LA CHÂTELLENIE DE CHAUVIGNY AU DÉBUT DU XIVe SIÈCLE

 

La châtellenie dans le " Grand-Gauthier "

La châtellenie de Chauvigny peut être appréhendée dans les premières années du XIVe siècle, grâce au cartulaire de l'évêché de Poitiers connu sous le nom de " Grand Gauthier ", qui contient en particulier des déclarations pour les fiefs relevant du château, effectuées entre le 5 juillet 1307 et le 30 novembre 1310 (1). Ces déclarations sont au nombre de trente-neuf, auxquelles s'ajoute un acte de cession daté du 22 mars 1317. En fait, comme une déclaration est délivrée à un homme de l'évêque et comme cinq autres ne concernent que deux fiefs, c'est trente-cinq fiefs qu'on peut identifier comme relevant directement de l'évêché.

Cette liste est d'ailleurs incomplète, la dernière déclaration transcrite étant malencontreusement coupée, par la faute d'un relieur qui a omis un cahier (2). Parmi les déclarations manquantes sont les principales : celle de Jeanne, vicomtesse de Châtellerault, qui a porté l'évêque lors de son installation dans la cathédrale, le 7 mai 1307, et celle de Blanche de Beaumont, veuve de Guy de Gouzon, qui est par ailleurs désignée dans deux aveux, sous le nom de " madame de Gouzon " (3).

A ces lacunes s'ajoutent de nombreuses négligences de scribe, qui sont particulièrement gênantes pour l'identification des lieux et des personnes. Ainsi un même personnage est dit tantôt Hamo de Sancto Postano (4) et tantôt Hamo de Sancto Porciano (5). Ailleurs, le mot herbergement remplace un nom de personne (6). Quant à l'ordre suivi pour la transcription, on le cherche en vain. On a l'impression qu'on a pris au hasard des parchemins mal classés dans les " arches " (7). Malgré ces imperfections, l'ensemble des déclarations constitue une documentation non négligeable, qui permet de saisir, dans son ensemble, la structure de la châtellenie.

Les déclarations à l'évêque Arnaud d'Aux

Comme mentionné ci-dessus, c'est le 7 mai 1307 que l'évêque Arnaud d'Aux, successeur de Gauthier de Bruges, fait son entrée solennelle en la cathédrale (8). Selon la coutume, ses " hommes " doivent lui faire hommage et lui bailler des déclarations écrites de leurs fiefs. Il reçoit ainsi trois déclarations en juillet suivant et deux en août, mais il lui faut attendre l'an 1309 pour en recevoir vingt-quatre, entre avril et juillet. Il est probable que les intéressés ont dû être rappelés à leur devoir. Ensuite les actes s'égrènent, un à un, jusqu'en novembre 1310.

Sur les trente-cinq déclarants, on dénombre quatre chevaliers, dont deux, d'ailleurs, ne tiennent que peu de choses dans la châtellenie, un damoiseau, six valets, quatre clercs et trois femmes. Les dix-sept autres ne se signalent par aucune qualité particulière.

Les sceaux

Les déclarations doivent être effectuées devant des cours autres que celle de Chauvigny ou scellées du sceau personnel du déclarant. Seules cinq personnes munissent leur déclaration de leur sceau : les chevaliers Guillaume du Poiz et Guillaume Mienuit, Jeanne, la dame de Chitré, le valet Jean du Rivau et le chevecier de Saint-Pierre de Chauvigny, Guy Herbert. Les autres actes sont presque tous scellés de sceaux d'ecclésiastiques : seize de l'archiprêtre de Morthemer ou archiprêtre de Poitou (9), cinq de l'archiprêtre de Châtellerault, trois de l'official de Poitiers, deux de l'abbé et archiprêtre d'Angles, un du chapitre de Poitiers, un de l'archiprêtre du Blanc, un de l'archiprêtre de Montmorillon, un de la sénéchaussée de Poitiers, seule cour laïque sollicitée. Les personnes qui tiennent des choses d'hommes de l'évêque peuvent s'adresser au garde du sceau aux contrats de la châtellenie. C'est ainsi que le nommé Phelippon du Coudroy a baillé à Jean Chevillé, homme de l'évêque, une déclaration scellée du sceau de " monsegnor l'evesque de Poyters de la temporalité establi a Chauvigné " (10).

Hommages et obligations des détenteurs de fiefs

Les déclarations mentionnent la nature des hommages. Ceux-ci sont pour la plupart qualifiés de " liges ", c'est-à-dire excluant tout autre hommage à quiconque pour le fief. Ces déclarations, qui seront appelées plus tard " aveux et dénombrements ", sont alors uniformément appelées " fiefs ", y compris dans l'inventaire des titres de la châtellenie. Les termes " rachat " et " plait de morte main " n'apparaissent pas non plus ; on ne rencontre que " devoir " et " service ", les deux mots étant indifféremment employés pour désigner un versement de monnaie, une remise d'objet ou une prestation de service. Le " devoir " correspondant au " rachat " de fief n'est exigé qu'à mutation de seigneur, c'est-à-dire à chaque changement d'évêque. Les " aides ", que le seigneur peut imposer, sont fixées ou qualifiées de " droites " ou " légitimes ", c'est-à-dire conformes à la " coutume ". On ne peut en savoir davantage. On remarque qu'aucun fief n'est soumis à un service de caractère militaire, pas même le principal, celui de la dame de Chitré, qui tient sa " tour " de l'évêque. On ne peut évidemment se prononcer à ce sujet pour les fiefs de la vicomtesse de Châtellerault et de la " dame de Gouzon ".

Les " devoirs " en monnaie sont très variables. Si celui de la dame de Chitré s'élève à 40 livres, les suivants, dans l'ordre d'importance, sont beaucoup moins élevés : 44 sous, 25 sous, 20 sous, 15 sous, 10 sous, 7 sous, 5 sous et même 3 sous. Trois consistent uniquement en remise d'objets : une paire d'éperons pour les chevaliers Pierre et Guillaume Mienuit, blancs pour le premier, dorés pour le second ; une paire de gants valant six sous de monnaie courante pour le chevecier Guy Herbert. En l'occurrence, l'Église s'adapte aux coutumes du monde des soldats : les éperons ne sont pas rares dans la panoplie des objets dus à des hommes de guerre mais ils ne doivent constituer que des pièces de collection pour un seigneur portant la mitre. Deux " devoirs " obligent théoriquement les détenteurs à se procurer des monnaies étrangères de prestige, besants ou talents, mais, pour l'un et pour l'autre, la valeur en monnaie courante est indiquée en sous, de sorte que le seigneur ne doit pas recevoir souvent de ces monnaies.

Parmi les prestations de services, on remarque l'obligation de fournir, chaque année, un homme ou une femme pour faner les prés du seigneur, le faneur ou la faneuse recevant pain et vin, selon la coutume. Neuf fiefs, des moins importants, sont soumis à ce devoir. Deux autres comportent le service d'un lit à la venue de l'évêque, à toute réquisition.

Valeur des fiefs

La valeur des fiefs n'est mentionnée qu'en deux déclarations. Guillaume du Poiz, chevalier, estime à environ trente livres le revenu de son fief du Ry (11). Guillaume de Gorville, baillistre " des enfants de Dienné ", évalue à vingt-huit livres de rente environ ce que tient de l'évêque le seigneur de Morthemer dans les paroisses de Pouzioux et de Saint-Martin, et à huit livres ce qu'il tient du même dans la châtellenie de Saint-Savin (12).

Origine des tenures

La coutume n'oblige pas le détenteur de fief à mentionner l'origine de ses droits. Ainsi, seul Guy Herbert, le chevecier de Chauvigny, signale qu'il a reçu par succession paternelle son " herbergement de Monts avec les appartenances et la gaignerie " et qu'il l'a tenu auparavant de Guy de Montléon, soldat. Il s'agit donc d'un fief dépendant autrefois du château de Montléon. Par contre les fiefs tenus du chef des épouses sont habituellement déclarés comme tels. Trois hommes déclarent au nom de leur femme : Hamon de Chauvigny pour Jeanne, Guillaume Dayo pour Marguerite et Jourdain de Monts, qui ne donne pas le nom de sa compagne.

Les droits de justice et de police

Quatre déclarants seulement avouent disposer de la haute justice : Jeanne de Chitré, " en la terre de Chitré, de Savigny, de Ribes, de Vouneuil et en certains lieux à Prinçay et à Availles " ; Jean du Rivau, sur les appartenances de son herbergement de Loubressay, dans la paroisse de Bonnes et aux environs, en partage avec Aimeri du Rivau, pour ce que celui-ci tient de lui, en parage, sur les mêmes lieux ; Guillaume du Poiz, sur les appartenances de son herbergement du Ry, dans les paroisses de Pouzioux, les Églises, Saint-Martin-la-Rivière, la Chapelle-Vivier, Leignes et Fleix ; Guillaume de Gorville, pour le seigneur de Morthemer, sur les lieux qu'il tient, sauf dans le " territoire de Saint-Savin ".

D'autre part, Jourdain de Monts signale " la moitié de la justice en sa terre et domaine des paroisses de Saint-Martin et des Églises ", Guillaume Dayo " la simple voierie " sur les lieux où il perçoit des dîmes et des terrages, dans les paroisses de Leignes et d'Antigny, Hamon de Chauvigny le " simple fayme droit " sur ses hommes.

Les droits d'usage

Il est d'usage que les seigneurs concèdent à leurs hommes des droits dans leurs bois et forêts : " exploit " au bois mort ou vif, " pasquier " pour les animaux. Le plus répandu dans la châtellenie est celui de " paisson " gratuite dans les bois du seigneur, en particulier en Mareuille, pour les porcs élevés par les déclarants. En profitent Hamon de Chauvigny pour son herbergement de la Talbâtière, Jean de la Talbâtière pour son herbergement de Chauvigny, Jean Chevillé pour son herbergement de Tessec, Guyot Barbe pour son herbergement de la Molle, Jean Berlès, Jolivet de Villeneuve, Jean de l'Age, Jean Buffet, Pierre et Guillaume Mienuit... Jean du Rivau a un exploit dans les bois de Gâtine, à l'usage de son herbergement de Loubressay et de son moulin, mais ce droit de prélèvement de bois n'est pas gratuit ; le bénéficiaire doit douze deniers " aux droites aides ". D'autre part, Pierre Galicher mentionne un " usage et exploit dans le bois de la Lande ", sans autre précision.

La consistance des fiefs

Le fief est l'ensemble des " choses " tenues d'un seigneur, par une personne ou plusieurs personnes en commun. La pluralité des teneurs s'explique généralement par des règlements de succession. Dans le cas d'indivision, le fief est tenu par des " parsonniers ". S'il y a eu partage, on a désigné un répondant, le " chemier ", qui fait l'hommage et la déclaration au nom de tous les participants ; les autres tiennent leur part du " chemier ", en " parage ".

Certains fiefs ont pour siège une maison rurale, appelée herbergement, flanquée d'une exploitation agricole nommée gaignerie, qui assure pour partie au moins l'entretien des détenteurs. En dehors des terres de la gaignerie, le domaine peut consister en jardins attenants à l'herbergement, en vignes et en prés, qui sont affermés ou exploités directement, et parfois en bois. Aux revenus du domaine s'ajoutent diverses rentes, plus ou moins importantes, en monnaie ou en nature, perçues sur des terres cultivées, des vignes..., tenues par des particuliers à charge de devoirs annuels appelés cens, terrages, dîmes, gardes, recepts... Ces terres peuvent être plus ou moins éloignées de l'herbergement. Quand un détenteur de fief acquiert des terres ou des rentes, il est tenu de déclarer son acquisition au seigneur et les agents de ce dernier ajoutent les terres et les rentes au fief, au besoin en modifiant le " devoir ".

Dans la présentation qui suit, les fiefs à un ou plusieurs herbergements sont traités séparément, les autres sont réunis sous le titre " les petits fiefs ".

Le fief de Jeanne de Chitré (n° 7)

Il est ainsi présenté :

- la tour de Chitré et l'herbergement avec ses appartenances, avec toute justice haute et basse en la terre de Chitré, de Savigny, de Rives, de Vouneuil, et en terroir de Chitré et en certains lieux à Prinçay et à Availles
- son moulin et son écluse sur la Vienne, avec la pêcherie, les écluses, les bouchaux (13) et les rivières (14) de ladite eau appartenant à elle et à ceux qui les tiennent d'elle
- ses terres, ses coutures (15) et les arbres qui y croissent, son clos et plusieurs vignes et le colombier et plusieurs autres terres et vignes, en terroir ou en terroirs susdits
- son charrau (16) et le colombier et les landes appartenant à ce charrau et les bois Guillaume, le bois de la Main-Ferme, les pâturages et les garennes à grosses bêtes et à menues à la maison de la Vau
- tous ses prés à Chitré, Savigny, de part et d'autre de la Vienne, l'étang de Savigny et appartenances de cet étang
- toutes les choses qu'elle a à Vangueil, de la paroisse d'Archigny, et d'Availle, de Prinçay, de Saint-Cerdre (17), de Vouneuil, soit en terres, en vignes, en prés, en bois, en cens, en maisons, en rentes, en chapons, en gelines, en dîmes, en terrages, en terroirs ou autres choses
- toutes les choses que ses hommes coutumiers (18) tiennent d'elle, en vignes, maisons ou autres choses.

Huit hommages liges y sont rattachés, auxquels s'ajoutent des tenures en parage. Rappelons que le seul devoir mentionné consiste en quarante livres à mutation de seigneur.

Le fief de Jean du Rivau, valet (n° 4)

Pour l'essentiel, il est constitué par l'herbergement de Loubressay avec ses appartenances : terres gaignables (19) et non gaignables, vignes, bois, prés, dîmes, terrages, cens, taillées, chapons, gelines et toutes rentes qu'il a en la paroisse de Bonnes et aux environs. Il n'est pas fait mention de gaignerie. S'y ajoutent un pré aux environs des Barballières, des terrages sur le quart du Bois aux Roys, en la paroisse de Bonneuil, trois provendiers de froment et trois chapons de rente à la Galisière.

De plus, sont tenues de lui, en parage, par Aimeri du Rivau, valet, un herbergement à l'Erpinière, avec ses appartenances ; des terres, vignes, bois, dîmes, terrages, cens, chapons, gelines et autres rentes, en la paroisse de Bonnes ; un herbergement, un four et des cens dans la ville de Chauvigny ; du blé et des rentes à la Caronnière ; des dîmes, terrages, cens, taillées, chapons et gelines en la paroisse de Paizay et aux environs. Enfin, trois hommages sont dus à Aimeri du Rivau, pour la même cause, par Aimeri de Chauvigny, valet, par Hamon pour une terre située entre les Barballières et les moulins aux nonnains (20), par Jean Beaupuy, prêtre.

Le fief du seigneur de Morthemer (n° 31)

La déclaration en est faite par Guillaume de Gorville, en qualité de tuteur de mineurs. Il comprend le bois de la Leigne, des rentes dans la paroisse de Pouzioux et dans le " village " de Saint-Martin, en tailles, terrages, dîmes, cens, poules et poulets et autres choses, qui peuvent valoir environ vingt-huit livres de rente, plus huit livres de rente environ dans la châtellenie de Saint-Savin, plus onze hommages, parmi lesquels ceux de Gilet de Lorières, de Chauvigny, et de Jean, prieur de Saint-Martin. Les biens sur lesquels portent ces hommages ne sont pas localisés, sauf un, dans la paroisse de Leignes. Ce fief est exempt de devoir.

Le fief d'Hamon de Chauvigny (n° 1, 2 et 3)

Ce n'est pas le plus important mais il est transcrit le premier et c'est le seul qui fasse l'objet de plusieurs déclarations. Son originalité consiste dans le fait qu'il se compose uniquement d'un héritage de femme et d'une importante acquisition réalisée dans des circonstances obscures. La première déclaration, qui est datée du 28 avril 1309, est baillée au " châtelain de Chauvigny ", nommé Hugues de Montfaucon.

Du chef de sa femme Jeanne, Hamon déclare tenir l'herbergement de la Talbâtière, avec colombier et gaignerie. A cette maison sont rattachées diverses rentes, surtout de menus cens en deniers, sur des terroirs dont plusieurs, d'ailleurs, ne peuvent être identifiés aujourd'hui. L'ensemble est d'un faible rapport, de sorte que l'exploitation agricole doit lui procurer l'essentiel de ses revenus. A chaque fois que l'occasion lui en est donnée, il rachète les terrains de sa censive (21) pour les incorporer au domaine.

L'acquisition est un ancien fief de Guy Clerbaud, qui est d'une autre nature. Ce fief consiste en dix hommages, dont trois au devoir d'un roncin (22). Il s'agit d'une partie du fief tenu jadis par les Sennebaud. Parmi les hommages, on remarque celui de Guyot Barbe pour l'herbergement de la Molle et ses appartenances, celui de Jean Goupil pour l'herbergement du Pin Saint-Savinoux (23) et ses appartenances.

La déclaration ayant paru suspecte aux vérificateurs, Hamon a délivré une déclaration complémentaire dans laquelle il dit, entre autres choses, avoir " affermé ou acensé " à Guy Clerbaud tout ce que celui-ci tenait de l'évêque en fiefs et arrière-fiefs, pour dix livres de rente assises sur l'héritage de sa femme. Guy Clerbaud devait tenir la rente d'Hamon, à hommage, et la rente et le fief sont revenus à Hamon, " tant pour faute d'homme que pour autre cause ". Une telle déclaration exigeait certainement des précisions mais on n'en trouve pas trace dans le cartulaire.

Toujours est-il que la droiture d'Hamon est mise en cause par plusieurs déclarants qui affirment que ce dernier détient injustement des choses à leur détriment. Un certain Pré Cornet, en particulier, que Hamon déclare parmi les dépendances de la Talbâtière, est désigné dans leur fief par d'autres. Le personnage est connu d'autre part par un différend avec le sénéchal de la baronnie. Hamon vendant son vin " en taverne ", à sa maison de la Talbâtière, durant le temps d'interdiction prévu par la coutume locale, les agents du sénéchal ont saisi ses mesures. Il s'en est suivi une série d'instances, jusqu'au parlement de Paris inclusivement (24). Les procédures relatives aux droits coutumiers ne sont pas rares ; celle-ci met en évidence le mode de vie des détenteurs de petits fiefs, qui peuvent se muer en débitants de boissons. Bien qu'il soit souvent appelé " Hamon de Chauvigny ", le personnage est aussi dit " Hamon de Saint-Pourçain ", de sorte qu'il est probablement originaire d'un autre diocèse.

Le fief de Jolivet de Villeneuve (n° 29)

Il comporte un herbergement mais aussi une charge de " sergentise ", c'est-à-dire une mission de " sergent " pour le seigneur. L'herbergement est sis à Villeneuve ; en dépend un petit territoire ainsi délimité : " près les Églises proche de Chauvigny, jusqu'au puy de Servon, depuis le puy de Servon jusqu'à Chateyllon, jusqu'aux Ouillères (25), depuis les Ouillères jusqu'au Chêne So, depuis le Chêne So jusqu'à la Guillonnère (26), depuis le Guillonnière jusqu'aux Églises ". A l'intérieur de ce territoire, des personnes tiennent de Jolivet, en parage, " maisons, courtillages, terres, vignes, bois, herbergement ". A cet ensemble s'ajoute un autre petit territoire, autour d'Epran, dont les limites sont indiquées mais en des termes difficiles à interpréter.

Le déclarant partage sa sergentise avec des " parageurs ". Celle-ci consiste à garder " le charraut ou grange " de l'évêque où sont conduites les parts de récolte prélevées pour ce dernier au titre de la dîme et du terrage. Les réparations ou aménagements à faire à cette grange sont effectués avec du merrain prélevé dans un bois de l'évêque, mais aux dépens du déclarant, sauf les dépens des bêtes. Jolivet doit fournir un homme pour contrôler la dîme de vendange due à l'évêque dans sa " baillie ". Il parcourt cette baillie pour avertir les habitants des bians (27) qui leur incombent et des tailles auxquels ils sont soumis ; dans l'exercice de cette mission, il est nourri gratuitement par ces habitants. Il est responsable du bornage des terres et surveille le mesurage en jalons. En rémunération de sa charge, il perçoit une fraction de ce que perçoit l'évêque, en blés, vendange, chanvres, noix, agneaux, pourceaux, laine..., et la totalité des balles, "en toute paille, excepté seigle et froment ".

Le fief de Jean de la Talbâtière, valet (n° 5)

L'originalité de cette déclaration, c'est que sa transcription est une de celles qui laissent le plus à désirer. En effet, le déclarant est appelé Jean du Codroy, clerc, dans le titre, Jean de la Talbâtière, valet, au début, et Jean de Charrasson en fin d'acte. Tout indique que l'ensemble du fief a jadis été tenu par un Airaud Cordou, mais rien ne permet de savoir comment Jean l'a acquis.

Le fief comprend deux herbergements. Le premier dans la déclaration est situé à Chauvigny, " jouxte la maison du chantre de Chauvigny ", mais une partie, la salle et le verger, est tenue de la vicomtesse de Châtellerault. Comme la salle est dite orientée " vers l'eau ", on peut supposer que l'herbergement se situe en ville basse. En dépendent, entre autres choses, la dîme et les cens de prés situés au-dessus du moulin des Dames, un droit de pâturage pour les porcs de la maison dans les bois du seigneur, sans payer le " pasquier ", deux sous de cens sur un moulin sur la Vienne, le droit de prélever des pots sur les potiers de l'Epinasse, lors des foires et marchés de Chauvigny, pour l'usage de cette maison, cinq sous de rente sur les boutiques de la rue du pont, à Chauvigny, un fondis sis devant la Roche Boursaud, à Chauvigny...

Le second herbergement est celui de la Maresche, près de Bellefonds. Il comporte en annexe une gaignerie estimée à la rente annuelle de douze mines de blé, mesure de Chauvigny. Quelques autres revenus y sont rattachés. A l'Erpinière, Jean perçoit quelques deniers de cens. Dans la région d'Archigny, il tient des prés sur l'Ozon, entre le moulin de Chaurat et la Limousinière, et plusieurs rentes, dont une assise sur le moulin de Clairet. A l'Epinasse et aux environs, il a en domaine les bois Cordou, plus de nombreuses rentes en froment, en chapons, en monnaie. C'est évidemment sa seigneurie à l'Epinasse qui explique son droit de prélever des pots sur les potiers du lieu, quand ceux-ci viennent vendre leur production à Chauvigny, à l'occasion des foires et marchés.

Le fief d'Ainor, dame de la Garnière (28) (n° 6)

Le centre en est l'herbergement de Migné, avec les appartenances et la gaignerie. Le domaine comprend en outre le bois du Gon et le bois de Vlez, un quartier de pré en un lieu joliment appelé " le Fuseau à la Fée ", des vignes, notamment à Servouze et à la Vigne aux Roux, une maison à Chauvigny avec une cave et des jardins attenants. Ainor perçoit des rentes diverses : cens, dîmes, taillées, terrages, sur des vignes et des terres, à Migné, Servouze, Bolin, Pressec, la Bedourie. A Chauvigny, elle dispose de huit sous environ de cens, probablement sur le terroir des Pruniers, et de la dîme d'entre le pont et la maison d'Artiges, qui est estimée à trois mines de blé à la mesure de Chauvigny et que tient d'elle en parage sa soeur, Alaïs de Barbères de Ché. Elle reçoit cinq hommages, pour des terrages, des cens, des gardes, des dîmes et même une gaignerie.

Le fief de Guillaume du Poiz, chevalier (n° 8)

Il consiste en l'herbergement du Ry (29) et les appartenances, avec toute justice, dans les paroisses de Pouzioux, les Églises, Saint-Martin-la-Rivière, la Chapelle-Viviers, Leignes et Fleix. Guillaume l'estime à environ trente livres de rente annuelle. Il reçoit en outre deux hommages. L'un porte sur un terroir ainsi délimité : " de la Broce Samoau à la maison de la Boutaude, de là à la maison du Civaut de Leignes, de là à la Vauchevine et de là à la Broce Samoau ". L'autre concerne ce que le détenteur tient de lui " en la châtellenie de Chauvigny ", ce qui est pour le moins imprécis.

Le fief de Bourgeois Buffet (n° 13)

Ce personnage déclare l'herbergement de la Pontonnière (30), avec ses dépendances de terres, bois et vignes. Il n'est pas question de gaignerie. A ceci s'ajoutent quelques rentes, en cens, dîmes et froment, notamment sur une terre sise près de l'église de Bonnes.

Le fief de Jean Berlès (n° 14)

Il est bien délimité, entre " la cornière du bois de Mareuille, du côté des murs qui furent jadis à Autort de l'Age, jusqu'au bois Cordou, le long de la voie entre la Mareuille et sa maison, de là jusqu'à la terre de Guillaume Karron qui est au-dessus du pré du Marais appartenant au déclarant, de là à la croix de la Molle et de la croix de la Molle à la cornière de Mareuille ". A l'intérieur de ces limites, sont sa " maison " appelée " le Charraut Berles " (31), une vigne contiguë, des terres, vignes, prés et bois. On remarque que la résidence qui est le centre du fief est appelée maison et non herbergement.

Le fief de Jean Chevillé (n° 19)

Il comprend un herbergement à Tessec, avec des appartenances qui sont clairement désignées : une " touche " de bois près de l'herbergement, sept pièces de terre dont une contiguë au bois, une à Miraviau, une à la Pontonnière, une appelée le Peruzo, une au Souci, une appelée le Vigneau et une appelée la terre de la Croix, plus deux pièces de vigne, sises à la Carte et à Chantegeay. Le mode d'exploitation n'est pas indiqué. Jean Chevillé estime le tout à environ cent sous de rente annuelle. A ce modeste revenu s'ajoutent des rentes, notamment aux Davières et à Chantegeay, pour un total de vingt-sept sous, sept à huit mines de blé et deux sommes de vin.

Le déclarant reçoit en outre l'hommage de Phelippon du Coudroy, pour un autre herbergement à Tessec, sis près du sien. De cet herbergement dépendent une pièce de terre attenante, deux pièces près des terres de Jean Chevillé et une autre sise entre le village du Bois et les Davières, plus une pièce de vigne contiguë à une autre terre de Jean Chevillé. L'ensemble peut valoir cent sous de rente.

Le fief d'Hodonin du Poiz, damoiseau (n° 33)

Il s'ordonne autour d'un herbergement aux Groges, avec appartenances " dans tout le terroir des Groges " : gaignerie, garenne, pré, un bois, terrages, tailles, cens de Petit Bonaz, avenage des Groges, de Beauvais, poules aux Groges, à Beauvais et au Charrau. Hodonin ajoute " toutes les choses " qu'il a dans le terroir de la Bedourie, dix mines de blé de rente annuelle dans le terroir des dîmes et terrages des Barballières et de Tessec, lesquelles dix mines de blé Hamon de Chauvigny " tient et exploite injustement, malicieusement et indûment ". Il a aussi une maison " dans le bourg de Chauvigny " que tient de lui Aimeri du Rivau.

Le fief de Guy Herbert, chevecier de Saint-Pierre de Chauvigny (n° 38)

Ce fief, acquis par succession paternelle et relevant auparavant de Guy de Montléon, consiste uniquement en l'herbergement de Monts, avec appartenances et gaignerie, plus la moitié des cens sur les terres et les vignes du plan de Monts, et quelques maisons " du château ".

Le fief de Pierre Bonneau, clerc, d'Archigny (n° 25 et 40)

Il se compose de terres, de vignes et de rentes, tenues personnellement par le déclarant, et de " choses " tenues de lui en parage. Terres et vignes sont situées aux environs d'Archigny. Les rentes, assises sur des biens sis notamment à Jolines et à Cléret, représentent une vingtaine de sous, cinq chapons, une poule et des terrages. Ce fief comporte trois herbergements mais ceux-ci sont tenus du déclarant en parage. Ils sont situés au Breuil, comportent chacun treilles et appartenances, terres et parts d'un bois appelé bois de Poysanc et chacun doit au déclarant un tiers de livre de cire, de trois ans en trois ans.

Le fief d'Étienne Berouart, d'Archigny (n° 26)

Le centre n'en est pas dit herbergement mais " maison du Breuil ", avec vigne attenante. Le domaine comprend huit pièces de terre, au " bourg " ou aux environs, trois pièces de vigne au clos de Marescot, " joignant à l'évêque ", deux pièces de pré, la moitié de la grange de Boutigny et des appartenances, qui valent trois mines de blé. Les rentes consistent en quelques sous, du froment, et notamment trois provendiers de froment, deux chapons et quinze deniers sur les terrages de Tessec, dans la paroisse Saint-Martial de Chauvigny.

Le fief de feu Jean Polart (n° 27)

La déclaration est faite par sa veuve. Elle concerne un herbergement non localisé, mais probablement sis à Archigny ou aux environs, des terres, quatre pièces de vigne dont trois au clos de Marescot tenant aux vignes de l'évêque, deux prés près d'Archigny, puis diverses rentes en deniers, froment, avoine, sur des biens aux environs d'Archigny.

Le fief de Simon Raoul (n° 28)

Il comprend un herbergement au Breuil, tenant au chemin de Chavart, près d'Archigny, avec, en domaine, trois pièces de terre, dont l'une tient à un pré de l'évêque, un bois tenant à l'Ozon, une pièce de vigne tenant à l'herbergement, une autre au chemin " venant du moulin de Chavart ", quatre pièces de pré aux environs des éléments précédents. Les rentes consistent en une trentaine de sous, une portion des terrages des chènevières de Villaine, une poule et un chapon.

Le fief de Guyot Barbe, valet (n° 35)

Les quatre fiefs précédents sont situés aux environs d'Archigny. Nous revenons à Chauvigny avec le fief de Guyot Barbe, que nous avons réservé pour la fin, parce qu'il est déclaré comme relevant d'Hamon de Chauvigny (donc arrière-fief de l'évêque). Il comprend l'herbergement de la Molle avec ses appartenances, dîme, terrage et cens à la Molle, de menus cens, sur " la terre du verger de Gâte-Râpe ", sur quatre ou cinq maisons mal localisées mais probablement en ville, et des terres à Briselate, en comparsonnerie, qui sont affermées.

Les petits fiefs

Pierre Galicher, prêtre (n° 30) doit deux hommages : l'un pour des terres et une pièce de vigne, une dîme et des cens dans la paroisse de Pouzioux, aux Challonges, aux Portes, aux Genêts, au service de vingt-cinq sous de monnaie courante à l'évêque à mutation de seigneur ; l'autre pour des terrages et des cens autour d'Archigny et dans la paroisse des Églises, trois boisseaux de froment de rente, mesure de Chauvigny, dans la paroisse d'Archigny, au service de cinq sous au camérier de l'évêque à mutation de seigneur et d'un homme ou d'une femme pour " faire les prés " de l'évêque .

Jourdain de Monts, valet (n° 16) : seize mines de blé (froment, seigle, baillarge, avoine), mesure de Chauvigny, dans les paroisses de Saint-Martin-la-Rivière et des Églises près Chauvigny, soixante sous de monnaie courante en tailles et cens, six poules dans les mêmes paroisses, des droits dans deux clos de vigne, la moitié d'un bois assis entre le bois de la Leigne et l'église de Saint-Martin-la-Rivière et un droit sur la Vienne, non précisé, dans les paroisses de Saint-Martin-la-Rivière, de Toulon " ou environ ".

Guillaume Dayo, valet (n° 24) : des dîmes et des terrages dans les paroisses de Leignes et d'Antigny, valant en moyenne quarante mines de blé, mesure de Chauvigny, par tiers en froment, baillarge et avoine, plus deux setiers de froment de " moisons ", quatre livres et demie en deniers et vingt-deux têtes de chapons et poules, le tout dans le même terroir que les dîmes et les terrages.

Jean de l'Age (n° 9) : trois pièces de terre, dont l'une au Corps-Saint (32), et trois deniers de cens sur une pièce " touchant le chemin par où l'on va à Fressinay ".

Jean David, de Chauvigny (n° 15) : trois pièces de terre, dont une dans la paroisse de Saint-Léger et une dans celle d'Archigny.

Jean Ayroart, de Chauvigny (n° 17) : une vigne dans le clos de Fosse-Grand, quatre sous des cens et des gardes du même clos et la " rère-dîme " du seigneur dans ce clos.

Jean l'Auvergnaz, de Chauvigny (n° 18) : une pièce de vigne dans le " clos de Grossart ", une pièce de terre en la Varenne ; des cens sur les clos de vignes du Breuil et de la Cueille et sur des terres au Breuil.

Pierre Renou, de Chauvigny (n° 39), doit deux hommages : pour une pièce de terre au Corps Saint, au service d'un homme ou d'une femme, chaque année, pour faner les prés de l'évêque appartenant à son château, situés à Chauvigny, et au devoir de cinq sous au camérier de l'évêque à mutation de seigneur ; - pour des pièces de vigne dans le clos de Rochefort, près Chauvigny, et des cens dans le même clos, une maison à la Galisière avec deux pièces de terre, dont l'une à Vaucourt, paroisse des Églises, tenues de lui à une mine annuelle de froment et seize deniers de cens.

Simon de Pindray, valet (n° 21) : des vignes près du village des Bouchaux, paroisse de Pouzioux, des rentes en blés, en poules et en monnaie dans la même paroisse.

Bertholomé Boerea (n° 23) : une vigne et une pièce de terre mal localisées, six deniers de cens et une dîme sur trois quartiers de vigne dans le clos du Breuil. Le déclarant se dit " franc en la ville de Chauvigny ".

Jean Buffet (n° 10) : une dîme et un cens.

Herbert Jalet (n° 11) : deux deniers de cens sur une pièce de terre ; plus la sergentise des dîmeries du pont de Chauvigny (33), " en chanvres, pois bis, vesces, navines et panis ".

Philippe Cries (n° 12) : quatre dîmes, de vignes et d'une terre, dans le clos de Marancelles.

Guy de Lorières (n° 20) : quatre sous de rente annuelle à Chauvigny, le lendemain de la Toussaint, douze sous environ à Tourneuil, huit chapons, coqs ou poules et une oie à Lavoux, à la Saint Martin d'hiver, trois mines de blé environ, mesure de Chauvigny, pour dîme et terrages.

Pierre Paiaud, prêtre (n° 22) : deux deniers de cens le lendemain de la Toussaint et vingt deniers " aux justes aides ", sur un pré tenu de lui ; c'est tout.

Pierre Mienuit, chevalier (n° 36) : le Bois-Bernard et la dîme de ce bois.

Guillaume Mienuit, chevalier (n° 37) : la moitié des cens, des gardes et des ventes du " clos aux Bruneys ".

Jean de Villeneuve et Pierre Estor, du château de Melle, parsonniers (n° 32) : l'herbe coupée autour du pré de l'évêque sis entre les vignes de la Petite Varenne et le pré d'Hamon de Saint-Pourçain, pour préparer les fauches, et ce qui reste dans ce pré après les fauches ; au service annuel de faucher le dit pré, le pré contigu à la chènevière des Églises et celui qui est proche de l'aumônerie de Chauvigny.

 Ainsi perçue au travers de ces déclarations, la châtellenie de Chauvigny apparaît uniquement comme un système d'organisation de la propriété, ou, plutôt, de la possession, la notion de propriété au sens strict du terme étant alors à peu près oubliée. En effet, aucun des " hommes " du seigneur évêque ne déclare un quelconque service de caractère militaire, pas même quelques jours de garde au château. C'est que la défense de la place forte s'organise avec la participation des détenteurs des " tours " de Châtellerault, de Gouzon et de Flins, sous la direction d'un capitaine désigné par l'évêque. Si les autres vassaux sont exempts de ce service, les manants et habitants peuvent être requis en cas de danger, comme l'a montré Gérard Jarousseau (34).

Beaucoup de fiefs à herbergement apparaissent structurés comme des propriétés de la période contemporaine, où une métairie contiguë à la maison de maître assure, plus ou moins facilement, la subsistance de la famille du propriétaire et de celle du métayer. La politique d'Hamon de Chauvigny, qui consiste à inclure dans son domaine de la Talbâtière, en toute occasion, des terres acensées, montre l'inconvénient de l'acensement, concession perpétuelle, au revenu fixé une fois pour toutes, déterminé parfois depuis très longtemps. La ferme, conclue pour quelques années, est alors préférable, car elle est fixée selon la valeur actuelle de la terre. D'autre part, on s'interroge sur le sens du terme herbergement, à une époque où le langage n'est régi par aucune codification. Dans cet ensemble de textes, on croit percevoir une certaine importance de " l'herbergement ", par rapport à la " maison ", mais rien ne permet d'imaginer une quelconque structure défensive, comme on en observe plus tard, à Loubressay par exemple.

La consistance de certains petits fiefs est telle qu'on s'interroge sur leur origine. Il est possible que ceux qui comportent des services dans les prés du seigneur aient été créés, avec des éléments du domaine seigneurial, en vue de l'organisation de l'exploitation de ces prés. En d'autres fiefs, ce sont les censitaires qui sont sollicités pour faucher, faner et transporter les foins, en application de clauses de contrats d'acensement.

Ces fiefs minuscules sont évidemment fort insuffisants pour assurer l'entretien des détenteurs, lesquels ont probablement d'autres fiefs en d'autres seigneuries, ou des biens fonciers soumis au cens, au terrage ou à toute autre redevance annuelle. Nous ne parlons pas de tenues roturières, l'esprit du temps ne semblant pas faire de différence fondamentale entre les différents modes de détention. En ce temps-là comme aujourd'hui, le souci du regroupement des biens fonciers et des rentes doit l'emporter sur la nature de la tenure, dans la mesure où ce regroupement facilite la gestion et diminue les frais.

D'un autre point de vue, certaines déclarations font allusion aux cultures de l'époque : les blés (froment, seigle, baillarge, avoine), le chanvre, le pois bis, la vesce, la navine ou nabine, le panis (35). Les vignes sont toujours désignées à part. Elles apparaissent soigneusement gardées, dans des clos toujours dénommés, parfois d'appellations significatives, comme " clos de Pissevin " ou " Grand Pissevin ". Une attention non moins grande est accordée aux prés, en bordure de la Vienne, de l'Ozon, ou en ville en zone humide, comme le pré de l'évêque situé près de l'aumônerie. Ce sont évidemment des prés naturels, précieux pour l'élevage des chevaux et des vaches. Dans tout le reste des terroirs, dans les terrains " gâts " ou les jachères, règne le mouton. Il n'est pas question de chèvres, probablement car ce sont des animaux de pauvres, qui se nourrissent de pousses sur les pentes non cultivables, ou le long des " palisses ", tout en guignant d'ailleurs la " musse " où elles se " guilent " volontiers pour pénétrer " dans le dommage ", à la moindre inattention du gardien ou de la gardienne.

Notes

(1) Ce cartulaire a été publié en 1881, par l'archiviste Louis Rédet, dans le tome X des Archives Historiques du Poitou. Les déclarations pour la châtellenie de Chauvigny sont transcrites de la page 257 à la page 310.
(2) Cette lacune est signalée par Rédet, à la page 310.
(3) 28 avril 1309 (p. 262) et 17 octobre 1309 (p. 287).
(4) P. 303.
(5) P. 305.
(6) P. 262.
(7) Un inventaire de titres de la même époque montre que ceux-ci sont conservés dans des "arches" marquées de lettres. Ainsi les "lettres de la châtellenie de Chauvigny" sont dans une "arche" marquée de la lettre B.
(8) L'acte de prise de possession figure aux pages 105-107 de la publication de Rédet.
(9) La dignité d'archiprêtre de Morthemer était conférée à un chanoine de l'église cathédrale, qui prenait le titre d'archiprêtre de Poitou (Louis Rédet,
Dictionnaire Topographique de la Vienne, article Mortemer). La déclaration d'Aynor, dame de la Garnière, est scellée à Morthemer (p. 274).
(10) P. 288.
(11) P. 278.
(12) P. 301.
(13) Bouchau : dispositif de pêche, souvent annexé à un moulin.
(14) Rivière a ici le sens ancien de rive d'un cours d'eau.
(15) Couture : terre habituellement cultivée.
(16) Pour la valeur du mot charrau ou charraut, voir plus bas : "charraut ou grange", dans le fief de Jolivet de Villeneuve.
(17) Saint-Cyr.
(18) Hommes coutumiers : personnes tenant à cens, terrage..., en application de contrats de concession perpétuelle, plus ou moins anciens.
(19) Gaignable : labourable.
(20) Le moulin des Dames.
(21) Censive : nom générique des terres tenues de lui à cens, terrage, complant...
(22) Roncin : cheval de charge, de moindre valeur que le destrier, cheval de combat.
(23) Le Pin, "sur le chemin de Saint-Savin".
(24) Beugnot M.,
Les Olim, III, 2e partie, n° 48, p. 874; année 1313.
(25) Les Houillères, Saint-Pierre-les-Eglises.
(26) La Dionnerie, Saint-Pierre-les-Eglises.
(27) Bian : prestation en service.
(28) La Garinière, commune de Pouzioux.
(29) Le Ry, commune de Pouzioux.
(30) La Pontonnière, commune de Saint-Martial.
(31) Aujourd'hui la Brelaisière.
(32) Le Corsin, terroir (graphie généralement adoptée aujourd'hui).
(33) Il s'agit de terrains de la rive gauche de la Vienne, au-delà du pont.
(34) "Le guet à Chauvigny pendant la guerre de Cent Ans", dans
Le Pays Chauvinois, n° 2, 1963, pp. 3-7.
(35) Le terme
nabine semble désigner le navet. Le panis est connu comme graminée dont les graines donnaient une farine utilisée pour faire des bouillies.

Non publié.