Toponymie de Poitiers et des environs

 

J’ai réuni des noms de villages et de hameaux, de quartiers, de fiefs, de rues... de la commune de Poitiers et des environs, en recherchant en particulier ce qui concerne le fief du chapitre de Saint-Hilaire. Beaucoup de formes anciennes sont empruntées à l’excellent Dictionnaire topographique du département de la Vienne, de l’archiviste Louis Rédet, publié en 1881. Il en est de même des qualifications : " village ", " hameau "..., qui sont intéressantes dans la mesure où l’occupation du sol a considérablement changé depuis un siècle.

Je ne connais pas d’étude sur les noms des rues de Poitiers, que j’aurais pu utiliser ; aussi n’ai-je retenu que quelques noms. Ce genre de recherche ne manque pas d’intérêt. Les plus anciens des noms, qui sont d’origine populaire, reflètent en effet la vision qu’avaient nos ancêtres de leur " environnement ". Quant aux noms récents, qui résultent de décisions des conseils municipaux, ils sont souvent révélateurs des tendances politiques ou idéologiques de ces conseils, quand ils ne donnent pas satisfaction à une personnalité ou un groupement influent, désireux de mettre un personnage en valeur. Dans certaines villes, ils ont presque entièrement remplacé les noms traditionnels. A Poitiers, on ne constate pas de bouleversement dans ce domaine; la ville a su conserver un " patrimoine " toponymique en harmonie avec son aspect de ville ancienne. Cependant, parmi les mutations, on ne peut pas ne pas remarquer la transformation de la rue du Coq en rue Paschal-le-Coq, qui, il faut le reconnaître, n’est pas un trait de génie. Dans le quartier de Saint-Hilaire, on a supprimé la Psallette Saint-Hilaire, qui rappelait l’existence d’une école de chant, et aussi Sainte-Triaise, Saint-Pierre l’Hospitalier et Notre-Dame de la Chandelière, qui conservaient le souvenir d’églises disparues.

Les citations sont suivies des dates des actes. Celles qui sont en latin figurent en italique ; j’ai fait suivre certaines d'une traduction personnelle. Les références sont entre parenthèses ; quand il n’y en a pas, les citations proviennent du dictionnaire de Rédet.

Abréviations

AHP : Archives Historiques du Poitou.
BSAO : Bulletin de la Société des Antiquaires de l’Ouest.
MSAO : Mémoires de la Société des Antiquaires de l’Ouest.
Barre : Inventaire analytique des archives du château de la Barre, par Alfred Richard, deux tomes, 1868.
Dez : Gaston Dez, Histoire de Poitiers (MSAO, année 1966).
BF : H. Beauchet-Filleau, Pouillé du diocèse de Poitiers.
Brothier : R. Brothier de Rollière, Poitiers, Histoire des rues et guide du voyageur, Librairie Labouygue, 1930.
Favreau : La ville de Poitiers à la fin du Moyen Âge (MSAO, années 1977-1978).
Longuemar : A. de Longuemar, Géographie populaire du département de la Vienne, Poitiers, Létang, 1869.
Mineau : Mineau R. et Rassinoux L., Légendaire de la Vienne, Poitiers, Brissaud, 1978.

Aliénor d’Aquitaine (rue) :

- in via de Traversa, 1239 (MSAO, 1847, p. 246) - rue de la Traverse, 1433 (MSAO, 1852, p. 90) - la rue de la Traverse par laquelle passent toujours au mesme jour les processions, les croix et banières desdits de Saint-Hilaire, 1657 (ibid., p. 337, note 1).

La dernière citation est extraite d’une plainte déposée par le chapitre de Saint-Hilaire contre le chapitre cathédral. La procession de Saint-Hilaire a croisé celle de Saint-Pierre, dans la rue, le 18 février 1657, dernier jour des "petites Rogations ", et elle a été frappée par celle-ci et ses bannières ont été " renversées " et déchirées. La rue de la Traverse était ainsi désignée par ce que, joignant directement l’église Notre-Dame de la Chandelière, dans la rue des Hautes Treilles, à la rue de la Tranchée, elle traversait le bourg de Saint-Hilaire entre ses deux principales voies. Plusieurs processions du chapitre l’empruntaient. Son nom actuel date de 1900 (Brothier, p. 28).

Amiral (l’), rocher du faubourg est :

- rocher de l’Amiral, 1736 - rocher appellé le Grand Amiral, 1738 - jardin situé au faux bourg Pont Joubert, devant l’Amiral, 1746. Rédet interprète : " rocher près duquel se plaçait l’amiral de Coligny pour diriger les opérations du siège de 1569 ", sans en administrer la preuve. En 1869, De Longuemar signale " qu’une saillie des rochers des dunes du Clain, en face de Sainte-Radégonde, porte encore le nom de bouclier ou cuirasse de Coligny " (p. 147).

Anguitard, petit fief dont la tour était située rue des Flageolles :

- dominus comes Pictavensis aquisivit burgum Guitardi, apud Pictavim, super dominum Guitardum de Chanboniau, " le seigneur comte de Poitiers acquit le bourg Guitard, à Poitiers, sur Guitard de Chambonneau ", 1251 (Fournier-Guébin, Enquêtes administratives d’Alfonse de Poitiers, p. 34 b) - feodum Guitardi, " le fief Guitard ", 1261 - turris dompni Guitardi, " la tour dan Guitard ", 1318 - la tour en Guytart, 1404 - la tour d'Anguitart, 1405.

Ce fief, qui relevait de la tour de Maubergeon, a été tenu héréditairement, jusqu’à la guerre de 1242, par des membres de la famille des châtelains de Gençay, famille qui pratiquait la tradition du nom Guitard. Il a été saisi sur Guitard de Chambonneau après cette guerre mais restitué ensuite. Le " bourg ", c’est-à-dire la partie de la ville où s'exerçait l’autorité du seigneur, et la tour, ont été désignés par référence au possesseur. Au début, on disait " le bourg Guitard " ou " le bourg dan Guitard " ou " le bourg en Guitard ", c’est-à-dire, dans le premier cas, " le bourg de Guitard ", pour les deux autres, " le bourg du seigneur Guitard ", "dan " et " en " étant équivalents. Quand l’usage de la préposition " de " s’est répandu devant le nom du possesseur, " le bourg dan Guitard " a été interprété " le bourg d’Anguitard ". On avait alors bien oublié les Guitard, de Gençay et de Chambonneau.

Arcs de Parigny (les), Saint-Benoît ; restes d’aqueduc " romain " alimentant Poitiers :

- locus qui dicitur als Ars, " lieu qui est dit aux Ars ", vers 980 - ad Arcus prope Patriniacum juxta Pictavim, " aux Arcs, près Parigny, près de Poitiers ", vers 1081 - murs des Sarrazins appellez les Arcs de Parigny, 1447 - chapelle de Sainct-Pierre des Arcs de Parigné, 1646. Rédet signale que, suivant un acte du 21 décembre 1501, une vigne située près des " Arcs de Parigné " tenait d’un côté à un " conduit de Sarrazins " et il ajoute, que, de son temps, " la croyance la plus populaire est que ces aqueducs sont l’oeuvre de la fée Mélusine ". A l’article Parigny, il donne plusieurs formes anciennes du nom de Parigny, "village détruit". Parigny représente Patriniacum, formé sur un gentilice Patrinius. La forme locale, Parigné, encore en usage au milieu du XVIIe siècle, est francisée en Parigny au moins un siècle auparavant. Pour " mur des Sarrazins ", voir Palais Galienne.

Attendez-mi-là :

C’est ainsi que la voix populaire a désigné autrefois un coin du cimetière de Sainte-Radegonde, à la Cueille Blanche, où se trouvait " une grande et grosse pierre carrée ou tombe ". Là, en effet, se déroulait une cérémonie burlesque, dont certains participants attendaient régulièrement l'arrivée des autres. Chaque année, le mardi de Pâques, les chapelains et les bacheliers de Notre-Dame la Grande se dirigeaient processionnellement vers cette pierre, en surplis, précédés de la grande croix de l’église, pour y chanter un libera, prier pour les défunts et recevoir du curé de Montamisé un bélier vif , " garni en ses cornes " de neuf grains de poivre en un cornet de papier, trois têtes d’ail, un bouquet de serpolet et du sel, " pour faire la sauce ". On imagine l’hilarité des habitants des environs, qui ne devaient pas manquer un spectacle haut en couleur, et celle des badauds qui voyaient passer la procession du retour, avec son " bellard " plus ou moins agressif.

Cette cérémonie originale nous a été transmise par des pièces de procédure, les curés de Montamisé offrant à plusieurs reprises des animaux jugés maigres et non conformes, ou oubliant purement et simplement de se livrer en spectacle. Gérard Jarousseau, qui a analysé ces pièces, a trouvé trace de la " coutume " de 1463 à 1592 et il a constaté qu’en 1648 l’obligation de livrer un " bellard " était convertie en rente annuelle de deux livres dix sous. Les curés de Montamisé, qui souhaitaient cette conversion depuis longtemps, devaient respirer (BSAO, 3e trimestre 1965, tome VIII, p. 225-228). On s’interroge sur l’origine de cette mise en scène, digne des meilleures facéties des " bacheliers " du temps.

Bellejouanne, hameau :

- Belle Johanne, paroisse de Saincte Triaise, 1486 - Bellejouanne, 1575. De quelle Jeanne s’agit-il ? On peut toujours rêver.

Bergerie (la), maison et métairie, sur le chemin de Lusignan (nom non retenu par Rédet) :

- et dudict lieu se continuent lesdictes bornes et limittes dudict bourg et jurisdiction jusques à l’hostel et mestairie de la Bergerie, près Poictiers, laquelle tient au grand chemin tendant dudict Poictiers à Luzignan, sur main dextre, 1579 (délimitation du fief de Saint-Hilaire, dans MSAO, 1852, p. 266).

Blaiserie (la), village :

- le chapitre de Saint-Pierre-le-Puellier concède une grange et des terres, dans le Fief-le-Comte, à Jehan Bloys, en 1470 - la maison des Blays, 1478 - village des Blays, la Blaiserye, 1547. Il est probable que la graphie Bloys de 1470 est une interprétation de Blais. Jean Blais porte comme nom de famille un nom de saint, Blais étant la forme populaire de Blaise. Il a pris la grange et les terres avec l’intention de résider, puisqu’en 1478 il existe une " maison des Blais ". Blaiserie est donc un dérivé du nom de personne, avec le suffixe -erie, qui domine localement, au moins depuis le XVe siècle.

Braudière (la), ferme, commune de Saint-Benoît, ancienne métairie de l’abbaye de Sainte-Croix :

- la Beraudère, 1376 - la Beraudière, 1535 - la Braudyère, 1583. Dérivé du nom de personne Beraud. En 1535, le suffixe local -ère est remplacé par le français -ière.

Breuil-l’Abbesse (le), commune de Mignaloux :

- Brolium, 962 - Brolium abbatisse Sancte Crucis, " le Breuil de l’abbesse de Sainte-Croix ", 1268 - le Bruel l'Abbaesse, 1324 - le Breul l’Abbasse, 1337 - le Breulh l’Abbasse, 1371. Le bien nommé, car siège de deux seigneuries, appartenant à deux abbayes de femmes, Sainte-Croix et la Trinité de Poitiers.

Breuil-Maingot (le), village :

- in loco qui vocatur Brolio, infra quintam civitatis, " au lieu qui est appelé le Breuil, sous la quinte de la cité ", 1027 - Brolium Maengoti, 1220 - Bruil Mayngo, 1281 - le Bruel Maingo, 1324 - le Bruil Mangou, 1410 ... Dépendait de la paroisse de Saint-Hilaire de la Celle. Le nom de personne Maingot n’était pas rare en Poitou. Il était notamment traditionnel dans la famille des châtelains de Melle. Cependant le Maingot désigné ici n’a pas été identifié avec certitude.

Bugellerie (la), village :

- le chapitre de Saint-Pierre-le-Puellier concède des maisons et des terres, dans le Fief-le-Comte, à Micheau Guyot et Pierre Bugeau, 1493 - la Bugeallerye alias la Gallotyère, 1540 - village des Bugeaux, la Bugellerye, 1542. Même dérivation que pour Blaiserie. On remarque qu’en 1540 le village a deux noms, le second étant peut-être dérivé du nom Guyot altéré en Gaillot : Guyotière, altéré en Gaillotière.

Cagouillère (la) , jardins avec quelques habitations et viaduc sur le Clain :

- le lieu de la Cagouillère, qui joint lesdictes tour [aux Bouchers] et rivyère [le Clain], 1579 (délimitation du fief de Saint-Hilaire, dans MSAO, 1852, p. 265) - pré de la Cagouillère, 1632 (Barre, I, p. 248) - jardin de la Cagouillère, près de la porte de la Tranchée, 1680 (Ibid., p. 251). S’agirait-il d’un lieu abondant en cagouilles ? Maurice Fombeure rappelait pourtant un jour à la TSF que, chez nous, on dit des lumas, en ajoutant d’ailleurs : " c’est plus joli ".

Cardinerie (la), ferme, commune de Nouaillé, à l’endroit de la bataille du 19 septembre 1356, dite de Poitiers :

- Cette bataille qui fu asses pries de Poitiers, es camps de Biauvoir et de Maupretuis (Froisssard) - le commandeur de la Villedieu et Beauvoir concède des terres à Richard Delyé, alias Cardin, 1495 - terrouer de Maupertuys, 1499 - mestairie de la Cardinerie, aultrement Maupertuiz, 1653. Cardinerie dérive évidemment de Cardin. Mau pertuis signifie " mauvais trou ". Ce nom est parfois appliqué à une mare.

Cassette (la), hameau, ancienne papeterie, commune de Vouneuil-sous-Biard :

- fontaine et moulin à papier de Mazay, 1560 - moulin de la fontaine de Masay, 1622 - moulin de la cassette, 1731 - moulin à cassette, 1773. Ce moulin a donc été dit " moulin à cassette " et " moulin de la cassette ", comme on disait indifféremment " moulin à vent " et " moulin du vent (ou) de vent ". Il devait être muni de roues à godets. Une caractéristique technique se serait ainsi conservée comme nom de lieu.

Chabotrie (la), ferme, commune de Mignaloux :

- la Chabutorie (lettre de Barthélémy de Burghersh, signalant que deux jours avant la bataille de 1356, le prince de Galles vint en ce lieu, " où le roi de France avoit cuché le nuit devaunt "). Dérivé du nom de personne Chabot. Voir Cardinerie.

Chalons, maison isolée :

- locus qui dicitur Chalaum, juxta Gignech, prope civitatem, " lieu qui est dit ..., jouxte Engeniec, près de la ville, vers 1085 - Chalon, 1299 - Chalaon, 1322 - Chaslon, 1536 - terrouer de Challon près la Pierre Levée, 1615. La forme primitive semble être Chalaon. Est-ce une altération du nom de personne Chaalon, qui est bien attesté en Poitou ? Un Chaalon, marchand, souscrit un acte d’affranchissement d’un collibert par les chanoines de Saint-Hilaire, en 1077 (MSAO, 1847, p. 97). En ce cas, le toponyme devrait être antérieur au XIe siècle.

Champ-Berland (le), hameau :

signalé par Rédet sans forme ancienne. Nom de personne Berland, commun à Poitiers. En 1187, Richard Coeur de Lion concède à Geoffroy Berland des halles près du Vieux Marché (Favreau, tome I, p. 55, note 224). En 1347, la foire de la Pierre-Levée est transférée en ville, dans les halles appartenant à Herbert Berland, chevalier, par décision royale (Rédet).

Chapelle Biraudelle (la), chapelle détruite, qui a donné son nom à quelques maisons voisines du faubourg Saint-Saturnin ou du Pont-Neuf :

- désignée ainsi en 1597. Semble porter le nom d’un fondateur qui serait un Biraudeau.

Chassaigne, moulin sur le Clain :

- in loco qui vocatur Kassanas, in suburbio Pictavis, " au lieu appelé..., dans le faubourg de Poitiers ", 1013 - Cassanas, vers 1027 - locus qui dicitur Chassagnie, 1076 - molendina de Cassanis, " moulins de ... ", 1077 - de Chassagnes, 1126 ... Du latin vulgaire *cassanea, " chênaie ", dérivé de *cassanus " chêne ", considéré comme gaulois.

Chauvinerie (la), hameau :

- le chapitre de Saint-Pierre-le-Puellier concède des terres, dans le Fief-le-Comte, à Jean et Pierre Chauvin, 1476 - la grange de Jehan Chauvin, 1478 - la Chauvynerie, 1530. Même dérivation que pour Blaiserie et Bugellerie, à la même époque.

Chilvert, territoire près le faubourg de la Tranchée, en partie occupé aujourd’hui par un cimetière (Rédet) :

- in villa quae dicitur Gileveto, " dans le village dit ... ", 989 - Chilevert, vers 1080 - Chillevert, 1466. Il est probable que le G de Gileveto est une transcription maladroite de Ch. Peut-être *caliavetum, " endroit pierreux, caillouteux ". La finale a été altérée sous l’influence du mot vert.

Cueille Aiguë (la), faubourg attenant à celui de Montbernage :

- Culla acuta, 1254 - Cuilleya acuta, 1300 - la Cueilhe aguë, 1456. L’ancien mot poitevin " cueille ", du latin vulgaire *collia, issu de collis " colline, hauteur ", a été conservé en toponymie, appliqué généralement à des pentes raides. La forme locale aguë, relevée en 1456, a été francisée.

Cueille Blanche (la), partie haute du faubourg de Montbernage :

- la Colle Blanche, vers 1250 - Coilla alba, 1265 - la Coylle blanche, 1272 - la Ceuille blanche aultrement Maubernage, 1582. J’ignore pourquoi elle a été dite blanche.

Cueille Mirebalaise (la), faubourg sur l’ancienne route de Mirebeau :

- la Cuelle, 1324 - chapelle de la Cueille, 1409 - la Cueille Mirebaloise, 1413 - la Queuilhe Mirebaleze, 1445 - la Cuille Mirebalaise, 1492 - la Queille Mirebalaise, 1573. La francisation Mirebaloise, de 1413, n’a pas prévalu.

Cuvier (rue du) :

tire son nom du cuvier de Saint-Hilaire, situé au haut de la rue (Brothier, p. 93).

Doyenné (rue du) :

pas d’attestation très ancienne pour cette courte rue. Figure cependant sous ce nom sur un plan de la promenade de Blossac en 1753 (MSAO, 1855, planche).

Dunes (les) , hauteurs du faubourg est :

Altération de " dube ", mot attesté dans un texte de 1302 cité ci-dessous, à propos de la Pierre-Levée. Dans son récit du siège de Poitiers de 1569, Liberge signale que les défenseurs de la ville sont aperçus " de ceux qui sont dessus les coustaux et, comme ils appellent, sur les dubes et rochers de dehors " (édition H. Beauchet-Filleau, 1846, p. 40). On retrouve l’association des termes dube et rocher (ou roche) dans un dénombrement du fief d’Anguitard de 1674, à l’occasion de localisations de maisons de la Cueille Mirebalaise : " maison tenant par le devant à la rue et chemin en montant ladite Coeuille à main gauche, par le derrière aux dubbes et rochers " - " maison tenant par le devant au chemin montant à ladite Coeuille, par derrière aux roches et dubbes " (AHP, tome LIV, 1947, p. 297 et 302). Il s’agit du nom local de la huppe (oiseau), qui a été pris au sens figuré de " crête, arête, sommet ". Voir aussi l'article Roche.

Engeniec, maison isolée, commune de Mignaloux :

- Gignech, prope civitatem, vers 1085 - terroe de Gignet in parrochia de Magnalour, " terres de Gignet dans la paroisse de Mignaloux", 1322 - le champ de Gignet, 1502. Semble représenter un ancien nom en -acum, mais il faudrait d’autres textes, plus explicites, pour être affirmatif. Comme on employait souvent la préposition " en " devant les noms de lieux, " en Geniec " a été interprété " Engeniec ".

Escalier du Diable :

raidillon qui permet de descendre rapidement du quartier de Saint-Hilaire au pont Achard, ainsi appelé par R. Mineau : - rue du Diable en 1882, sur un plan de la ville, puis rue de Pont-Achard. D’après R. Mineau, il y avait, dans un angle du raidillon, " un banc grossier formé d’une pierre brute et couramment appelé Banc ou Pierre du Diable ", qui a été remplacé par une banquette en ciment aux environs de 1930 (p. 83). Le nom d’escalier s'explique par l’aménagement de la voie en gradins. Il est probablement récent, puisque les escaliers étaient autrefois appelés " échelles de pierre ". Il en reste une preuve à Poitiers même, avec " l’Echelle du Palais ". L’attribution au diable a engendré une légende que R. Mineau a analysée à l’article " La Pierre qui pue " (p. 260-262). Cette " pierre qui pue " est un ancien sarcophage, taillé dans un bloc de calcaire fétide, conservé autrefois dans l’église Saint-Hilaire, et dont les restes sont actuellement au musée de Sainte-Croix. La légende de l’Escalier du Diable semble en effet emprunter des éléments à celle de la " Pierre qui pue ".

Fief-le-Comte (le) :

- defensum comitis, " le défens du comte ", 1241 - le deffens le comte, 1455 - le fief le comte, 1461.

Ce fief appartenait au chapitre de Saint-Pierre le Puellier. Il s’étendait sur la rive gauche du Clain, comprenant une partie de la Cueille Mirebalaise, la Grange, le Peloquinerie, la Chauvinerie, la Blaiserie, la Bugellerie, Vauchardon, Charruyau et la Folie en partie. Il était limité au nord et à l’ouest par une levée dite de Sainte-Loubette. Cette sainte imaginaire figure dans un récit, bourré d’anachronismes, tendant à prouver que le chapitre de Saint-Pierre le Puellier détenait des reliques de la " vraie croix ", comme l’abbaye de Sainte-Croix. Personne, semble-t-il, n’a essayé d'expliquer le choix du nom Loubette, diminutif de Loube, nom de femme très rare. D’après son nom ancien, "défens du comte ", ce territoire devait être à peu près vide d’hommes quand le comte de Poitiers l’a donné à Saint-Pierre le Puellier. D’ailleurs, la création de la plupart des villages peut être saisie, grâce à des actes de concession conservés dans les archives de Saint-Pierre le Puellier. Pour la légende de sainte Loubette, on peut consulter Mineau, p. 353-356.

Flée, village, commune de Saint-Benoît, distrait de celle de Poitiers en 1832 ; ancien fief et haute justice appartenant à l’abbaye de la Trinité de Poitiers :

- villa Flaiacus infra quintam civitatis Pict., " village de ... dans la quinte de la ville de Poitiers", 924 - Flagiacus, 923-936 - Fleec, 1322 - Flaec, 1353 - Flée, parroisse de Saint Sornin hors Poitiers, 1399 - Flec, 1496 - Flex, 1574. Nom de type Flaviacum, dérivé du gentilice Flavius. La graphie fantaisiste Flex, du XVIe siècle, n’a heureusement pas prévalu, le x risquant d’être prononcé, comme c’est le cas actuellement pour Fleix, près de Chauvigny, qui provient lui aussi d’un Flaviacum " gallo-romain ".

Folie (la), hameau, communes de Poitiers et Migné :

- la Grange Sainct Gelays, 1486 - prairie de la Folye du Muntierneuf, 1542 - mestairie de la Follye, 1565. Charles de Saint-Gelais, abbé de Montierneuf, fit bâtir en ce lieu une maison de campagne et une chapelle qu’il bénit en 1487 et dédia à saint Eutrope et saint Macou, suivant une inscription. Une partie du territoire de la Folie était comprise dans le Fief-le-Comte, appartenant au chapitre de Saint-Pierre-le-Puellier (Rédet). Le mot " folie " était généralement appliqué à des constructions jugées fastueuses. La vaste maison édifiée par l’abbé était destinée à servir de retraite aux moines en cas d’épidémie à Poitiers , mais les gens des environs n’y ont vu qu’un caprice de grand seigneur.

Général-Demarçay (rue) :

je n’ai pas trouvé de désignation ancienne pour cette petite rue. D’après Brothier, elle était auparavant appelée rue Saint-Pierre l’Hospitalier, du nom de l’église qui s’y trouvait. Rue Buffon en 1793, d’après le même (p. 216).

Grange (la) , village :

- la Grange de Saint Pierre le Puellier, 1404. C’était à l’origine la grange du " Fief-le-Comte ", qui appartenait au chapitre de Saint-Pierre le Puellier.

Grotte-à-Calvin (la), sur la rive droite du Clain :

- prairie de la Grotte à Calvin, paroisse de Saint Saturnin lès Poictiers, 1778. Rédet ajoute : " elle servit d’abri à Calvin et à ses prosélytes lorsqu’il commença à annoncer sa nouvelle doctrine à Poitiers ". Il faudrait cependant des témoignages contemporains pour en être absolument certain.

Jambe-à-l’Ane (la) , maisons et terres au faubourg de Saint-Cyprien :

- clausum de Thibia Asini, " clos de la Jambe d’Ane ", 1298 - terra (sic) de Jambe de Ane, 1322 - clou de vigne appellé Jambe d’Asne, 1403. Il existe d’autres lieux ainsi dénommés. Pour quelle raison ?

Langin (rue de l’), rue disparue lors de l’établissement de la promenade de Blossac :

- la rue de Langin, 25 septembre 1481 (MSAO, 1852, p. 170) - maison sise en la rue de Langin, paroisse de Sainte-Triaize, tenant à la maison du prieur de Fontaine-le-Comte, 1486 (Barrre, II, p. 404) - rue de l’Engin ou de Beauvoir , 1753 (plan du futur parc de Blossac, MSAO, 1855, planche). Sur ce plan, la rue, bordée de maisons, apparaît comme le prolongement, vers l’ouest, du chemin qui suit les murailles de la ville ; elle débouche dans la rue de la Tranchée tout près de la porte du même nom. Aucune idée sur l’origine de Langin. J’ai retenu la graphie la plus ancienne.

Le Cesve (rue) :

- rue de la Psallette Saint-Hilaire, 1753 (plan de la promenade de Blossac, dans MSAO, 1855, planche). Renommée rue Le Cesve en 1900 (Brothier, p. 138). René Le Cesve, curé de Sainte-Triaise, s’est rallié de bonne heure au Tiers État et est devenu évêque constitutionnel. Il a été frappé d’apoplexie peu après. Son oraison funèbre a été prononcée dans la cathédrale, le 14 mai 1791 (Marquis de Roux, Histoire religieuse de la Révolution à Poitiers et dans la Vienne, p. 29 et 125).

Milétrie (la), hameau, commune de Mignaloux :

- maison neuve appellée Luderie, autrement la Milletrie, avec la chapelle fondée en l’honneur de Sainct Mathurin, 1530 - la Milleterye, appellée autrement la Giraulderye, 1531. Miléterie dérive du nom de personne Milet, qui est un diminutif de Milon sur le cas-sujet Mile. La formation de Girauderie est évidente. Il faudrait expliquer pour quoi une maison neuve porte trois noms en même temps.

Montbernage, faubourg, sur la rive droite du Clain :

- Maubernage, 1451 - la Ceuille blanche aultrement Maubernage, 1582 - Montbrenage, 1693. Les formes les plus anciennes suggèrent un mot composé à premier élément mau, " mauvais ". Bernage est peut-être une forme du terme médiéval barnage " baronnage ", qui est connu aux sens de " assemblée de barons, vassaux, vaillance, courage, sagesse, noblesse... ". Mais quelle serait la valeur du composé, qui semble ironique ?

Montgorge, terroir, rive gauche de la Boivre, au-dessus de l’étang de Saint-Hilaire :

- ... cum tria vel duo stagna cum molendinis nobis posse fieri viderentur a thesaurario et a canonicis beati Ylarii, unum scilicet sub Monte Gorgio, alterum ad Pontem Achardi, alterum vero ad molendina que dicuntur de super Pontem Achardi, communiter ea illi facerent et reficerent..., : " comme il nous est apparu que trois ou deux étangs avec moulins pouvaient être faits par le trésorier et les chanoines de Saint-Hilaire, l’un sous Mont Gorge, un autre au Pont Achard, un autre à l’endroit où sont les moulins appelés d’au-dessus Pont Achard...", 1143 (MSAO, année 1847, p. 141 ; jugement arbitral rendu par l’archevêque de Bordeaux et l’archidiacre de Poitiers, pour terminer les contestations qui s’étaient élevées entre le trésorier et les chanoines de Saint-Hilaire au sujet des quatre moulins de Pont-Achard) - de vineis meis de Mongorge, " de mes vignes de Montgorge ", 1263 (testament d’un chanoine de Saint-Hilaire, ibid., p. 314). L’appellation mont s’explique par le relief de ce terroir de la rive gauche de la Boivre. Gorge ne peut guère être qu’un nom de personne.

Moulin-à-Parent (le), ancien moulin, sur la rive droite du Clain :

- Le " moulin de Charruiau ", relevant de l’abbaye de Sainte-Croix, est arrenté à Guillaume Parent, bedeau de l'université de Poitiers, 1529 - moulins à bled de Charruyau vulgairement appellés moulins à Parent, 1713. Il a existé en ce lieu un autre moulin, bâti vers 1650, sur la rive gauche du Clain, dans le " Fief-le-Comte ", donc dans la censive du chapitre de Saint-Pierre-le-Puellier.

Moulin-des-Gallois, sur le Clain :

- moulins Galoys, 1497 - moullins et maisons des Galloys, terres de feu François Galloys, 1581. La famille Gallois a donc tenu ces moulins pendant plusieurs générations. La tradition du métier chez les meuniers est bien connue.

Moulin-des-Quatre-Roues, sur le Clain, appartenant autrefois à l’abbaye de Sainte-Croix :

- moulins de quatre roez, 1386 - de quatre rohes, 1411 - de quatre rouhes, 1427. Cette particularité méritait d’être signalée, beaucoup de moulins, installés sur de maigres ruisseaux, n’ayant qu’une seule roue.

Palais Galien ou Galienne, nom de l’amphithéâtre détruit au XIXe siècle :

- encores y sont les murailles des palais anciens comme du palais Galien, 1441 (Favreau, II, p. 352) - mur sarrasin, 1442 (ibid., note 220) - palais ancien dit le palays Galienne... devant la maison des Troys Pilliers et ledit palays Galienne, 1461 (MSAO, 1852, p. 127 et 128). Les noms Galien et Galienne sont ceux de personnages de la geste carolingienne ; Galien est notamment celui d’un roi sarrasin, Galienne celui d’une femme de Charlemagne. Voir Arcs de Parigny, pour une attribution aux Sarrasins.

Passelourdin, rochers et grotte sur la rive droite du Clain, commune de Saint-Benoît :

- Passelardun, 1435 - Passalardin, 1514 - Passelardin, 1523 ou 1524 - le Passelourdin, 1530 - un grand rochier qu’on nomme Passelourdin (Rabelais, Pantagruel, livre II, chapitre V) - la roche du Pas Sallardin, du Passe Allardin, 1624 - Passelourdault, 1729. Il est difficile de s’y reconnaître dans cette série. Cependant Passe Lourdaud doit être une plaisanterie, en forme de défi.

Peloquinerie (la), village, communément appelé le Porteau :

- maisons des Peloquins, 1492 - village des Pelloquins, 1519 - la Pelloquinerie, 1547. Autre dérivé en -erie d’un nom de personne. Ce village faisait partie du Fief-le-Comte. Rédet signale que, de son temps, il est " communément appelé le Porteau ", du nom d’une " maison " voisine, appelée le Portault en 1676. Portau est un mot poitevin, dérivé de porte avec le suffixe local -au, qui signifie portail. La graphie actuelle en -eau est fautive.

Petit-Bonneveau (rue du) :

ainsi désignée parce que s’y trouvait " le Petit-Bonnevau ", une maison de l’abbé de Bonnevau (à Marçay, Vienne), qui est ainsi appelée dans un toisé de 1691 : " logis appartenant au sieur abbé de Bonnevault, contenant quatre vingt une toizes " (AHP, tome LIV, p. 244). Autre graphie fautive pour le nom de la rue. Bonne vau signifie " bonne vallée". Les vieux Poitevins se souviennent que le nom Petit Bonneveau a été appliqué à une maison accueillante de la rue.

Pierre-Levée (la) , célèbre dolmen, qui a donné son nom à une rue et à un cimetière :

- Petra levata, 1299 - Petra soupoeze, super dubiam, " pierre soupouèse, sur la dube ", 1302 - Petra suspensa, " pierre suspendue ", 1322. L'adjectif soupouèse, de 1302, est issu du latin suspensa. Pour le mot " dube ", voir Dunes. Rédet signale qu’une foire se tenait à la Pierre-Levée, le lundi après la fête de saint Denis et le lundi suivant et qu’elle a été transférée en ville en 1317.

Pierres Blanches (les), lieu-dit, près la porte de la Tranchée :

En 1538, un ermite appelé Robert Briault fait un testament par lequel il demande au chapitre de Saint-Hilaire de maintenir l’ermitage qu’il a constitué dans son fief, au lieu de Pierre Blanche, au-dessous de la chapelle de Saint-Jacques et près de celle de la Madeleine, près la porte de la Tranchée, hors Poitiers, et tenant au grand chemin de Poitiers à Lusignan. Le chapitre accepte d’y désigner les futurs ermites (MSAO, 1852, p. 197). En 1622, l’ermitage est dit de Sainte-Anne, près et vis-à-vis du clos des Pierres Blanches, hors la porte de la Tranchée (ibid., p. 198, note). De quelles pierres s’agit-il ? Voir " faubourg des Pierres Blanches ", à l’article Tranchée.

Pilardière (la), hameau :

- la Pilardère, 1446 - la Pillardière, 1527. Domaine d’une famille Pilard.

Pimpaneau, bois au faubourg de Montbernage :

- Pepenea, 1403 - Puypanea, 1423 - fief de la Rochebacon, 1434 - Pinpaneau autrement appellé la Rochebacon, 1642. Mot composé de pé, forme locale de puy, et d’un nom de personne qui semble être Peneau.

Pisserotte (la), ruisselet :

- la vallée de la Pisserotte, 1579 (MSAO. 1852, p. 267). Semble issu du terroir des Roches (voir ce mot) et se jeter dans l’étang de Montierneuf, près de celui de Saint-Hilaire. De Longuemar signale une source appelée aussi la Pisserotte, commune de Fontaine-le-Comte (p. 151). Ce nom est à rapprocher de celui de la Font Pissotte, à Pons (Charente-Maritime), qui jaillit d’une falaise.

Plan du Mai, extrémité de la rue Gambetta, au droit des numéros 1 à 7 :

Désigné dans le toisé de 1691 (AHP LIV, p. 120). Probablement endroit où se déroulait la cérémonie du " mai ", le premier mai de chaque année. Dans son étude sur " Les bachelleries dans le Centre-Ouest ", Nicole Pellegrin ne signale pas la coutume du " mai " à Poitiers mais elle note que, " en plusieurs endroits, la fête a lieu dans la basse-cour du château ou sous ses murs " (p. 122). Or ce Plan du Mai se situe près de la tour Maubergeon.

Poitiers :

Tout le monde sait que ce nom est issu de Pictavis, ablatif du nom des Pictavi, mais peu nombreux devaient être ceux qui savaient que certains clercs du Moyen Âge interprétaient picta avis " l’oiseau peint ", avant que Robert Favreau ne signale le fait (BSAO, tome V, p. 163-166 ; 3e trimestre 1991). C’est ainsi que, en février 1487, à l'occasion de la première entrée du roi Charles VIII dans la ville, on a fait présent au souverain d’un " ozeau d’or, en figure d’épervier, paisans de quatre à cinq mars d’or, bien peint de fin azur et autres riches paintures, monstrant un cuer descouvert et par dessus une fleur de liz, signifiant Poictiers, Avis picta ".

Pont-Achard, pont et moulin sur la Boivre et ancienne porte de ville à Poitiers :

- via publica que tendit ad pontem Acardi, " voie publique qui tend vers le pont Achard ", 1017 (MSAO, année 1847, p. 82) - 1102, voir Montgorge - le Pont Achard, 1389. Ce pont a reçu un nom de personne non identifiée.

Pont-Joubert, pont sur le Clain ; a donné son nom à une rue, à un faubourg, à une porte de ville démolie et à une fontaine :

- Pons Engelberti, 1083 - Pons Ingelberti, 1118 - Pons Enjoberti, 1265 - Pons Joberti, 1298 - le pont Enjoubert, 1386 - grand rue du pont En Jobert, 1386 - le pont au Joubert, 1451 - porte du pont à Joubert, 1564. Le nom de personne Engelbert, en 1083 et 1118, est devenu Enjobert au XIIIe siècle par une évolution phonétique normale. Dès la fin de ce siècle, il est altéré en Jobert. Cette altération s’explique par le fait qu’on a pris le début du mot pour la particule " en ", qui signifiait seigneur. Une confusion analogue pour le bourg d’Anguitard a provoqué, au contraire, un allongement du nom.

Pont de Saint-Cyprien :

- hortum unum prope pontum (sic) sancti Cipriani... unam mansionem in burgo sancti Cipriani juxta colliam..., " un jardin près du pont de Saint-Cyprien... une maison dans le bourg de Saint-Cyprien près de la cueille", 1083 (MSAO, année 1847, p. 106). Le bourg de Saint-Cyprien est celui de l’abbaye du même nom, sise sur la rive droite du Clain.

Porte Guitard, ancienne porte de ville située près la tour du même nom :

- porta Guitardi, 1221. Même nom de personne que pour le fief d’Anguitard.

Porteau (le), voir Peloquinerie.

Pouples (rue des) :

Seule rue de Poitiers portant un nom local, en l’occurrence celui du peuplier.

Roc qui boit à midi (le) :

Signalé par De Longuemar, sur la rive droite du Clain, à Saint-Benoît (p. 153) et photographié par R. Mineau (p. 284). Dénomination caractéristique de l’observation et de l’esprit populaires : on explique que l’ombre du rocher s'étend sur la rivière à midi..., sans préciser la saison.

Roche (la), terroir, faubourg ouest :

- vinea de super Rocham, " vigne sur la Roche ", 1268 - hostel de la Roche, autrement nommé la Pisserote, 1478 - la Roche d’Anguitard, 1546 - la Roche Enguytard, 1579. En octobre 1546, deux chanoines de Saint-Hilaire et le sénéchal du bourg et juridiction de Saint-Hilaire sont dépêchés par le chapitre pour remettre en place une borne vulgairement appelée " la Pierre de Sainct Hilaire,... assise sur les dubbes de la Pissserotte ", borne qui sépare les terres de Montgorge, appartenant à Saint-Hilaire, et celles des Guitardières, qui sont du fief d’Anguitard, " sur la dubbe " qui est près du chemin public du village des Chauvin à la maison de la Roche d’Anguitard appelée la Pisserotte. Ils constatent que cette pierre est percée de deux trous ronds, que les habitants de Poitiers considèrent comme " faits miraculeusement " quand " monsieur sainct Hilaire ", évêque de Poitiers, y appuyait ses coudes en faisant sa prière, et d’un autre petit trou où le saint " plantait son bourdon ". Ils signalent qu’autrefois il y avait une croix de bois près de cette pierre (MSAO, année 1847, p. 214-215). Le terme " roche ", qui désigne un rocher (ou une cave dans le rocher), est souvent associé à " dube " dans les descriptions des pentes raides des environs de Poitiers (voir Dunes).

Roche-aux-Filles (la), coteau à l’intérieur des murs, à l’ouest :

- champ ou coustault appellé la Roche-aux-Filles, distant de ladicte tour [de la Pucelle] d’un ject de pierre ou environ, 1579 (MSAO, 1852, p. 268). De quelles filles s’agit-il ?

Rochefort (hôtel de), dans la Grand Rue :

J’ai donné une explication de ce nom dans un article intitulé " Le nom de Rochefort dans la Vienne (Mirebeau et Poitiers) ", publié dans le bulletin de la Société de Géographie de Roquefort (tome IV, n° 1, 1979, p. 15-16). Je résume. Les premiers seigneurs de Rochefort (Charente-Maritime) sont issus d’une famille de Saint-Maixent qui tient dans cette place un fief de l’abbé. C’est pourquoi, au XIe siècle, ils sont dits tantôt " de Saint-Maixent ", tantôt " de Rochefort ". Au XIIe siècle, une branche qui se maintient à Saint-Maixent, mais qui n’a aucun droit à Rochefort, est cependant constamment surnommée " de Rochefort " ; c’est ainsi qu’il y aura à Saint-Maixent une " tour de Rochefort " et une " rue de l’Oume Rochefort ". A la fin du XIIIe siècle, un Rochefort de Saint-Maixent tient le fief du Breuil, près de Mirebeau. En 1389, ce fief, où les Rochefort ont disparu, est dit " Breuil de Rochefort ", puis, en 1421, " Rochefort ", tout court. En 1464, Jean des Moulins, notaire et secrétaire du roi Louis XI, achète le fief. Il se fait ainsi appeler " de Rochefort " et la maison de la Grand Rue possédée par la famille devient ainsi " l’hôtel des Moulins de Rochefort " ou " l’hôtel de Rochefort ".

Rochereuil, faubourg et pont sur le Clain :

- Rochereo, 1298 - Rochereou, 1421 - Rochereoul, 1456 - Rochereul, 1457 - Rochereuil, 1581. Diminutif de "rocher ", avec suffixe diminutif -eo/eou, du latin -ellu. La reprise, injustifiée, du l qui était représenté dans -eou, a entraîné une série d’altérations. Cette reprise ne doit pas être d'origine populaire.

Sables (les), terroir sur la rive droite du Clain :

Où sont disséminées plusieurs maisons et où l’on a établi, en 1874, un parc d’artillerie. Autrefois dans le fief et juridiction de l’abbaye de la Trinité (Rédet). Explication inutile.

Saint-Eloi, hameau, Poitiers et Buxerolles, ancienne chapelle et domaine de l’abbaye de Montierneuf :

- terrouer de la Perche, 1352 - domus de Perticha, " maison de la Perche ", 1399 - Saint Héloy de la Perche, 1426 - Saint Eloy de la Perche, 1451. Je ne vois pas le sens du mot " perche ".

Saint-Hilaire (bourg de) :

Ce " bourg ", désigné en 1083 (MSAO, année 1847, p. 105), était la partie du fief de Saint-Hilaire située à l'intérieur des murs de la ville, fief dans lequel le chapitre avait tous droits de justice, haute, moyenne et basse. Il était parcouru par une grande voie sud-nord, de la porte de la Tranchée jusqu’aux Trois Piliers (rue Carnot). Parallèlement à cette voie, la rue Gauguier, puis Sainte-Traise (aujourd’hui Jules Ferry), réunissait la même porte à la collégiale et celle-ci s’ouvrait, vers le nord, sur la rue Notre-Dame de la Chandelière, prolongée par les Hautes Treilles (rue Théophraste Renaudot).

Les limites du bourg sont indiquées de façon très précise dans une déclaration de septembre 1579 (MSAO, 1852, p. 265-272). Dans ce document, on constate que l’hôtel des Trois Piliers est pour moitié seulement dans le fief et que les assises du bourg se tiennent " sur la citerne " du dit hôtel. Dans la rue des Hautes Treilles, la limite inclut la citerne d’une maison assise en la paroisse Saint-Porchaire, " en une petite ruette joignant la rue des Basses Treilles ", la maison étant hors du fief. Entre ces deux points, elle passe derrière les Augustins, la Monnaie et les halles. A partir des Trois Piliers, elle gagne le carrefour du Calvaire puis la porte de Tison, sous Blossac. Le " champ des Gilliers ", où seront aménagés les jardins de Blossac, est expressément dit " compris esdictes bornes dudict bourg et au dedans icelles " et l’acte précise que s’y tiennent les assises du bourg.

Le bourg correspondait à quatre paroisses : du sud au nord, Sainte-Triaise, Saint-Michel, Saint-Pierre-l’Hospitalier et Notre-Dame de la Chandelière. Les églises sont ainsi désignées au milieu du XIIIe siècle : de Candelaria, sancti Petri Lostau, sancti Michaelis et sanctae Troecie (25 mars 1259 ; MSAO, 1847, p. 290). Toutes ont disparu. Saint-Hilaire, uniquement collégiale, n’est devenue église paroissiale qu’en 1803.

Saint-Michel est désignée vers 1090 (MSAO, 1847, p. 107-108). En 1315, le chapitre supprime la paroisse et répartit son territoire entre les trois paroisses subsistantes. Saint-Pierre-l’Hospitalier reçoit " jusqu’aux maisons du doyenné inclusivement " (mais où sont-elles à cette date ?), Notre-Dame de la Chandelière " jusqu’aux maisons du chanoine Hugues de la Bussière, autrefois appelées maisons de la sous-chantrerie ", et Sainte-Triaise le reste, " en descendant vers l’étang des chanoines, sur la chaussée ". Ce sont les seuls détails topographiques de l’acte et ils sont fort minces. Le texte situe cependant l’église : " dans le cimetière contigu à notre église " (MSAO, 1852, p. 19). Il doit s’agir de l’emplacement du square.

Sainte-Triaise est désignée comme " petite église ", en mars 967 ; des vignes sont alors cultivées à proximité (MSAO, 1847, p. 38). Une trentaine d’années plus tard, on rencontre des maisons au même endroit (Ibid., p. 72). Cette sainte locale passe pour avoir été contemporaine de l’évêque Hilaire. Brothier de Rollière situe l’église aux numéros 7 et 7 bis de la rue Jules Ferry (p. 135). Cette rue est appelée rue Gauguer en 1297 (MSAO, 1847, p. 359), rue Gauguier en 1549 (MSAO, 1855, p. 322), ensuite rue Sainte-Traise. Son nom actuel date de 1900. La paroisse comptait 800 communiants en 1782 (BF, p. 355).

Saint-Pierre l’Hospitalier figure dans une charte de juin 997, par laquelle le duc d’Aquitaine Guillaume, abbé de Saint-Hilaire, concède à un homme et sa femme une quarte de terre à Chantelle, appartenant à cette église (MSAO, 1847, p. 70). La paroisse n’avait que 250 communiants en 1782 (BF, p. 354).

Notre-Dame de la Chandelière était dans la rue Théophraste Renaudot. Brothier de Rollière la situe au numéro 56 (p. 274). La paroisse comptait 400 communiants en 1782 (BF, p. 354).

Sainte-Radegonde, ancienne église collégiale, aujourd’hui paroissiale :

- monasterium Sancte Radegundis, 926 - eglysse de Sainte Ragunt de Poyters, 1309 - Sainte Ragond, 1411 - église collegiée de Saincte Radegonde de Poictiers, 1460.

La forme populaire Ragont, issue du latin du haut Moyen Âge Radegundis, est encore en usage au début du XVe siècle, mais, dans la seconde moitié de ce siècle, apparaît Radegonde, mauvaise adaptation de la forme latine, sur le modèle des noms féminins en -a. La prononciation locale actuelle est Radégonde.

La forme Ragont est à l’origine d’une légende d’après laquelle l’ancienne reine aurait débarrassé la ville d’un dangereux dragon. Le rapprochement de Ragont et dragon était en effet tentant, à une époque où des calembours attribuaient à certains saints des vertus en relation avec leur nom (par exemple saint Clair, spécialiste de la vue, saint Cloud, réputé guérisseur des furoncles, appelés " clous "). La légende de saint Georges, chevalier tansperçant un dragon, répandue au XIIe siècle, a-t-elle exercé une influence sur l’imagination qui a conçu celle de Ragont ? La pieuse reine ne pouvait évidemment être présentée maniant le glaive, mais elle avait une arme autrement puissante : le signe de la " sainte croix ", qu’elle n’eut qu’à figurer de la main, en direction du monstre volant, pour que celui-ci tombe raide mort. On s’interroge cependant sur l’introduction du dragon dans le culte officiel de la sainte. Dès la seconde moitié du XVe siècle, en effet, on voit l’animal donner son nom à une des bannières de l’abbaye de Sainte-Croix et, au XVIIe, est sculptée une remarquable " image " qui, sous le nom de " grand goule ", figurera pendant longtemps dans les processions solennelles. Sur la légende, on peut consulter Mineau, p. 174-177, avec une photo de la " boune sainte vermine ", réalisée par le maître sculpteur Jean Gargot, en 1677.

Théophraste Renaudot (rue) ; nommée en 1895 ; on a alors réuni sous ce nom les rues des Hautes Treilles et Note-Dame de la Chandelière (Brothier, p. 273) :

- in burgo beati Hilarii, quandam domum, in Jayfia, " dans le bourg du bienheureux Hilaire, une maison, en Geffe ", 1259 (MSAO, 1847, p. 290) - ruhe de Geffe, tendant de l’églize Sainct Porchaire à l’églize Sainct Hilaire, autrement appellée les Hautes Treilles, 1579 (MSAO, 1852, p. 268) - un escolier nommé Chevallier avoit esté blessé à mort d’un coup d’espée en la rue des Haultes Treilles, au dedans dudit bourg [de Saint-Hilaire], 1642 (ibid., p. 338). L’acte de 1579, qui délimite le bourg de Saint-Hilaire, signale, dans cette voie, au lieu appelé l'Oulme Landain, " engravée en pierre, de nouvel, du costé de ladicte ruhe de Geffe, une marque de ladicte borne " [une des bornes marquant les limites du bourg]. Il mentionne plusieurs treilles le long de la rue. Geffe semble être un lieu-dit au XIIIe siècle. D’où vient de nom ?

Tour-à-l’Oiseau, ancienne tour des murs de ville, remaniée, à l’angle sud-est du jardin de Blossac :

- Seront refaits les contre-murs et glacis et partie de la voûte de la tour à l’Oiseau, et réparé le surplus aux fissures, observant de laisser au milieu d’icelles une ouverture carrée de douze pouces pour la passée de la perche à l’oiseau, 1725 (MSAO, 1855, p. 329 ; comptes du corps de ville) - Le portier de la porte de la Tranchée se plaint que la galerie où se placent les chevaliers, lorsqu’ils tirent l’oiseau, est presque entièrement détruite par les pluies, 19 mai 1738 (ibid., même page ; délibération du corps de ville).

Cette tour doit donc son nom à " l’oiseau ", placé sur une perche fichée dans le mur, qui était tiré depuis une galerie de la porte de la Tranchée. Dans les comptes du corps de ville, on trouve trace de dépenses occasionnées par cet exercice, ce qui permet de constater que l’oiseau était un coq, au XVIIIe siècle, mais on doit se résigner à ignorer comment le volatile était fixé à la " perche ".

Le 10 mars 1732, on prévoit le paiement de 23 livres 13 sous à un orfèvre qui a fourni les " prix pour ceux qui ont tiré le coq pendant les trois jours gras ". Le 1er avril 1737, on décide de payer au même orfèvre 24 livres, pour deux cuillers et une tasse d’argent " pour ceux qui ont gagné le prix à la dernière assemblée du coq ". Le 15 juillet 1737, on paie 50 livres à un certain Louis Piault, " qui a abattu le coq ". Le 20 février 1741, on enregistre le paiement, à un autre orfèvre, de 31 livres 17 sous, pour deux tasses et une cuiller d’argent du poids de trois onces et quatre gros et 13 aunes de ruban, " pour le coq tiré le dimanche 12 février 1741 ". Les tireurs étaient de " la compagnie des chevaliers de l’arquebuse ", qui n’existait plus en 1769, lorsque le livre de comptes mentionnait, à la date du 24 juillet : " Sera payé 50 livres à celui des soldats de la compagnie uniforme des grenadiers de cette ville qui a remporté le prix et fait l’exercice et le service pendant l’année 1769, au lieu des chevaliers de l’arquebuse dont la compagnie n’existe plus ". Cette date a dû marquer la fin de ce qui devait être une réjouissance populaire ; toujours est-il qu’il n’est plus question de dépenses pour cet exercice dans les comptes postérieurs (ibid., p. 329-330).

Tour Maubergeon, tour bien connue du palais des comtes :

- item pro turris Mauberjoni pavenda VI libr., " de même, pour paver la tour de Maubergeon, 6 livres ", 1243 (AHP, tome IV, p. 36 ; compte de dépenses) - tour de Maubergeon, 1404 - chastel et tour de Maubergeon de Poictiers, 1668.

Maubergeon est un nom de femme, dérivé familier de Amauberge. Sur Amauberge, on a fait Amaubergeon, comme Jeanneton sur Jeanne, Marion sur Marie... L’article précédant souvent les noms de personnes, en particulier les noms de femmes, l’Amaubergeon a été interprété la Maubergeon. On se demande comment un nom de femme, et, qui plus est, familier, a pu être appliqué à une construction de caractère militaire, centre du comté de Poitiers. Une vicomtesse de Châtellerault qui a " défrayé la chronique " par une liaison scandaleuse avec un comte de Poitiers, au début du XIIe siècle, est connue sous le même nom de Maubergeon. On se demande ainsi si la tour n’a pas reçu son nom d’une voix populaire toujours prompte à se gausser, surtout si, comme on le suppose, sa construction date de cette époque. Il faut signaler que des érudits ont à tort refait le nom Maubergeon en Maubergeonne, par analogie avec les noms féminins en -e.

Tranchée (la), porte de ville, rue et faubourg de Poitiers :

- porta de Trencheia, 1271 - porte de la Tranchée, 1406 - faubourg des Pierres Blanches ou de la Tranchée, 1627. Cette tranchée, creusée entre le Clain et la Boivre, protégeait Poitiers au sud. Son origine n’est pas établie avec certitude. La rue de la Tranchée est désignée en 1274 (Audouin, Recueil de documents sur la ville de Poitiers, tome I, p. 131). Elle constituait l’axe principal de la ville, entre la porte et le Marché Vieux (place Leclerc). Son entretien a causé du souci aux échevins, chargés par le roi de l’ensemble des voies publiques, et au chapitre de Saint-Hilaire, qui est entré en conflit avec eux pour les frais du pavage. Des pièces de procédure nous la montrent souvent défoncée par les lourds chariots.

D’après un acte de 1481, parmi les privilèges du chapitre de Saint-Hilaire figure la disposition suivante : " aucuns condampnés à mourir ou en autre pugnition corporelle ne seroient exécutez, passez, conduitz ne menez par la grant rue dudit bourg Sainct Hilaire, depuys la maison en laquelle pendoit pour enseigne les Trois Pilliers jucques à la porte de la Tranchée ". C’est pourquoi, le 25 septembre de cette année, le cortège d’un condamné à mort qui doit être exécuté " à mi-chemin de Poitiers et de Croutelle ", parti du palais, oblique vers la gauche en arrivant au Marché Vieux, afin de suivre les murailles de la ville. Il ne peut cependant éviter de traverser une partie du fief de Saint-Hilaire, car il faut bien sortir par la porte de la Tranchée. Il suit donc le chemin qui longe les murs et se poursuit par la " rue de Langin " qui débouche près de la porte. Tout le trajet entre la porte de Tison et celle de la Tranchée s'effectue au travers du fief (MSAO, 1852, p. 169-170). Voir Langin (rue de l’). En 1500, pour s’opposer au passage d’un autre condamné par leur rue, les chanoines obstruent l’entrée de leur bourg, " au lieu appellé les Trois Pilliers, de charrectes, tauldiz et autres choses mises en travers de ladicte rue " (MSAO, 1852, p. 182).

Trois-Bourdons (les), hameau :

D’après Gaston Dez, il y avait là une auberge à l’enseigne des Trois Bourdons (de pèlerins) (p. 93, note 179). Cependant un " grand chemin du Bourdon, aultrement appellé le grand chemin de Luzignan ", est désigné en 1579 (MSAO, 1852, p. 266). Y a-t-il un rapport entre les deux noms ?

Non publié.