ANCIENNES AUBERGES OU HÔTELLERIES DE CHAUVIGNY

 

 

 Ancienne auberge du Chêne Vert (n° 13) dite "maison des Templiers"

 

 

Les numéros de la carte sont ceux des auberges

Le n° 1 est en fait au sud de la rue

Dans son ouvrage intitulé "Angles-sur-l'Anglin et Chauvigny-sur-Vienne", Henri D'Arboval a fait connaître quelques hôtelleries du vieux Chauvigny, d'après les registres paroissiaux de Saint-Léger (1). Quelques années plus tard, Pol Jouteau a consacré au même sujet une page de "Chauvigny les Chauvinois" (2) mais sans références, en ajoutant d'ailleurs aux données de son prédécesseur des précisions issues de sa seule imagination.

Deux documents d'importance primordiale pour la connaissance de l'ancien Chauvigny, un registre de déclarations de cens et rentes pour la ville et les faubourgs, daté d'août 1553, et un "terrier" de la baronnie constitué entre 1778 et 1780, permettent de compléter la liste de D'Arboval. Le "terrier" ne concerne pas toute la ville mais il est d'une grande précision pour la localisation et l'affectation des immeubles et il désigne notamment des auberges disparues. Nous présentons donc les auberges ou hôtelleries signalées dans ces deux documents, avec les détails qui y figurent, en ajoutant pour chacune d'elles les indications que nous devons à D'Arboval, c'est-à-dire des noms de tenanciers.

Dans la liste qui suit figurent les noms des propriétaires successifs identifiables, avec les dates pour les déclarations et les transactions, sans dates quand le terrier de la baronnie ne les mentionne pas. Il faut préciser que les auberges connues par le seul "terrier" ne peuvent être situées dans le temps, ce texte mentionnant que telle maison a été autrefois une auberge mais sans autre précision; les déclarations antérieures qu'il signale concernent généralement les maisons elles-mêmes, sans référence à leur affectation. L'ordre de présentation est le suivant : grand chemin de Poitiers à Saint-Savin dans la traversée de la ville, en 1553 : rues de l'Ancien Pont, Faideau, du Berry et de la Paix (11 établissements pour la période 1553-1780); déviations, par la rue du Port après l'abandon du pont et par la rue des Barrières et la porte Coppin plus récemment (2 établissements); hors ville en 1553, sur le chemin de Saint-Savin (1 établissement). En effet, toutes les hôtelleries ou auberges se situent sur l'axe transversal et le déplacement partiel de cet axe a entraîné quelques fondations et des fermetures.

1. L'Image Saint Jacques, rue de l'Ancien Pont sud, première maison en sortant du pont

- 1553 : déclaration d'une maison "où pend par enseigne l'Image Saint Jacques", tenant au pont et à la Vienne, avec vivier attenant, par Jeanne Mayaud, veuve Pierre Berthonneau, qui y réside, et Lucas Berthonneau, ensemble pour une moitié, et par Me Charles Dada à cause de sa femme Clémence Berthonneau, pour l'autre moitié, au cens de 9 deniers au baron.

2. Les Trois Piliers, rue de l'Ancien Pont nord, à l'angle de la ruette qui a précédé l'avenue Jean Jaurès

- 1553 : déclaration par Jean Pierre, "hôte des Trois Piliers", d'une maison avec appartenances, "où pendent par enseigne les Trois Piliers", au cens de 3 deniers au sieur de Beaumarchais;
- 1648 : Sébastien Richard, "hoste des Trois Piliers", est parrain de Jean Quillet (D'Arboval).

Aucune indication dans le terrier de la baronnie, la maison étant hors la seigneurie de l'évêque baron. Cette maison a été préservée lors du percement d'une voie pour le tramway mais elle a été détruite après la dernière guerre.

3. Les Trois Rois, rue Faideau sud, près du carroir Trilloton

- 1553 : déclaration par Louise Porcheron, dame de la Stère et de Pressec, d'une maison habitée par Jacques Blouin et Antoine Nadet, qu'elle tient du prieuré du Teil-aux-Moines au devoir de 5 sous de cens et 20 sous de rente; elle a aussi une grange sise sur le chemin de l'église Saint-Léger au quartier des Châtelliers, qu'elle ne déclare pas mais qui est connue par confrontation;
- 5 mars 1715 : André Roy, "hoste des Trois Roys", baptise sa fille Françoise (D'Arboval);
- 1778-1780 : la "maison et auberge des Trois Rois" est désignée en confrontation, comme appartenant aux enfants et héritiers de Louis Roy, venant de Magdelon Girard, sieur de Pressec, et mouvante du même prieuré du Teil-aux-Moines; la grange mentionnée en confrontation en 1553 est dite, également en confrontations, "grange, cour et jardin de l'auberge des Trois Rois", appartenant aux mêmes, venus du même et du fief du même prieuré.
- 1833 : sur le plan cadastral, l'auberge n'est pas mentionnée mais un hôtel appelé "les Trois Piliers" figure à l'emplacement des dépendances. Ce nouvel établissement, qui reprend un nom ancien, donne sur la place Saint-Léger qui a été établie à l'emplacement du cimetière et où se tiennent des foires et marchés depuis plusieurs décennies. La voie prévue au travers du quartier des Châtelliers va bientôt être ouverte.

Il semble que l'enseigne "les Trois Rois" a été choisie par la famille Roy. Quant à Magdelon Girard, c'est un descendant de Louise Porcheron (3).

4. L'Ecu de France, rue Faideau sud (n° 10, 12, 14), à l'angle de la rue du Petit Pont, avec grange en face, rue Faideau nord

- 1553 : déclaration par Jean Dubois, "hôte de l'Écu de France", "sieur de l'Écu de France", d'une grande maison "où pend par enseigne l'Écu de France", avec appartenances de jardin et grange situées au delà du ruisseau, au contact du cimetière de Saint-Léger, l'ensemble tenu à rente de Me René Berthelot, de Poitiers; le cens n'est mentionné ni par Dubois ni par Berthelot; plus un pressoir situé en face, de l'autre côté de la rue, au cens de 12 deniers au seigneur de Verre et à la rente de 5 sous au seigneur d'Artiges;
- 1654 : Jacques Richard, "hoste de l'Écu", baptise sa fille Françoise (D'Arboval);
- 1718 : Jean Doré, qui fait baptiser un fils, administre l'Écu (D'Arboval);
- 1722 : déclaration par Jean Doré et sa femme Marie Ledoux, au cens de 6 deniers à la baronnie;
- 2 juin 1778 : déclaration par Jean Doré, notaire et contrôleur, demeurant paroisse St-Léger, fils et héritier en partie des précédents, au même cens, d'une maison avec appartenances, où pend pour enseigne l'Écu de France, située en la grande rue, consistant en plusieurs chambres basses et hautes, greniers, cour, écurie, four, fournil, allée ou couloir et autres aisances, joignant par le devant à la grande rue, par le derrière au ruisseau, d'un côté à la maison du sieur Delamazière, procureur à Poitiers, d'autre à la maison de Jean Richard, boulanger, une petite rue ou ruette allant de la grande rue à l'église St-Léger entre deux, sur main droite,
plus un jardin contenant environ 1 journal 1/2, un petit colombier, une cour et une grange, situés de l'autre côté du ruisseau, joignant d'une part à ce ruisseau, d'autre à la place de St-Léger qui était anciennement le cimetière, d'autre à la ruette ci-dessus sur main droite, d'autre aux grange et cour de l'auberge des Trois Rois; entre le jardin, qui est du côté de la ruette, et les cour et grange qui sont du côté de celles des Trois Rois, est un couloir servant de passage pour aller de la maison de l'Écu sur la place de St-Léger, en passant sur un pont établi sur le ruisseau;
- 15 février 1780 : une grange et un jardin "de l'Écu de France", venus de Jean Forget, sont désignés en confrontation, rue Faideau nord, en face de l'hôtellerie; ils ne sont pas déclarés car ils ne sont pas de la seigneurie du baron.

5. Le Petit Paris, rue Faideau sud (n° 38), un peu avant la venelle qui mène aux caves de la Roche, avec cave dépendante dans cette venelle

- 1645 : déclaration par Pierre Renoncet à cause de sa femme Marie Drouillard, au cens de 2 deniers;
- 1722 : déclaration par Antoine Bruneau, sieur de la Chèze, au même cens;
- 20 juin 1778 : déclaration par demoiselle Anne-Marie Bruneau, veuve Jacques Hiver Sandemoy de la Grenadière, avocat au Dorat, demeurant paroisse St-Léger, fille et héritière en partie du précédent et faisant tant pour elle que pour les deux autres demoiselles, ses soeurs et cohéritières, dont l'une est veuve du sieur (blanc) Cherbonnier, chirurgien, d'une maison qui anciennement était l'auberge du Petit Paris, située en la grande rue, consistant en deux chambres basses, deux chambres hautes, greniers par dessus, cuisine, cellier, cour, écurie et fenil par dessus, joignant d'un bout, par le devant, à ladite grande rue, d'autre, par le derrière, à son jardin mouvant du prieuré de St-Just, le ruisseau entre deux, au cens de 2 deniers pour cette maison et une cave appelée la Roche, dans le bas des coteaux du même nom, sous le jardin de Pierre Suire, avec un petit espace devant l'entrée, qui était anciennement en jardin, tenant à la cave de la maison du sieur Chauvin, chirurgien (voir ancienne auberge de la Madeleine ci-dessous), qui est sous la même entrée et couloir, à gauche en entrant, par le devant de ladite entrée et couloir à la venelle menant aux caves, sur main droite, tenue de la baronnie dans le même article que la maison.

6. La Madeleine, rue Faideau sud (n° 46), en contact avec l'ancienne maison de Chessé, avec cave dépendante dans la venelle au nord

- 1723 : déclaration de la maison et de la cave par Jeanne Gardemaud, veuve François Marais, au cens de 12 deniers;
- (blanc) Chauvin, épouse de (blanc) Robineau puis de François Pignonneau, sieur de Beaumarchais;
- Jean-Baptiste Chauvin, maître chirurgien, neveu et héritier de la précédente;
- 13 juin 1778 : déclaration par le sieur Jean Joseph Chauvin, maître chirurgien, demeurant paroisse St-Léger, fils et héritier en partie du précédent, d'une maison située en la grande rue, qui était anciennement l'auberge de la Madeleine, consistant en deux chambres basses, une cuisine, quatre chambres hautes, trois greniers par dessus, cour avec puits, grange, écurie avec fenil au dessus, buanderie, cellier, jardin d'environ un journal, joignant d'un côté à un petit bâtiment anciennement en grange d'André Melot et le contournant de deux parts, les murs mitoyens entre, à une fosse commune entre le déclarant et Louis Girault, qui est entre la grange de Girault et l'écurie du déclarant, et au jardin du dit Girault, le mur mitoyen entre deux, d'autre aux maison, cour et jardin de Jacques de Chessé, le mur mitoyen entre deux, d'un bout, par le devant de la maison, à la grande rue, d'autre, par le derrière et bout du jardin, au ruisseau, de l'autre côté duquel est une chènevière au bout de laquelle est construite une grange lui appartenant qu'il tient roturièrement du prieuré de St-Just, et ajoutant avoir droit de passage dans la petite rue ou venelle qui est entre le petit bâtiment d'André Melot et celui de Hiérôme Courtois, pour aller et venir à son écurie qui a son ouverture au bout de cette venelle, et à la fosse commune entre Louis Girault et lui, au cens de 12 deniers pour cette maison et une cave au lieu nommé la Roche, sous le jardin de la veuve Grosbout et sous la même entrée que la cave des demoiselles Bruneau de la Chèze, sur main gauche et y joignant, tenue de la baronnie dans le même article.

7. Le Soleil, au bas de la rue des Trois Rois nord (n° 1), maison dite "du roi Jean" ou "de Louis XIV".

- 1553 : déclaration par Me Nicolas Drouilhard d'une maison où il se tient, avec jardin attenant, au cens de 1 denier au baron;
- 1722 : déclaration par Renée Limouzineau, veuve François Barault, au cens de 1  denier;
- Marie-Elisabeth Barault, fille et héritière des précédents, épouse de Charles de Chessé, chevalier, seigneur des Maisons Blanches;
- 16 juillet 1778 : déclaration par Jean de Chessé, écuyer, chevalier, ancien capitaine d'infanterie, demeurant paroisse St-Léger, fils et héritier en partie des précédents, d'une maison qui anciennement était l'auberge du Soleil, en la grande rue, consistant en entrée avec puits sur main droite, plusieurs dessous, cave, pressoir, plusieurs chambres, cabinets et cuisine au rez-de-chaussée du côté de la rue, au dessus des dits dessous et pressoir, plusieurs chambres et cabinets au dessus du rez-de-chaussée, plusieurs greniers et galetas sur les dernières chambres et cabinets, cour, galerie double en celle-ci, écurie anciennement en grange avec fenil par dessus, cave qui a son ouverture en l'écurie et qui est sous un des jardins en terrasses ci-après, porche servant d'entrée pour la cour qui est entre la maison et l'écurie, sur lequel est une espèce de fenil en forme de galerie haute, plusieurs jardins en terrasses et coteaux, le tout se tenant et contenant environ 3 boisselées, joignant aux jardins du village des Pruniers, une petite rue ou venelle montant de ladite grande rue aux dits jardins entre, sur main gauche, d'un bout, par le devant de la maison, à la grande rue conduisant du grand château au carroir Piet sur main droite, près et au dessus de ce carroir, et d'autre, par le derrière et coteaux, aux jardins en terrasses et coteaux de M. Pignonneau des Brières, les vestiges d'un ancien mur entre, qui est au dit Pignonneau pour soutenir ses terres, au cens de 1 denier à la baronnie.

Au sujet de l'hébergement de Louis XIV dans cette maison, en 1651, Narcisse Piorry mentionne : "Le roi ne voulut point loger au château, il fut descendre chez Me Baraud" (4). Où a-t-il pris cette indication? Tout ce qu'on peut en retenir est que les Barault avaient la maison quand écrivait l'auteur de la note dont il s'est inspiré. On ne peut affirmer qu'ils étaient propriétaires en 1651.

8. La Croix Blanche, rue du Berry ouest

- 1643 : déclaration par Jean Mayaud, sieur du Charrault, au cens de 2 sous 6 deniers à la baronnie;
- 1663 : déclaration par Andrée Bouilly, veuve Isaac Mayaud, sieur du Charrault, au même cens;
- Louis Demoussault, chevalier, sieur des Courtis, héritier des précédents;
- 1er mai 1758 : Marie Jacquemain, veuve du précédent, vend à Jean et François Girault, frères, chacun pour une moitié, suivant acte passé par Brunet, notaire à Poitiers;
- 8 mai 1779 : déclaration par les acquéreurs ci-dessus, maîtres menuisiers, demeurant paroisse St-Léger, d'une maison à laquelle pend pour enseigne la Croix Blanche, rue de St-Léger, consistant en allée ou couloir, deux boutiques par le devant, plusieurs chambres basses, dessous ou cellier, grange, quatre chambres hautes, greniers par le dessus, deux cours dans l'une desquelles, près du ruisseau, est un cellier, chambre au dessus à laquelle on accède par un degré extérieur, le tout se tenant, joignant par le devant à la dite rue de St-Léger conduisant du pont de l'Aumônerie et des carroirs de la Corne et de St-James au carroir Piet sur main gauche, d'un côté à la maison du sieur Jean Girault venue d'Étienne Huet, par le derrière au ruisseau, d'autre côté au jardin de la maison du sieur Roy, huissier royal, au cens de 2 sous 6 deniers, dus conjointement et solidairement par les déclarants.

9. La Corne de Cerf, rue du Berry est

Cette hôtellerie occupait l'espace compris entre les deux bras du ruisseau. Son emplacement a été en partie absorbé par la rue de Saint-Savin.

- 1553 : déclaration par Julien Maulay, "hôte de la Corne", à cause de sa femme feue Jeanne Guinelle, d'une maison où "pend par enseigne la Corne de Cerf", où il se tient, avec jardins, saulaie et vivier, au cens de 20 deniers et à la rente de 60 sous, 2 chapons et 1 poule au seigneur d'Artiges.

Comme l'assiette fait partie du fief d'Artiges, on ne trouve aucune indication dans le terrier de la baronnie.

10. Le Lion d'Or, rue de la Paix ouest (n° 11), et rue Vassalour sud pour les dépendances

- 1647 : déclaration par Eustache Roy, chirurgien, pour l'auberge du Lion d'Or, au cens de 6 deniers;
- ensuite l'auberge est divisée en deux parties;
Première partie :
- 14 janvier 1779 : déclaration par Radegonde Amillet, veuve Joseph Bidaud, demeurant paroisse St-Just, comme mère et tutrice de leurs enfants, d'une maison, rue de St-Just, consistant en boutique, deux chambres hautes, grenier par le dessus, petite cour, grange et écurie en cette cour, joignant par le devant à la rue de St-Just, par le derrière à la maison du sieur Ledoux qui, anciennement, composait avec la présente l'auberge du Lion d'Or, au cens de 2 deniers à la baronnie, conformément à la déclaration de l'auberge du Lion d'Or rendue par Eustache Roy en 1647, qui portait plus gros devoir parce qu'elle comprenait la maison ci-dessous;
Deuxième partie :
- Fulgent Texereau;
- Madeleine Texereau, fille et héritière du précédent, épouse de Pierre Doré;
- 8 février 1779 : déclaration par Jérôme Sylvain Ledoux, notaire et procureur de la baronnie, demeurant paroisse St-Just, à cause de Marie Doré, son épouse, fille des précédents, de la moitié d'une maison, rue de St-Just, l'autre moitié appartenant à Radegonde Amillet, veuve Joseph Bidaud, le total étant anciennement l'auberge du Lion d'Or, consistant la dite moitié en boutique sur la rue, appentis au bout, chambre basse, petit cabinet à côté, qui sont tous les deux sur main gauche en entrant, lequel dit appentis composant deux autres petits cabinets et une cuisine, le tout se tenant sur main droite du corridor commun, chambre haute, grenier par dessus, petite cour, espèce de jardin faisant la moitié de l'ancienne cour de l'auberge et en celle-ci galerie, grange, cellier, et deux petites écuries avec petit bâtiment sur le bord du ruisseau, construit sur l'ancien mur de ville, ayant son ouverture dans la rue de Vassalour, consistant en un dessous et un grenier par le dessus, le total de la dite maison et dépendances de l'auberge du Lion d'Or joignant d'un bout, par le devant, à la rue de St-Just, d'un côté à la rue de Vassalour conduisant de la rue de St-Just aux anciens murs de ville et au ruisseau, sur main gauche, en laquelle rue la dite maison a sa sortie par une porte bâtarde simple, d'autre bout au dit ruisseau, le dit ancien mur de ville entre deux, dans lequel il y a une porte pour aller dans les chènevières de la tenue de Paradis, vis-à-vis de laquelle l'avouant a un petit renfermé d'environ 1 boisselée, qu'il prétend relever du prieuré de St-Just, au cens 4 de deniers à la baronnie, partie de 6 deniers pour l'ensemble de l'ancienne auberge, sans que la division du dit devoir puisse préjudicier à la solidité du tout.

11. La Fontaine, rue de la Paix ouest, maison sans numéro, contiguë à celle du chirurgien Le Donné, au nord

- 1723 : déclaration par Clément Nau, huissier royal, au cens de 2 deniers à la baronnie, avec un autre immeuble;
- 28 novembre 1778 : déclaration par Jean Provôt, bourgeois, demeurant paroisse St-Just, à cause d'Anne Nau, son épouse, fille et héritière du précédent, d'une maison, rue de St-Just, qui était anciennement l'auberge de la Fontaine, consistant en boutique, chambre basse par derrière, couloir, cellier, deux chambres hautes, grenier par le dessus, appentis, cour et jardin, joignant d'une part, par le devant, à la rue de St-Just, d'autre part, par le derrière, au ruisseau, et d'un côté aux maison et appartenances du sieur Le Donné, chirurgien, venues de Jean Cherbonnier, chirurgien, au cens de 2 deniers à la baronnie avec un autre immeuble.

12. Le Dauphin, probablement rue du Port, au sud

- 1648 : Sébastien Richard, demeurant au Dauphin, épouse Isabelle, fille d'une dame Cornu, "hôtesse de Solrie" ou "Sobrie" (D'Arboval);
- 1718 : Jacques Coulon est dit "hôte du Dauphin" (
ibid.);
- 1778-1780 : Jacques Coulon est dit "hôte du Dauphin", "marchand aubergiste du Dauphin"; il est veuf de Catherine Herpin et a des enfants sous sa tutelle; son auberge n'est pas localisable parce que hors de la seigneurie de l'évêque. Cependant c'est probablement l'auberge du même nom qui figure sur le plan cadastral de 1833, dans la rue du Port, au sud, à hauteur de l'ancienne hôtellerie des Trois Piliers.

Il est évident que le Dauphin de 1648 et 1718 n'est pas forcément celui de 1778-1780.

13. Le Chêne Vert, rue de Châtellerault est (n° 14, maison dite "des Templiers") et rue Faideau nord

- 1705 : un sieur Richard, "hoste du Chêne Vert", enterre une fille (D'Arboval);
- 1722 : déclaration par Guillaume de Cressac, marchand, à 6 deniers de cens;
- 1723 : déclaration par Jean Richard, boulanger, et sa femme Françoise Tribouillard, d'une maison contiguë, au nord;
- 3 avril 1728 : Catherine Larcher, veuve et commune en biens de Guillaume de Cressac, marchand, vend à Pierre Tribouillard, marchand de fers, et Charlotte Vaugis, son épouse, suivant acte passé par Germonneau, notaire;
- 18 mai 1778 : déclaration pour 1/3 par les demoiselles Jeanne, Françoise et Marie Richard, filles majeures et héritières en partie du sieur Jean Richard, boulanger, et de Françoise Tribouillard, sa femme, demeurant paroisse St-Léger, et pour 2/3 par les frères Louis Tribouillard, notaire et procureur de la baronnie, demeurant paroisse St-Léger, et Michel Tribouillard, prêtre, chanoine de St-Pierre, enfants et héritiers de Pierre Tribouillard et Charlotte Vaugis, acquéreurs de Catherine Larcher en 1728, d'une maison, appartenances et dépendances, où anciennement pendait pour enseigne le Chêne Vert, ouvrant par deux porches ou grandes portes, l'un dans la rue de Châtellerault et l'autre dans la rue Faideau, actuellement divisée en deux parties :
- l'une appartenant aux demoiselles Richard, consistant en petit bâtiment composé d'un dessous avec cellier et buanderie, deux chambres hautes couvertes de tuiles, grange ou cellier et jardin d'un journal par derrière, joignant d'une part au porche, cour et puits de la partie de la maison appartenant aux sieurs Tribouillard, d'autre à une maison et appartenances des dites demoiselles,
- l'autre appartenant aux sieurs Tribouillard, consistant en plusieurs chambres basses et hautes à faire feu, grenier au dessus, caves au dessous, cellier, écurie, commodités, greniers à mettre le foin, les deux porches, cour avec petit jardin en forme de plate-bande et puits et autres aisances;
au cens de 6 deniers à la baronnie, dus conjointement et solidairement, savoir les demoiselles Richard 2 deniers et les sieurs Tribouillard 4 deniers, et à la rente de 33 livres sur la portion appartenant aux demoiselles Richard, due aux sieurs Belleau, avocat au Blanc, et Rondeau, demeurant à Poitiers, à cause de (blanc) Certau sa femme.

La répartition des parts montre que Françoise Tribouillard est soeur de Louis et Michel. D'autre part, le nom "le Chêne Vert" figure à cet emplacement sur le plan cadastral de 1833.

14. Le Cheval Blanc, faubourg de l'Aumônerie, à l'angle de la rue Jean Arnault et de la route de Montmorillon, avec dépendances dans la rue du Bas-Bourg, près la porte de l'Aumônerie.

En 1779, "l'ancienne tenue du Cheval Blanc" correspond à trois maisons contiguës situées en face de la porte de l'Aumônerie, entre la rue Jean Arnault et la route de Montmorillon, à deux maisons bâties à la place d'anciennes granges, rue du Bas-Bourg nord, et à un petit jardin en face, à la pointe formée par la rue du Bas-Bourg et la route de Saint-Martin.

- 1553 : déclaration par Pierre Vidard, à cause de sa femme Guillemette Simonnet, d'une maison "où pend par enseigne le Cheval Blanc", tenue du baron à cens et rente de 5 sous et 2 chapons et chargée d'une rente de 30 sous au chapitre; le couple y réside; déclaration par le même, pour la même raison, et par Me René Gilbon, d'une grange appelée autrefois la grange des Fournier, sans mention de cens;
- 1644 : déclaration par "les Duport", Etienne Remigeaud, François Barault, Pierre Gardemaud et Jacques Dupinier;
- 1665 : déclaration par Jean Duport, René Bessonnet, François Bouchaud et autres, pour "la tenue du Cheval Blanc" et granges dépendantes, au devoir de 2 chapons et 6 sous 4 deniers à la baronnie;
- 1779 : déclarations par les frères Louis et Joseph Bouchaud, Charles Gardemaud et Nicolas Rousseau

Première part, aux frères Bouchaud :

- François Bouchaud;
- Michel Bouchaud, fils et héritier du précédent;
- 4 mai 1779 : déclaration par les frères Louis et Joseph Bouchaud, bourgeois, demeurant au faubourg de l'Aumônerie, enfants et héritiers en partie du précédent, de  :
1. deux maisons contiguës, faisant partie de trois anciennement nommées la tenue du Cheval Blanc, situées au faubourg de l'Aumônerie, consistant savoir :
   - l'une, qui est par le devant et appartient à Louis, en chambre basse, petite entrée, ballet au dessus, chambre haute, le degré pour y monter étant sous ledit ballet, petit cabinet sous ce degré et grenier sur la chambre haute, avec un emplacement où est le puits commun de la tenue,
   - l'autre, qui appartient à Joseph, en chambre basse, dessous, cellier, deux chambres hautes et grenier par le dessus, écurie et fenil par dessus, petit jardin par le derrière contenant à semer environ 1/2 mesure de chènevis,
l'ensemble joignant, par le devant de la première maison, au chemin conduisant du pont de l'Aumônerie à Montmorillon, sur main gauche, d'un côté à l'emplacement où est le puits commun et à la maison de Charles Gardemaud, perruquier, qui faisait partie de la dite tenue du Cheval Blanc...,
2. une maison au faubourg de l'Aumônerie, qui anciennement faisait partie des granges de la tenue du Cheval Blanc, consistant en chambre basse, grenier par le dessus, cellier et grange à côté et par le derrière de la chambre, grenier aussi par le dessus, le tout se tenant, joignant par le devant au chemin ou rue conduisant du pont de l'Aumônerie au puits commun du Bas Faubourg, sur main droite, par le derrière au ruisseau, d'un côté à la maison de Nicolas Rousseau qui faisait aussi partie des dites granges...,
3. un petit jardin clos de murs en pierres sèches, contenant environ 1/2 chaînée, en forme de triangle à la pointe duquel est une croix de pierre plantée par les Duport, auteurs des sieurs Bouchaud, le dit jardin situé faubourg de l'Aumônerie, devant la maison précédente, dont il est séparé par la rue conduisant du pont de l'Aumônerie à St-Martin-la-Rivière, joignant d'un bout à un emplacement nouvellement concédé par l'évêque à (blanc) Tranchant, charpentier, pour y bâtir, d'autre bout, par la pointe, à ladite croix des Duport, lequel jardin le déclarant, Louis Bouchaud, prétend faire partie des anciennes charrières et aisances des granges de la tenue du Cheval Blanc,
l'ensemble de l'ancienne tenue du Cheval Blanc au cens de 2 chapons, 6 sous et 4 deniers à la baronnie, dus conjointement et solidairement avec Charles Gardemaud et Nicolas Rousseau qui paient chacun 2 deniers pour leur part ci-dessous; Louis paie 1/4 de la partie due par les deux frères et Joseph les 3/4.

Deuxième part, à Charles Gardemaud :

- Pierre Gardemaud;
- (blanc) Chaumier;
- Florence Chaumier, fille du précédent, épouse de Charles Gardemaud;
- 7 mai 1779 : déclaration par Charles Gardemaud, maître perruquier, demeurant faubourg de l'Aumônerie, comme fils et héritier en partie des précédents, et comme arrentataire, pour partie, de Jacques Chaumier dit Lavergne, frère de la dite Florence Chaumier, suivant acte passé par du Châteigner, notaire à Poitiers, le 5 mai 1766, d'une maison située au faubourg de l'Aumônerie, une des trois maisons de l'ancienne tenue du Cheval Blanc, consistant en boutique, arrière-boutique, chambre basse, cellier, deux chambres hautes, deux antichambres, grenier par le dessus, joignant d'un côté au chemin du pont de l'Aumônerie au village nommé le Poirier qui est au bout de la grande chaussée des Barrières, sur main droite, par le devant à un plan sur lequel est un puits, plan et puits communs entre lui et les sieurs Louis et Joseph Bouchaud du surplus des maisons de la dite tenue du Cheval Blanc, d'autre côté à la maison du dit Joseph Bouchaud..., au devoir de 2 deniers pour sa part de cens à la baronnie, plus une rente de 20 s due au chapitre de St-Pierre, dont ses prédécesseurs ont été chargés, par arrangement avec les autres teneurs de la tenue du Cheval Blanc qui, en conséquence, "sont tenus de le décharger et garantir du gros devoir de ladite tenue, qui est de 2 chapons, 6 sous 4 deniers", plus une rente de 15 livres à Jacques Chaumier pour raison de la dite maison et autres héritages contenus dans le bail à rente ci-dessus;

Troisième part, à Nicolas Rousseau :

- François Bouchaud (le même que pour la première part);
- (blanc) Bouchaud, fille du précédent, épouse de (blanc) Chaumier, cabaretier;
- Jacques Chaumier, fils des précédents, baille à rente à Nicolas Rousseau, marchand, suivant acte portant amortissement de la rente, passé par Bourbeau, notaire à Poitiers, le 19 janvier 1657;
- 12 avril 1779 : déclaration par Nicolas Rousseau, marchand, demeurant au faubourg de l'Aumônerie, acquéreur ci-dessus, d'une maison anciennement en grange, consistant en deux petites chambres basses, grenier par le dessus, avec grange à côté nouvellement construite, dont l'emplacement était ci-devant en jardin, joignant d'un bout, où est la grange, au pont de l'Aumônerie, sur main droite en sortant de la ville, une petite passée pour aller au ruisseau entre, d'un côté, par le devant, à la basse rue du faubourg de l'Aumônerie conduisant du dit pont au puits du Bas Bourg et à St-Martin-la-Rivière, sur main droite, d'autre bout, où sont les chambres, à une chambre et grange ou cellier de Louis Bouchaud qui fait partie de l'ancienne tenue des granges du Cheval Blanc, et d'autre côté, par le derrière, au ruisseau descendant du pont de l'Aumônerie à la Vienne, sur main gauche en suivant son cours, au cens de 2 deniers à la baronnie, partie de 2 chapons 6 sous 4 deniers de cens pour l'ensemble de la "tenue du Cheval Blanc".

 

On dénombre ainsi cinq hôtelleries en 1553 : l'Image Saint Jacques et les Trois Piliers dans la rue de l'Ancien Pont, l'Écu de France dans la rue Faideau, la Corne de Cerf dans la rue du Berry et le Cheval Blanc hors ville, en face de la porte de l'Aumônerie. Seule la rue de la Paix est dépourvue de gîte d'étape.
En 1778-1780, le nombre des établissements ne peut être précisé pour la raison indiquée en introduction. On en identifie cependant quatre : le Dauphin, qui n'est pas localisé mais qui doit être dans la rue du Port où le situe le plan cadastral de 1833, les Trois Rois et l'Écu de France dans la rue Faideau, et la Croix Blanche dans la rue du Berry. Il n'y a pas d'auberge dans la rue de la Paix mais le "terrier" en signale deux qui ont disparu et n'ont donc pas eu une longue existence.
Le seul établissement de 1553 dont on soit certain qu'il a maintenu son activité jusqu'aux environs de 1780 est l'Écu de France. On ignore le sort de l'Image Saint Jacques et des Trois Piliers après le déplacement de l'axe transversal au profit de la rue du Port mais il semble que le second ait été remplacé par le Dauphin, établi dans ses dépendances qui atteignaient cette rue. La même incertitude règne sur le destin de la Corne de Cerf qui est hors de la censive de l'évêque. Quant au Cheval Blanc, il a été victime du changement d'itinéraire.
Le Chêne Vert, qui s'est installé dans la rue de Châtellerault, précisément à l'endroit où débouche la rue du Port, paraît dû à la déviation mais il n'a eu qu'une existence éphémère. On remarque d'autre part que le quartier des Barrières n'a pas profité du nouveau parcours; en 1780, la Croix Blanche, dans la rue du Berry, est la dernière étape avant la sortie de la ville.

Notes

(1) 2e partie, année 1924, p. 29-30.
(2) P. 208.
(3) Christian Richard,
Pays Chauvinois, n° 19, décembre 1980, p.31.
(4) Narcisse Piorry
, Chronique de Chauvigny, p. 128.

Publié dans Le Pays Chauvinois, bulletin de la Société de recherches ... de Chauvigny, n°29, 1991, p. 43-52.