LES RUES DU FAUBOURG DE ROCHEFORT

XVIIe siècle - XVIIIe siècle

 

Le port et la ville étaient en position excentrique dans la paroisse de Rochefort, à une extrémité orientale, au contact de la Charente, de sorte que le faubourg s'est développé en direction de l'ouest, de part et d'autre du chemin de la Rochelle. Les plus anciennes voies de ce faubourg constituent un quadrillage imitant le quadrillage urbain, mais avec moins de régularité. Elles sont issues d'anciens chemins, redressés en totalité ou en partie, par segments de droites ; seule la rue Baudin, qui conduisait au village de la Baune, conserve un tracé légèrement sinueux.

La rue Gambetta

La principale voie est la rue Gambetta, qui ne comporte qu'un léger changement de direction, à la hauteur de la rue du 4-Septembre. C'était, à l'origine, " le grand chemin qui conduit de Rochefort à la Rochelle ", ainsi désigné en 1691. Cette désignation se rencontre encore en 1694 et 1699, mais, en cette année 1691, apparaît " rue du faubourg ", quand un cordonnier nommé Joachim Mauquay achète un " emplacement ", c'est-à-dire un terrain à bâtir, de 20 pieds de face sur 90 pieds de profondeur, " à prendre depuis le pavé du roi ou l'alignement des maisons de la rue du faubourg ". Dès lors, il existe donc un plan d'alignement. A partir de 1694, c'est " grande rue " qu'on rencontre le plus souvent.

La plus ancienne mention que nous connaissions d'achat de terrain à bâtir est de 1676, soit dix ans après la fondation du port : le 20 février de cette année, un canonnier nommé Simon Marie acquiert un " emplacement " de 40 pieds de face sur 108 de profondeur, " sur le chemin qui conduit à la Rochelle ", au sud. Il y construit une maison sur 20 pieds, soit la moitié de la largeur. Plus tard, entre 1680 et 1688, des éléments de la seigneurie du prieuré Notre-Dame, tous situés côté sud, sont concédés pour des constructions. Ainsi, le 1er avril 1680, le prieur Bailly de Razac baille à un nommé Pierre Dubé, sur " le chemin de la Rochelle ", un important emplacement, au devoir de 4 livres 4 sols, en remplacement du sixte des fruits ; en 1694, on découvre en ce lieu une " maison où pend l'enseigne le Cheval Blanc ". Le 16 avril 1680, le même prieur commue en cens un devoir de terrage, dans un article de la seigneurie appelé fief des Canes. En 1688, le curé Pierre Gueniveau baille des terrains dans le même " fief ", les 4, 6 et 7 juin, au devoir de six deniers de cens par carreau.

En l'année 1690, on observe plusieurs mutations de terrains à bâtir. Le 1er juin, un sergier du faubourg, Jean Millet, acquiert du notaire Jacques Tesson un petit " emplacement de terre ", à l'angle de la rue Gambetta (nord) et de la rue du 4-Septembre (est), dans la seigneurie de Rochefort, sujet également à six deniers par carreau. Il y édifie une maison d'une seule chambre, le derrière constituant un petit jardin. Le 8 juin, Léon Dubois, maître serrurier, vend un " emplacement de terre ", de 24 pieds de face sur 102 pieds de profondeur, tenant au nord à la " rue du faubourg ", pour faire bâtir dans les trois ans. Le 2 novembre, Jean Bonnet, maître couvreur, achète un terrain de 46 pieds de face et 93 de profondeur, confrontant au nord à la rue, dans la seigneurie de Rochefort. En 1691, le même Léon Dubois vend à un autre maître serrurier, Charles Lefel, côté sud de la rue, un terrain de 36 pieds de face et 102 de profondeur, qui est contigu à une maison.

A partir de 1694, on rencontre de plus en plus de constructions. Ce sont surtout des maisons modestes, souvent basses, aux façades limitées à une vingtaine de pieds (environ 6 mètres 50) mais prolongées de jardins souvent profonds : maison comprenant une chambre basse avec un four, une chambre haute, un cellier derrière et un jardin planté d'arbres fruitiers ; maison de deux chambres basses, avec jardin ; maison constituée d'une chambre basse, avec puits et jardin ; maison consistant en une chambre basse, avec petit jardin derrière ; petite maison, une chambre basse devant, deux chambres derrière, un append, cour, jardin, communauté de puits; maison de trois chambres basses, avec cour et jardin derrière...

Ces maisons se situent dans la partie de la rue la plus proche de la ville. Les terrains les plus anciennement acquis sont soumis à un devoir seigneurial de six deniers par carreau, très supérieur au denier symbolique offert par le roi dans la ville, mais supportable par des budgets modestes. Un " emplacement " de 20 pieds de face sur 80 pieds de profondeur est suffisant pour édifier une maison d'une ou deux pièces, avec couloir latéral, et permet de disposer d'un petit jardin. L'ensemble ne représente qu'une charge annuelle de 2 sous 6 deniers. Aussi, certains acquièrent-ils des terrains d'une quarantaine de pieds de face ou plus, dont ils n'utilisent qu'une partie, avec l'espoir de vendre le reste dans des conditions favorables. L'obligation imposée en 1689 de surélever les maisons basses dans la ville a dû favoriser l'extension du faubourg, mais n'a pas provoqué sa naissance. Par contre, l'achèvement des remparts, par la construction de portes, en 1676, correspond à la plus ancienne mention d'acquisition de terrain que nous connaissions pour le faubourg.

La rue du 14-Juillet

C'était à l'origine un chemin unissant l'église Notre-Dame au grand chemin de Soubise à la Rochelle (actuellement boulevard Buisson). Aussi la voie est-elle dite " grand chemin qui va de l'église à Soubise ", " rue ou chemin de Soubise ", " chemin de Rochefort à Soubise ". Le village des Boinot ou des Archambaud (aujourd'hui le Boinot) se trouvant à l'intersection du grand chemin et de la voie, cette dernière a aussi été appelée " chemin qui va de l'église au village des Archambeau " ; " chemin qui va de l'église au village des Bouinots " ; " rue de l'église au village du Boinot ". C'est seulement à partir de 1723 que nous avons rencontré des appellations faisant référence aux moulins qui s'élevaient à proximité : " rue des Moulins " ; " rue des Dix Moulins " ; " rue des Ormeaux ou des Moulins ".

La plus ancienne fondation identifiable se trouvait à l'emplacement de la maison de retraite " Le Clos des Fontaines ", sur la gauche en allant vers le Boinot. Elle est représentée sur le plan de Rochefort de 1688. Nous la découvrons en 1710, aux mains d'un sieur Jacques Bellier, marchand, qui la baille à rente à Pierre Tayeau, notaire royal, présentée comme " un grand jardin avec trois chambres bâties de plain pied, renfermé de murs, confrontant à l'orient à la terre de la cure de Notre-Dame, fossés entre deux, au nord au chemin ou rue qui conduit de l'église au village du Boinot " et devant 4 livres 10 sous de rente annuelle au prieuré de Notre-Dame. La description est plus succincte en 1744 et 1753 : " jardin et trois chambres de plain-pied, confrontant au levant au pré qui dépend de la cure de Notre-Dame, au nord au chemin de l'église aux Dix Moulins ". En 1760, c'est " un corps de logis comprenant trois chambres à feu, un magasin ou chai, un jardin muré derrière ", confrontant au nord et par devant à la rue des Dix Moulins, à l'est au jardin du prieur.

Comme dans la rue Gambetta, ce sont ici les maisons modestes qui sont les plus nombreuses. En 1691, Pierre Lutard, tailleur d'habits, vend à Charles Chabeau, sacristain de l'église Notre-Dame, une petite maison comprenant une seule chambre basse, avec un petit jardin derrière, une vigne et un puits, confrontant au midi au chemin qui va de l'église au village des Archambeau, des autres parts à des terres. En 1697, un laboureur à boeufs demeurant à Saint-Félix, Pierre Prouteau, vend à Raymond Bedora, charpentier de navire, une petite maison d'héritage, également constituée d'une seule chambre basse, avec un petit jardin derrière et un tiers dans la propriété d'un puits qui est devant la porte, dans la " rue de Soubise ", confrontant à l'orient à une terre, à l'occident à une maison avec jardin, muraille commune, au midi à " ladite rue ou chemin de Soubise ".

Les devoirs seigneuriaux sont plus lourds que dans la rue Gambetta, du moins pour la seigneurie du prieuré, où ils sont d'un sou par carreau. Ainsi en est-il pour deux " emplacements de terre " contigus, de chacun 17 pieds sur 100, auparavant en vigne, pour une maison nouvellement bâtie, avec jardin derrière, pour une maison constituée d'une chambre basse, avec jardin derrière, pour une petite maison, aussi d'une seule chambre, avec jardin et puits, pour un emplacement de terre de 23 carreaux 90 pieds, sur lequel a été bâtie une maison de deux chambres basses, à rente de 23 sols 4 deniers, au lieu du sixte des fruits.

Nous n'avons trouvé trace ni d'alignement ni de lotissement ancien dans cette rue, où les maisons ont été édifiées isolément, parmi des terres. Un terroir appelé la Sallée, à l'angle de la rue du 4-Septembre (côté est), est encore en terre labourable en 1747 et 1755. En 1784, on y découvre six petites maisons, numérotées 344, 345, 346, 347, 348, 349, le numéro 349 faisant l'angle des rues. Il s'agit peut-être d'un lotissement, mais tardif.

La rue Denfert-Rochereau, côté ouest, au sud de la rue Gambetta

La longue rue Denfert-Rochereau a été pendant longtemps considérée comme deux rues distinctes, séparées par la rue Gambetta. C'est ainsi que la partie méridionale est dite " chemin qui conduit de la vieille église au faubourg ", " grand chemin qui conduit de l'église au grand chemin de la Rochelle ", " chemin qui va du faubourg à l'église Notre-Dame ". Cependant, dès juin 1692, elle est appelée rue Notre-Dame, alors qu'elle est seulement ébauchée, puisque, en septembre de cette année, elle est appelée " rue commencée qui va de l'église au faubourg ". Ensuite, à partir de 1693, l'appellation rue Notre-Dame est à peu près constante, jusqu'à la Révolution.

Ici, comme dans la rue du 14-Juillet, le devoir seigneurial au prieuré est d'un sol par carreau. On constate cette disposition pour un terrain à bâtir de 16 pieds sur 225, au devoir de 11 sols, pour une maison avec jardin derrière, bâtie depuis peu, 32 carreaux en tout, au devoir d'un sol par carreau au lieu du sixte, et pour un emplacement de 12 carreaux, au même devoir, aussi en remplacement du sixte des fruits, pour une maison composée d'une chambre basse sur le devant et une sur le derrière, avec jardin, au devoir d'un sol par carreau de terre, en tout 18 sols 3 deniers...

Ici aussi, les constructions sont le plus souvent modestes. En 1692, Guillaume Renson, marchand à Cognac, vend à Jean Soreau, charpentier des grosses oeuvres, demeurant au faubourg, une petite maison basse d'une seule chambre, couverte de tuiles, avec un petit jardin derrière, que ledit Renson a fait bâtir sur un emplacement qu'il tient à rente du sieur Chauvet, marchand, demeurant au village des Mouniers. La précision donnée pour la couverture suggère que la tuile n'est pas d'un usage courant. Ailleurs, ce sont de petites maisons de deux chambres basses, avec jardin. Parfois on signale un couloir qui permet d'accéder au jardin : maison consistant en une chambre basse, avec couloir et galetas, jardin derrière. Ailleurs, c'est une chambre unique, mais avec une cayenne en bois, qui sert de débarras, et toujours avec un petit jardin, l'ensemble sur une superficie de 9 carreaux, soit environ 320 m2. Les transactions portent cependant parfois sur des fractions de ces petites constructions : sur la moitié d'une maison basse ; sur le quart d'une maison consistant en une chambre basse, avec petit jardin.

Dans cet ensemble, de rares constructions font figure de logis cossus. C'est le cas d'une maison en " deux espèces de corps de logis ", comprenant quatre chambres basses, une petite écurie, un cabinet, avec jardin et petite cour. Mais on remarque surtout une maison de six chambres basses et une haute, avec petit galetas, écurie et jardin renfermé de murailles, située à l'angle de la rue Notre-Dame et de la rue des Dix-Moulins ; il est vrai que les vendeurs sont Jean Mesnard, huissier audiencier au siège royal de Rochefort, et Jeanne Marquet son épouse, et que l'acheteur est Antoine Faurès, négociant.

La rue Denfert-Rochereau, côté ouest, entre la rue Voltaire et la rue Pasteur

Pour la partie de la rue Denfert-Rochereau située au nord de la rue Gambetta, nous n'avons de renseignements qu'au nord, entre la rue Voltaire et la rue Pasteur, mais d'une intéressante précision, puisqu'ils concernent deux lotissements. La voie est présentée en 1692 comme " chemin de l'église au moulin du Bois ". Cependant, dans la même année, apparaît le mot rue : " rue de l'église au moulin du Bois ". En 1705, l'existence d'un plan d'alignement est suggérée par plusieurs actes : " sur le bout de l'alignement de la rue qui fait face aux glacis du rempart " ; " sur l'alignement de la rue qui fait face au glacis du rempart ".

Le premier de ces lotissements est effectué en 1692, par les fabriqueurs. En un terroir nommé la Brosse, au nord de la rue Voltaire, qui est alors dite " rue commencée ", la fabrique de Notre-Dame possède en effet un terrain à peu près rectangulaire, qui mesure 236 pieds ½ de façade (environ 80 m), sur la rue Denfert-Rochereau, et entre 110 et 111 pieds en profondeur (environ 37 m). Ce terrain est alors divisé en huit " emplacements de terre ", mesurant respectivement, en façade, du sud au nord, 40 pieds, 40 pieds, 44 pieds, 20 pieds, 24 pieds ½, 24 pieds, 22 pieds et 22 pieds, qui sont baillés à rente à des particuliers, " pour bâtir en pierres ". Les professions des preneurs ne sont malheureusement pas indiquées, mais on peut constater que l'un d'eux cède son emplacement moins d'un mois après l'avoir acquis. On remarque que les dimensions en façade des trois premiers terrains permettent une division ultérieure en deux emplacements.

En 1701, la propriété contiguë au terrain de la fabrique, dans l'angle des rues Denfert-Rochereau et Pasteur, est à un maître à danser entretenu, nommé Julien Tual-Branzon, qui la baille à rente à un charretier du faubourg, Léonard Dumazeau ; elle est alors évaluée à deux journaux de terre. En 1704, on la trouve aux mains d'un François Roger, charretier lui aussi, qui en cède la moitié à un nommé Jean Landay, crocheteur, à charge de payer la moitié de la rente due à Tual-Branzon. Après toisé, elle est divisée en deux parts égales, de forme rectangulaire, mesurant environ chacune 150 pieds de long (environ 50 m) et 110 de large (environ 37 m), sur la rue Denfert-Rochereau. Puis, en 1705, les deux hommes baillent leur part, à rente, par " emplacements " de 21 pieds de façade, sur la rue Denfert-Rochereau. Jean Landay " transporte " ainsi trois emplacements, le 25 août, et François Roger quatre, les 7, 8 et 18 septembre. Les preneurs sont un scieur de long, un crocheteur, un charpentier des grosses oeuvres, un jardinier, un contremaître charpentier et deux journaliers. Il reste des emplacements, sur lesquels nous n'avons pas de documentation.

La rue Denfert-Rochereau, côté est

De ce côté, la rue n'est bordée de maisons qu'au sud (actuelle rue du colonel Ménard). Un terroir appelé la Croix de Marchay en 1682, la Croix du Marché en 1697, est aussi appelé les Creux à cette dernière date. Il n'est pas possible de le localiser par rapport à l'avenue Sadi-Carnot, mais la désignation les Creux suggère qu'il a souffert des travaux de construction des remparts.

Au nord de l'avenue Sadi-Carnot se situe une pièce de terre labourable d'environ deux journaux, dans la seigneurie du prieuré, présentée comme confrontant au midi au chemin de la porte de la Rochelle au faubourg, au nord au chemin de la dite porte au moulin du Bois où on éprouve les canons, à l'orient à une terre de particuliers, à l'occident au chemin de l'église Notre-Dame au dit moulin du Bois. Elle est semée en luzerne en 1754.

Au sud de la même avenue, un terrain de quatre journaux environ, confrontant au midi au cimetière de Notre-Dame, au nord aux terres d'un sieur Giret, marchand, à l'orient aux terres qui joignent les fossés de la ville, à divers particuliers, à l'occident au chemin qui va de l'église au moulin du Bois, a également servi à tirer de la pierre ; avant la fondation de la ville, il faisait partie d'un élément de la seigneurie du prieuré appelé " le fief du Moulin ".

On retrouve le nom de " rue Notre-Dame " pour la partie habitée, au sud, à l'ouest du cimetière, où un laboureur à bras possède, en 1694, une maison composée de deux chambres basses, avec un jardin derrière, qu'il vend à un autre laboureur à bras ; au nord et au sud, celle-ci confronte à une maison. Ici, comme dans les autres rues, dominent des maisons basses, dont les jardins sont en contact avec le cimetière, parfois séparés de ce dernier par un sentier ou par un fossé et le mur, quand celui-ci existe. On remarque une maison qui ne mesure que 12 pieds de face, sur 22 de profondeur, composée d'une seule pièce, mais l'acte précise qu'il s'agit d'une " chambre à feu ", avec une " fenêtre en pierre de taille de 18 pouces de large sur 2 pieds ½ de haut ". Ces constructions sont dans la seigneurie du prieuré ; elles sont soumises à un devoir d'un sol par carreau. Le nom Piquemouche ne nous apparaît qu'assez tard, en 1702. Nous en ignorons l'origine.

La rue du 4-Septembre

C'est une portion d'un ancien chemin du village de la Baune à la forêt. Elle est récente en 1692, car elle est dite alors " rue nouvelle qui conduit de la rue du faubourg à la forêt " et " rue nouvellement construite qui conduit à la forêt ". Il s'agit de la partie située au nord de la rue Gambetta. Pour le sud, on rencontre " rue neuve " en 1695. L'ensemble est appelé " rue de la forêt au grand chemin de Soubise à Rochefort", en 1699, " rue du Chesne, qui conduit de la forêt aux moulins appartenant à François Chauvet ", en 1702. En 1709 et 1712, on rencontre " rue de la Barrière ", et cette dénomination se maintiendra jusqu'à la Révolution. Cette barrière doit être " la barrière de la forêt ", qui est désignée lors de la localisation de " six sillons de terre, proche la barrière de la forêt, confrontant à l'orient à une terre, au nord à la forêt, fossé entre, au midi au chemin qui conduit de la barrière à la porte de la ville ". D'après cette citation, elle doit se situer à l'extrémité de la rue Pasteur, à hauteur du cimetière. Est-ce une barrière de péage ?

Le 1er juin 1690, Jean Millet, sergier au faubourg, acquiert de Jacques Tesson, notaire, comme mari d'Urbaine Desloriers, devant Dupeux, notaire à Soubise, un " emplacement de terre " situé à l'angle de la rue du 4-Septembre (côté est) et de la rue Gambetta (côté nord), sujet à ½ sol de devoir seigneurial par carreau. Il y fait construire une maison d'une seule chambre, le derrière constituant un petit jardin ; il dispose en outre d'un puits, commun avec son voisin, François Besse. En 1698, il vend l'ensemble à Antoine Boudet, scieur de long à Rochefort.

En 1692 on assiste à des ventes et à des arrentements de terrains à bâtir, dans la partie située au nord de la rue Gambetta. Un marchand nommé Jean Binville, demeurant au faubourg, possède, côté est de la rue, un terrain dont il détache un rectangle de 41 pieds sur la rue sur 120 en profondeur, pour le vendre en deux " emplacements " égaux de chacun 20 pieds ½ de façade. Les acquéreurs sont Jean Boussaud, charpentier des grosses oeuvres, demeurant au village des Bons, et Isaac Baudouin, perceur de navires.

François Chauvet, marchand, demeurant au village des Mouniers, profite à son tour d'une demande de terrains à bâtir pour lotir un sien terrain, sis en un lieu appelé la Maillote, côté ouest de la même partie de la rue. Le notaire Gabet instrumente ainsi sept actes le 10 septembre et deux le 24. Huit sont des baux à rente, le neuvième une vente. Les " emplacements de terre " mesurent de 19 à 25 pieds de face sur 120 à 144 de profondeur, à l'exception d'un seul, de 23 pieds sur 60. Les acquéreurs sont Auguste Avril, maître boulanger, François Drouet, marchand, Jean Rambaud, Jean Lavigne, charpentier au Boinot, Hugues Joussaume, farinier, Étienne Dubois, marchand au faubourg, François Fragneau, charpentier de navires, Jean Rabaud, maître tailleur d'habits, et Pierre Barbier, maître serrurier.

Dans la même année 1692, le 16 juillet, le même notaire authentifie une transaction sur un " emplacement de terre " de 22 pieds de face sur 111 de profondeur. En 1699, on observe sur ce terrain " une chambre basse, avec jardin derrière ", confrontant au midi à une autre maison et au nord à un jardin. En 1693, ce sont les fabriqueurs qui baillent à rente 10 sillons de terre, d'une superficie de 32 carreaux, côté est, " pour bâtir en pierre ", à raison de six sols par carreau. En 1705, un cordier nommé Michel Guilbon arrente à un charpentier de navire un emplacement de 18 pieds de façade, et un crocheteur, Louis Vinet, un autre emplacement à un autre charpentier de navire. En 1734, une petite maison basse, avec jardin, fait le coin de la rue Gambetta, puisqu'elle est dite " confrontant par le devant, au nord, à la grande rue, au midi à la maison du notaire des présentes, à l'orient au queureux, au couchant à la rue de la Barrière. Il existe encore des espaces non construits à la veille de la Révolution, comme cette " terre labourable de 1/3 de journal environ ", au bout de la rue, côté ouest, parallèle au chemin des Dix moulins, qui est un domaine du prieuré.

Les constructions de cette rue ne se distinguent pas de celles des autres rues : petite maison d'une chambre basse, petit jardin derrière ; maison comprenant une chambre basse, avec jardin derrière, 22 pieds de face sur 111 de profondeur ; maison d'une seule chambre basse, avec jardin, puits commun dans la rue ; maison de deux chambres basses, jardin derrière ; maison d'une chambre, petit jardin, rue de la Barrière, avec puits commun dans la grande rue du faubourg, au devant de la maison de la veuve Héraud ; maison composée d'une chambre basse et d'un grenier, petite cayenne en bois couverte de tuiles, jardin. Dans la seigneurie du prieuré, le devoir est d'un sol par carreau.

La rue Renan

En 1709, elle est appelée "rue des Moulins ". En 1712, elle est dite " rue du Pas-du-Loup ", à l'occasion d'une mutation d'emplacement de terre y aboutissant. Ensuite on rencontre constamment ce nom. Cependant notre documentation est limitée à la partie située au sud de la rue Gambetta qui est de la seigneurie du prieuré.

En 1730, nous y rencontrons une terre labourable sujette envers le prieuré au sixte des fruits, confrontant à un jardin et à des terres. L'année suivante est désignée un maison consistant en deux chambres basses, avec un jardin à côté, sujets à la rente de huit sols annuels ; elle confronte à des maisons et jardins, au nord et au midi. Quant aux autres constructions, elles ne se distinguent pas de celles des rues précédentes : petite maison consistant en une seule chambre basse avec un couloir, " plancher " (grenier) au dessus, et petit jardin derrière, de la largeur de la maison ; petite maison avec jardin attenant ; petite maison de deux chambres basses, cour et jardin ; maison consistant en une chambre basse, une petite cuisine, avec jardin au bout. Signalons enfin une maison numérotée, en 1783 : petite maison, rue du Pas-du-Loup n° 419.

La rue Pasteur

En 1686, c'est un " chemin qui conduit de la barrière à la porte de la ville ", désigné à l'occasion d'une délimitation de terre. En 1695 nous apparaît une " rue ", qui est dès lors presque constamment désignée en référence à la forêt, laquelle s'étend jusqu'à son extrémité ouest, à hauteur du cimetière : " rue de la Forêt " ; " rue qui conduit du faubourg à la forêt ". Cependant, on rencontre aussi " chemin qui conduit de Rochefort à la forêt " et " grand chemin qui conduit de Rochefort au Breuil ", qui rappellent que la voie est une portion d'un chemin de Rochefort au Breuil, par une saignée dans la forêt. En 1708, elle est dite " rue neuve qui va à la forêt ", en 1709 " rue neuve qui va de Rochefort à la forêt ". Le nom de " rue Neuve " sera ensuite retenu et conservé jusqu'à la Révolution. On se demande d'ailleurs pour quelle raison la qualification " neuve ", qui a été attribuée à plusieurs nouvelles rues, s'est maintenue pour celle-ci plutôt que pour une autre.

La première maison que nous rencontrons, au début de 1694, est située en une pièce de terre appelée le Cerisier, côté sud de la rue. Du même côté, l'année suivante, un crocheteur nommé Alexis François acquiert un emplacement de terre de 25 pieds de face sur 195 de profondeur et Jean Caillaud, calfat, demeurant au faubourg, prend à rente un autre emplacement, de 24 pieds de face à un bout et 27 à l'autre, sur 183 de profondeur, au lieu appelé la Brousse, non loin du lotissement de la fabrique signalé ci-dessus. En 1698, toujours au sud, un autre calfat, demeurant également au faubourg, achète un autre emplacement, contigu de chaque côté à une maison. En 1700, toujours au sud, un marchand, appelé Jacques Savigny de la Meraudrie, achète un terrain à bâtir, sur la largeur de sept sillons, avec vingt-huit " billots " de pierre de taille qui sont sur le terrain, et un journalier du faubourg, Jean Paranteau, acquiert une petite maison avec son jardin et ses appartenances.

Du côté nord, où la forêt est proche, se situent : en 1696, une chambre basse, avec jardin derrière et un emplacement contigu, puits commun dans la rue, confrontant de chaque côté à une maison; en 1698 une maison d'une seule chambre basse, avec jardin derrière, achetée par Pierre Petiteau, charretier au faubourg; en 1701 une terre d'un journal, " proche la forêt de Rochefort ", confrontant vers le nord et à l'occident à la forêt, prise à rente par Jean Deresignière, journalier au faubourg; en 1703 une terre de 8 sillons ½, confrontant au nord à la forêt... De ce côté, les constructions semblent moins nombreuses.

La rue Voltaire

Elle est dite " rue commencée ", le 25 juin 1692, quand les fabriqueurs baillent à rente à Pierre Dubois un emplacement de terre de 40 pieds sur 111, à la Brosse, " confrontant au midi à la rue commencée qui conduit à la forêt, au nord à la fabrique, à l'orient au chemin de l'église au moulin du Bois, à l'occident aux terres dépendant de la seigneurie des Ouillères ". Elle apparaît sous le nom de " rue du Chesne " en 1706, quand René Ferchaud, jardinier, et Marie Bouquet, sa femme, baillent à rente à Luc Jollet, tailleur de pierres à Rochefort, un emplacement de terre, dans la seigneurie de Rochefort, contenant 22 pieds de face sur 100 de profondeur, confrontant au midi à la rue du Chesne, au nord au jardin dudit Ferchaud, à l'occident à la terre de Daniel Brossard, à l'orient à la maison et au jardin des vendeurs. On la rencontre avec le même nom en 1708, 1710 et 1720. On sait d'autre part que l'appellation s'est maintenue jusqu'au XIXe siècle.

 Ainsi, quand Bégon arrive à Rochefort en qualité d'intendant, à la fin de 1688, le faubourg est déjà esquissé. Sans retard, il obtient un arrêt du roi, daté du 24 octobre 1689, ordonnant aux habitants de la ville d'élever avant un an leurs maisons d'un étage, " faute de quoi elles seront rasées et le terrain accordé à de nouveaux habitants qui seraient en état de faire bâtir ". Cette décision détourne évidemment de la ville les gens aux ressources modestes, qui s'installent dans le faubourg naissant, alors que les emplacements en ville ne manquent pas. L'année 1692 est particulièrement riche en transactions en vue de constructions. La seule contrainte perceptible pour les nouveaux habitants du faubourg concerne les alignements. Chacun peut élever à sa guise une maison basse, conformément à une tradition locale tenant compte des impératifs du climat océanique, qui oblige à de fréquentes révisions des toitures et à un entretien constant des murs, en particulier ceux qui sont exposés aux vents marins. Cette tradition de l'" échoppe " s'est maintenue et, dans les parties du faubourg les plus éloignées de la ville, on observe encore aujourd'hui des alignements de maisons qui ont conservé leur façade à deux fenêtres et une porte de couloir latéral. Cependant, ces maisons ne semblent pas antérieures au XIXe siècle et plusieurs ont été récemment surélevées d'un étage.

Nota : Cette étude a été réalisée grâce aux relevés faits par Robert Fontaine dans les minutes des notaires. Elle a été publiée dans Roccafortis, bulletin de la Société de Géographie de Rochefort, avec des notes, que nous avons supprimées ici.