paroisses, qui n'en font qu'une, contiennent à présent sept à huit mille communiants, dont la plus part sont répandus en plus de dix-sept villages, tous fort éloignés les uns des autres.

Pour servir une paroisse déjà si grande, et qui augmente tous les jours, il n'y a que le seul curé qui, ne pouvant suffire à cette charge où il faudroit cinq ou six prêtres, entretient à ses dépens deux vicaires pour le secourir. Il n'a de revenu fixe que cent écus et le casuel ne va pas à plus de huit cents francs qu'il partage avec ses deux prêtres. Ce revenu, outre qu'il est très modique, est fort incertain et diminue souvent plutôt qu'il n'augmente, parce que la plupart des habitans sont des artisans, des soldats ou des travailleurs qui ne subsistent tous que par l'argent du roi et par les travaux qui sont souvent interrompus. Faute de revenu suffisant la paroisse manque de prêtres et ce défaut fait qu'elle est presque abandonnée, que plusieurs personnes meurent sans sacrements et que les enfants ne sont pas instruits. L'office se fait dans l'église de Saint-Louis avec aussi peu de décence que dans une église de campagne. Aux jours des plus grandes fêtes il n'y a que la seule messe du curé, les deux vicaires étant obligés d'aller la dire aux deux églises de la campagne.

Le curé reçoit fort peu de secours des deux communautés que le Roi a établies à Rochefort. Les Capucins confessent dans leur église et ne peuvent point entrer dans les fonctions extérieures des curés, à quoy par leur profession et leurs habits, ils sont peu propres. Ils ne confessent que peu de malades et il reste toujours au curé l'obligation de les visiter, de leur administrer les sacrements de viatique et d'extrême onction et, après leur mort, de les inhumer et en faire les obsèques ; de sorte que le secours qu'il reçoit de ces pères ne diminue presque en rien la peine qu'il doit prendre. Les missionnaires (ou lazaristes) ne s'occupent qu'à la direction de l'hôpital et des aumôniers, de sorte qu'ils refusent même au besoin de rendre à la paroisse les services qu'elle pourroit recevoir tant d'eux que des dits aumôniers.

De plus, la paroisse est très pauvre en toutes choses. La fabrique n'a aucun revenu assuré pour entretenir l'église, ce qui fait qu'elle manque des choses les plus communes, étant entièrement dépourvue de vases, linges, livres, argenterie et ornements nécessaires à la célébration du service divin. L'autel est nu, le tabernacle n'est qu'ébauché d'un bois tout simple, sans peinture ni dorure, la lampe ne brûle devant le Saint Sacrement que trois ou quatre heures par jour, parce qu'il n'y a point de fonds pour l'entretenir, et il n'y a qu'un seul ornement d'autel fort vieux et même fort usé dont il faut se servir tous les jours sans pouvoir distinguer la différence des festes par la différence des couleurs, selon les rites de l'Église.

Il n'y a aussi aucun fonds pour l'entretien d'un prédicateur d'Avent et de Carême, ce qui oblige de faire tous les ans une quête, mais qui est toujours si modique qu'on ne peut avoir un prédicateur tel qu'on le voudroit choisir. Le curé, qui est à Rochefort depuis cinq ou six ans, a employé tout ce qu'il avait de bien, tant dans sa famille que d'un autre bénéfice, pour servir sa paroisse avec la décence convenable à un lieu aussi important que Rochefort, mais ne pouvant plus fournir à cette dépense qui l'a épuisé, il est sur le point de se retirer dans un établissement dans le chapitre de Saintes où il est pourvu de la seconde dignité. Et néanmoins, si sa personne n'est pas désagréable à Mgr le Marquis de Seignelay, il continuera dans son employ et le préférera à d'autres plus considérables, par le désir qu'il a de servir le Roi, s'il plaist à Mgr le Marquis de lui accorder, avec la qualité de premier aumônier de la marine en ce port, le double des appointemens que le Roy donne à chacun des aultres aumôniers, y ayant cette différence entre lui et eux qu'ils ne servent qu'un petit nombre d'hommes sur un seul vaisseau pendant une campagne seulement, et que lui est continuellement obligé de servir tous les officiers, soldats, matelots et autres employés dans le département pendant toute l'année.

Le dit curé supplie aussi Mgr le Marquis de vouloir ordonner un petit fonds pour servir de gages à un prédicateur d'Avent et de Carême, de donner présentement à la paroisse une somme de quatre ou cinq escus, pour être employée à l'achat des ornements, linges et meubles les plus nécessaires pour faire le service divin ; et enfin d'ordonner aux missionnaires de rendre à la paroisse, tant par eux que par les aumôniers, lorsqu'ils seront dans le port, tous les services qu'ils pourront dont le dit curé aura besoin, pour le secours spirituel et instruction des habitans, soit de la ville, soit de la campagne.

Et si Monseigneur veut bien accorder au dit curé ses demandes, il promet de faire servir sa paroisse avec toute la décence convenable et de s'employer avec tout le soin...

Michelon, prêtre, curé de Rochefort (Archives Historiques Saintonge et Aunis, tome xliii, 1912, p. 36-39, original).

- d'après une lettre de l'intendant Arnoul au ministre Châteauneuf

Rochefort, ce 28 octobre 1685,

... Il n'y a point de paroisse dans le royaume qui ne soit mieux servie et mieux meublée. Le curé a trois paroisses à servir et le plus souvent il n'y est pas parce qu'il craint le mauvais air. Il n'a tout au plus que deux vicaires dont il y en a presque toujours un de malade, de sorte qu'il y est mort en dernier lieu des gens sans pouvoir avoir les sacrements. M. l'évêque m'a dit vous avoir envoyé sur cela des mémoires afin qu'il vous plût, Monseigneur, demander au Roi quelque bénéfice pour avoir ici cinq ou six prêtres avec un curé particulier et laisser le revenu fixe à celui qui auroit les deux paroisses de dehors... (Ibid., p. 41-42).

3. Baptême d'une cloche nommée Jeanne (31 août 1687)

Le trente uniesme du mois d'aoust mil six (sic) quatre ving sept j'ay, soubsigné, pbre (prêtre), par la permission de monsieur de la Brosse, doien et grand vicaire de monseigneur de la Rochelle, dattée du trente du mois d'aoust, bénis la cloche de Nostre Damme de Rochefort nommée Jeanne qui a eu pour parain le sieur Nicolas Proust, sieur du Broussail, et pour mareine damme Jeanne Daniaud, femme du sieur Chauvet, marchant de cette paroisse, en présense des sieurs soussignés ...

Signé illisible, Janne Daniau, Chauvet, Lenieux, J. Chauvet, Estienne Dubois, Mignaud pbre (registres paroissiaux).

UNE PAROISSE DE FAUBOURG AU XVIIIe SIÈCLE

Des curés qualifiés prieurs

Le régime qu'on peut constater en 1678, modifié par le compromis de 1693, se maintient tout au cours du XVIIIe siècle. A une exception près, les curés de Notre-Dame sont des prêtres séculiers nommés par l'évêque, disposant des revenus de l'ancien prieuré, qu'ils afferment le plus souvent, et se qualifiant volontiers de prieurs alors que le prieuré rochefortais n'est plus en fait qu'une seigneurie foncière.

Le compromis est pourtant remis en cause par l'intrusion d'un chanoine de Saint-Augustin, Louis Brouet, qui, en cette qualité, revendique le bénéfice du prieuré. Il obtient à Rome des "provisions" par "dévolu", c'est-à-dire une nomination pour cause d'incapacité du titulaire, qui est alors Gueniveau. En d'autres termes, la cour de Rome a admis que le prieuré rochefortais doit être attribué à un chanoine. On ne s'étonne cependant pas que l'évêque refuse son visa. Brouet s'adresse alors à l'archevêque de Bordeaux qui accorde le sien. Rompu à l'exercice de la chicane, Gueniveau résiste ; il refuse de résigner. Brouet obtient alors de secondes provisions à Rome, en octobre 1714, sous réserve d'une pension du tiers des fruits en faveur de Gueniveau, pour dédommager ce dernier. Gueniveau cède alors la place.

Brouet ne tarde évidemment pas à se heurter aux lazaristes, qu'il considère comme des intrus dans le prieuré. La première escarmouche se produit à l'occasion des fêtes de la Pentecôte de 1715. Le curé de Saint-Louis, Decès, s'apprêtant à célébrer la grand messe à Notre-Dame, suivant la sentence épiscopale de 1693, Brouet proteste énergiquement et ne cède que "par respect pour le service divin". Cependant un prêtre séculier, Mathurin Lespès, obtient lui aussi des provisions en cour de Rome, que l'évêque vise, et il se présente en octobre suivant devant la porte principale de l'église, pour prendre possession. Mais la porte a été fermée par Brouet et le cérémonial prescrit en l'occurrence tourne quelque peu au ridicule, le prêtre limitant les "actes en ce cas requis" au jet d'une pierre contre le clocher. Nous ignorons qui a suscité cette intervention de Lespès, aussi inattendue que celle de Brouet peu auparavant. On a cependant remarqué que la cour de Rome ne fait pas preuve d'une grande constance dans son appréciation de l'état de droit.

La nouvelle situation est à l'origine de procès entre les deux prétendants, au siège de Rochefort, puis devant le parlement de Paris, dont nous ignorons l'issue. Toujours est-il que Brouet demeure en place jusqu'en 1718, protestant contre la qualité de vicaire perpétuel que prétend lui attribuer Guillaume Chotier, successeur de Decès, sommant même le curé de Saint-Louis de présenter "la bulle d'union du prieuré de Notre-Dame de Rochefort à celui de Saint-Vivien de Saintes", alors qu'il sait fort bien que les archives du prieuré saintais ont disparu. On atteint alors le comble de la confusion. L'évêché est troublé au point que la visite canonique du 13 mai 1718 mentionne : "la cure est dans l'incertitude de quelle présentation elle sera". Heureux euphémisme pour exprimer le désarroi d'une Église qui, sous l'emprise de la nécessité, a créé des situations inextricables en droit.

En fait on ne revient pas au régime de la présentation, qui est devenu caduc. Brouet est bientôt écarté et Lespès prend possession le 12 décembre suivant. Les successeurs de Lespès sont comme lui des prêtres séculiers, soumis à l'autorité épiscopale qui les nomme. Cependant la querelle entre curés n'est pas éteinte. Le dernier épisode du conflit se déroule localement, au siège royal de Rochefort : en 1749-1750, les lazaristes inquiètent le curé Brian au sujet du seul élément du domaine seigneurial de quelque importance, un pré fauchis à la Cabane Carrée, appelé le Pré Prieur. Ils obtiennent momentanément satisfaction, mais c'est Brian qui afferme les revenus du pré en 1753, et ses successeurs feront de même jusqu'à la veille de la Révolution.

Une vieille église trop petite

L'église n'est voûtée que sur le sanctuaire. Le sol est pavé, en partie au moins, mais la pratique des inhumations dans le bâtiment le bouleverse souvent. Les quelque trois cents places de l'édifice sont insuffisantes pour une population qui augmente régulièrement. Aussi a-t-on édifié, au-dessus de la porte principale, une tribune avec balustrade, à laquelle on accède par un escalier de bois, qui augmente la capacité d'accueil. On remarque deux bénitiers, de part et d'autre de l'entrée. Les fonts baptismaux sont à gauche de la porte, en entrant.

La nef, sous charpente, est occupée par des alignements de bancs, "grands bancs" et "petits bancs", séparés par une allée centrale. Quatre "mauvais" tableaux sont accrochés aux murs ; deux représentent sainte Madeleine, un figure un mystère, le quatrième doit être un ex-voto. A la croisée, du côté de l'épître, "entre deux petites portes", la chaire se dresse avec son impériale.

Assez profond, le choeur est "fermé par des barreaux", "une balustrade fermant à deux battants". Il est occupé par treize bancs "pour chanter", grands et petits, un pupitre, six grands chandeliers de fer, une statue de la Vierge. Deux armoires, contiennent tantôt "sept mauvaises nappes d'autel, quatre petites nappes de crédence", tantôt des livres religieux. Dans le mur nord est aménagée une "fenêtre", appelée parfois "niche du Saint-Sacrement", et qui est aujourd'hui facilement identifiable ; on y conserve pendant un certain temps l'eau baptismale et les saintes huiles.

On accède par des marches au maître autel qui est "orné de tout ce qui est nécessaire" : "dix grands vases de bois doré avec leurs bouquets, douze de bois peint, deux rideaux d'indienne servant à le couvrir". Quant au tabernacle, il est dit "fermant à clé", "en bois peint doré, doublé par le dedans d'une étoffe de soie rouge". En 1707, il renferme une petite custode, deux calices avec leur patène et une paix, "le tout en argent, fort propre et en bon état".

Chaque croisillon du transept constitue alors une "chapelle", avec autel, confessionnal et clôture en "barreaux de bois". L'autel nord est dédié à saint Roch. Dans la chapelle, on trouve une armoire réservée à la confrérie du même nom et un tableau représentant saint Roch et son chien. L'autel de la chapelle sud est dit de Saint Vincent en 1727 et de Sainte Marthe en 1741. La chapelle elle-même, après avoir été dite de Saint Joseph, de Sainte Anne au XVIIe siècle, est dite de Saint-Étienne en 1718, du Rosaire en 1783.

Édifié avant 1648, le clocher doit être réparé de temps à autre. En 1707, c'est la flèche qui a été gravement endommagée par des tempêtes. En 1786, on restaure la couverture d'ardoises et les planchers. En 1788, on aménage une trappe d'accès. Ses dimensions considérables permettent de l'utiliser comme local de rangement pour des objets encombrants ; on y trouve ainsi, en 1794, trois échelles en bois, une grande bière et une petite pour les pauvres, un chevalet, de mauvais morceaux de planches. Les deux cloches datent de la fin du XVIIe siècle, baptisées respectivement Jeanne en 1687 et Michel en 1690. Une visite canonique précise que l'une d'elles pèse trois cents livres. En 1784, lorsque les marguilliers attribuent un banc, les preneurs s'obligent à laisser ou donner une place aux héritiers Chauvet ou leur représentant, "en considération du don d'une cloche fait par le sieur Chauvet" ; il s'agit de la première.

L'église est partiellement rénovée à partir de 1781. C'est d'abord une réfection totale de la grande croisée de la chapelle de Saint-Roch, en 1781 et 1782. Une campagne de restauration des couvertures s'échelonne ensuite de 1783 à 1791. Puis c'est le tour de la tribune, dont l'escalier d'accès et la balustrade sont refaits en 1791. En même temps, on repeint, le garde-choeur en 1785, la grande porte d'entrée en 1788, et on procède à l'aplanissement du terrain devant la porte, par étapes, entre 1782 et 1789.

L'année 1792 est celle du pavage de la nef. Un contrat passé entre la fabrique et l'entrepreneur Godet prévoit l'aménagement d'une pente de deux pouces et demi, du choeur à la porte d'entrée, à partir d'un nouveau niveau avec déblais et remblais. Sur les côtés, où les passages sont moins fréquents, on réutilisera les anciens carreaux, retaillés à deux pouces au moins d'épaisseur ; pour la partie centrale, on prévoit de nouveaux carreaux, découpés dans des tombes du cimetière, qui auront au moins quatre pouces d'épaisseur. Le tout sera sur lit de sable et de chapelure. Le contrat précise qu'il y aura sur le chantier au moins huit ouvriers, auxquels on fournira du pain.

Une sacristie récente

Attenante au choeur, au sud, elle communique avec ce dernier. Cette disposition date de la reconstruction de l'église, au XVIIe siècle : on n'a pas remonté l'abside sud écroulée dont on a obstrué l'entrée par un mur léger qui sert de mur de fond à la sacristie. Les visites canoniques disent celle-ci "belle, grande, bien pavée, bien garnie, avec des coffres et armoires pour les rangements" et le linge sacré "suffisant", sauf en 1727 où le commentaire est plus sévère : "Les ornements sont très pauvres, peu de linge, un missel et des livres pour chanter fort usés ; nous avons ordonné que le sieur curé fera tout ce qu'il conviendra pour porter les paroissiens à pourvoir aux besoins de la sacristie".

Un grand cimetière mal clos

Le cimetière est vaste mais sa clôture laisse à désirer. La visite de 1707 constate qu'une grande partie est entourée de murailles mais que le reste est "ouvert" ; aussi le visiteur ordonne-t-il "de le faire renfermer partout afin que les bestiaux n'y puissent entrer". L'ordre n'est pas exécuté puisque, en 1718, il "n'est renfermé qu'en partie" et un "grand chemin" le traverse en son milieu. La situation a même empiré en 1727 : "les murailles sont presque toutes tombées" ; une croix s'élève alors au milieu, qui est dite "en bon état". Onze ans plus tard, en mai 1738, l'assemblée des paroissiens décide le relèvement des murs mais se contente d'une double haie pour la partie non murée. Cette haie est replantée en 1791, à l'occasion de la réfection du fossé, avec "quatorze cents d'épines". Dans la même année, il est question d'un "nouveau cimetière", non localisé, dans lequel on a "fait deux chemins", dont on a "relevé les fossés" sur lesquels on a également planté une haie.

Les inhumations

Est-il nécessaire de rappeler que le cimetière est réservé aux catholiques en règle avec les prescriptions canoniques ? Ainsi les protestants sont-ils enterrés au dehors : "A été inhumé dans un champ clos, hors la clôture du cimetière, sans aucune cérémonie ni funérailles selon l'usage de l'église romaine, le corps d'Anne Picard, âgée de vingt-neuf ans, femme de Jean Valin, après avoir refusé pendant sa santé et pendant sa maladie de recevoir les saints sacrements et de se réconcilier à icelle et nous avoir déclaré qu'elle voulait absolument vivre et mourir dans la religion protestante...". Il en va de même pour ceux qui ont négligé la communion pascale ou n'ont pas reçu les derniers sacrements : "hors le cimetière, Mathieu Viau, jardinier, quarante-cinq ans, sans cérémonies, sans sonner les cloches, après soleil couché, attendu que depuis six ans il n'avait point fait ses pâques, qu'il a esté trouvé mort noyé dans le puits de son jardin...". Le 2 juillet 1708, Jean Berzet, cloutier, est inhumé "hors le cimetière, sans luminaire, sans sonner les cloches et sans les suffrages ecclésiastiques, attendu qu'il était mort d'une manière tragique sans avoir reçu les sacrements". Encore, le 2 février 1737, "un inconnu trouvé mort dans un fossé plein d'eau, ayant le visage tout mangé..., n'ayant aucune marque de catholicité, inhumé au bout du cimetière et en dehors d'icelui, conformément au rituel de ce diocèse".

La règle souffre cependant des exceptions. Ainsi, en 1736, un garçon mendiant de vingt ans, "sans connaissance ni parole", est enterré dans le cimetière sans avoir reçu les derniers sacrements, parce qu'on a trouvé sur lui "un chapelet et un scapulaire pour marques de la religion catholique" et parce qu'un camarade a attesté de sa bonne catholicité. Quand le cas semble douteux au prêtre, celui-ci en réfère à l'autorité supérieure. C'est sur "ordre de Monsieur le Vicaire Général" qu'en 1701, François Villechaise, scieur de long, 45 ans, "assassiné sur les six heures du soir, qui n'a point été en état de recevoir les sacrements", reçoit la sépulture catholique.

Parfois, l'ordre vient d'une autorité civile : "une pauvre inconnue, trouvée morte dans une prairie, au dessus du village des Broussailles ; son cadavre a été ainsi exposé deux jours en attendant que la justice s'y fut transportée, comme il est de droit et de coutume, mais sur un billet d'un magistrat de la ville, nous nous sommes transportés..." ; l'acte est de 1749.

La paroisse n'échappe pas à la pratique répandue des inhumations dans l'église. En 1705, c'est le vicaire, en 1707 un proche parent du curé, en 1728 le curé de Loire, qui a les honneurs du choeur. Pour avoir largement contribué aux frais de fonte de la cloche baptisée Jeanne, en 1687, la famille Chauvet a le privilège de l'inhumation intra muros ; c'est ainsi qu'en 1730 et 1756, le prêtre enterre en Notre-Dame deux enfants de Pierre Clément, marchand, et Marguerite Chauvet. On constate que la famille Giret possède en 1715 des tombeaux sous un confessionnal et qu'en 1730 un sieur Giret, "bourgeois de Rochefort", reçoit la sépulture au même endroit, bien qu'il soit "mort en ville". Ces sépultures sont réparties dans l'édifice : on en compte cinq dans la chapelle de Saint-Roch ; d'autres se situent "sous le pupitre, en bas de la marche de la communion", "dans la chapelle Saint-Vincent, vis à vis la corniche de l'autel", "devant l'autel de Sainte-Marthe", "vers le milieu de la nef, du côté de l'épître", "près du pilier de la chaire à prêcher"...

La fabrique

Institution paroissiale capitale, surveillée par l'évêque, la fabrique est un auxiliaire précieux du curé, pour l'entretien de l'église et du mobilier et, en général, l'exercice de la pastorale. Elle est représentée par deux marguilliers, désignés chaque année en assemblée générale, "dans la forme accoutumée... la majeure partie des habitants étant capitulairement assemblés au son de la cloche, à l'issue de la messe, devant le porte et entrée principale de l'église". L'un d'eux tient des registres, de recettes et de dépenses, des grands et des petits bancs. Les comptes sont soumis à l'approbation de l'assemblée, présidée à cette occasion par un commissaire désigné par l'évêque et apurés par un procès-verbal. Les marguilliers sont connus pour la période 1760-1793 ; ce sont toujours des hommes, le plus souvent artisans ou petits commerçants, parfois notables (avocat, notaire, "bourgeois"), parfois propriétaires terriens, mais jamais de petits employés au port, ouvriers, gardiens..., pourtant nombreux à habiter ce faubourg.

De multiples charges

Au premier rang des attributions de la fabrique figure l'entretien immobilier, celui de l'église, dont l'état de vétusté nécessite des réparations périodiques, mais aussi de maisons destinées à loger des personnes qui dépendent de la cure : celle où doit loger le régent (maître d'école) en 1782, celle qui est destinée au chantre en 1784, une maison appartenant la fabrique elle-même en 1789 et 1793, une "maison des pauvres", rue du Pas-du-Loup, qui semble cependant être négligée, puisqu'une déclaration du curé Laydet, datée du 20 février 1790, la dit avoir été abandonnée pendant plusieurs années et "menaçant ruine".

L'entretien du mobilier de l'église exige des interventions fréquentes. Ainsi, en 1781, il faut réparer les bancs, grands et petits ; la tâche est confiée à Grandjean, charpentier, alors que Ambaud, cloutier, fournit les clous nécessaires. Dans la même année, on peint deux armoires près du choeur et deux placards de la grande porte. En 1782, une dame Baudry fournit de l'étoffe pour refaire les grands rideaux du grand autel, un cordon et des anneaux de fonte. En 1783, Moussaud raccommode la chaire et la boîte qui sert à ranger les registres, probablement registres paroissiaux.

La fabrique doit maintenir en état les objets du culte ; l'entretien courant est d'ailleurs parfois coûteux. En 1783, Gandouen, orfèvre, change le ciboire pour près de 100 livres et on paye à Tostée, autre orfèvre, 12 livres pour la réparation de l'ancien, faite en 1778. Rivière, ferblantier, répare en 1786 les ressorts des cierges ; la même année, Large, orfèvre, répare l'encensoir. En 1787 on réargente la lampe de l'église. En 1788 on réargente les chandeliers du grand autel ; la facture de Plisson s'élève à 548 livres, payées en deux fois. La même année, un chaudronnier raccommode la croix et le goupillon. Quant aux deux cloches, on remplace leur corde à peu près tous les deux ans, quand le serrurier n'est pas appelé pour ressouder le battant.

La fabrique se charge du blanchissage et du petit raccommodage du linge de l'église ; il lui en coûte 50 livres en année courante, la dépense pouvant monter jusqu'à 77 livres. Un devant d'autel, étoffe et galon d'or, est acheté pour 179 livres, en 1793 ; dans la même année, une nappe de communion et des corporaux reviennent à plus de 82 livres. Il faut de temps à autre renouveler la garde-robe : trois soutanes en cadi en 1781, une chasuble à fond bleu en bougran en 1782, un domino en 1784. On achète à l'encan deux soutanes au curé du Breuil. On habille le bedeau ; une robe neuve pour sa fonction, en 1783, revient à 45 livres 16 sols. Pour le chantre, la fabrique achète, en 1792, à une marchande de la Rochelle, un bonnet carré et une houppe.

Le luminaire nécessite un entretien constant : cire, bougies à ressort ou filées, cierge ordinaire ou pascal ou des ténèbres ou à trois branches, fournis par les marchands graisseurs de la ville, la dépense variant de 50 à 70 livres par an. Les fabriqueurs approvisionnent l'autel en pain de messe, qui est dit couramment "pain de charité" ou "pain d'autel", le terme hostie n'étant utilisé qu'en 1791. On distingue alors petites et grandes hosties, comme, en d'autres temps, grands et petits pains. Le fournisseur est le même boulanger pendant treize années consécutives, et le montant de la dépense à peu près toujours le même, autour de 12 livres. L'encens ordinaire vaut 1 livre 10 sols la livre poids, mais l'encens fin de Paris se paie 5 livres. En 1792, ce dernier est acheté à un "marchand voyageur". Le benjoin ne coûte que 15 sols la livre.

Chaque année le curé et la fabrique invitent des ecclésiastiques à prêcher des sermons à l'occasion des grandes fêtes. Le temps du Carême ou Quarantaine fait ainsi l'objet de cinq sermons, puis viennent ceux de l'Annonciation, de la Purification, de l'Ascension, de la Pentecôte, de la Trinité, de l'Assomption, de la Toussaint et de la Nativité. Il en coûte trois livres pour chaque sermon. Pour la semaine sainte, la fabrique fleurit le reposoir aménagé alors dans la chapelle de Saint Roch. Elle paie le charbon qui a servi au chauffage de toute la nuit du jeudi saint, ainsi que la personne qui assure la garde des lieux. La dépense la plus importante est celle de la location des tapisseries à un tapissier de la ville, 24 livres, à laquelle s'ajoutent les frais de transport, accrochage et démontage. Pour la Fête-Dieu, une procession est précédée d'un tambour de ville qui touche trois livres pour battre ; les personnes qui portent le dais ont droit à un rafraîchissement ; il en coûte deux livres dix sols.

Les assistants du curé représentent une lourde charge. Le vicaire, logé dans la maison presbytérale, est en règle générale payé par le curé lui-même. Cependant, en décembre 1785, l'évêque demande aux marguilliers de lui assurer annuellement une pension de 100 livres, payable par trimestres. Le chantre, appelé aussi sacristain ou bedeau, touche tous les six mois des gages qui se montent à environ 37 livres, mais, en plus, la fabrique l'aide à se loger et lui fournit l'habillement propre à sa fonction. Elle l'emploie à de menus travaux d'entretien qu'elle rétribue ; elle lui fournit même parfois le cercueil à son décès, ce qui représente une dépense de 9 livres. En 1790, les fonctions de chantre et de sacristain sont distinctes ; Tirlot touche 82 livres pour six mois de l'exercice de chantre ; Arsonneau, qualifié en 1790 de bedeau, en 1792 de sacristain fossoyeur, touche alors ses gages par "quartiers", soit quatre fois 15 livres dans l'année ; quand il fait fonction de fossoyeur, il reçoit 1 livre par tombe creusée.

Des ressources limitées

Pour faire face aux dépenses qu'entraînent ses multiples charges, la fabrique dispose essentiellement de rentes et du produit de la location des bancs. Il s'agit de rentes constituées le plus souvent par testament, afin de faire dire des prières ou des messes pour le repos des âmes. Ainsi, en 1738, Louis Baril laisse 200 livres "pour faire prier pour le repos de son âme". En 1747, Antoinette Robert hypothèque la moitié de sa maison pour "qu'il soit dit annuellement et à perpétuité une messe de requiem pour le repos de mon âme". En 1783, Elisabeth Curodeau charge Simon Petit de faire dire pour 60 livres de messes basses de requiem à prendre sur la vente de ses biens.

Les conditions d'attribution des bancs sont rappelées par la visite canonique de 1698 : "au cas qu'il y ait quelque banc qui vienne à vaquer dans la paroisse de Notre-Dame, il sera publié au prône de la grand messe, par trois dimanches consécutifs, et sera donné au plus offrant et dernier enchérisseur". A la somme ainsi versée à l'entrée en jouissance s'ajoute une rente annuelle payée à la fabrique ; c'est ce que précise la visite de 1707 : "tous les bancs qui sont dans l'église payent une rente à la fabrique, tous les particuliers ont des baillettes sous seing privé et insérées sur les registres des recettes et dépenses de la fabrique". La rente annuelle pour les petits bancs est stable durant la période qui a pu être prise en considération : 3 livres. Celle d'un grand banc peut varier de 1 livre 5 sols, minimum enregistré, - mais la baillette qui la concerne remonte à 1735 -, à 26 livres 5 sols dans une baillette renouvelée en 1788. Le curé est exonéré de rente pour son banc, "à la charge par lui de fournir le vin nécessaire pour les messes". Par contre, les membres des confréries paient chacun une livre pour le banc qui leur est réservé dans la nef, tarif de faveur. En principe, l'année de rente est payable d'avance, à l'échéance fixée ; en fait, si cette disposition est valable dans la majorité des cas, des retards dans le paiement se produisent et les arrérages courent. En 1781, pour cinquante versements, quatorze ne sont pas réguliers ; un particulier acquitte sa rente pour neuf années, un autre doit encore, après versement, trois années...

La fabrique bénéficie aussi du produit de certaines quêtes aux offices, dites "levées du bassin", quatre ou cinq fois par an, le jeudi ou le vendredi de la semaine sainte en particulier. Ce produit peut atteindre 20 à 30 livres pendant cette période, alors qu'il se stabilise autour de 3 ou 4 livres dans les autres occasions. En 1792, pour la semaine sainte, il dépasse encore 22 livres, en 1793 il tombe à 9 en la même circonstance. S'ajoutent à ces ressources, occasionnellement, la vente de vieille cire, la location de la brunette pour les enterrements, une partie de la somme demandée pour la levée des corps...

Ces revenus sont peu importants au début du siècle, à en juger d'après les procès-verbaux de visites. Ils sont estimés à 45 livres en 1707, sans compter le produit des bancs, il est vrai. La visite de 1727 mentionne 90 livres de rentes, plus le casuel et le revenu des bancs qui est dit "peu considérable". Il semble que la situation évolue ensuite favorablement puisque, d'après le procès-verbal des comptes adopté le 29 mai 1792, les rentes foncières représentent alors un revenu de 317 livres et les bancs de 588 livres. Cependant la recette pour les rentes n'est que de 280 livres, plusieurs personnes n'ayant point payé, et "l'enlèvement des bancs a porté plusieurs particuliers à refuser de payer, ce qui a réduit la recette de tous les bancs à 355 livres". En effet, les bancs ont été supprimés à cette époque, par mesure d'égalité. Il demeure que trop de paroissiens s'avèrent de mauvais payeurs, dont la négligence ou la mauvaise foi contraint les marguilliers a faire des rappels ou à engager des actions en justice, et que les entrées de fonds sont constamment inférieures aux sommes dues.

D'ailleurs, à part quelques dispositions testamentaires, somme toute peu nombreuses, le zèle religieux des paroissiens ne se manifeste guère en dons ou offrandes que pourrait prendre en compte la fabrique : aucun don porté dans le registre des comptes sur treize années ; à trois reprises seulement la mention de fleurs offertes pour décorer l'autel. La coutume, fréquente, d'offrir le pain bénit à la messe, est sujette elle-même à défaillance, puisque le marguillier en charge note, au 6 août 1786, pour 4 livres : "la fabrique a donné un pain béni au défaut d'un particulier". Il est vrai que la grande majorité des paroissiens est de condition modeste et bien incapable de se montrer généreuse, le voudrait-elle.

Des confréries pauvres

Nous ne connaissons que très mal la vie et l'importance de ces associations religieuses dans la paroisse. Certaines semblent avoir eu une existence éphémère, d'autres ont perduré. Les visites canoniques n'y font que de rares allusions, pour les dire pauvres.

Celle du Saint-Sacrement est signalée de 1716 à la veille de la Révolution. La visite pastorale de 1718 la cite "avec sa bannière et une croix de cuivre pour porter en procession". En 1728 elle reçoit un legs par testament, qu'elle refuse en 1744, à la demande de Pierre Giraud, journalier, préfet de la congrégation, et de Nicolas Collaud et Jean Faucher, marguilliers en charge de la confrérie. Des actes de décès évoquent des membres, en 1752, 1753, 1754. Elle existe encore en 1788, quand un journalier au port lui lègue 30 livres par testament.

La confrérie du Rosaire est surtout connue grâce au registre des petits bancs qui couvre avec ses références une période de quarante années. Ce registre signale six petits bancs dans la nef réservés à la confrérie, chaque confrère payant une livre par an pour disposer de son banc. D'autre part, un acte de décès de 1752 concerne un jardinier du village du Queureux, "fabriqueur en charge de la confrérie du Rosaire, mort après avoir fait son jubilé". Occasionnellement on relève la trace d'une confrérie de Sainte-Marthe, confrérie féminine, dont les soeurs reçoivent par testament un legs de 30 livres. A la veille de la suppression de la fabrique, en 1793, le marguillier note l'achat d'une croix de cuivre aux confrères de Saint Jacques.

Mais la plus importante et la plus souvent citée est la confrérie de Saint-Roch, qui dispose d'une armoire dans la chapelle nord de l'église, dite chapelle de Saint-Roch. On la rencontre de 1727 à 1794. Comme ceux du Rosaire, ses membres bénéficient de six petits bancs dans la nef. En 1739, la confrérie figure au titre des bénéficiaires d'un legs de 30 livres de Marie Gelineau "pour faire prier Dieu pour le repos de son âme". En 1787, par testament, Jean Jouaneau lui lègue 60 livres. L'inventaire dressé le 21 mai 1794 signale, dans la sacristie, "une armoire appartenant à la confrérie de Saint Roch".

Les difficultés de l'enseignement

A la fin du XVIIe siècle, la paroisse manquait de maître d'école. La création d'un poste a dû intervenir au début du XVIIIe puisque, en 1715, un nommé Jean Lusseau, âgé de cinquante ans, est dit "maître d'école" quand il est inhumé, à Notre-Dame, et la même année, un Louis Flamen, "chapelain de l'école", figure à plusieurs reprises comme témoin de décès. La visite de 1718 confirme l'existence d'un maître mais fait quelques réserves sur l'enseignement du catéchisme : "avons interrogé les enfants, qui ne sont pas encore instruits avec le nouveau catéchisme, mais celui qui leur (sic) explique nous a promis de leur (sic) enseigner incessamment, attendu qu'il avait reçu le catéchisme depuis peu de temps et à cause que les enfants étaient sur le point de faire leur première communion".

Le recrutement des maîtres n'est pas sans difficultés, car les qualités morales et professionnelles requises ne vont pas nécessairement de pair avec des exigences modestes en matière de gages. Un certain Beaupré, ancien militaire tenant auberge, qui a ouvert une école pour accroître ses ressources, se voit interdire l'exercice par l'évêque qui note en 1723 : "Nous lui (sic) avons défendu, ne jugeant pas à propos pour bonnes et justes causes à nous connues, de l'approuver, ayant nommé le sieur Besse pour cela". Ce Besse, qualifié maître d'école, est en effet témoin d'une abjuration en 1722, à la grand messe de Noël. La visite canonique de 1727 rappelle la nécessité d'obtenir l'autorisation épiscopale par écrit et de ne pas recevoir des enfants des deux sexes.

Le logement du régent est un autre problème. Pour le résoudre, le curé Josse achète, en 1739, une maison située rue Notre-Dame, comportant trois chambres à feu, "pour loger un maître d'école" enseignant gratuitement à six garçons de familles pauvres, qu'il présentera. Ce maître sera tenu d'instruire trois écoliers "pour servir de clercs à l'église" ; il conduira tous les jours, autant que faire se pourra, tous les dits écoliers à la messe, et il assistera lui-même, tous les dimanches et fêtes, à tous les offices de la paroisse, et observera exactement tous les règlements des évêques de la Rochelle concernant les écoles chrétiennes. Comme le curé décède le 12 décembre suivant, il n'a pas le temps de voir les effets de sa bonne action. Son successeur, Jacques Vinet, agissant en qualité de premier marguillier de la fabrique, arrente la maison en 1747. Huit années ont donc suffi pour que l'institution du curé Josse tombe en désuétude. Un fait analogue se produit peu avant la Révolution : le curé Pierre Rochard afferme alors une petite maison basse, située rue du Pas-du-Loup, qui avait été achetée pour loger un maître d'école.

En 1789 le maître est Jean Louis Savouret ; il participe comme témoin à l'assemblée des habitants de la paroisse. En 1792 la désignation n'est plus soumise à l'approbation de l'évêque. Ainsi Louis Pontardant est "installé [par les officiers du bureau municipal] dans la place d'instituteur de la jeunesse, aux émoluments qui lui sont accordés et déterminés par le directoire du district", après avoir exhibé un certificat de la municipalité de Saint-Christophe et un autre du curé et des marguilliers de Notre-Dame.

L'assistance aux pauvres

Les pauvres ne sont pas rares, mais ils ne sont guère décelables que par les actes d'inhumation : "pauvre mendiant inconnu", "pauvre femme réduite à l'aumône et à la charité des gens de piété", "garçon mendiant de vingt ans", "pauvre inconnu"... En effet, la charité s'exerce au quotidien, discrètement. Cependant certaines dispositions testamentaires rappelleraient leur existence, s'il en était besoin. Ainsi, en 1710, Pierre Poupart charge un tiers de distribuer 30 livres aux pauvres sur une somme de 210 livres prévue pour se "faire inhumer honorablement". En 1733, Pierre Guillonneau confie au prieur le produit de la vente d'une partie de ses meubles pour qu'il soit distribué aux nécessiteux. En 1744, Jacques Hublin, praticien, constitue une rente de 10 livres qu'il lègue "aux pauvres honteux de cette paroisse". En 1752, un journalier laisse 50 écus "aux pauvres de la paroisse".

La charité s'exerce d'autre part en mettant des maisons à la disposition des pauvres, d'ailleurs difficiles à identifier. La mention la plus ancienne figure dans un acte d'inhumation en date de 1730, d'une veuve de cinquante ans, décédée "dans la maison des pauvres où elle demeurait". En 1753, une "maison des pauvres" est désignée dans un acte concernant l'inhumation de la fille d'un journalier. Est-ce la même ? Toujours est-il qu'en 1748 on en identifie une dans un village : "un jeune et pauvre garçon inconnu mort dans un hospice des pauvres, chez maître Robineau, aux Broussailles". En 1790, il est encore question d'une "maison appartenant aux pauvres", sise rue du Pas-du-Loup, no 434 et 435, qui est affermée et dont le revenu est affecté au soulagement des malheureux.

Le cas des protestants

On connaît un "cimetière des huguenots", révélé par une carte du xviie siècle, qui a dû disparaître après 1685. Le souvenir de ce cimetière est demeuré vivace au moins jusqu'en 1759, année où un acte notarié l'évoque en ces termes : "maison, rue Notre-Dame, au lieu-dit anciennement appelé Cimetière des Huguenots, confrontant à l'orient à la rue Notre-Dame et relevant de la seigneurie des Ouillères".

Les registres paroissiaux révèlent trois cas d'abjurations. Ainsi, à la grand messe du dimanche 4 octobre 1716, Jeanne Monroux, 23 ans, déclare : "J'abhorre et je déteste l'hérésie de Calvin dans laquelle j'ai eu le malheur d'avoir été nourrie...". Pour la messe de Noël 1722, c'est au tour de Marie Laumasse d'abjurer. Enfin le registre paroissial enregistre au 13 avril 1735 le décès de Jean Bonniot, charpentier de navire, "ancien religionnaire, s'étant confessé et ayant reçu l'extrême onction à l'article de la mort et ayant promis de vivre en bon catholique s'il plaisait au seigneur de lui rendre la santé".

Le nombre des protestants a dû diminuer progressivement. La visite canonique de 1707 mentionne qu'"il y a sept à huit cents personnes huguenotes qui ne font point leur devoir", mais les visites suivantes ne parlent plus des protestants. Tandis que celle de 1677 interdisait au curé de tolérer que les femmes enceintes de sa paroisse se fassent "assister dans leurs couches par des sages-femmes de la religion prétendue réformée", celle de 1718 constate seulement qu'"on se sert des sages-femmes de la ville".

DOCUMENTS

1. Les curés au XVIIIe siècle

Pierre Gueniveau (1700-1714) - Joseph-Louis Brouet (1714-1718) Mathurin Lespès (1718-1725) - Louis Feuilleuse (1726-1734) Julien Josse (1734-1739) - Jacques Vinet (1740-1747) - Joseph Brian (1747-1754) - Louis André Aubruchet (1754-1768) - Noël Joyce (1770-1772) - Rabin (1773-1774) - Pierre Rochard (1774-1788) - François Auguste René Laydet (1788-1792).

2. Nomination d'un marguillier (5 janvier 1727)

Aujourd'huy, cinquième janvier mil sept cent vingt sept est comparu Louis Garnaud, tisserant, habittant de la parroisse de Notre Dame de Rochefort, lequel a dit et déclaré à moy, notaire royal résident en ladite parroisse de Nôtre Dame, soussigné, qu'ayant exercé la commission de quester et amasser en quallité de marguillier ou fabriqueur dans l'église de ladite parroisse de Notre Dame, avec François Jousse, habitant d'icelle, pendant l'année dernière mil sept cent vingt six, ainsy qu'il est d'uzage ... en ce diocèze, et que chacque habittant à son tour doit exercer cette méme commission, et comme ledit Garnaud, premier marguillier nommé, a intérest de se faire décharger de ladite commission et de faire nommer un marguillier en son lieu et plasse, aux offres qu'il fait de rendre ses comptes ;

C'est pourquoi il a requis le transport de moy, notaire, avec mes témoins cy après nommés, au devant la principalle porte et entrée de ladite église Notre Dame, la majeure partie des habittans y estant capitullairement assemblés au son de la cloche à la manière accoutumée, issue de messe ditte et cellébrée par Louis Feuilleuse, prestre, prieur et curé de ladite parroisse Notre Dame et parlant aux nommés François Jousse, Jean Hublin, Jean Roux, Jean Péraudeau, Sébastien Barraud, André Bouyer, Jean Honnoré Moreau, Sébastien Mesnard, Charles Gourdon, François Elie, tous habittants de ladite parroisse Notre Dame, auxquels j'ay déclaré à haute et inteligible voix le contenu en ses présentes, lesquels, du consentement dudit sieur Feuilleuze et après avoir fait une mure délibération entre eux, ont dit et déclaré qu'ils nommoient comme ils ont cy devant fait et comme de fait ils nomment, par ses présentes, pour faire et exercer la commission dont a esté cy devant parlé, au lieu et place dudit Garnaud, la personne de Mathurin Boynot, charpentier de gros oeuvres, habitant de la dite parroisse, le jugeant capable et solvable de l'exercer, lequel icy présent a vollontairement accepté ladite commission et a promis de s'en acquitter en honneur et conscience, dont et de tout ce que dessus les habittans en ont requis acte à moy, dit notaire, que je leur ay octroyé pour leur valloir et servir en temps et lieu ce que de raison.

Faict et passé au devant de la porte et principalle entrée de l'église de Notre Dame de Rochefort, le jour et an de l'autre part, en présence de Isaac Charropin, procureur, acquéreur d'un office de notaire royal, et Jean V..., praticien, demeurant en la dite ville de Rochefort, témoins requis. Et ont lesdits habittans déclaré ne scavoir signer de ce enquis, sauf les soussignés.

Feuilleuse curé, Garnau, Hublin, Pereaudeau, François Ellie, Gourdon, Sébastien Ménard, Moreau, I Charropin, Martin, Barbereau notaire (Minutes de Barbereau, notaire royal à Rochefort, n° 2).

3. Bail à ferme des revenus du prieuré (17 avril 1734)

Par devant les notaires royaux arpenteurs résident en la parroisse de Notre Dame de Rochefort soussignés, fut présent en sa personne messire Julien Josse, prestre de la Congrégation de la Mission, prieur curé de ladite parroisse de Notre Dame dudit Rochefort, y demeurant, lequel a vollontairement donné, à tiltre de ferme seullement et non autrement, et promet faire jouir paisiblement pendent le temps et espace de sept années entières et qui ons commencé ce jourd'huy pour finir à pareil et semblable jour, icelles expirées, à sieur Jean Baptiste Bonnin, maistre apotiquaire, damoizelle Marie Margueritte Renée Pertuis, sa femme, de luy bien et duement autorisée pour l'effet des présentes, sieur Pierre Billard, marchand aubergiste, et Marianne Melon ... sa femme, de luy bien et duement autorisée pour l'effet desdites présentes, demeurant tous en ladite parroisse de Notre Dame dudit Rochefort, au présent stipullans et acceptans,

scavoir est tous revenus tenporels du prieuré cure de ladite parroisse de Notre Dame, consistans en rentes seigneurialles, loz et ventes, terrages, dixmes, grosses, vertes et menues, sans aucune exception ny rézerve générallement quelconque, pour par eux en jouir tout ainsy et de la mesme manière qu'en ont cy devant jouit ou deu jouir les autres fermiers des dits revenus tenporels, à la rézerve néanmoins que fait ledit sieur prieur de ladite cure, d'une pièce de pré apellé le Pré Prieur, icelluy joignant la maison presbitéralle de ladite cure, chemin entre deux, un jardin et une pièce de terre aussy y joignant, que le tout les dits preneurs ont dit bien scavoir, connaistre et s'en contentent.

La présente ferme est faitte entre lesdites partyes pour et moyennant le prix et somme de treise cent cinquante livres par chascun an, que lesdits sieurs et damoiselles preneurs promettent et s'obligent ensemblement et solidairement les uns pour les autres et un d'eux seul pour le tout, o [avec] les renonciations de droit de la bailler, et payer audit sieur prieur bailleur, quartier par quartier et à l'eschoyance [échéance] de chascuns d'iceux pour tout délays aux peynes de droit, dont le premier commancera au jour et feste de saint Jean Baptiste prochaine, et ainsy continuer d'année en année et de termes en termes jusques à l'expiration de la ditte ferme ; et en outre les dits sieurs et demoiselles preneurs s'obligent de donner au dit sieur bailleur, aussy par chascun an, deux chartées de foin, lesdits sieurs preneurs sollidairement, comme dit est, du meilleur quy s'amassera en la dixme de ladite cure, au jour et feste de saint Jean Baptiste prochaine, six pochées d'avoine et une chartée de pailles, aussy au jour et feste de saint Michel prochaine, le tout pour tout délays aux peynes de droit ;

et a esté convenu entre lesdites partyes que ledit sieur prieur bailleur leur donnera une chambre basse scittuée sur la cour de ladite cure, pour leur servir de grenier pour mettre lesdits grains quy proviendront desdits revenus, et que lesdits sieurs et demoiselles preneurs mettront le gerbier qu'ils feront desdits grains dans le pré quy est au devant l'église de ladite cure et dont a esté cy devant parlé, et qu'ils y feront une haire pour y battre les susdits grains, et dans lequel ils pourront abarcher [mettre en meules] les pailles desdits grains.

Tout ce que dessus est la vollonté des partyes quy, pour l'exécution des présentes, sans y contrevenir aux peynes de droit, ont obligé et hipotéqué tous et chascuns leurs biens meubles et immeubles, présents et futurs.

Fait et passé en ladite parroisse de Notre Dame, maison presbitéralle de ladite cure, après midy, le dix sept avril mil sept cent trente quatre.

Signé Josse curé de Notre Dame de Rochefort, J. Bounin, Marie Pertuis, Marie Anne Melon, Billiard, illisible notaire, Barbereau notaire (Minutes de Barbereau, notaire royal à Rochefort, n° 68).


LE PRIEURÉ SOUS L'ANCIEN RÉGIME

 Pour connaître les redevances de ses tenanciers, tout seigneur foncier doit posséder un état des tenures de la seigneurie, mis à jour lors des mutations. Dans cette perspective, vers la fin du XVIIIe siècle se répand l'usage des "terriers", véritables précurseurs des documents cadastraux, qui comportent toutes précisions utiles sur le parcellaire, les propriétaires, les charges des immeubles, voire les origines de propriété. C'est ainsi qu'en 1780 le curé de Notre-Dame fait établir un terrier de la seigneurie du prieuré, sur la foi de déclarations officielles des tenanciers effectuées devant notaire. Le document comprend 104 feuillets "dont 80 écrits et le reste en blanc", auxquels est annexé un plan en deux feuillets. Malheureusement nous ne le connaissons que par un procès-verbal.

Le bâtiment et ses dépendances

Le prieuré proprement dit est une grande propriété clôturée, qui se développe à l'est de l'église, en direction du village des Rochers, et au sud, où sont les bâtiments et la cour. L'ensemble est évalué à deux journaux par le curé Laydet, en 1790, soit environ 68 ares, le journal de Rochefort étant équivalant à l'arpent de Paris. En face du portail, de l'autre côté de la rue, est un pré qui fait traditionnellement partie du domaine ; c'est le Pré Prieur, qui a été jadis donné par le seigneur de Villeneuve, contre l'abandon par le prieur des dîmes qu'il percevait sur la seigneurie de Villeneuve ; c'est tout ce que sait sur l'origine de propriété le curé Laydet qui évalue la surface à ¾ de journal. Un autre Pré Prieur, sis près de la Cabane Carrée, contient 10 ou 11 journaux, soit environ 3 hectares ½. Le dernier élément du domaine est un petit champ qui se développe le long de la rue des Dix-Moulins et "aboute" sur le côté ouest de la rue de la Barrière ; il consiste en huit sillons environ de terre labourable. En 1790, le grand pré et le champ sont affermés respectivement pour 240 livres et 8 livres par an.

La seigneurie

La seigneurie est estimée à la même date à environ soixante journaux de terre, soit un peu plus de vingt hectares, sur partie desquels sont édifiées 70 ou 80 maisons. Le curé Laydet, qui affiche cette précision sur la porte de l'église, en application d'un décret de l'Assemblée Nationale, ajoute que ses droits seigneuriaux consistent en "cens, rentes en blés, en argent et en volailles, terrages et droits de lods et ventes". Les cens sont des redevances en argent, les terrages des fractions de la récolte ; ainsi plusieurs terres sont tenues du prieuré au sixte des fruits (1/6).

Comme nous ne connaissons pas d'"aveu et dénombrement" et que le terrier a disparu, il est impossible de situer le fief avec précision. Cependant, les indications qu'on peut glaner ça et là montrent qu'il se compose de nombreux "articles" ou "fiefs", plus ou moins dispersés dans la paroisse. On en saisit une partie importante lors de la fondation de la ville, en 1666. L'espace urbain délimité alors comprend non seulement des terres de la seigneurie de Rochefort mais des terrains de plusieurs seigneuries vassales, notamment celle du prieuré de Notre-Dame. Ces terrains sont grevés de rentes dont l'ensemble représente 57 boisseaux de froment, 35 sous et 4 chapons, pour une superficie de 77 arpents de Paris, soit quelque 26 hectares. Comme le prieur perçoit à lui seul 37 boisseaux de froment et la totalité du reste, sa seigneurie doit s'étendre sur au moins la moitié de l'ensemble, soit plus de 13 hectares. On ignore s'il a été indemnisé, notamment par une éventuelle concession de terres de même valeur.

En effet ce n'est qu'à partir de la fin du XVIIe siècle que la seigneurie peut-être entrevue, grâce à des actes notariés dressés lors de mutations de propriétés ou de concessions de terrains par le prieur. La partie principale semble être le "grand fief du prieuré", que le curé Brian désigne à plusieurs reprises, dans les années 1753 et 1754, comme lieu de résidence de paroissiens. Les maisons localisées par lui dans ce "grand fief" se situent entre les rues Denfert-Rochereau et Renan d'une part, du 14 Juillet et Gambetta d'autre part. La seigneurie ne s'étend pas sur tout l'espace délimité par ces rues mais un groupe de deux maisons contiguës donnant sur la rue du 4 Septembre est présenté en 1746 comme prolongé par un terrain ouvert sur la rue Denfert-Rochereau. Les maisons de ce "grand fief" sont presque toujours de petites maisons basses, d'une ou deux pièces, prolongées par une cour, une "cayenne" en bois, quelquefois en pierres, et un jardin clos de murs ou de haies.

La seigneurie est signalée d'autre part au village de Piquemouche où des maisons avec jardins sont séparées du cimetière par des fossés ; le long de la rue Denfert-Rochereau, au nord de Piquemouche ; au village des Rochers et aux environs de ce village. Dans ce secteur, plusieurs terrains où l'on a prélevé de la pierre et de la terre pour les remparts sont encore percés de vastes trous, plusieurs dizaines d'années après l'achèvement des travaux de fortification. Un terrain longeant la rue Denfert-Rochereau, sis au Champ de la Croix du Marché, est appelé les Creux [les trous] en 1697, désignation suggestive de son état. Vers le nord, la seigneurie dépasse le chemin qui conduit à la Rochelle : à l'angle nord-est du boulevard Sadi-Carnot et de la rue Denfert-Rochereau, un pré en luzerne d'environ deux journaux, entouré de fossés, est mentionné en 1754 comme chargé d'une rente seigneuriale de quatre sous par an due au prieuré.

Diverses propriétés sont désignées le long de la grand rue du faubourg et au-delà, jusqu'au village de Marseille et ses environs, de même le long de la rue du 14 Juillet, jusqu'au village du Boinot. On remarque en particulier des moulins et un "fief des Gasconnières" qui consiste essentiellement en terres. Par ailleurs figurent dans les listes des maisons et des terres de plusieurs "villages" : la Filauderie, la Beaune, les Frêlands, les Chauvets, les Mouniers, les Bons, les Trois Fromages, les Rochers ; des terres à Mouillepied, des prés à la Pibale, près de la Cabane Carrée et au sud de la ville...

Les revenus

Les curés du XVIIIe siècle afferment les revenus de la seigneurie à des particuliers. Un bail à ferme consenti en 1734 par le curé Josse permet de constater que ces revenus sont alors évalués à 1 350 livres environ, en y incluant la dîme au 1/25 de toute la paroisse, qui fait partie du "revenu temporel". En 1790, Laydet mentionne que son prédécesseur a affermé le "bénéfice" pour 1 800 livres, en signalant que la dîme est un "objet très médiocre, la majeure partie des terres étant en pré". Si l'on ajoute la valeur annuelle du grand pré et du champ qui sont affermés depuis peu, on obtient un total de 2048 livres pour l'ensemble du fief. Cette somme, augmentée de la part du casuel qui lui revient, permet au prêtre d'entretenir un vicaire et trois domestiques. Elle correspond à peu près aux émoluments du deuxième professeur de navigation ou du greffier des eaux et forêts. A titre de comparaison, on notera que l'intendant perçoit 12 000 livres et que le salaire annuel d'un ouvrier du port peut être estimé à quelque 240 livres.


DANS LA TOURMENTE RÉVOLUTIONNAIRE (1789-1796)

 

Quand François Laydet est installé comme curé à Notre-Dame, en 1788, il ne prévoit probablement pas les événements qui vont perturber la vie de la paroisse au point de le contraindre à se retirer à la campagne. Au début de la période révolutionnaire, le curé et son vicaire se plient de bonne foi aux injonctions des autorités, mais à partir de 1792 les contraintes sont telles que le vicaire Couzineau démissionne et que le curé, découragé, finit par abandonner son église qui est transformée en réserve de fourrage pour les chevaux de la république. Quant au prieuré, il est vendu aux enchères comme bien national.

Inventaire des bénéfices ecclésiastiques et cérémonies populaires

Une des premières préoccupations de l'Assemblée Nationale est de mettre fin au système des bénéfices ecclésiastiques, qui est vivement critiqué, notamment par une partie du clergé. Le 13 novembre 1789, tous les "bénéficiers", qu'ils soient abbés, prieurs, vicaires perpétuels ou autres, reçoivent l'ordre de déclarer devant les municipalités tous les biens dont ils jouissent et les charges dont ces biens sont grevés. Pour ce faire, ils disposent d'un délai de deux mois, qui sera d'ailleurs prolongé à quatre. Le curé de Notre-Dame s'acquitte de cette obligation le 20 février 1790, en affichant sa déclaration à la porte de son église.

Dans les premiers mois de la Révolution, l'enthousiasme populaire s'exprime par des manifestations publiques auxquelles sont conviées les autorités ecclésiastiques qui contribuent à leur solennité par leur présence. Comme d'autres prêtres, le curé Laydet est sollicité pour bénir et pour officier. C'est ainsi que, le 6 avril 1790, il bénit des drapeaux, célèbre une messe en plein air et chante un Te Deum sous les remparts de la ville, à l'occasion d'un grand rassemblement de gardes nationaux. Cependant l'Assemblée Nationale a entrepris une enquête sur la propriété ecclésiastique et, le 5 juin, le prêtre voit arriver à son domicile des officiers municipaux chargés de procéder à l'inventaire des "titres, papiers, revenus et bénéfices" du prieuré. Il se prête de bonne grâce à la formalité, à en juger d'après les termes, déférents à son égard, du rapport des intéressés.

La constitution civile du clergé

Arrive la constitution civile du clergé qui réforme radicalement l'organisation de l'Église de France. Le 24 août 1790, l'évêché de la Rochelle, les chapitres de la Rochelle et de Saintes sont supprimés. Le 27 décembre suivant, les prêtres sont soumis à l'obligation du serment de fidélité "à la nation, à la loi, au roi", sous peine d'être considérés comme démissionnaires. Dans le diocèse, les premiers serments sont prononcés le 20 janvier 1791. C'est le 30 janvier, à onze heures du matin, à l'issue de la messe dominicale, que le curé Laydet monte en chaire pour exprimer, devant le conseil général de la commune et les fidèles assemblés, son attachement à la constitution civile du clergé, et pour prêter le serment requis, "à haute et intelligible voix, et la main levée". Il est immédiatement suivi dans sa démarche par son vicaire, Couzineau. Un évêque constitutionnel a été élu au siège de Saintes. C'est l'ancien curé de Saint-Savinien, Robinet, qui procède bientôt à une visite pastorale en Aunis. Le 19 juillet, il est à Rochefort, entouré des capucins ; il y préside le club des Amis de la constitution.

La fin du service pastoral et la vente du prieuré

La situation empire en 1792, année marquée par la rétractation et la démission de Couzineau, mais c'est 1793 qui achève la désorganisation du service pastoral. Les fabriciens sont supprimés et, le 4 mars, le président du district nomme deux commissaires pour les remplacer, "afin de ne pas laisser à l'abandon l'administration de la fabrique". Le 29 avril, dans la matinée, les membres du conseil général de la commune se rendent auprès des curés pour leur communiquer la défense faite aux ecclésiastiques de tenir des registres d'actes de baptêmes, mariages et sépultures. A Notre-Dame, le curé montre quelques feuillets volants où sont inscrits sans ordre les noms des paroissiens qui ont été baptisés, mariés ou inhumés. Estimant que ces feuillets "ne se rapportent en rien à la tenue d'un registre", les commissaires les lui laissent et se retirent. Puis on s'en prend aux cloches ; le 2 octobre, les officiers municipaux viennent faire l'inventaire des cloches et concluent dans leur rapport : "On pourra en descendre une après que le conseil aura décidé si ce sera la grausse ou la petite". Fatigué par les tracasseries, en querelle avec les gardes municipaux, parfois en conflit avec ses paroissiens, Laydet rend ses lettres de prêtrise et se retire à Ballon.

Les bâtiments du prieuré sont vendus comme bien national, le 20 juillet 1796, à un nommé Boisse. L'église est alors transformée en magasin à fourrage, comme le précise le compte rendu de la séance du 19 août 1796 de l'administration provisoire de la commune. En cette même année 1796, les habitants présentent aux autorités une pétition tendant à la réouverture de l'église et de son cimetière. Le représentant Blutel accorde la réouverture de l'église seulement, sous condition, après délibération de l'administration municipale, le 10 messidor an v (28 juin 1797). Il faudra cependant attendre l'an XI (1803) pour qu'un nouveau prêtre soit chargé de la paroisse. Nous ignorons quand le cimetière a été interdit. Quant à l'église, si l'aménagement intérieur et le mobilier souffrent de son affectation, elle sort sans trop de dommages de la tourmente révolutionnaire.

DOCUMENTS

1. Déclaration des biens du prieuré (20 février 1790)

Je, soussigné, déclare tenir en franche aumône mon bénéfice prieuré-cure de la paroisse de Notre Dame de Rochefort, qui consiste :

1. en une maison, jardin, préclôture contenant environ deux journaux de terre ;
2. un pré vis à vis de la maison, contenant environ les trois quarts d'un journal et qui a été donné à mes prédécesseurs par le seigneur de Villeneuve pour tenir place des dixmes dûes par cette seigneurie ; cet échange a terminé un procès ;
3. en huit sillons de terre labourable, affermés aujourd'hui huit livres ;
4. en un pré appelé le Pré Prieur, contenant dix journaux, affermé deux cent quarante livres ;
5. j'ai la dixme dans toute ma paroisse, au vingt cinq ; cet objet est très médiocre, la majeure partie des terres étant en pré ;
6. il y avait sur ma paroisse une maison affermée 66 livres qui avait été donnée pour servir de retraite aux malheureux ; cette maison avait été abandonnée pendant plusieurs années, menaçant ruines ; les paroissiens ont consenti que le curé l'afferme et que le revenu serait distribué aux pauvres, ce qui se fait encore ;
7. le principal revenu du dit bénéfice consiste en cens, rentes en bleds, en argent et en volailles, terrages et droits de lods et ventes, sur 70 ou 80 maisons et sur environ soixante journaux de terre, sur une partie desquels sont élevées ces maisons.

Tout le revenu de ce bénéfice a été affermé par mon prédécesseur 1800 livres, non compris le petit pré donné en échange et le pré de dix journaux dénommé ci-dessus.
La paroisse de Notre Dame comprend tout le faubourg et est composée d'environ sept mille âmes.

Laquelle déclaration je certifie sincère et véritable ; en foi de quoi j'ai signé, à Rochefort, le 20 février 1790.

Laydet prieur curé de N.D. de Rochefort (Archives commune Rochefort ; n° 735 de l'inventaire).

2. Inventaire des titres du prieuré (5 juin 1790)

Aujourd'hui, cinq juin mil sept cent quatre vingt dix, trois heures de relevée, nous, officiers municipaux, commissaires nommés par la délibération du corps municipal du trois du mois dernier pour procéder à l'exécution des opérations ordonnées par les décrêts de l'assemblée nationale des vingt mars et vingt avril derniers, sanctionnés par sa Majesté les vingt six mars et vingt deux avril, aussi derniers, nous sommes, avec le secrétaire de la municipalité, transportés en la maison presbitérale de la paroisse de Notre-Dame hors les murs de cette ville, où étant rendus, nous aurions fait part à M. Laydet, prieur curé de cette paroisse, de l'objet de notre mission, à quoi il a répondu qu'il était prêt d'obéir aux décrets de l'assemblée nationale. En conséquence nous avons procédé à l'inventaire des titres, papiers, revenus et bénéfice, conformément à l'art. 12 dudit décrêt ainsi qu'il suit.

Premièrement M. le curé nous a représenté un livre contenant les recettes des rentes tant en denrées qu'en argent, depuis l'année mil sept cent quatre vingt jusques en mil sept cent quatre vingt neuf, composé de quatre vingt dix huit feuillets, que nous avons paraphé par premier et dernier
2. une liasse contenant des notes, renseignements et pièces de procédures, relatifs au dit bénéfice
3. une liasse d'anciennes déclarations fournies audit prieuré, au nombre de trente six, que nous avons paraphé
4. un dossier contenant des lettres à terrier obtenues à la chancellerie le onze décembre mil sept cent soixante dix neuf, duement en forme, la sentence d'entérinement d'icelles [de celles-ci] rendue par le lieutenant général du bailliage de Rochefort le vingt six février suivant, les procès verbaux de publication d'icelles des vingt sept février, cinq et douze mars aussi suivants, duement contrôlés, et la commission donnée à Me Gaultier, notaire royal, pour la continuation du terrier du prieuré par ordonnance du lieutenant général du siège royal de Rochefort du vingt deux novembre mil sept cent quatre vingt, duement en forme, au lieu et place de Me Roy, aussi notaire
5. une liasse de déclarations au nombre de trente cinq, faites en vertu des dites lettres à terrier, par M
e Roy et Gaultier, notaires royaux, que nous avons paraphé
6. expédition en parchemin d'une reconnoissance devant Carol, notaire royal à Rochefort, le dix neuf novembre mil six cent quatre vingt seize, par le nommé François en faveur dudit prieuré
7. une baillette sous seing privé, déchirée en partie, en datte du treize février mil sept cent vingt un, portant concession d'un terrein situé au village du Rocher, en faveur du sieur de la Feuillade, par le prieur dudit lieu, moyennant cinq sous de rente et un chapon, laquelle baillette nous avons paraphée
8. une copie informe d'une transaction passée entre le seigneur de Montigny et le prieur de Notre-Dame devant ..., garde scel royal établi en la châtellenie de Rochefort, en datte du vingt septembre mil quatre cent quatre vingt, que nous avons paraphée
9. une expédition en papier d'un acte de vente par Bouquet et sa femme au nommé Praud, passée devant Rossignol, notaire royal, le dix sept janvier mil sept cent quatorze, par lequel acte il paroit qu'il est du une rente d'un boisseau de froment au dit prieuré pour raison des domaines mentionnés
10. une expédition en parchemin d'un acte d'arrentement de différents fonds situés au village des Rochers, consenti par le prieur du dit lieu en faveur du nommé Brouillet, reçu Carol, notaire royal à Rochefort, le vingt un janvier mil six cent quatre vingt dix sept
11. une expédition en papier d'une baillette consentie par M. Josse, curé de N.D. de Rochefort, en faveur du nommé Gorron, devant Barbereau, notaire royal, le treize mai mil sept cent trente quatre
12. une copie collationnée par Naulon et Martin, notaires royaux à Paris, le seize septembre mil sept cent dix huit, sur la minute originale, d'un papier censif étant entre leurs mains, ladite copie contenant quatre feuillets que nous avons paraphé par premier et dernier
13. un autre censif contenant soixante quatre feuillets écrits en partie, à l'exception de neuf qui ne le sont pas du tout, que nous avons paraphé par premier et dernier
14. un autre censif contenant cinquante six feuillets, dont vingt un écrits seulement et le reste en blanc, lequel censif nous avons paraphé par premier et dernier
15. une liasse de papiers contenant cinquante deux quittances du loyer d'une maison appartenant aux pauvres, située rue du Pas du Loup, numéros 434 et 435, laquelle maison M. le curé nous a déclaré avoir été donnée aux pauvres de cette paroisse, ainsi que la tradition en fait mention, sans avoir pu découvrir le titre primitif, lesquelles quittances nous avons paraphées. Plus le bail à ferme de ladite maison, passé par le précédent prieur au nommé Girard, moyennant soixante dix livres par an, devant Bessière, notaire, le quinze septembre mil sept cent quatre vingt quatre ; laquelle ferme a été portée à soixante douze livres par M. le curé, ainsi qu'il nous l'a déclaré
16. enfin le terrier fait en vertu des lettres cy dessus énoncées, contenant cent quatre feuillets dont quatre vingt écrits et le reste en blanc, ensemble le plan en deux feuilles annexées au dit terrier, comprises dans le nombre des feuillets, lesquels nous avons paraphé par premier et dernier.

En cet endroit, M. le curé nous a déclaré qu'il avait affermé à M. de Saint ..., un pré contenant environ onze journaux, situé auprès de la Cabane Carrée, nommé le Pré Prieur, dépendant de son bénéfice, moyennant deux cent quarante livres, par acte reçu Bessière, notaire royal, à la fin de mil sept cent quatre vingt huit, dont l'expédition ne lui a pas été remise ; de plus, qu'il avait affermé au nommé Robin un champ contenant environ huit sillons, situé au bout de la rue de la Barrière, du côté des Dix Moulins, moyennant huit francs par an, par acte reçu même notaire, au commencement de l'année dernière, dont l'expédition ne lui a pas été également remise. Il nous a aussi déclaré qu'il faisait valoir par lui-même son bénéfice, à l'exception des objets cy dessus affermés et qu'il ne pouvait pas encore remettre l'inventaire fait après la mort de son prédécesseur du mois de janvier mil sept cent quatre vingt huit, par Me Bessière, notaire, attendu que l'expédition de cet acte ne lui avait pas été remise.

Qui fait tous les titres, papiers et renseignements relatifs au dit bénéfice que Monsieur le curé nous a déclaré être en sa possession, lesquels nous avons laissé à sa garde, à la charge de les représenter toutes fois et quantes il en sera requis.

Fait et clos et arrêté le présent inventaire en la maison presbitérale dudit prieuré de Notre-Dame, les jour et an cy dessus, et a signé le dit sieur prieur avec nous, après lecture.

Signé Laydet, prieur de Notre-Dame ; de Laugendière, officier municipal ; Levallois ; Dupont G, officier municipal ; Niou, substitut du procureur de la commune ; illisible, juré (Archives commune Rochefort, carton n° 21, liasse 484, pièce n° 4).

3. Rétractation du vicaire Couzineau (1er mai 1792)

Messieurs,

J'ai l'honneur de vous déclarer que je me rétracte purement et simplement du serment que j'ai prêté le 20 janvier 1791 entre les mains de vos prédécesseurs dans vos places. Je ne demande à Dieu que des jours pour pleurer sur le scandale que j'ai donné par le dit serment.

Veuillez, s'il vous plaît, Messieurs, instruire de mes dispositions les membres du directoire du district.

Couzineau, prêtre, ci-devant vicaire de Notre-Dame (Abbé Lemonnier, Étude historique, Rochefort-sur-Mer, 1789-1802).

4. L'utilisation de l'église et des bâtiments du prieuré (19 août 1796)

... duquel rapport il résulte que l'église peut à peine contenir le foin nécessaire au service pendant le cours de trois mois, que l'écurie est indispensable pour contenir les chevaux appartenant à la République, que l'emplacement à côté est nécessaire pour loger la paille, qu'il est impossible de placer ailleurs que dans le corps de logis les magasins d'avoine, son, chandelle, etc. (Registre de délibérations de l'administration provisoire de la commune ; séance du 2 fructidor an IV).


D'UNE ÉGLISE NOTRE-DAME À UNE AUTRE (1802-1861-1888)


La réouverture de l'église

Après le coup d'état de novembre 1799, Bonaparte cherche à asseoir son autorité sur une réconciliation nationale. En assurant la liberté des cultes, le concordat de 1801 prépare la paix religieuse. Un évêché et un grand séminaire sont créés à la Rochelle. Aussitôt, en octobre 1802, les habitants du faubourg de Rochefort adressent au nouvel évêque une pétition, appuyée par toutes les autorités, pour obtenir la réouverture de Notre-Dame. C'est ainsi que Salvin, ancien carme, prêtre assermenté, qui exerce le ministère sacerdotal à Saint-Louis depuis 1796, accepte de quitter l'église de la ville pour celle du faubourg. Assisté d'un vicaire nommé Régnier, il dessert la paroisse jusqu'à sa mort en 1813, dans des conditions précaires ; non seulement l'église doit être réaménagée mais il n'y a ni presbytère ni conseil de fabrique.

Acquisition du presbytère et rétablissement de la fabrique

Il faut attendre l'année 1824 pour que la commune acquière l'ancien presbytère, d'un sieur Tétron, au terme de cinq ans de négociations et d'hésitations. Quant à la fabrique, elle n'est rétablie qu'en fin d'année 1828. Ses premiers états de dépenses mettent en évidence un grand dénuement du sanctuaire. De plus, le besoin d'un édifice plus vaste et mieux situé est aussi pressant que ... un siècle et demi plus tôt. Or la préoccupation première des autorités est la construction dans la ville d'une église Saint-Louis enfin digne de la fondation royale qu'est Rochefort ; pour Notre-Dame, l'espoir d'un renouvellement est reporté sine die. Sachant qu'ils ne peuvent guère compter que sur eux-mêmes, les desservants multiplient les initiatives.

Vains efforts pour obtenir une nouvelle église

L'abbé Chevalier saisit l'occasion d'un passage de la duchesse de Berry dans la ville pour intéresser celle-ci à sa cause. Il obtient ainsi du gouvernement de Charles X la promesse officielle d'une subvention de 60 000 francs. Un emplacement est choisi, à un angle de la Grand Rue et de la rue de la Barrière (du 4 Septembre) ; un projet est dressé et on va se mettre à l'oeuvre en 1830, quand éclate la révolution de juillet qui anéantit le projet en chassant Charles X.

Successeur immédiat de Chevalier, l'abbé Doussin décide de payer de sa personne pour réunir des fonds. Confiant en son éloquence, il prêche. A Rochefort, à la Rochelle, à Niort, à Poitiers, il est entendu et il rapporte la somme de 3 000 francs. Encouragée par ce succès, la fabrique ouvre une souscription : moyennant le versement de dix francs, elle prend l'engagement de faire célébrer pendant cinquante ans, tous les lundis et mercredis de chaque semaine, une messe pour les besoins spirituels des souscripteurs et le soulagement de leurs parents décédés. Puis l'évêque autorise le curé à parcourir la France. Mais le pauvre homme est bien déçu dans ses espérances : repoussé de tous les diocèses du Midi, depuis Bordeaux jusqu'à Tarbes et Montpellier où la parole lui est interdite, il rentre bientôt à Rochefort, découragé et si affaibli, physiquement et surtout moralement, que son médecin et parent, le docteur Foreau, de Saintes, lui conseille vivement de s'éloigner pour oublier sa déconvenue. Il abandonne donc la paroisse, qu'il a administrée pendant une dizaine d'années. Traumatisé, il ne se remettra pas de son échec. Il finira ses jours à l'hôpital psychiatrique de Lafont, près de la Rochelle.

Le curé Baudier, qui lui succède en 1839, commence son ministère sous de meilleurs auspices. L'église Saint-Louis a été ouverte au culte l'année précédente, de sorte que le nouveau prêtre peut espérer un plus ferme appui des autorités locales. La cure est toujours une succursale de celle de Saint-Louis, avec 800 francs seulement d'émoluments pour le desservant. Un passage en seconde classe, outre qu'il assurerait une meilleure rémunération, pourrait favoriser le vieux projet de construction d'une nouvelle église. En 1841, le maire fait une demande en ce sens, par l'intermédiaire du préfet et de l'évêque, mais c'est une initiative du conseil de fabrique qui emporte la décision. En 1845, le conseil profite d'une disposition favorable du ministère des cultes pour obtenir le classement, qui devient effectif par ordonnance royale du 12 novembre.

La nouvelle Notre-Dame

Dès 1840, la fabrique avait organisé une pétition tendant à ouvrir une enquête pour le choix d'un terrain où édifier la future église Notre-Dame mais c'est le classement de la cure qui détermine les édiles. Le conseil municipal achète alors un terrain et demande à l'architecte de la ville d'étudier un projet. Cependant le curé Baudier quitte Rochefort en mai 1846 et le terrain est affecté à des écoles communales qui font défaut dans le faubourg. Malgré son éloignement, le prêtre n'oublie pas son ancienne paroisse. La mort le surprend à sa table de travail alors qu'il rédige un testament par lequel il lègue à la fabrique de Notre-Dame, pour concourir à la construction d'une nouvelle église, tout son patrimoine qui s'élève à la somme de 30 000 francs.

C'est au curé Bouguereau, qui est installé en mai 1846, que revient l'honneur de mener le projet à son terme, mais non sans difficultés. A la séance du conseil de fabrique de la Quasimodo de 1851 il décide, avec le conseil, d'envoyer une circulaire par toute la France pour une nouvelle souscription. Nous ignorons l'effet de cette initiative. Il est certain toutefois que la fabrique ne peut faire face sans aide substantielle. Aussi, en 1852, le prêtre adresse-t-il au maire une lettre pleine d'amertume, à cause des difficultés qu'il a à surmonter. Enfin, cédant à force demandes et sollicitations, le conseil municipal consent à se pencher sur le sort du curé et de l'église. En 1854 la fabrique consulte un architecte de Paris, créateur d'un système architectural et constructeur de l'église Saint-Eugène de la capitale. Le ministre est sollicité pour une subvention ; l'État participera pour une somme de 26 000 francs. La ville s'engage à fournir une partie du terrain et une maison pour la cure mais, en contrepartie, elle vendra les terrains et les bâtiments dépendant de la vieille église et elle décline toute responsabilité envers les entrepreneurs. Ainsi c'est la fabrique qui, après avoir obtenu l'approbation du préfet, entreprend les travaux à ses risques et périls, sur un terrain appelé le Printemps, situé entre la Grand Rue et la rue de la Barrière. La première pierre est posée et bénie par l'évêque de la Rochelle, le dimanche 19 octobre 1858. L'église est achevée dans le courant de l'an 1860 et consacrée le 1er juillet 1861. Dans le même mois, les cloches de la vieille église y sont transportées. La mise à prix a été fixée à 112 799 francs ; le coût final s'élève à 143 613 francs, auxquels s'ajoutent 36 000 francs d'ameublement et d'aménagement intérieur. La fabrique, qui s'est endettée, se débat comme elle peut mais la paroisse a désormais une église décente et bien située.

Une chapelle annexe

Un projet de vente de l'ancienne église ne se réalise pas. Au contraire, le conseil de fabrique ayant émis le voeu que le sanctuaire puisse servir aux habitants éloignés du centre du faubourg, un service y est organisé, parallèlement aux offices célébrés dans la nouvelle église. Cependant l'entretien du bâtiment demeure une préoccupation quasi constante. En 1868, la toiture est dans un tel état de vétusté que les fidèles sont obligés d'ouvrir leurs parapluies pour se préserver des nombreuses gouttières et que la municipalité s'inquiète des risques d'accident. La commission des travaux alertée découvre que le bâtiment, "par son antiquité remonte au douzième siècle, par conséquent 400 ans avant la fondation de Rochefort" et que, "à ce titre, elle aurait droit à en faire juger la conservation, étant peut-être l'unique monument dans notre ville qui rappelle le style roman". Comme d'autre part la commission est très favorable au maintien du culte dans l'édifice, la couverture est réparée et le clocher est recouvert.

Désaffectation de la vieille paroisse

Une vingtaine d'années plus tard, la situation politique a bien changé. Le 12 août 1886, le conseil municipal débat longuement du sort du bâtiment, certains proposant une démolition pure et simple, d'autres une utilisation profane, installation d'une scierie ou création de logements. En décembre de l'année suivante, il prend nettement position en faveur d'une fermeture. Le conseil de fabrique réagit aussitôt ; dans sa séance du 22 janvier 1888, il "proteste avec énergie et à l'unanimité", en suppliant "l'administration supérieure de ne pas donner suite au projet de désaffectation de l'église dite la vieille paroisse, en ce qu'il est contraire aux intérêts du faubourg, à la justice et à la liberté des cultes". En vain. Le 12 juin suivant, une dépêche du ministre des cultes annonce la désaffectation définitive.

DOCUMENTS

1. Pétition du conseil de fabrique (9 février 1845)

Considérant les plaintes nombreuses que les divers desservants qui ont successivement habité la dite paroisse ont souvent porté au Conseil sur l'impossibilité où ils se trouvaient d'administrer convenablement les ferveurs religieuses à une population de plus de cinq mille âmes, disséminée dans toute la banlieue de la commune de Rochefort, considérant qu'indépendamment de la population de la paroisse, le desservant a encore sous sa tutelle celle de la commune du Vergeroux (annexe depuis de longues années), celle des communes du Breuil Magné et de Loire qui se trouvent privées de prêtres,

Considérant que le zèle le plus ardent ne peut suffire à tous ces travaux et de fatigue,
Vu le rapport de la commission des budgets du culte relatif à la création de nouvelles cures et de nouveaux vicariats,
Est d'avis qu'il est urgent de saisir l'occasion favorable qui se présente pour faire cesser un pareil état de chose évidemment nuisible au bien de la paroisse.

En conséquence, le Conseil, délibérant en l'absence de M. le curé de la paroisse, décide qu'une pétition sera adressée au maire et au Conseil municipal de la ville de Rochefort, afin d'obtenir son appui auprès du ministre des cultes pour obtenir que la paroisse Notre-Dame soit érigée en cure de 2e classe (Registre des délibérations de la fabrique).

2. Circulaire pour une souscription (1er mai 1851)

Sous les murs de la ville de Rochefort s'élève une petite chapelle dédiée à la bienheureuse Vierge Marie, sous le titre d'église Notre-Dame. A cette église se rattachent des souvenirs infiniment précieux. Elle fut le berceau de la religion dans ces contrées. Là nos pères reçurent avec la foi la douce espérance en Marie ; là vinrent s'agenouiller ceux qui surent si vaillamment défendre la patrie et la civilisation dont ils nous ont légué les douceurs.

Mais de cette ancienne église, si pleine de touchants souvenirs, il reste à peine quelques traces. D'ailleurs consacrée aux exercices des pèlerins et d'une population très peu nombreuse alors, son enceinte a toujours été fort étroite ; elle ne suffit plus à une population de six mille cinq cents âmes qui doit maintenant y recueillir la parole sainte.

Depuis vingt cinq ans, différents projets ont été formés pour donner à l'église Notre-Dame une position plus centrale et une enceinte plus vaste ; tous ont malheureusement échoué.

Le pasteur chargé de diriger aujourd'hui un si nombreux troupeau a cru qu'il était opportun de livrer à la publicité un nouveau projet, que Marie pourrait bien avoir déposé, qui a germé dans son coeur et qu'elle daigne bénir et féconder, telle est sa plus chère espérance. Ce projet, sans exiger beaucoup de celui qui voudra coopérer à sa réalisation, lui assurera pour toujours les prières de la reconnaissance pendant sa vie, après sa mort.

Une fondation à perpétuité de deux messes par semaine, la première le mardi pour les bienfaiteurs vivants et leur famille, la seconde le jeudi pour les défunts, est autorisée par Mgr Clément Villecourt, évêque de la Rochelle, et par le conseil de fabrique de la paroisse Notre-Dame, pour ceux ou celles qui auraient concouru à la réédification de l'église, par l'offrande de 2 F. une fois donnée.

Cette oeuvre embrasse la France entière, tous les lieux où il y aura une âme avide de charité. Nous n'arrêterons qu'au moment où le but aura été atteint. Cette oeuvre est confiée à la puissance de notre auguste patronne, au zèle des paroissiens heureux de contribuer à la gloire de Dieu, au pieux concours de nos frères, à tous les hommes qui ne sauraient être indifférents au bonheur moral d'une population nombreuse hélas et bien pauvre.

M. le curé de Notre-Dame correspondra directement avec les personnes qui, dans chaque endroit, désireront s'associer à sa pensée.Les fonds recueillis par l'oeuvre seront envoyés par les dépositaires des offrandes et les noms des bienfaiteurs, soit au secrétariat de l'évêché de la Rochelle, soit à l'adresse de M. le receveur municipal de la ville de Rochefort, soit à M. le curé de Notre-Dame qui lui-même les versera en dépôt dans la caisse de la ville.

Rochefort-sur-Mer, Charente-Inférieure, 1er mai 1851 (Registre des délibérations de la fabrique ; séance du dimanche de la Quasimodo 1851).

3. Lettre au maire pour une nouvelle église (1852)

Monsieur le Maire,

Le Conseil de fabrique de la paroisse Notre-Dame, en portant à votre connaissance l'état de détresse dans lequel se trouvent les finances, cède à une impérieuse nécessité, aux voeux même de la loi qui lui impose de recourir aux ressources municipales quand les siennes sont évidemment insuffisantes.

Notre intention, Monsieur le Maire, en vous adressant ce compte rendu de nos faibles ressources, n'est pas seulement de solliciter un secours mais de vous signaler enfin l'impossibilité radicale où se trouve la paroisse N.D., dans l'état actuel des choses, de fournir aux frais du culte.

La fabrique, pour répondre à ses obligations, possède trois moyens que les lois et un antique usage lui accordent : 1° le revenu de la ferme des bancs et des chaises ; 2° le droit de sépulture ; 3° les quêtes pendant les offices.

Une paroisse de six mille âmes devrait, avec ses moyens, fournir grandement à l'entretien de l'église, aux frais du culte. Comment donc ne suffisent-ils pas à la fabrique N.D. ?

En voici les raisons :

L'église n'a de longueur, depuis la porte d'entrée jusqu'à l'extrémité du sanctuaire, que 20 m de longueur sur 5 m de largeur. Vingt bancs à deux places et 200 chaises en remplissent l'étendue. La tribune et les bancs du choeur sont laissés gratuitement aux enfants des écoles communales. Quant, à la location des bancs et des chaises, la fabrique retire actuellement la somme de 600 f, elle croit avoir fait une bonne recette.

Les droits des sépultures devraient être considérables puisqu'on n'enregistre pas moins de 180 à 190 décès par année. Sur 178 sépultures enregistrées cette année, 125 ont reçu de l'officier d'état civil un billet d'indigence ; loin donc de recueillir un revenu, la fabrique, dans ces circonstances, a été obligée, sans indemnité aucune, de supporter tous les frais des obsèques religieuses. Que peuvent être les quêtes dans une église que 300 personnes remplissent ?

Voici donc, M. le Maire, nos recettes ordinaires appréciées à leur plus juste valeur :
1° les chaises et bancs 600 F ;
2° droit de sépulture 159 F ;
3° quêtes ordinaires 150 F.
Total 909 F.

Comment, avec ce faible chiffre, entretenir le personnel nombreux d'une paroisse populeuse et faire face aux grosses réparations presque toujours laissées à notre charge ? N'est-il pas temps, M. le Maire, de donner à la paroisse N.D. la possibilité d'user de toutes ses ressources ?

Nous le savons, les membres du Conseil municipal se préoccupent vivement de constructions utiles. Cette préoccupation est digne de leur dévouement. Mais pourquoi, dans ce mouvement d'amélioration, laisser une petite chapelle en ruine, loin de toute communication, à une population de plus de six mille catholiques ? Il faut, pour l'atteindre, s'imposer un véritable voyage, dans l'hiver mourir de froid ou piétiner dans la boue, dans l'été fondre de chaleur, et souvent sans aucun résultat puisqu'une paroisse de 6 000 habitants ne reçoit dans son église que 300 personnes, à l'exclusion de toutes les autres. Il y a trente ans que cette triste position est faite aux habitants de la paroisse extra muros. Aussi les traditions si précieuses de religion, de famille, de société, s'y affaiblissent ; la voix chargée de les leur rappeler, ils ne peuvent l'entendre parce que le lieu où elle retentit, ils ne l'aperçoivent jamais.

Cependant, M. le Maire, le faubourg, par son importance, a des droits à de meilleures conditions. Ne contribue-t-il pas, par les charges qu'il subit, aux améliorations de la ville ? Peut-on lui refuser ce qu'il réclame au nom de la justice et de l'humanité ? Serait-il impossible, sur les 70 000 francs de revenus que donne le faubourg à la ville, de distraire pendant deux années une somme de trente mille francs et de lui donner, avec le secours du gouvernement, une église centrale plus en rapport avec sa nombreuse population et les convenances du culte ?

Nous avons la certitude, M. le Maire, qu'un vote du Conseil municipal sur ce fait de première nécessité trouvera un puissant appui dans le concours de l'État.

Le Conseil de fabrique ne demande que les murailles d'une église, l'ornementation intérieure sera à sa charge ; elle connaît déjà les sources où elle pourra puiser les moyens de remplir ses engagements.

Par le concours simultané de la ville, de l'État, de la fabrique, nous arriverons donc à doter cette portion la plus déshéritée de Rochefort d'une église centrale vaste et de tous les avantages qui s'y rattachent ordinairement... (Projet de lettre inséré dans le registre des délibérations de la fabrique ; séance du dimanche de Quasimodo, 18 avril 1852).

4. Pose de la première pierre (17 octobre 1858)

Le troisième dimanche d'octobre de l'année 1858, sous le pontificat de Pie ix, Napoléon iii empereur des Français, en présence de MM. Boffenton, préfet, Girard, sous préfet, Roy Bry, maire de Rochefort, Montagnier de la Roque, préfet maritime, Bouguereau, curé, Félix Leps, président de la fabrique, Bourdon, secrétaire, Boileau, architecte, Cassaigne fils et Goguet, entrepreneurs, et d'un grand concours de fidèles et de prêtres, Monseigneur Landriot, évêque de la Rochelle et de Saintes, a posé et béni la première pierre de cet édifice consacré à la Nativité de la bienheureuse Vierge Marie (Registre des délibérations de la fabrique).

5. État et utilisation de la Vieille Paroisse en 1868

A l'extrémité du faubourg existe une petite église dite Vieille Paroisse qui, par son antiquité, remonte au douzième siècle, par conséquent 400 ans (sic) avant la fondation de Rochefort. A ce titre, elle aurait droit à en faire juger la conservation, étant peut-être l'unique monument dans notre ville qui rappelle le style roman.

Mais là n'est pas le seul qu'elle ait aux yeux de votre commission. Cette église, malgré son état de délabrement, sert encore au culte et les personnes qui la fréquentent se trouvent encore augmentées, depuis l'ouverture de la nouvelle poterne, de celles qui habitent le sud de la ville. On peut donc assurer qu'elle dessert tout à la fois et la ville et le faubourg.

Votre commission pense donc qu'il est indispensable de la mettre en état afin d'éviter que les fidèles qui s'y rendent pour assister aux offices ne soient plus obligés d'ouvrir les parapluies dans l'intérieur de l'église pour se préserver des nombreuses gouttières qui y existent, pour obvier enfin aux accidents qui pourraient arriver par la vétusté et le mauvais état de la toiture (Commission des travaux de la commune ; séance du 30 mars 1868 ; rapporteur M. Bachelier).

6. Désaffectation définitive (1888)

La coexistence de deux lieux de culte pour la paroisse Notre-Dame exigerait un titre légal pour chacun de ces lieux de culte : l'ancienne église, dont le titre curial a été transféré de plano sur la nouvelle construction par le fait même de son ouverture au culte (avis du conseil d'État du 24 octobre 1834) ne pourrait prétendre qu'à un titre de chapelle de secours. Or, pour l'obtention de ce titre, il faudrait un avis favorable du conseil municipal qui, d'après la demande qui nous occupe, ne serait pas disposé à l'émettre.

Enfin il a été reconnu, dès 1855, que la nouvelle église pour la construction de laquelle l'État a contribué pour la somme de 26.000 francs, était destinée à remplacer l'ancien édifice insuffisant pour satisfaire aux besoins religieux de la paroisse, attendu qu'il n'était en réalité qu'une petite chapelle contenant à peine 300 personnes (lettre adressée le 20 novembre 1855 par le curé de Notre Dame à M. le ministre de cultes ; avis de Mgr l'évêque de la Rochelle du 30 juin 1860).

Dans ces conditions, l'ancienne église a été désaffectée de plein droit par le seul fait de l'ouverture de l'église actuelle, et si elle est restée depuis ouverte au culte pendant un certain temps, c'est par suite d'une simple tolérance qui ne saurait constituer un droit.

Le préfet, Chapron (Lettre du préfet reproduite dans le registre des délibérations de la fabrique, séance ordinaire du 1er juillet 1888).

7. Notes chronologiques

- 1822 : l'"ancien cimetière" est signalé en limite d'un terrain à acquérir par la ville pour y installer un champ de foire, sur un plan dressé à cette date par l'architecte de Boisé.
- 1826 : le curé réclame la clôture "du cimetière" par un mur, pour le séparer du champ de foire nouvellement créé. Le conseil municipal est parfaitement d'accord pour séparer le champ de foire de "ce qui est réservé à la cure", mais le plan Toufaire, qui prévoit la construction d'une caserne à l'emplacement de l'église, est repris par la marine. Aussi les vues du conseil risquent-elles de changer. Mais la marine abandonne le projet (Registre des délibérations du Conseil municipal, 5 décembre 1826).
- 1829 (29 avril) : le conseil de fabrique autorise son président à faire construire un banc de l'oeuvre, à acquérir un bénitier, cinq ceintures, cent chaises, et à faire peindre différents meubles dépendant de la sacristie (Registre des délibérations de la fabrique).
- 1829 (16 juin) : le curé est autorisé à acheter une croix de procession, deux chandeliers d'acolyte, un encensoir, quatre bouquets pour le dais, quatre vases, frange et dentelle pour faire une toilette au Saint Sacrement, une paire de burettes, sept ceintures avec franges, quatre rideaux doubles avec accessoires, et à construire une porte à la tribune (
ibid.).
- 1830 (18 avril) : le conseil de fabrique autorise le curé à acquérir un confessionnal, un pupitre, deux petites fontaines pour enfants de choeur, quelques ceintures, aubes et rochet, une aube pour le curé, une poche de velours, un gland pour lampe (
ibid.).
- 1830 (27 octobre) : achat d'une lampe d'autel, réparation de tous les bancs existants qui appartiennent à différentes personnes, réparation de l'édifice (
ibid.).
- 1834 (6 avril) : décision de confectionner un plafond, réparer la couverture, une dalle de plomb ; autorisation donnée au curé de dépenser 1000 francs pour la réparation des deux chapelles, lambris, pour achat de chandeliers, d'une statue, de tableaux et peintures ; achat d'un calice, d'une coupe en vermeil, d'un pied en bronze brossé et doré, pour la somme de 190 francs (
ibid.).
- 1840 : le curé Baudier apprend que, dans les dépôts des fonderies de la marine, existe une cloche qui porte l'inscription "Faite à Rochefort par Dupont fils, élève fondeur du Roi, en 1773" et "Je pèse 597 livres". Le maire intervient auprès de préfet maritime et la cloche est installée dans le clocher par deux ouvriers de la ville.
- 1842 : le curé Baudier fonde à ses frais une école gratuite pour les enfants qui étaient obligés d'aller à l'école à l'intérieur de la ville. Il la confie à un frère des écoles chrétiennes, l'abbé Guittery. Mais cette initiative n'est pas très bien vue du Conseil municipal qui projetait la construction d'écoles dans le faubourg.
- 1845 : le même achète au nom de la fabrique une cloche d'un prix de 1600 francs et propose de payer de ses deniers les 1 000 premiers francs remboursables par la fabrique à raison de 100 francs par an, sans intérêts, les 600 autres francs étant couverts par souscription.
- 1849 : le vicaire de Notre-Dame est nommé à la cure du Breuil-Magné. Jusqu'alors le Breuil n'avait ni église ni presbytère et le vicaire de Notre-Dame était porté au budget départemental comme desservant du Breuil-Magné (Registre des délibérations de la fabrique).

 Après la désaffectation, une commission municipale, nommée pour étudier l'utilisation du bâtiment, ne peut conclure et, provisoirement, celui-ci sert d'entrepôt. En 1893, la charpente menace ruine et l'architecte évalue à 4 000 francs le montant des frais de restauration. La commission des travaux propose la mise en vente du bâtiment et des terrains, par adjudication. Le maire et certains conseillers s'y opposent, estimant que la commune n'est pas assez riche en monuments anciens pour aliéner celui-ci. Un mois plus tard, la Commission des arts et monuments de la Charente-Inférieure, présidée par le bibliothécaire de la Rochelle, Georges Musset, conseille très vivement la conservation à la commission municipale des Beaux Arts. On en reste là jusqu'en 1895 où le bruit court à nouveau d'une disparition prochaine mais, loin de démolir l'édifice, on le répare.

Finalement une solution est trouvée en 1899, qui, au moins provisoirement, va sauver le monument de la destruction. Les syndicats ont besoin de locaux et, le 20 août de cette année, le conseil municipal discute d'un projet de transformation en bourse du travail. Mais dans quelles conditions ? Des bruits alarmistes courent à nouveau : le clocher serait abattu. Pierre Loti adresse aux journalistes une lettre dans laquelle il proteste violemment contre toute tentative de démolition. Finalement, on se limite à des aménagements intérieurs : suppression des détails de sculpture à caractère religieux, élévation de cloisons pour murer les chapelles, établissement d'un plancher sur l'ancien dallage ainsi que d'un plafond pour diminuer le volume habité. Les travaux sont adjugés en un seul lot, sur la mise à prix de 4 720 francs, les offres étant ouvertes le 4 janvier 1900. Ils sont rapidement exécutés, de sorte que le ministre des travaux publics, Pierre Baudin, inaugure la Bourse du Travail le 29 juillet de la même année, en même temps que le pont transbordeur.

Pendant trois quarts de siècle, la vieille paroisse demeure Bourse du Travail. Des bâtiments annexes sont construits, notamment un logement pour le concierge, mais sans que le gros oeuvre en soit affecté. La commune entretient la couverture. Le clocher, muet, devient un lieu de prédilection pour les pigeons. Il est sérieusement touché, le 16 décembre 1958, par une tempête qui arrache assez d'ardoises pour qu'un large trou se produise dans la couverture. L'incident rappelle aux Rochefortais que le plus ancien bâtiment de leur ville est en péril et la réparation est bientôt effectuée.

Deux demandes de classement comme monument historique échouent : en 1913, à l'initiative d'un professeur du lycée qui est conseiller municipal, en 1959, sous l'impulsion de la Société de Géographie locale. La même année, cette association adresse au maire une demande d'occupation pour y déposer ses collections archéologiques. Le conseil municipal donne une réponse favorable, mais avec réalisation à terme, quand un local sera disponible pour les syndicats.

C'est l'inscription au dossier "ville moyenne", en 1974, qui permet de dénouer la situation. Les syndicats sont relogés dans des locaux mieux appropriés et, en 1975, d'importants travaux sont entrepris, qui dégagent le monument, mettent en évidence des sarcophages médiévaux, permettent de retrouver une chapelle d'abside et de recouvrer des éléments de sculpture romane enfouis dans des murs du XVIIe siècle ou miraculeusement conservés en pleine terre, à l'endroit même où ils étaient tombés. Le 16 mars 1979 a lieu l'inauguration officielle du musée archéologique, sous la présidence d'honneur de M. Jean Verney, directeur régional des Affaires Culturelles. Ainsi est réalisé un projet vieux de vingt années.

La vieille église de Rochefort a été sauvée de la destruction par une affectation inattendue. Ce n'est pas le seul monument ancien qui ait dû son salut à une utilité immédiate sans rapport avec sa destination première. On a transformé des abbayes, prieurés, doyennés et autres édifices, en prisons, casernes ou écoles, lorsqu'ils étaient entrés dans le domaine public. Ces affectations, qui peuvent aujourd'hui paraître dérisoires, ont cependant eu le mérite de sauver les monuments de la destruction ou d'une décrépitude irréparable. Nous pensons aux prieurés transformés en fermes, aux salles capitulaires ayant servi de granges ou d'écuries. Ici un lieu de prière est devenu un centre de réunions pour organisme officiel avant d'être restauré pour y installer un musée qui conserve pieusement les plus beaux éléments de son décor ancien. Souhaitons donc longue vie au seul monument médiéval de Rochefort, pauvre relique d'une paroisse rurale qui a pu, en pleine période d'anticléricalisme, conserver son clocher du XVIIe siècle, massif certes, mais signalant cependant au passant qu'il longe une ancienne église.

 

BIBLIOGRAPHIE SOMMAIRE


Archives de l'Évêché de la Rochelle ; visites pastorales.
Archives Départementales de la Charente-Maritime ; en particulier minutes des notaires de Rochefort.
Archives Historiques de la Saintonge et de l'Aunis.
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Coutant Bernard (R. P.), "Le service de Dieu ou la pastorale du clergé rochefortais de la paroisse Notre-Dame de 1640 à 1750", dans Rochefort 1666-1966, Mélanges historiques publiés à l'occasion du tricentenaire de Rochefort.
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Ecrit en collaboration avec Pierre Bitaubé et Robert Fontaine

Publié par la Société de Géographie de Rochefort.