ANCIEN SAINTONGEAIS BRUTIER " BOUCHER "

  

Parmi les mots du " Turpin saintongeais " que A. de Mandach a considérés comme gascons, dans son édition de ce texte, figure brustier " boucher ". En 1978, lors de notre critique de ce point de vue, nous n'avons pu donner d'exemple d'emploi de ce terme dans la région autrement que comme surnom de personne. Pour La Rochelle, nous avons signalé une " rue de la Broterie ", désignée en 1234, et une maison dite " en la Broterie " en 1243.

Une lecture plus attentive des documents d'origine rochelaise pour le XIIIe siècle nous permet aujourd'hui d'affirmer que le terme broter était en usage dans la ville à la même époque. Ce terme figure en effet dans un acte daté d'août 1232, du fonds des Templiers de La Rochelle, publié par Milan la Du (Archives Hist. Poitou, LVII, 1960, p. 311). Par cet acte, le châtelain de La Rochelle et sa femme donnent aux Templiers 60 sous de cens qu'ils ont achetés à une certaine Aremberc, veuve de Jean de la Charité, et à son fils. Ces 60 sous font partie d'un cens de 16 livres dû par Hugues le Normand à cette femme et à son fils, " sor un banc entre [parmi] les bancs aus broters, li quaus bancs fut fahu Johan de la Charité, et est davant le banc Thomas de Saint Johan et se tient au banc... et sor une escorcherie et sor la place qui i apertient… le quau banc et la quaus escorcherie Hugues li Norman tient de Aremberc... [et son fils] ". Il est évident que ce banc est un banc de boucherie, où l'on vend la viande préparée dans " l'écorcherie " privée (abattoir) qui en dépend, banc et écorcherie ayant appartenu à Jean de la Charité et étant en 1232 tenus de la veuve et du fils de ce dernier par Hugues le Normand.

Dans le texte publié par Milan la Du, on lit " les bancs aus brocers ", avec c au lieu de t. Nous n'avons pas hésité à corriger ce qui est certainement une erreur de lecture de copiste. Milan la Du reproduit en effet une copie qui figure dans un tome de la collection Dom Fonteneau. On sait que c et t se confondent souvent dans les textes médiévaux. On relève d'ailleurs la même erreur de lecture dans un autre acte publié par Milan la Du (même volume, p. 331) : estrenne y figure pour escrenne, variante de escriène signalé par Godefroy, et de escreigne relevé par Grandsaignes d'Hauterive. Ici la mauvaise leçon est probablement imputable à l'éditeur, qui a utilisé un vidimus de 1299 ou 1300 d'un acte daté de 1261.

 Publié dans Aguiaine, revue de la Société d’Études Folkloriques du Centre-Ouest, tome XIX, 7e livraison, janvier-février 1986, p. 416.