L'ORIGINE DU NOM DES NOUILLERS

 

Le nom des Nouillers a été maintes fois cité dans des études locales depuis qu'Elie Vinet, cherchant à localiser les propriétés du poète latin Ausone, s'avisa de le rapprocher de celui du Pagus Noverus. Bourignon et Massiou, entre autres, adoptèrent l'hypothèse de Vinet, en s'appuyant sur la forme ancienne Sancti Petri de Novalariis. Il est évident que la petite paroisse des bords de la Boutonne ne doit pas son nom au pagus du Bas-Empire. Cependant, on peut, par curiosité, rechercher l'origine de ce nom.

Les formes anciennes sont les suivantes :

- Aymericus Guiberti de Novellariis (1272). Lettres d'abandon par le sus-nommé, au maire et à la commune de Saint-Jean-d'Angély, de 13 sols 4 deniers de rente qui lui étaient dus, à raison d'un pré qu'il avait cédé pour l'établissement du port d'Orgueillers (Archives Historiques de la Saintonge et de l'Aunis, t. XXIV, p. 32-34).

- capellanus de Novellariis (1326-1327). Levée de subsides du pape Jean XXII ; rubrique : Archipresbiteratus Talheburgo. (Ibid., tome XLV, p. 203).

- Sancti Petri de Novalariis (1529). Notice des évêques et des bénéfices à la nomination de l'évêque de Saintes, à l'usage de Monseigneur Tristan de Bizet. (Cholet, Études historiques, géographiques, archéologiques sur l'ancien diocèse de Saintes ; La Rochelle, 1864, p. 29, note 1).

- audit bourg des Noulliers (1692). Déclaration des biens de main-morte dans l'ancien diocèse de Saintes sous Louis XIII et Louis XIV (Archives Historiques de la Saintonge et de l'Aunis, t. XXXV, p. 120).

Des deux leçons, novellarii et novalarii, nous retiendrons la plus ancienne, novellarii, latinisation d'un type novelier qui se rattache à l'adjectif novel, "nouveau". Ce type est représenté également, au féminin, par :

- La Novelère (1361) (Dictionnaire topographique des Deux-Sèvres) ; aujourd'hui la Naulière, ferme de la commune d'Allonne.

- La Nouhelière (1558) (ibid.) ; aujourd'hui la Naulière, ferme de la commune de Pompaire.

L'évolution de ces deux noms présente les mêmes caractéristiques que celle du nom des Nouillers : amuïssement de la consonne labiale derrière o et de la voyelle prétonique interne.

Les types novelier et novelière sont inconnus des glossaires locaux. Godefroy ne connaît que le sens de : " celui, celle qui débite des nouvelles, des fables ". Mais La Curne indique, pour la forme novellière, le sens de " terre nouvellement défrichée " : " Et sur lequel dixme le prieur de Billi prant par chacun an, pour les novellières de la dite paroisse, trois septiers de grain à la mesure de Romorentin " (1512 ; aveu de la dîme de Balaines, d'après le Clerc de Douy, Glossaire du duché d'Orléans).

Cette acception peut s'appliquer aux Nouillers et à la Naulière. La variante du XVIe siècle, novalarii, apparaît ainsi influencée par le latin novale, qui désignait également une terre récemment mise en culture.

Publié dans le bulletin de la Société de Géographie de Rochefort, 2e série, tome I, n° 2, p. 36-37.