Surgères et ses seigneurs du Xe siècle au XIVe siècle

 

Surgères entre relativement tôt dans l'histoire, à la fin du Xe iècle, mais son passé médiéval ne peut être qu'entrevu, la documentation étant fragmentaire et relativement pauvre. En effet, les archives de la châtellenie, qui n'ont pas été retrouvées, ont probablement disparu. Quant aux archives ecclésiastiques, qui constituent la principale source d'information jusqu'au XIIIe siècle, elles sont fort minces pour les établissements locaux : rien pour une église collégiale Saint-Pierre dont il ne reste plus de traces, quelques actes seulement pour une église subsistante, dédiée à Notre-Dame, un modeste cartulaire pour une aumônerie de Saint-Gilles, dont la chapelle n'est plus qu'un souvenir. Il est heureux cependant que de grandes abbayes de la région se soient manifestées dans la châtellenie, projetant ainsi quelques lueurs sur les siècles antérieurs au XIIIe Une copieuse "Histoire généalogique de la maison de Surgères", publiée en 1717 par un honnête érudit, Louis Vialart, est riche en documentation, mais, comme l'indique son titre, cet ouvrage concerne des familles et non une ville et son territoire.

D'ordinaire, on essaie de remédier à l'insuffisance des textes en tirant parti des enseignements de l'archéologie, voire de la toponymie, ou en analysant le réseau des voies anciennes. Or l'archéologie surgérienne est muette et la toponymie ne révèle pas d'établissement très ancien. Cependant, dans le réseau complexe des vieux chemins qui convergent vers la ville, on distingue des voies venant du sud qui aboutissent au quartier de Saint-Pierre, quartier qui a dû constituer le noyau primitif de Surgères, avec son église dédiée au prince des apôtres, desservie par un collège de chanoines, et, de plus, siège d'un archiprêtré.

Le développement urbain

Faute de preuves formelles, on est conduit à reconstituer par analogie les étapes du développement urbain. L'existence d'une agglomération en ce lieu ne semble pas s'expliquer par une situation privilégiée sur une grande voie mais par la présence d'un château, que ses maîtres, les comtes de Poitiers, ont érigé en centre d'une importante circonscription militaire et juridique. On croit percevoir à l'origine un village comme beaucoup d'autres, dans une boucle d'un modeste ruisseau, avec une église paroissiale Saint-Pierre. Dès le Xe siècle cependant, les comtes de Poitiers édifient le château, au nord et à quelque distance du village. A cette époque, l'église de prestige est la collégiale; aussi Saint-Pierre est-elle pourvue d'un collège de chanoines. Au XIe siècle, la chapelle du château, élevée à quelques mètres de la motte, sous le patronage de la Bienheureuse Marie, est promue au rang d'église paroissiale, probablement parce qu'un groupement humain s'est constitué sous la protection de la forteresse; cette église est alors confiée aux moines d'une abbaye lointaine, pour y fonder un prieuré, selon la mode du temps. Le "bourg" primitif s'étendra ensuite par la volonté des comtes, qui sauront encourager le peuplement en concédant à une abbaye voisine des terrains exemptés de charges où on découvre au XIIIe siècle un quartier "neuf", composé de plus de trente maisons. D'autre part, dès les premières années du XIIe siècle, un comte fonde une maison aumônière, à une des sorties de la ville naissante; ce sera l'aumônerie Saint-Gilles, qui l'emportera rapidement en prospérité sur les autres fondations ecclésiastiques. Ainsi Saint-Pierre demeurera un village; son église, tout en conservant le prestige d'un siège d'archiprêtré, sera celle d'une paroisse rurale séparée de la paroisse urbaine de Sainte-Marie par une dérivation du ruisseau.

Le château et ses maîtres

L'emplacement du château ne s'explique pas par une disposition favorable du relief; ici pas d'éperon facile à isoler par un fossé, pas même de dénivellation très sensible, de sorte qu'il a fallu édifier une motte pour que la construction primitive domine suffisamment les environs. Mais on pouvait utiliser les eaux du ruisseau, qu'il suffisait de détourner quelque peu pour alimenter des douves. Le cas n'est pas unique en Charente-Maritime : on peut citer en particulier la motte de Montélin (commune de Sainte-Gemme), sur un modeste ruisseau affluent de la Seudre, et celle de Malvau (commune de Bernay-Saint-Martin), près de la Trézence, qui ne bénéficient d'aucun relief. Ces mottes ont d'ailleurs été abandonnées assez tôt.

C'est dans un acte daté du 14 mars 992 qu'on découvre ce château, à l'occasion de la donation, à l'abbaye poitevine de Saint-Maixent, d'une terre sise au contact de la villa de Vouhé et d'une "terre du château de Surgères". Quelques années plus tard, en juillet 1003, le duc d'Aquitaine et comte de Poitiers Guillaume le Grand donne à l'abbaye de Maillezais "la moitié du péage du château appelé Surgères". On constate donc que le château est du domaine des comtes de Poitiers, ce qui n'est pas pour nous étonner, parce qu'on voit ces comtes maîtres de la région de Châtelaillon dès 934 et d'une grande partie de l'Aunis dans le courant du Xe siècle, au fur et à mesure que la documentation s'élargit.

Les successeurs de Guillaume le Grand conserveront la forteresse "en leur main" jusqu'à la fin du XIIe siècle, y entretenant des soldats chargés d'en assurer le commandement et la garde, et aussi, par périodes au moins, des prévôts, plus spécialement affectés à la gestion de leur patrimoine et à la défense de leurs droits et prérogatives. Au vrai, nous ignorons dans quelles conditions soldats gardiens et prévôts ont exercé leurs charges et le mode de rémunération de leurs services, probablement par concession de fief pour les premiers. Au moins constate-t-on, ici comme ailleurs, que dès le XIe siècle la charge du commandement de la place est héréditaire de fait, quoique l'hérédité n'apparaisse comme de droit - "de coutume" comme on dit alors - qu'à la fin de ce siècle. Les soldats gardiens héréditaires, que les historiens d'aujourd'hui appellent "châtelains", apparaissent localement comme les "seigneurs", en l'absence des possesseurs des châteaux. Cependant on peut voir de temps à autre ces derniers séjourner en maîtres dans leurs forteresses, comme c'est le cas à Surgères, à plusieurs reprises.

Les châtelains des comtes de Poitiers au XIe siècle

L'origine sociale et géographique du premier châtelain qui se signale à notre attention est totalement inconnue. Ce personnage, appelé Guillaume, est en effet fort discret; on ne peut que l'apercevoir, pendant quelques années, aux environs de 1030, notamment dans la suite de la comtesse de Poitiers Agnès. Cependant son rôle sur l'échiquier des forteresses est mis en évidence par une bulle du pape Jean XIX qui le désigne parmi des soldats auxquels le souverain pontife enjoint de protéger l'abbaye de Saint-Jean-d'Angély.

Aucun écho ne nous parvient ensuite de Surgères pendant un tiers de siècle. Il faut attendre l'an 1063 pour découvrir un successeur à Guillaume en la personne d'un nommé Hugues, surnommé comme lui "de Surgères". Ce Hugues est désigné comme fils d'un Guillaume mais il n'est pas certain que ce soit du précédent Guillaume, car il a vécu jusque vers la fin du siècle. En effet, Hugues de Surgères peut être suivi jusqu'en 1097, soit pendant près de trente-cinq ans, tantôt dans l'entourage des comtes de Poitiers Guy-Geoffroy et Guillaume le Jeune, tantôt agissant seul, à Surgères ou en d'autres lieux hors de la châtellenie. C'est ainsi que, le dimanche 26 octobre 1068, Guy-Geoffroy étant venu au château de Surgères pour régler un différend entre son prévôt de Saintes et l'abbé de la Trinité de Vendôme, Hugues est désigné parmi les témoins de la décision du comte. En 1078, on le voit accompagner le même Guy-Geoffroy dans un voyage.

Cependant son nom ne figure pas dans la relation d'un duel judiciaire ordonné à Surgères par Guy-Geoffroy en 1086. Les moines de Saint-Maixent sont alors depuis trop longtemps en conflit avec Èble de Châtelaillon au sujet d'un marais voisin de leur domaine de la Font-de-Lay (commune de Thairé). Pour en finir avec cette affaire, le comte de Poitiers se résout à la mesure extrême qu'est le "jugement de Dieu". On sait que les parties doivent désigner chacune un champion et que Dieu est censé accorder la victoire au champion qui défend la juste cause. Guy-Geoffroy choisit donc son château de Surgères comme théâtre du combat. Les moines venus défendre les intérêts de leur abbaye sont "reçus avec les honneurs dans la salle et les chambres du comte". Èble de Châtelaillon se présente mais se dérobe sous un prétexte futile : son champion n'a pas de chaussures. C'est l'occasion pour un des moines de se gausser du seigneur qui a "envahi" une possession de sa maison : il se déchausse et offre les siennes, à la grande honte du seigneur, ajoute le moine qui a rédigé la notice.

En qualité de maître à Surgères en l'absence du comte, Hugues entre en conflit avec l'abbaye de Vendôme au sujet de l'église Sainte-Marie, possession de cette abbaye. La Trinité de Vendôme a été introduite en Aunis en 1040, lors de sa fondation : la comtesse de Poitiers Agnès lui a alors donné l'église de Puyravault, proche de Surgères. Peu après, elle a reçu l'église voisine de Blameré, avec sa villa, d'Aimeri de Rancon, seigneur de Taillebourg et autres lieux. L'acquisition de Sainte-Marie s'inscrit donc dans un processus d'implantation progressive de la Trinité dans la région mais les circonstances de l'introduction des moines à Surgères sont obscures. On ne voit pas clairement qui leur a donné l'église Sainte-Marie, d'un comte ou de Hugues de Surgères. Toujours est-il que, vers la fin du XIe siècle, Hugues affirme avoir donné l'église à l'abbé Orry en s'en réservant le contrôle et en exigeant la présence de douze moines. Il se heurte alors à une personnalité énergique, l'abbé Geoffroy, qui défend avec vigueur et opiniâtreté les intérêts de sa maison. Geoffroy assure n'avoir pas connaissance des conditions imposées à son prédécesseur et il ajoute : "les puissants de ce monde oppriment les moines en toutes occasions et, en l'occurrence, celui qui opprime les moines de Vendôme, s'il ne peut leur extorquer quelque chose, a pris pour habitude de les molester".

Il dépose plainte auprès de l'évêque de Saintes qui se déplace à Puyravault pour régler le conflit. On est alors en pleine "réforme grégorienne", mouvement qui tend à libérer l'Église de l'emprise des laïcs; aussi le prélat commence-t-il par rappeler que "les saints canons prescrivent que la faculté d'attribuer les églises [en désigner les desservants] ne pourra être concédée à aucun laïc" et ordonne-t-il à Hugues de Surgères d'abandonner l'église Sainte-Marie à l'entière autorité des moines de Vendôme. Il ajoute que Hugues ne doit pas persister dans sa prétention de voir douze moines desservir cette église, "parce que plusieurs frères ne pourraient y résider longtemps ensemble", autrement dit parce que la dotation est insuffisante.

Hugues de Surgères entretient d'autre part des relations privilégiées avec l'abbaye de Saint-Jean-d'Angély, dont il est l'"avoué", c'est-à-dire le protecteur et défenseur, mais non sans avantages appréciables. A ce titre il dispose d'une "chapellenie" qui lui assure les revenus de plusieurs terres et il se fait donner un cheval ou cent sous quand il fait hommage à l'abbé. Cependant, vers la fin de sa vie, il abandonne ses avantages, pour lui et son successeur. A la même abbaye il a donné l'église de Saint-Félix, mais il n'est pas certain qu'il ne s'agisse pas d'une restitution. Quant à l'île de Flay (commune de Ciré-d'Aunis), possession du couvent qu'il s'est fait concéder ou sur laquelle il a mis la main, il n'hésite pas à la donner à la Trinité de Vendôme, à la suite de quoi les moines de Saint-Jean et ceux de la Trinité, devenus involontairement concurrents, décident de procéder à un partage.

Par ailleurs, Hugues de Surgères apparaît comme ayant des droits hors de la châtellenie, droits dont nous ignorons l'origine. Il a ainsi des dîmes à Courdault (Bouillé-Courdault, Vendée); il est seigneur du fief de l'église Sainte-Marie de Villiers-sur-Chizé (Deux-Sèvres) et il est présent, on ne sait à quel titre, à la donation de l'église d'Aujac (Charente-Maritime), à l'abbaye de Saint-Jean-d'Angély : il "élève" alors la charte de donation sur l'autel.

Châtelains de la première moitié du XIIe siècle

Hugues de Surgères est relativement bien connu, pour une époque pourtant peu prolixe. On le voit même désigner "son héritier", nommé Guillaume Maingot, mais sans indiquer quel lien de parenté l'unit à lui. Un Guillaume Maingot lui succède en effet dans sa charge, entre les environs de 1100 et les environs de 1130. Ce personnage se signale à notre attention en renonçant à des droits sur le Breuil-Saint-Jean (commune de Landrais), qui appartient à l'abbaye de Saint-Jean-d'Angély et en se proclamant "défenseur" de la maison aumônière de Saint-Gilles à sa fondation. D'autre part, comme ses prédécesseurs, on le rencontre dans l'entourage des comtes de Poitiers. Il est certainement apparenté aux châtelains héréditaires de Melle pour les mêmes comtes mais le degré de consanguinité ne peut être déterminé. Son nom et son surnom seront portés par plusieurs membres de la famille. C'est pourquoi on parle souvent d'une "famille Maingot". En fait, le surnom Maingot n'apparaît que pour les Guillaume; c'est un surnom attaché à un nom. Les autres membres sont dits "de Surgères". A notre Guillaume Maingot on connaît un fils, Girbert, surnommé Jalehel, auquel les religieuses de Fontevrault doivent la fondation de leur prieuré de Saint-Bibien d'Argenson (en limite de Benon et Vouhé).

Tradition de nom et promotion sociale

La documentation s'interrompt ensuite pendant une quarantaine d'années jusqu'à ce que, en 1171, apparaisse un Guillaume Maingot à partir duquel on peut dresser une généalogie suivie comprenant quatre Guillaume Maingot qui se succèdent de père en fils. Ce Guillaume assume pendant quelques années la haute charge de sénéchal, pour Henri II d'Angleterre et pour son fils Richard Coeur de Lion. Son mariage avec Berthe, fille de Geoffroy de Rancon, représente une promotion sociale; ses fils Guillaume et Geoffroy - ce dernier portant un nom de la famille de Rancon - aimeront à rappeler leur origine maternelle et ils recevront en héritage une part de la châtellenie de Vouvent (Vendée) et un bois près de Charroux, reçus en dot par leur mère. Après le décès de Berthe, Guillaume Maingot se remarie avec une jeune veuve nommée Orenjard et dite familièrement Ala, qui lui donne un autre fils, Hugues, bien connu comme vicomte "baillistre" de Châtellerault au début du XIIIe siècle et décédé prématurément en Orient, devant Acre, en 1212.

Le premier seigneur de Surgères de la lignée des châtelains

On perd la trace de Guillaume Maingot après 1178. Son fils aîné, surnommé Maingot lui aussi, est le véritable fondateur de la lignée des seigneurs de Surgères. En effet, il profite de circonstances exceptionnelles pour se faire attribuer la seigneurie d'un château dont ses ancêtres n'étaient que gardiens héréditaires, même si, localement, ils pouvaient apparaître comme les maîtres de la forteresse. En 1199, Richard Coeur de Lion meurt des suites d'une blessure; ce décès inopiné ouvre une crise de succession. La vieille duchesse-reine, Aliénor, héritière des comtes de Poitiers et ducs d'Aquitaine, prend alors en mains les destinées de son patrimoine. Pour faire accepter à ses vassaux l'autorité de son fils Jean sans Terre, alors que de nombreux seigneurs sont partisans de son petit-fils Arthur de Bretagne, elle multiplie les initiatives et les largesses. C'est ainsi qu'elle donne à Guillaume Maingot la seigneurie de Surgères et un tiers des revenus des complants du Grand Fief d'Aunis, vaste océan de vignes au nord de la Rochelle.

Désormais seigneur au sens plein du terme, Guillaume exerce sans réserve ses prérogatives dans la châtellenie. Il va même au-delà de ses droits, réclamant à des établissements ecclésiastiques des impositions ou des services dont ils ont été exemptés par les comtes ses prédécesseurs. Ses prétentions n'épargnent pas le prieuré de Puyravault, bien qu'Aliénor elle-même ait fait connaître aux moines de Vendôme que la donation qu'elle avait faite à Guillaume ne concernait en rien le prieuré, qui conservait tous les privilèges acquis antérieurement.

En 1216, peu après la mort de Jean sans Terre, le jeune roi Henri III - ou plutôt le conseil de régence d'Angleterre - adresse à plusieurs seigneurs, parmi lesquels Guillaume Maingot, une lettre circulaire les remerciant vivement des bons et loyaux services rendus à son père et les exhortant à demeurer dans la même fidélité à son égard. Une telle précaution peut paraître superflue pour le seigneur de Surgères dont la reconnaissance est à la mesure de la générosité d'Aliénor.

Cependant la fidélité de son fils aîné, Guillaume Maingot "le Jeune", est moins évidente. En effet, du vivant même de son père, ce dernier profite de l'anarchie qui règne en Aunis durant la minorité du roi d'Angleterre pour commettre quelques exactions qui ne facilitent pas la tâche des sénéchaux royaux. C'est ainsi qu'en 1220 le maire et la commune de Niort adressent à Henri III une missive dont nous extrayons ce qui concerne Guillaume Maingot le Jeune : "Nous désirons notifier à votre Excellence que, comme monseigneur le comte de la Marche nous avait accordé ... une trêve de sept semaines et que nous n'y avions aucune confiance avant qu'il ne l'eût personnellement ratifiée, nous nous sommes adressés à Guillaume Maingot le Jeune, pour nous tenir sauvegardés du comte et de ses gens et faire respecter cette trêve imparfaite. Mais celui-ci nous a écrit que si nous voulions lui rendre cent marcs par an, que monseigneur Jean, votre père, dont Dieu ait en paix l'âme, lui avait promis, il nous tiendrait sains et saufs sous sa garde; qu'autrement nous aurions au contraire à nous défendre contre lui et les siens, et déjà il nous a fait inquiéter... Sachez en effet que les soldats et les sergents de l'hôtel ou de la terre du comte de la Marche s'unissent tous les jours à monseigneur Guillaume l'Archevêque et à Guillaume Maingot pour nous tendre des embûches, nous opprimer et nous ravager".



Sceau de Guillaume Maingot; année 1218

A cette époque le seigneur de Surgères, qui est à la fin de sa vie, a abandonné le soin des affaires à son fils aîné. Il décède bientôt, en 1221, après avoir fait un testament par lequel il donne notamment aux moniales de Saint-Bibien d'Argenson une rente sur la "baillie" du Cher (commune de Chambon), testament dans lequel il désigne ses fils Guillaume et Hugues et ses filles Berthe et Létice. Il avait épousé une Berthomée dont nous ignorons l'origine.

La chapelle du château d'Aguré et le bourg neuf de Surgères

Désormais chef de maison et seigneur de Surgères, Guillaume Maingot le Jeune devient tout simplement Guillaume Maingot. En fait, il ne reste que quelques documents sur son dominat, entre les années 1221 et 1235. En 1222, après la mort de Guillaume de Mauzé, seigneur de Mauzé et de Marans, il s'empare du château de Marans. C'est que l'anarchie n'a pas cessé dans la région, les sénéchaux envoyés par la cour d'Angleterre se montrant impuissants à contenir les appétits de vassaux avides, toujours prêts à exploiter une faiblesse du maître. Cependant, comme l'héritier de Marans est son propre neveu, il est probable que Guillaume a agi par précaution, pour protéger les intérêts d'un mineur, mais la cour de Londres ne l'entend pas ainsi et elle le lui fait savoir.

Il fait construire une chapelle pour son château d'Aguré, qui pose une question de droit canonique et l'oppose ainsi à l'abbaye de Montierneuf de Poitiers qui possède l'église paroissiale de Saint-Saturnin-du-Bois. En 1233, l'évêque de Saintes Pierre règle l'affaire : il décide que le seigneur de Surgères pourra désigner lui-même un chapelain idoine mais que les habitants du château et ceux des environs qui fréquenteraient la chapelle seront soumis aux obligations inhérentes à leur qualité de paroissiens de Saint-Saturnin, la chapelle étant un édifice privé et le droit de l'église paroissiale ne devant pas être affecté.

Le dernier acte connu émanant de Guillaume est daté de février 1235. Il ne présenterait qu'un intérêt relatif s'il faisait seulement état de divergences de vue avec l'abbaye de la Grâce-Dieu, sur un droit d'usage dans la partie de la forêt d'Argenson qui appartient aux seigneurs de Surgères. Il mérite cependant une attention particulière parce qu'il fait connaître une implantation de ce couvent dans la ville même de Surgères : à cette date existe à Surgères un "bourg neuf" de la Grâce-Dieu, composé de plus de trente maisons ou "hébergements", bien groupés autour d'une maison, un pressoir et un jardin du domaine de l'abbaye. Ainsi, à une date qui nous est inconnue, l'abbaye voisine a obtenu d'un seigneur de Surgères un terrain à bâtir, aux conditions alors en usage pour les établissements ecclésiastiques, comportant en particulier des exemptions d'impositions et de services pour les personnes qui viendraient s'y installer. Nous ignorons la situation de ce "bourg" mais l'acte, qui est relativement précis, donne les noms de tous les "hommes" de l'abbaye, c'est-à-dire des chefs de familles. Ainsi la ville a profité d'un mode d'extension bien connu qui a eu ailleurs un succès analogue, même si, à Surgères comme ailleurs, les églises qui ont été les instruments de ces accroissements ont eu à se défendre contre les empiétements des successeurs des donateurs.

Une dame de Surgères face à la guerre

Guillaume Maingot décède peu après : en novembre 1239, sa femme Sibille est veuve et tutrice de ses enfants Guillaume et Hugues. On fait plus ample connaissance avec Sibille en avril 1241, à l'occasion d'un accord passé entre elle, ses frères Pierre et Hugues d'Allemagne, d'une part, et l'abbaye de Saint-Hilaire de Poitiers d'autre part. Elle appartient donc à une famille d'Allemagne, assez répandue en Aunis et en Poitou mais qui n'a pas accédé à des commandements importants.

La guerre de 1242 la surprend à la tête de la châtellenie, son fils aîné n'ayant pas encore atteint sa majorité. On sait qu'à cette date un grave conflit oppose le comte de Poitiers Alfonse et son frère le roi Louis ix au comte de la Marche Hugues X de Lusignan et au roi d'Angleterre Henri III. Au cours des négociations, trêves et autres pratiques alors en usage dans le monde des soldats, le château de Surgères est choisi pour une rencontre entre des messagers des deux rois mais l'entrevue échoue et, pressée de choisir son camp, Sibille se rallie au roi d'Angleterre, comme d'ailleurs la plupart des seigneurs saintongeais. Après la défaite de son parti, elle réussit à sauvegarder le patrimoine de ses enfants mais plusieurs de ses vassaux font les frais d'un mauvais choix : leurs terres sont saisies par les vainqueurs.

En novembre 1243, la dame de Surgères est à Paris, d'où elle fait savoir à la postérité, par acte scellé de cire brune sur double queue, qu'elle a fait l'hommage lige, en qualité de "baillistre", c'est-à-dire de gérante pendant la minorité de son fils aîné, à son "excellent seigneur Alfonse, fils de roi de France et comte de Poitiers", d'un fief des seigneurs de Surgères qui dépend de Tonnay-Boutonne, et qu'elle a composé avec le comte à deux cents livres tournois de "rachat". En effet, après la guerre, le comte de Poitiers a saisi le château et la châtellenie de Tonnay-Boutonne sur le comte de la Marche vaincu et Sibille doit, conformément à l'usage, faire hommage à son nouveau seigneur pour le fief qui dépend de Tonnay, et, de plus, payer un droit appelé "rachat".

Quant au château de Surgères, il est occupé par une garnison qui n'est licenciée que le 16 septembre 1246. La veille, le fils aîné de Sibille, encore valet mais se qualifiant seigneur de Surgères, a juré sur les saints évangiles, en présence d'un bailli du comte de Poitiers, de livrer son château au comte à toute réquisition de ce dernier ou d'un envoyé porteur de ses "lettres pendantes", de ne pas le fortifier et de ne pas en construire un nouveau sans l'autorisation expresse du dit comte. Jusqu'au 16 septembre 1246, le comte de Poitiers a payé annuellement quelque 220 livres pour la garde de la forteresse et s'est fait rembourser de 140 livres par la dame de Surgères. Pour la même période, les agents du comte ont versé chaque année 350 livres à Sibille, probablement au titre d'une rente sur la prévôté de la Rochelle.

Guillaume Maingot gendre d'une vicomtesse de Thouars puis d'un seigneur de Chevreuse

La libération du château acquise, le jeune seigneur doit payer le rachat de son fief de Surgères : 1500 livres à verser par fractions, entre la Chandeleur et la Toussaint de 1247. Cependant, en avril 1247, avant la fin du règlement, Guillaume Maingot fait à son suzerain les hommages qu'il lui doit : pour Surgères et 100 marcs d'argent de rente sur la prévôté de la Rochelle, pour 100 livres tournois sur la même prévôté, pour "ce qu'il a" à Tonnay-Boutonne et à Dampierre-sur-Boutonne, et il renouvelle, au sujet du château de Surgères, la promesse qu'il a faite le 15 septembre 1246, de le livrer à toute réquisition et de ne pas le renforcer sans permission du comte. Le 2 juillet de la même année, il apparaît comme gendre d'Alix de Mauléon, veuve de Guy de Thouars, dans un acte où celle-ci règle avec son frère Raoul la succession de leur père Savary de Mauléon.

En 1268, à l'occasion de la vente d'une rente, on le voit remarié avec Sédille, fille de Guy de Chevreuse; c'est la première alliance lointaine d'un Surgères. De cette seconde union naîtra Hugues, son seul fils connu, qui interrompra ainsi la série des seigneurs nommés Guillaume Maingot. Parmi les actes de Guillaume, nous signalerons, outre quelques ventes de rentes, un règlement de litige avec le comte de Poitiers au sujet d'un bois appelé Bois Communau, sis en lisière de leurs forêts respectives, une donation d'essarts, dans la paroisse de Saint-Saturnin, au prieuré de Sainte-Valérie de Mauzé, et une composition avec le même comte par laquelle, en échange d'un droit appelé "vigerie" qu'il possède à Saint-Jean-d'Angély, il obtient les fiefs et les domaines confisqués après la guerre de 1242 à un vassal du seigneur de Surgères nommé Guillaume de Fors, pour cause de rébellion. On perd sa trace après mars 1278. Sa veuve, Sédille, lui survit jusqu'en 1284 au moins, puisqu'on la voit, le 1er février de cette année, vendre à l'abbaye de Saint-Denis, en qualité de dame de Chevreuse, un bois du domaine des seigneurs de Chevreuse.



Sceau et contre-sceau de Guillaume Maingot; année 1268

Hugues de Surgères et la châtellenie de Rochefort

Hugues, premier seigneur de Surgères de ce nom, n'est que valet en mars 1284 lorsqu'il appose son sceau à un acte de vente, et en juin 1287 quand il règle une question d'héritage avec son oncle Hugues de Surgères. Il ne nous apparaît comme chevalier qu'en mai 1293, à l'occasion d'une autre apposition de son sceau. C'est un engagement envers son oncle Hugues et Guillaume Raymond, sire de Malvau, en janvier 1297, qui nous fait connaître sa femme, Alix de Parthenay, et ses fils Guillaume Maingot et Guiard. Il décède bientôt et Alix est tutrice de ses enfants mineurs, peu de temps cependant, parce qu'en juillet 1301 l'aîné agit en qualité de seigneur de Surgères.

Hugues de Surgères et Alix de Parthenay sont étroitement impliqués dans la succession de Rochefort. En effet, une grave crise de succession secoue la famille de Rochefort dans la dernière décennie du XIIIe siècle. N'ayant pas d'héritier capable de lui succéder, le seigneur de Rochefort, Aimeri, et l'aînée de ses soeurs, Alix, s'entendent pour transmettre leurs droits à Hugues, très vraisemblablement parce que Alix de Parthenay est une proche parente. Mais une autre soeur, Yolande, qui prétend à la succession, rachète ces droits à la veuve du seigneur de Surgères, de sorte que les fils de Hugues de Surgères sont écartés de Rochefort. Clairvoyance d'Alix de Parthenay, consciente de l'imbroglio juridique où s'est engagé son mari, Aimeri de Rochefort ayant d'autre part une demi-soeur, Jeanne, demeurée à l'écart des tractations mais n'en conservant pas moins ses droits dans la succession ? Pression extérieure, le roi Philippe le Bel s'étant inquiété du sort d'un château qui surveillait la Charente, au-delà de laquelle commençait la souveraineté du roi d'Angleterre ? Toujours est-il qu'en octobre 1300 le seigneur de Parthenay, Guillaume Larchevêque, autre parent des Rochefort et d'Alix de Parthenay, rachète les droits de Yolande pour les transmettre au roi de France en juillet 1301. Ainsi la lignée des Surgères n'aura pas pris pied dans une grande châtellenie autre que celle où ses ancêtres servaient les comtes de Poitiers en qualité de châtelains héréditaires.

 L'aumônerie de Saint-Gilles

C'est vers 1105 que le comte de Poitiers Guillaume le Jeune fonde la maison aumônière de Saint-Gilles, dans une partie de sa terre. La mission de l'établissement est définie dans une notice rédigée peu après la fondation : "un hôtel pour loger les pauvres et recevoir les malades et les faibles"; un acte de procédure du XVe siècle précise d'autre part que les pauvres y sont reçus, chauffés et nourris. Ce dernier document fait connaître en outre les services religieux : "de fondation, dans cette maison aumônière, chaque jour deux grands messes, matines, vêpres et toutes les heures canoniales et les vigiles des morts sont célébrées et chantées, avec tout autre service habituel pour une église cathédrale ou collégiale". L'église est donc desservie par un collège de chanoines. Quant au supérieur, il est dit le plus souvent prieur, exceptionnellement commandeur. Nous n'avons aucune indication sur le recrutement du collège, sur les biens donnés à la fondation ni sur le rôle éventuel de l'aumônerie dans l'extension de la ville.

Par contre, des aperçus significatifs font entrevoir une prospérité certaine de l'établissement. Ainsi, en 1313, une composition financière entre un représentant du roi et un prieur, au sujet d'une imposition sur les dernières acquisitions de la maison, met en évidence de nombreuses donations, à une époque qui ne se signale pas particulièrement pour sa générosité envers les églises. L'aumônerie a reçu des terres, des prés, des vignes, des "mottes", des maisons, des bois, des cens, des rentes en monnaie et en blés, l'ensemble représentant 74 livres de rente annuelle. Certains articles se situent hors de la châtellenie, notamment à la Rochelle, à Tonnay-Boutonne, près de Saint-Jean-d'Angély, à Chabanais. Quelques années plus tard, en 1326, quand le pape Jean XXII procède à une levée de subsides sur les églises de la province de Bordeaux, le "prieur de la maison aumônière de Saint-Gilles de Surgères" est le plus fortement taxé de l'archiprêtré de Surgères : 60 florins d'or, trois fois plus que le "prieur de Saint-Pierre de Surgères pour lui et son collège", qui ne doit que 20 florins d'or, alors que le prieur de Sainte-Marie ne contribue que pour 5 florins.

Le rayonnement de Saint-Gilles s'exprime par le nombre de "maisons" dépendantes, dont les plus anciennes qui soient connues sont "la maison de Saint-Gilles" de Nantilly (commune de Marsilly), qui détient plus de huit quartiers de vignes dans le Grand Fief d'Aunis en 1246, et la "maison de Saint-Gilles" d'Andilly qui dispose de plus de six quartiers dans le même fief à la même date et est le mieux pourvu en vignes des établissements ecclésiastiques de la paroisse. Une "maison de Saint-Gilles du Cormenier" reçoit en mai 1269, d'un seigneur de Chizé, un droit de chauffage, de construction pour des maisons et deux moulins à vent, de "panage" pour la nourriture de vingt porcs, dans la partie de la forêt d'Argenson qui dépend de son château, c'est-à-dire l'actuelle forêt de Chizé. Nous n'avons aucune autre information sur cette dépendance de Saint-Gilles de Surgères; actuellement le nom de Saint-Gilles est attribué à un écart de la commune de la Revêtizon, sis en limite méridionale de cette commune, au contact de celle du Cormenier.

 Le port du Gué-Charrau

Le 17 juillet 1311, Guillaume Maingot est à Saint-Jean-d'Angély, où il a rejoint un commissaire du roi Philippe VI pour apposer son sceau à une convention concernant la création d'un port au Gué-Charrau, où le grand chemin de la Rochelle à Saint-Jean-d'Angély franchit le ruisseau venant de Surgères grossi des eaux de la Devise qui sépare Vandré de Genouillé. Soutenu par "ses hommes" de la châtellenie, le seigneur de Surgères a en effet demandé au roi l'ouverture d'un "port d'utilité publique" et le creusement d'un "canal pour ce port", parmi des terrains bas marécageux, plus ou moins régulièrement inondés à la saison des pluies.

Le souverain a accepté aux conditions suivantes. Il aura toute justice, "haute et basse", sur le port, le canal et le village qui sera construit aux abords du port, dans des limites marquées par des bornes, avec tout droit de confiscation des navires et marchandises et les revenus en provenant. Cependant le seigneur de Surgères et ses hommes conserveront le péage qu'ils perçoivent au gué. Guillaume Maingot et ses successeurs recevront des mains des gens du roi le quart des droits perçus sur les marchandises transitant par le port. Seul le tarif des vins est prévu : 6 deniers parisis par tonneau. Le port est donc essentiellement conçu comme un débouché pour les vins de la châtellenie. Les nobles et les gens d'église seront exemptés de payer les droits, pour ce qui provient de leur domaine ou de leurs rentes, à condition qu'ils ne fassent pas de commerce. Ils pourront creuser des canaux dans la terre du seigneur de Surgères, pour transporter leurs vins ou autres "biens" de leurs terres au port ou du port en leurs terres. Quant aux frais de l'installation, ils incombent aux "nobles et non nobles, religieux et paroissiens" de 23 paroisses, soit l'ensemble de la population de ces paroisses, qui dispose de trois années pour acquitter la contribution qui lui sera demandée, à raison d'un tiers par an. Le roi fournira cependant le bois nécessaire "pour les ports et les ponts", mais seulement lors de la création.

Cette convention n'est qu'un acte préliminaire : elle est suivie d'une enquête de commodo et incommodo, qui n'est malheureusement connue que pour partie, le parchemin qui l'a conservée étant mutilé, notamment du début qui comportait la date. L'enquête a été minutieusement menée, paroisse par paroisse, par des autorités compétentes, en particulier des prieurs et des curés. Ces enquêteurs présentent au sénéchal, qui les réunit à Surgères, des rapports comportant les noms des nombreux paroissiens consultés. Après avoir dîné à Saint-Gilles, "au soleil couchant, devant la porte appelée la porte du Roussigneau", le sénéchal rend une sentence favorable au projet, puis, pour diriger les travaux et répartir les impositions, il désigne six commissaires, au premier rang desquels le prieur de Saint-Pierre de Surgères, auxquels il fait jurer sur les évangiles de s'acquitter loyalement de leur mission.

Nous ne savons rien du déroulement des travaux, sinon qu'ils s'effectuent lentement parce qu'ils ne peuvent avoir lieu qu'en été. En 1332, une vingtaine d'années après la signature de la convention, le canal permet le passage de "barques en aiolles et charrières" pouvant transporter de 6 à 8 tonneaux de vin, du Gué-Charrau à Chalon, dans la paroisse d'Ardillières; au-delà, entre Chalon et le Vergerou, on utilise des embarcations plus importantes acceptant de 12 à 13 tonneaux. Le rapport du sénéchal de Saintonge qui nous fait connaître ces détails ajoute qu'on prévoit un trafic de 3000 tonneaux au moins pour toute l'année et que, les installations achevées, "ce sera un grand profit au roi notre sire et pour ses sujets". Aussi, le jour de Pâques 1333, le roi ordonne-t-il que les travaux se terminent rapidement.

Cependant des difficultés d'un autre ordre surgissent : les bourgeois de Saint-Jean-d'Angély, qui entretiennent à grands frais la navigabilité de la Boutonne pour le transport de leurs vins, prennent ombrage d'une concurrence qu'ils s'efforcent d'annihiler, notamment par voie de procédure. Les nobles et les gens d'église intéressés par le maintien du nouveau canal réagissent alors; ils proposent au roi d'abandonner leurs privilèges d'exemption des droits sur les vins, et le souverain, sensible à une proposition qui favorise ses intérêts, trouve d'excellentes raisons pour maintenir le port. Nous sommes en 1341.

Tout a changé en avril 1345 : le roi ordonne alors la destruction de toutes les installations, avec interdiction d'aménager tout autre port sur la Charente, les marais devant retourner à leur état antérieur pour prévenir toute incursion ennemie. En effet, la guerre avec le roi d'Angleterre qui devait être appelée "guerre de cent ans" a commencé en 1337 et l'Aunis risque d'en subir les effets. Les attendus de l'ordonnance ne mentionnent cependant pas d'incursion ennemie mais une certaine anarchie, au moins un grand désarroi des populations avoisinantes, qui ne sont peut-être pas sans rapport avec l'état d'hostilité. La plupart des bateaux, qui viennent d'Allemagne, d'Espagne, de Flandre et de Bayonne, transportent des malfaiteurs qui fréquentent le port et commettent des meurtres, des vols et autres méfaits, sans que la justice royale puisse s'exercer. Ceux qui arrivent sur lest se déchargent dans la Charente de cailloux, gravats, sable "et autres choses", au risque de l'obstruer. La forêt royale de Rochefort a été en grande partie "gâtée" par les gens des nefs.

Pour terminer, il n'est pas sans intérêt de signaler que c'est la "bonne ville" royale de la Rochelle qui a été chargée de la destruction du port et que le rouleau de parchemin qui contient les instruments que nous avons analysés a été conservé dans les archives de l'échevinage de Saint-Jean-d'Angély, autre "bonne ville" du souverain, toutes deux particulièrement intéressées à la disparition d'une institution concurrente.

 Le dernier des Guillaume Maingot

Petit-fils de Hugues de Surgères et Alix de Parthenay, le dernier des Guillaume Maingot seigneurs de Surgères se signale par un généreux tempérament. Il "force" successivement une certaine Margot, fille Perroteau, de Dampierre-sur-Boutonne, une femme appelée la Bouteillère, demeurant à Surgères, et Philippe Danielle qu'il a "prise et ravie avec des complices et déflourée à force et contre sa volonté, assez près de l'église de Menigoute". Incarcéré dans les prisons royales de Poitiers, il bénéficie de la protection du sénéchal qui reste sourd à plusieurs mandements du Parlement lui enjoignant de faire transporter le prisonnier au Châtelet, à Paris. Il nie les accusations du procureur royal mais son cas est tel que son cousin, le seigneur de Parthenay, conseiller du roi, intervient auprès du souverain pour obtenir son pardon. La lettre de rémission est datée de Vincennes, le quinzième jour d'août, l'an de grâce 1335. Le roi y déclare accepter d'abandonner la poursuite "afin d'éviter un scandale pour l'accusé et ses amis". Pourtant, il est probable que la rumeur publique, toujours prompte à se répandre, a largement diffusé les faits à Surgères et à Dampierre, le fougueux seigneur n'ayant pas même pris la précaution d'accomplir ses forfaits loin de ses seigneuries.

Guillaume ne s'en tient d'ailleurs pas là. L'année suivante, malgré les ordonnances royales contre les guerres privées, il défie les sires de Culant et de Sully, en Berry. Les parents, amis et adhérents des deux partis sont sur le point d'en découdre quand, le 29 avril 1336, un mandement est adressé au sénéchal de Poitou, lui enjoignant de publier les ordonnances de prohibition et d'interdire aux chevaliers de prendre les armes, sous les peines les plus sévères, ou de procéder à leur arrestation s'ils persistent dans leur dessein, en opposant au besoin la force à la force, et de saisir leurs chevaux, leurs armes et leurs biens. Nous ignorons si le sénéchal a dû en venir à cette extrémité. Toujours est-il que, sept ans plus tard, en 1343, on retrouve Guillaume prisonnier au Châtelet, pour rescousse, refus d'obéissance et injures à un huissier du Parlement; le 11 mars, il obtient son élargissement par la ville de Paris jusqu'au bon plaisir de la cour.

Il décède peu après car le 17 juillet 1344, sa veuve, Jeanne de Chabanais, remariée avec Miles de Thouars, seigneur de Pouzauges, obtient par arrêt du Parlement 200 livres de rente annuelle qui devaient lui être assignées pour son douaire. N'ayant pas d'enfant, il laisse ses seigneuries à sa soeur Jeanne. Ainsi s'achève, sur un comportement peu édifiant, la longue suite des Guillaume Maingot de Surgères.

Extrait de Surgères, ouvrage collectif, 1993, p. 9-24. Le texte ne comporte pas de notes car il a été inséré dans un ouvrage de grande lecture.